Juventus 2-1 Milan AC, l’analyse tactique

Fin 2012, les clubs de Milan étaient devenus la bête noire de la Juve. Après l’Inter à Turin (lire : Juventus 1-3 Inter Milan, l’analyse tactique), le Milan avait réussi à faire tomber les Bianconeri à San Siro, sur le plus petit des scores (lire : Milan AC 1-0 Juventus, l’analyse tactique). Disputé dans la semaine, ce quart de finale de Coupe d’Italie a donc eu une saveur particulière : la Juve allait-elle pouvoir remettre les choses au point, malgré l’absence de quelques cadres dont Andrea Pirlo, laissé sur le banc ?

Sur les chapeaux de roue :

Les premières minutes de jeu ont vu les visiteurs prendre la main. Le Milan AC est parfaitement entré dans son match et a pris l’avantage au bout de seulement cinq minutes. En cause, un meilleure entame de match au milieu de terrain et une bonne exploitation des espaces dans le camp turinois. Organisés en 4-3-3, les Rossoneri faisaient participer quatre joueurs au travail de relance depuis l’axe. Devant Acerbi et Mexès, deux milieux de terrain (sur trois) restaient dans le camp milanais, généralement Ambrosini et Montolivo. Dans le même temps, le troisième (Boateng donc) se projetait vers l’avant pour se rapprocher de Pazzini et ne pas le laisser seul dans l’axe. Sur les ailes, El-Shaarawy et Emanuelson évoluaient naturellement très haut de manière à forcer Isla (arrière gauche) et Lichtsteiner (arrière droit) à jouer plus bas que d’habitude. Les deux ailiers milanais ne participaient pas à la construction des actions : ils n’intervenaient qu’à la finition pour faire des différences en un-contre-un et créer le décalage.

En réponse au double pivot milanais (Ambrosini-Montolivo), la Juve faisait sortir l’un de ses milieux de terrain au pressing (Giaccherini sur Montolivo par exemple) afin de soutenir l’effort des attaquants, Giovinco et Matri. Pour la formation de Conte, le problème se situait alors sur les ailes : De Sciglio et Abate étaient régulièrement sans adversaire direct, Isla et Lichtsteiner devant surveiller El-Shaarawy et Emanuelson. En surnombre de son côté du rond central, le Milan a pu faire tourner le ballon en attendant de trouver la passe capable d’exploiter l’intervalle laissé par le milieu turinois sorti au pressing. Pazzini ou Boateng se chargeaient de proposer des solutions dans la zone de Marrone, puis le jeu était ensuite envoyé sur les côtés, à gauche la plupart du temps, pour que El-Shaarawy provoque le duel avec le défenseur tout en bénéficiant des projections de Boateng, Pazzini et Montolivo dans l’axe.

Milan en début de partie : les trois points signalent la position des milieux de terrain (noir pour le Milan, blanc pour la Juve) ; en rouge, les marquages individuels entre les milieux de terrain ; en noir, la ligne de passes milanaise, à la recherche du décalage face au premier rideau turinois ; un décalage qui peut ici être apporté par Acerbi ou De Sciglio, qui sont accompagnés d’un point jaune.

A leur utilisation intéressante du ballon, les Milanais ont ajouté l’habituel pressing pour gêner la relance turinoise. En cas de relance courte de Storari, Emanuelson, El-Shaarawy et Pazzini s’opposaient aux trois défenseurs adverses. Ils ralentissaient ainsi la sortie de balle, permettant à leurs milieux de terrain et au reste du bloc de monter : de sa position axiale, Ambrosini sortait en pointe du milieu pour mettre la pression sur Marrone et l’empêcher de se retourner. Derrière, Montolivo et Boateng se déplaçaient au gré des mouvements de Giaccherini et Vidal. Une fois la Juve dans le sens du jeu, les Milanais se replaient dans leurs 40 mètres en conservant un bloc-équipe compact : les attaquants formaient une première ligne visant à empêcher les transmissions vers Marrone et les latéraux turinois.

Une Juve directe :

En réponse à l’organisation milanaise, qui l’empêchait de poser son jeu au milieu de terrain (Vidal et Giaccherini serrés de près dans l’axe, Marrone sans liberté, latéraux inatteignables dans la profondeur), la Juve a dû miser sur les décrochages de ses attaquants, et notamment de Giovinco, pour exploiter les intervalles entre les milieux milanais. Aux côtés de Matri, ce dernier est devenu le seul joueur capable de se rendre disponible pour la première relance turinoise. Le circuit de passes était simple : Bonucci, Caceres ou Barzagli recherchaient les relais de leurs deux attaquants entre les milieux milanais. Giovinco et Matri remisaient ensuite pour leurs coéquipiers qui se projetaient vers l’avant pour apporter vitesse et profondeur autour du porteur du ballon (Giaccherini, Vidal mais aussi Isla qui rentrait dans l’axe depuis son couloir gauche).

L’ouverture du score milanaise est directement venu de ce jeu direct « forcé » de la Juve, et plus précisément d’un duel perdu par Matri, devenu relais après une passe de Bonucci. Devancé par Acerbi, l’attaquant de la Juve n’a pu conserver le ballon. Déjà à sa hauteur, voire devant le porteur, Giaccherini et surtout Vidal n’ont rien pu faire pour empêcher la sortie de balle rapide du Milan (Boateng vers El-Shaarawy, parti dans le dos de Lichtsteiner, lui aussi battu dès la récupération de balle milanaise, voir-ci-dessous). Les deux hommes ont ensuite parfaitement profité des espaces offerts par la défense à trois adverse : le Ghanéen a crée le décalage sur l’aile gauche et a retrouvé son buteur à l’entrée de la surface après une non-intervention intelligente de Pazzini.

Malgré cet accroc, la Juve a poursuivi dans ce registre en misant donc sur la vivacité de Giovinco son atout n°1 pour mettre à mal l’axe Mexès-Ambrosini-Acerbi. Surtout, elle a accompagné cela par un pressing plus haut dans le camp milanais. Profitant du repli de l’ensemble de leurs adversaires dans leurs 40 mètres, les Turinois se sont installés dans le camp adverse pour s’y imposer : signe de ce changement d’approche, le changement d’adversaire direct des latéraux, qui ont abandonné El-Shaarawy et Emanuelson à Barzagli et Caceres pour se retrouver face à De Sciglio et Abate. Matri et Giovinco poussaient leur travail dans le camp milanais jusqu’à Acerbi et Mexès. Le coup-franc victorieux de Giovinco sur l’égalisation a justement été obtenu par un excellent pressing sur Acerbi, poussé à la faute par le futur buteur, bien soutenu par Giaccherini.

Neutralisation :

Après dix minutes intenses, et alors que l’on pouvait s’attendre à une suite complètement folle, le rythme est lentement retombé. La première mi-temps a vu la Juventus prendre l’ascendant dans l’entrejeu grâce aux raisons évoquées précédemment mais sans véritablement créer le danger sur les buts de Amelia. Le jeu en une touche autour de Giovinco ou Matri demandait une extrême précision dans les transmissions et un timing parfait dans les déplacements pour mettre à mal la défense milanaise, sûre d’elle dans ses 30 mètres à l’instar d’Ambrosini. Le bon repli défensif des attaquants, à l’instar de El-Shaarawy qui a notamment sauvé son équipe en deuxième mi-temps en reprenant Lichtsteiner au dernier moment, a limité les possibilités de surnombre et de décalage pour les Turinois. Sur ce plan, l’absence de Chiellini, capable d’apporter le surnombre côté gauche, a certainement pesé sur les débats.

Néanmoins, le début du second acte a permis à la Juve de trouver ses latéraux en phase de construction. Pendant le premier quart d’heure, les Milanais se sont en effet retrouvés à attendre leurs adversaires, El-Shaarawy et Emanuelson évoluant plus bas qu’en début de partie. Les premières passes de Barzagli ou Caceres arrivaient enfin à trouver Lichtsteiner et Isla qui, à leur tour, recherchaient les relais des attaquants ou des milieux de terrain dans l’axe ou centraient directement dans la surface d’Amelia. Cette modification du circuit turinois, passant plus sur les extérieurs en deuxième mi-temps, a entraîné la sortie de Giovinco au profit de Vucinic (65e).

Quelques minutes après ce premier changement, le Milan a réagi en changeant deux de ses trois attaquants : Bojan et Niang à la place de Pazzini et Emanuelson (71e). Sans se montrer très brillants, les deux hommes ont apporté une fraîcheur bienfaisante pour la première ligne milanaise qui a pu retrouver sa position du début de partie, permettant au bloc entier de remonter. Les Rossoneri ont alors pu remettre le pied sur le ballon en faisant participer leurs latéraux aux phases offensives. A l’inverse de la première mi-temps, les trois milieux restaient sur la même ligne pour tenir le ballon face aux milieux turinois. Au lieu d’être le fait de Boateng ou Montolivo, la profondeur était apportée par De Sciglio et Abate sur les ailes, ces derniers cherchant la position de centre idéale pour alerter leurs attaquants.

Milan plus conservateur : en noir, Ambrosini, Boateng et Montolivo sur la même ligne ; en jaune, Abate et De Sciglio qui montent à tour de rôle dans les couloirs ; en blanc, la circulation de balle ; côté Juve, le milieu à trois est lié par les traits rouges et les cinq défenseurs sont accompagnés par des points de la même couleur.

L’entrée de Pirlo :

A l’échauffement depuis plusieurs minutes, Pirlo a été laissé dans la partie dans le dernier quart d’heure (77e). Remgiplaçant Marrone, il a modifié le comportement des milieux turinois face à la circulation de balle adverse. Alors que Marrone restait en retrait par rapport à Vidal et Giaccherini, Pirlo a évolué à leur hauteur, permettant à cette ligne de trois de ne plus subir face au trio formé par Boateng, Montolivo et Ambrosini. Ce rééquilibrage des forces à ce niveau a en fait annoncé le changement tactique qui a fait basculer la partie durant la première prolongation. Rappelons les faits : Milan tenait le ballon grâce à ses trois milieux et utilisait les montées de Abate et De Sciglio pour créer des différences sur les ailes.

En faisant entrer Pirlo, Conte a permis à son équipe de ne plus subir la possession de balle adverse. Restait alors à savoir comment profiter des espaces abandonnés par des latéraux milanais plus offensifs qu’en début de partie : tout simplement en repositionnant Vucinic sur l’aile gauche. Le Monténégrin laissait Abate prendre le couloir, comptant sur la bonne fermeture de celui-ci par De Ceglie, entré en jeu (84e à la place de Lichtsteiner, Caceres est alors passé latéral droit et Isla dans l’entrejeu). Seul à gauche, il était désormais une cible idéale, libre de tout marquage pour remonter les ballons dans le camp milanais. C’est exactement ce qui s’est produit sur le but de la victoire : Milan a envoyé Abate aux avants-postes pour un centre, renvoyé directement sur Vucinic après un bon repli turinois. Sans adversaire direct pour le presser, l’attaquant de la Juve a pu trouver Giaccherini qui a mené le contre jusque dans les 30 derniers mètres adverses avant de décaler De Ceglie et Vucinic, à deux contre le seul Abate.

L’origine du second but turinois : en jaune le ballon qui vient d’arriver à Vucinic et la passe qu’il va faire vers Giaccherini après avoir fixé Montolivo qui est le dernier milieu Milanais devant la défense (Boateng et Traoré sont dans la surface de réparation). A droite de l’image, De Ceglie et Abate ne se quitteront plus, le latéral gauche de la Juve accompagnant le contre jusque dans la surface adverse.

Conclusion :

Une partie où les temps forts ont été assez équilibrés des deux côtés. Le Milan a démarré très fort, gênant la Juve et son animation habituelle tout en se montrant efficace. Les Bianconeri sont ensuite montés en régime, notamment sur le plan du pressing pour revenir au score et mettre le pied sur le ballon. La deuxième mi-temps a ensuite vu les défenses prendre le dessus sur les attaques, les deux formations de départ n’osant pas prendre trop de risques de peur de se faire punir en contre-attaque. Mais c’est pourtant ce qu’il s’est finalement produit, la Juve profitant des entrées de Pirlo et Vucinic et d’un réajustement tactique pour prendre à défaut un 4-3-3 milanais qui est resté le même de la première à la 120ème minute.

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2 réponses

  1. Vidéos Foot dit :

    Superbe match. Je me suis régalé devant mon écran.

  2. PnP dit :

    Salut,
    Superbe analyse encore une fois.
    Juste une petite chose manque, une image des compos de départ comme tu faisais avant. Sinon génial!! Continue :)

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