Juventus 2-0 Naples, l’analyse tactique

Malgré l’horaire étonnant (samedi 18h), c’était bien un choc au sommet de la Série A qui opposait la Juventus et Naples, co-leaders invaincus avant le coup d’envoi de cette huitième journée. Dans leurs systèmes de jeu habituels, les deux formations ont livré une grande bataille, mettant notamment beaucoup d’intensité dans l’entrejeu. Alors que le match se dirigeait droit vers un 0-0, un coup de pied arrêté a fait pencher la balance à l’avantage des Turinois qui ne se sont pas faits prier pour plier la rencontre quelques secondes plus tard.

Le Napoli se calque sur la Juve :

S’avançant dans leurs formations habituelles, avec trois défenseurs centraux des deux côtés, Turinois et Napolitains se sont mutuellement éteints pendant une grande partie de la rencontre. Sur les côtés, les latéraux se sont neutralisés : Asamoah et Maggio, Lichtsteiner et Zuniga. La véritable bataille avait lieu dans l’axe avec les trois combats entre Hamsik et Pirlo, Inler et Vidal ainsi que Behrami et Marchisio. Plutôt que de se présenter dans son 3-4-3 habituel ou en 3-5-2, le Napoli avait calqué son milieu de terrain sur celui de la Juve, de manière à pouvoir limiter l’influence des trois milieux adverses.

D’entrée de jeu, les trois milieux napolitains, accompagnés de Cavani et Pandev, ont tenté de s’imposer dans l’entrejeu en mettant beaucoup d’intensité dans leurs interventions. Dès que la Juve se retrouvait bas dans son camp, ce quinté tentait de l’y enfermer en s’imposant physiquement. Une fois cette pression relâchée, les cinq joueurs cherchaient à encercler les trois milieux adverses. Derrière, Maggio et Zuniga se repliaient à hauteur de leurs défenseurs centraux, afin d’éviter de laisser des espaces sur les ailes pour les appels de Giovinco ou Quagliarella.

Au bout de quelques minutes, la Juventus a utilisé son arme habituelle lorsque l’adversaire bloque son milieu de terrain : ses défenseurs. Barzagli, Bonucci et Chiellini ont pris en main la première relance. Naples a dû s’adapter et Hamsik a été contraint de sortir au pressing sur Bonucci, laissant Pirlo derrière lui. Dans ce cas, la paire Inler-Behrami suivait le mouvement du Slovaque : l’un des deux récupérait le marquage du regista italien tandis que l’autre conservait son adversaire direct habituel (Vidal ou Marchisio). Il revenait ensuite à un attaquant (Cavani-Pandev) de se positionner entre le porteur de balle et le troisième milieu turinois libre de tout marquage pour empêcher le décalage.

Exemple appliqué du paragraphe ci-dessus : Hamsik lâche Pirlo et sort sur Bonucci. Inler récupère le marquage de Pirlo, Behrami reste sur Marchisio et Cavani est bien sur la trajectoire du ballon qui pourrait aller à destination de Vidal. Derrière, la ligne de cinq du Napoli doit gérer quatre joueurs : Lichtsteiner et Asamoah (seul en haut de l’image) dans les couloirs, ainsi que Quagliarella et Giovinco, suivis de près dès lors qu’ils tentent de décrocher.

La Juve trouve des solutions :

La Juve avait du coup deux possibilités pour lancer ses offensives. La première revenait à passer par les côtés pour profiter du champ libre laissé par les latéraux napolitains, alignés avec leurs défenseurs. Servis par leurs stoppeurs, Lichtsteiner et surtout Asamoah ont pu faire le lien avec les milieux de terrain et les attaquants dans les 30 derniers mètres. Marchisio et Vidal prenaient la profondeur, de manière à aspirer Behrami et Inler et faire reculer le bloc napolitain. Dans le même temps, Giovinco et Quagliarella décrochaient pour profiter de ces espaces tout en attirant leurs défenseurs centraux, créant ainsi des brèches dans la défense napolitaine. Ils retrouvaient alors les soutiens de Chiellini, Pirlo ou Barzagli. A hauteur de leur regista, les deux défenseurs participaient à la conservation du ballon dans le camp napolitain en attendant de trouver un décalage.

Autre solution pour la Juve : utiliser les décrochages de Quagliarella dans l’axe pour ensuite trouver les milieux de terrain. En décrochant à hauteur de Pirlo, Vidal aspirait Inler, créant ainsi un intervalle entre les lignes de Naples. Quagliarella décrochait dans le dos du Suisse et devait ensuite résister au duel avec le défenseur sorti à son marquage. Il remettait ensuite le ballon à Vidal ou Pirlo, qui se retrouvaient face au jeu. A eux ensuite de faire le bon choix et de profiter des courses vers l’avant de Lichtsteiner ou Giovinco. Quelque soit le circuit de relance choisi, la Juve souffrait d’un manque de profondeur dans les derniers mètres. Une évidence puisque latéraux et attaquants, censés l’apporter, se retrouvaient à l’origine des mouvements et que les milieux de terrain étaient marqués de près par leurs adversaires directs. Seuls les dribbles de Giovinco ont apporté un peu d’incertitude dans le camp napolitain. Sinon, il a fallu attendre la fin du premier acte pour voir Marchisio terminer un mouvement collectif par une frappe des 20 mètres, bien déviée par De Sanctis.

Naples en bloc :

Malgré sa solidité défensive, Naples a longtemps souffert de son incapacité à ressortir les ballons de sa moitié de terrain. Accompagnés de leurs latéraux, les quatre Turinois les plus offensifs empêchaient les Napolitains de poser le jeu dans leur camp. Les défenseurs étaient contraints de jouer long vers Cavani ou Pandev, avant même que le bloc n’ait eu le temps de se déployer pour soutenir ces derniers. Résultat, la Juve récupérait rapidement le cuir et pouvait remettre en place les circuits présentés précédemment. Les débats se sont vraiment équilibrés à l’approche de la demi-heure de jeu, lorsque Cavani et Pandev ont multiplié les décrochages jusque dans leurs 40 mètres. Devançant leurs gardes du corps (Chiellini et Barzagli), les deux attaquants offraient des appuis pour leurs partenaires. Leur jeu de corps leur a notamment permis d’obtenir des coups-francs au milieu de terrain. Ces temps morts ont cassé le pressing de la Juve, qui se replaçait toujours dans son camp une fois Naples dans cette zone et dans le sens du jeu.

Dans le camp turinois, le jeu de Naples penchait clairement à droite. Campagnaro n’hésitait pas à participer aux lancements de jeu dans le couloir, laissant Gamberini et Cannavaro en couverture. Maggio pouvait alors évoluer plus haut et mettre la pression sur Asamoah, Pandev étant lui au duel avec Barzagli. Behrami offrait une solution latérale et un relais possible vers Hamsik. Le Slovaque alternait entre une position très avancée (à hauteur de Cavani) et un rôle d’organisateur. Lorsqu’il décrochait pour se retrouver dans ce registre, il profitait de la liberté que lui laissait Pirlo pour orienter le jeu, notamment sur la largeur. Côté gauche, Zuniga est resté très prudent dans ses montées et seul Inler a tenté de prendre le couloir. Le Suisse a d’ailleurs été à l’origine de la seule action napolitaine de la première mi-temps, obtenant le coup-franc envoyé sur la barre transversale par Cavani.

Le second acte sur quelques détails :

A la mi-temps, le score nul et vierge était d’une implacable logique : Naples empêchait la Juve de jouer au milieu de terrain et les défenseurs conservaient l’avantage dans les deux surfaces de réparation. Trois éléments pouvaient être susceptibles de faire basculer la rencontre : une expulsion, un coup de pied arrêté ou une prise de risques supplémentaire de la part de l’une des deux équipes. Or, Naples est revenu sur la pelouse dans un système plus conservateur. Inler est resté sur la même ligne que Behrami, diminuant le nombre de joueurs capables de perturber la Juve dans les 30 derniers mètres. Pour compenser, Hamsik s’est mis à prendre la profondeur sur les côtés, mais sans plus de succès. Du coup, son absence dans l’entrejeu a diminué la capacité de Naples à tenir le ballon dans le camp turinois.

Côté turinois, la Juve est revenue en modifiant son milieu de terrain dans le but de contrer celui du Napoli. Plutôt que de rester derrière Vidal et Marchisio, Pirlo a pris plus d’importance dans l’entrejeu, se détachant de sa défense pour se rapprocher de ses créateurs et de ses attaquants. Cela l’a poussé à évoluer dans la zone de la paire Inler-Behrami : les deux Suisses avaient désormais trois joueurs à surveiller (Vidal, Pirlo, Marchisio). Et c’est Marchisio et le côté gauche de l’attaque turinoise qui en ont profité. Le milieu italien a profité de la présence de Pirlo dans la zone de Behrami pour remonter les ballons et envoyer Asamoah au duel sur l’aile face à Maggio. Sans craquer, la défense napolitaine a commencé à concéder plusieurs coups de pied arrêtés dans cette zone, et c’est sur l’un d’entre eux (corner) que Caceres (remplaçant de Asamoah) a propulsé le ballon dans les buts de De Sanctis. Quelques secondes plus tard, Pogba (remplaçant de Vidal) doublait la mise et enterrait le Napoli d’une belle volée des 20 mètres.

Le 5-3-2 turinois : la capture ci-dessus illustre parfaitement la capacité de la Juve à neutraliser le système de Naples.

Conclusion :

Un match entre deux énormes blocs-équipes et qui s’est joué sur des détails : le coup de pied arrêté pour l’ouverture du score, mais aussi les petits changements dans l’entrejeu qui ont permis à la Juve de mieux se comporter en deuxième mi-temps. Auteur d’une grosse prestation défensive, Behrami et Inler ont dû être rejoints par Hamsik en cours de deuxième mi-temps, pour résister aux milieux turinois qui utilisaient beaucoup mieux la largeur. Malheureusement pour eux et pour Naples, cela n’a pas suffit et la Juve a pu transformer son 47ème match sans défaite en une victoire en fin de partie. Voilà la Vieille Dame seule en tête de la Série A, et lancée vers le record d’invincibilité du Milan AC (58 matchs).

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