Juventus Turin 1-3 Inter Milan, l’analyse tactique

Sensation à Turin. Après 49 matchs sans défaite, la Juventus est tombée samedi soir dans son stade face à l’Inter Milan. Pourtant, tout avait merveilleusement commencé pour les Turinois avec un but de Vidal dès la 18ème seconde de jeu. Mais les rapides retouches opérées par Stramaccioni en cours de partie ont permis à l’Inter de se relever rapidement avant de finalement prendre le dessus au cours de la deuxième mi-temps.

Comme face à la Roma, la Juventus est entré très fort dans ce choc. Quelques secondes après le coup d’envoi, Arturo Vidal était à la conclusion d’un superbe mouvement initié sur le flanc gauche et terminé par un centre d’Asamoah, parti en profondeur dans la zone de Ranocchia. S’en sont suivis dix minutes de jeu où la Juve s’est créée plusieurs balles de break. A la base de cette dangerosité, les déplacements latéraux de Marchisio et Vidal. Pour répondre à l’habituel 3-5-2 de la Juventus, l’Inter Milan avait fait le choix de se présenter en 3-4-3 à la manière de ce qu’avait pu faire Naples il y a quelques semaines.

A l’instar de Cavani, Hamsik et Pandev, les trois attaquants intéristes encadraient Pirlo de manière à lui fermer la profondeur et les passes vers ses latéraux. Derrière ce trio, Cambiasso et Gargano étaient respectivement opposés à Vidal et Marchisio. Dans les couloirs, Zanetti héritait de Asamoah et Nagatomo de Lichtsteiner. Enfin, les trois défenseurs centraux devaient gérer les déplacements de Vucinic et Giovinco : Ranocchia et Juan évoluaient en zone tandis que Samuel prenait Vucinic en individuelle lorsque ce dernier décrochait pour aider ses milieux de terrain.

Galvanisée par l’ouverture du score, la Juventus a réalisé une entame de match idéale grâce aux déplacements de ses milieux de terrain. Pirlo bloqué par les attaquants milanais, les défenseurs turinois (Chiellini, Barzagli en tête) héritaient de la première passe et orientaient le jeu sur les côtés où ils cherchaient leurs latéraux et Marchisio ou Vidal selon le couloir choisi. En s’excentrant, les deux hommes forçaient Cambiasso et Gargano à dézoner, ouvrant ainsi le coeur du jeu pour les décrochages de Giovinco ou les montées de Pirlo.

En début de partie, la Juve est le plus souvent passé côté gauche, Marchisio prenant la profondeur pour passer dans le dos d’un Zanetti opposé à Asamoah. Selon les situations, il revenait à Ranocchia ou Cambiasso de se déplacer pour compenser : si Cambiasso s’excentrait, Ranocchia restait en place et n’était plus protégé que par un seul milieu de terrain  ; à l’inverse, si Ranocchia allait dans le couloir, Cambiasso devait reculer et la Juve pouvait dès lors progresser dans le camp adverse. A deux reprises, Pirlo a hérité de ballons qu’il affectionne, à une trentaine de mètres des buts de Handanovic et sans opposition. Ses passes au-dessus la défense auraient pu/dû offrir un second but à la Juve.

En ouvrant le score rapidement, les champions d’Italie se sont aussi permis d’attendre leurs adversaires et de chercher la contre-attaque. Sur le plan du pressing, seul Vidal sortait du milieu de terrain pour accompagner Vucinic et Pirlo lorsque l’Inter repartait de ses 30 mètres ; dans les couloirs, Asamoah et Lichtsteiner se montraient aussi assez agressifs face à leurs adversaires. A la relance, les Milanais se sont organisés autour des trois défenseurs axiaux (Ranocchia, Samuel, Juan) et des deux milieux de terrain (Gargano, Cambiasso). Parfois, Cambiasso se rapprochait de ses attaquants et laissait le seul Gargano devant la défense pour organiser la relance vers les côtés (voir ci-dessous).

En face, la Juve répondait par un bloc compact et densifié dans l’axe par une première ligne de trois joueurs (Vidal-Pirlo-Marchisio). A moins qu’un Intériste venu de l’arrière ne tente de dépasser sa fonction de relanceur pour créer le danger (ex : Juan vs Vidal), les milieux turinois restaient en place devant leur défense et laissaient à Cambiasso et Gargano le loisir de faire tourner le ballon latéralement : il revenait ensuite aux latéraux de sortir mettre la pression dans cette zone. L’objectif de la Juve était clairement de protéger l’axe, obligeant les attaquants intéristes à décrocher à hauteur de la paire Cambiasso-Gargano ou à s’excentrer (positions moins dangereuses) pour toucher le ballon. Entre les deux lignes turinoises, Chiellini et Barzagli faisaient la loi en sortant au duel si nécessaire.

Pour tenir le ballon dans le camp turinois, Cambiasso et Gargano bénéficiaient du soutien de Palacio, Milito ou Cassano qui décrochaient à tour de rôle pour tenter de faire sortir les milieux adverses et créer une brèche dans cette première ligne. Celle-ci restait toutefois en place, préférant limiter les espaces plutôt que de mettre la pression. A défaut d’être dangereux, l’Inter a ainsi pu s’installer dans le camp adverse et utiliser ses ailes pour approcher la surface de réparation : les offensives sont pour la plupart passées par le couloir gauche et la paire Nagatomo-Cassano.

Très mobiles et capables d’évoluer tous les deux dans les deux registres d’ailier (débordements ou retours à l’intérieur), le Japonais et l’Italien tournaient autour du latéral adverse (Lichtsteiner puis Caceres) et trouvaient des positions de centre (débordements) ou de frappe intéressantes (retours à l’intérieur). Face au premier exercice, la Juve s’en est sortie sans trembler grâce à sa supériorité numérique dans la surface. Dans le second en revanche, Cassano a fait trembler le Juventus Stadium lors des rares fois où il est parvenu à effacer le défenseur central sorti à sa rencontre (Barzagli).

Inter : les armes à gauche

L’Inter n’est en revanche que très peu passé sur le flanc droit, en raison d’un Zanetti beaucoup plus défensif que son homologue gaucher. L’Argentin n’a que très peu pris le couloir, préférant rester en couverture, à hauteur de ses milieux de terrain, afin de prévenir d’un éventuel contre de la Juve. De fait, les deux autres attaquants de l’Inter évoluaient dans l’axe et tentaient d’apporter des solutions entre les lignes et dans la surface turinoise. A l’approche de la demi-heure de jeu, le plan de jeu intériste semblait porter ses fruits puisque Vucinic était forcé de redescendre pour aider ses défenseurs face à Nagatomo et Cassano (ou Palacio, puisqu’il permutait parfois avec son partenaire).

Seul devant, Giovinco était une proie facile pour les défenseurs intéristes, à la retombée des relances longues de la Juve. Vucinic ne s’en tirait pas mieux lorsqu’il était à ses côtés, bien pris par Samuel. La Juve devait donc s’en remettre à la capacité de ses milieux de terrain à se sortir du pressing adverse pour lancer les contre-attaques. L’Inter a logiquement répliqué en imposant un pressing très ambitieux dans le camp bianconero.

Si elle tenait bien le choc défensivement, le vrai danger était là pour la Juve : perdre le ballon sur ses premières passes et se faire contrer. Lorsque le jeu repartait de Buffon, les trois attaquants intéristes marquaient les trois défenseurs turinois (à gauche ci-dessous), Cambiasso montait d’un cran pour prendre Pirlo et Gargano restait en retrait pour couvrir Marchisio. Dans sa zone, Vidal voyait Juan suivre ses décrochages jusque dans ses 40 mètres (au centre ci-dessous). Sur les côtés, Zanetti et Nagatomo suivaient le mouvement tandis que Samuel sortait de sa ligne de défense pour s’occuper de Vucinic.

Bilan : la Juve ne pouvait pas jouer court sans prendre de risques et voyait ses attaquants battus lorsqu’elle tentait de sauter le milieu de terrain. Passée cette phase de relance, elle devait ensuite composer avec un adversaire désormais calqué sur son organisation de jeu. Abandonnant son 3-4-3 napolitain, l’Inter se repliait en 3-4-1-2. Le recul de Palacio derrière les deux attaquants (Cassano et Milito) transformait ce dernier en garde du corps de Pirlo lorsque celui-ci rentrait dans les 40 derniers mètres. Une retouche indispensable après les caviars distribués par le milieu italien durant le temps fort de la Juve en début de partie.

A cette réorganisation défensive, l’Inter a ajouté une plus grande efficacité offensive en deuxième mi-temps. L’entrée en jeu de Bendtner au détriment de Vucinic (blessé) a facilité la tâche des visiteurs qui ont profité de l’impact moindre du Danois, tant dans l’entrejeu que dans le travail défensif. Le 3-4-1-2 des Milanais était tellement calqué sur le schéma de jeu de la Juve à ce moment du match que tous les axiaux bianconeris, excepté Bonucci, avaient un adversaire direct : Milito pour Chiellini, Cassano pour Barzagli, Palacio pour Pirlo, Cambiasso pour Vidal, Gargano pour Marchisio et Bendtner pour Samuel (voir ci-dessous). Seul Giovinco, de par son rôle d’électron libre, échappait à un garde du corps mais se retrouvait dans des zones couvertes par Juan ou Ranocchia.

Ce n’est pas un hasard si Bonucci a été le seul Turinois dangereux en deuxième mi-temps, sur une prise de balle qui a laissé ses adversaires sans réaction puisque tous étaient focalisés sur leurs marquages respectifs. C’est cette multiplication des duels qui a fait basculer la rencontre en faveur de l’Inter, les Milanais en dominant la plupart. Ces derniers se sont montrés efficaces dans l’entrejeu (vs Pirlo, Marchisio, Vidal). Récupérant le ballon plus haut, ils pouvaient ensuite lancer Cassano et Milito, qui plongeaient dans le dos des latéraux adverses pour excentrer les stoppeurs turinois et les pousser aux duels (en blanc ci-dessus). Si Cassano a souffert, Milito a été d’un grand apport, obtenant coups-francs et menant lui-même certains contres.

Revenu au score peu avant l’heure de jeu, l’Inter a continué d’insister avec ce système de jeu. Le coaching de Stramaccioni (sortie de Cassano, entrée de Guarin) n’a rien changé au projet, le Colombien remplaçant son coéquipier derrière les deux attaquants (Palacio replacé devant avec Milito). Il a même fait plus que ça, apportant puissance et force de percussion dans la zone d’un Pirlo, rarement à l’aise lorsqu’il doit reculer face à de tels adversaires.

Une fois l’avantage acquis, l’Inter a pu contrôler sans difficulté la fin de partie, dominant son adversaire à l’impact dans les deux zones de vérité. La Juve a joué son va-tout en faisant entrer Quagliarella à la place de Caceres. Stramaccioni a répliqué avec la sortie de Milito pour Mudingayi, ajoutant ainsi un milieu de terrain supplémentaire aux côtés de Gargano et Cambiasso. Un changement défensif qui n’a pas empêché les Intéristes de porter le coup de grâce en toute fin de partie, sur un nouveau contre conclu par Palacio.

Conclusion :

Pour la Juventus, le coup d’arrêt est peut-être aussi notable que les 49 matchs sans défaite qui avaient précédé. Excellents sur les dix premières minutes de jeu, les Turinois se sont ensuite englués dans le piège tendu par leurs adversaires. Incapables de réagir au 3-4-1-2 mis en place en cours de partie par Stramaccioni, ils n’ont fait que subir la montée en puissance des Intéristes jusqu’à une deuxième période largement dominée par ces derniers. A signaler tout de même : les sorties prématurées de Lichtsteiner (au bord de l’expulsion) et de Vucinic (sur blessure) ont limité les solutions pour les locaux… De son côté, l’Inter réalise son premier très grand coup de l’ère Stramaccioni et tient un match sur lequel bâtir quelque chose de très intéressant pour la suite de la saison, en Italie comme en Europe.

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3 réponses

  1. franck dit :

    ton analyse est juste géniale, elle permet de visualiser ce que j’ai pu observer en regardant ce match. grand bravo! par contre Guarin a remplacé Cassano et non palacio.

  2. the teacha dit :

    Tactiquement, ça été un superbe spectacle à voir! L’inter à été trés trés fort dans la discipline défensive.Il aurait fallu que Giovinco insiste beaucoup plus dans les décrochages ou bien que Bonnucci se projette davantage balle au pied dans le camp adverse. Sinon excellente analyse

  1. 8 novembre 2012

    […] (sur twitter : @flotoniutti) Le blog : http://www.chroniquestactiques.fr A lire aussi : – Comment l'Inter Milan a t-il mis fin à la série d'invincibilité de la Juventus ?  MU, entre classicisme …Billet précédent Réagissez à cet articleTapez ici votre […]

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