Japon 2-2 (3-1, tab) Etats-Unis, l’analyse tactique (Mondial féminin)

Les supporters américains attendaient la troisième étoile de leurs protégées. Ils ont assisté au couronnement du Japon. Bousculées pendant la première demi-heure, les Japonaises sont revenues petit à petit dans la partie. Menées au score par deux fois, elles ont eu le mental nécessaire pour revenir et passer devant lors de la séance de tirs au but. Analyse.

Les compositions :

Norio Sasaki a la chance de pouvoir compter sur l’intégralité de son effectif pour cette finale. Il décide de reconduire la formation qui a dominé la Suède au tour précédent. Au coeur du jeu, Sawa est la joueuse à surveiller pour les Américaines : Kaihori (21) – Kinga (2), Kumagai (4), Iwashimazu (3), Sameshima (15) – Ohno (11), Sakaguchi (6), Sawa (10), Miyama (8) – Ando (7), Kawasumi (9).

Côté américain, Pia Sandhage enregistre le retour de Buehler, suspendue face à la France, en défense centrale aux côtés de Rampone. Alignée à gauche en demi-finale, Cheney se retrouve derrière Wambach et laisse le couloir à Rapinoe : Solo (1) – Krieger (11), Buehler (19), Rampone (3), Le Peilbet (6) – O’Reilly (9), Lloyd (10), Boxx (7), Rapinoe (15) – Cheney (12), Wambach (20).

Les Américaines impériales :

Lors des premières minutes de la rencontre, deux schémas de jeu identiques s’opposent. Les Etats-Unis et le Japon évoluent en 4-4-2. Supérieures sur le plan athlétique, les Américaines prennent très rapidement l’ascendant sur leurs petites adversaires, dominant dans les airs et s’imposant dans les petits périmètres. De leur côté, les Japonaises tentent de faire face grâce à un gros travail des offensives dans le camp adverse : l’une cadre la porteuse de balle et les autres l’encerclent pour couper les solutions de passe. Malheureusement, ce travail défensif nécessite une grosse densité de joueuses présentes dans un petit périmètre. Les Américaines répondent par des changements de jeu, vers Rapinoe à gauche notamment, pour faire reculer le bloc japonais. Une fois celui-ci dans son camp, la machine à presser américaine se met en marche et empêche les Japonaises de jouer.

Concentré dans l’axe, le pressing des Américaines a pour objectif de couper la relation entre les deux milieux japonaises (Sakaguchi et surtout Sawa) et les quatre joueuses offensives. Prises entre les doublettes Boxx-Lloyd et Wambach-Cheney, Sakaguchi et Sawa sont obligées de décrocher pour venir aider leurs défenseuses qui peinent à trouver des solutions. Dès lors, les Japonaises se retrouvent dans une situation très compliquée avec un véritable bloc de six joueuses, organisés sur deux lignes (2+4), à franchir pour atteindre leur quatuor offensif. Or, celui-ci n’est pas non plus d’une grande aide : en multipliant les courses dans la profondeur, il oblige les relances longues au-dessus du premier bloc américain. A la retombée de ses longs ballons, les défenseuses américaines sont sans rivales et peuvent récupérer sans difficulté.

Avec le ballon, les Américaines répètent ensuite des classiques pour mettre à mal un bloc défensif opérant sur deux lignes. Supérieure dans les duels, Wambach évolue entre les quatre axiales japonaises en point d’appui. Boxx et Lloyd la sollicitent à plusieurs reprises lors de leurs projections vers l’avant. Côté gauche, Rapinoe rentre dans l’axe afin de créer le surnombre au coeur du jeu face à Sawa et Sakaguchi. Dans ce cas-là, elle est supplée côté gauche par Cheney puis Morgan à partir de la deuxième mi-temps. Les deux filles (Cheney puis Morgan) évoluent sur tout le front de l’attaque, créant notamment des surnombres sur les côtés en venant soutenir leurs ailières. C’est sur une action de ce type que les Américaines inscriront leur deuxième but de la partie, Morgan centrant côté gauche pour la tête de Wambach. A droite, O’Reilly est dans un registre plus fermé : déborder et centrer. Plus prudentes, les latérales interviennent elles en soutien des offensives, lorsque le ballon doit ressortir par exemple.

Les Japonaises replient leurs ailes :

Largement dominées, les Japonaises ressortent pourtant de la première demi-heure de la rencontre sans avoir encaissé le moindre but. Un petit miracle tant les Américaines ont mis la pression autour des buts et dans le camp des Nadeshiko. Petit à petit, elles vont réussir à se défaire de l’étau mis en place par leurs adversaires dans l’entrejeu. Tout ça grâce au très intelligent travail des joueuses de couloir.

A l’instar des Françaises en milieu de semaine (voir : France 1-3 Etats-Unis, l’analyse tactique), les Japonaises se sont sortis du pressing américain grâce à l’apport dans l’axe des deux milieux excentrées : Miyama et Ohno. La première décroche et repique dans l’axe pour offrir une solution proche supplémentaire pour ses milieux axiales. A plusieurs reprises, on la verra combiner dans des petits espaces avec Sawa ou Sakaguchi avant de renverser le jeu côté opposé. A droite justement, Ohno repique pour évoluer en soutien (voir à hauteur) des deux autres attaquantes. Elle offre ainsi une troisième solution dans l’axe pour la relance japonaise entre les lignes américaines. Ces deux déplacements des ailières sont à associer avec les montées des deux latérales (Sameshima à gauche et Kinga à droite). Celles-ci occupent alors la zone habituelle tenu par les ailières américaines (Rapinoe et O’Reilly) qui ne suivent donc pas le marquage de leurs homologues japonaises. Evoluant derrière le milieu américain, Ohno se retrouve ainsi avec beaucoup de champ pour ensuite combiner avec Kawasumi et Ando.

Sur les côtés; les latérales suivent aussi les actions et permettent d’étirer la défense américaine. Celle-ci tient malgré tout le coup grâce à une charnière Rampone – Buehler intraitable face aux dernières passes adverses. Il faudra une grosse mésentente entre la seconde et Krieger pour que Miyama puisse égaliser (79e). A ce moment de la partie, les débats se sont clairement rééquilibrés (grâce à l’animation présentée ci-dessus). Les Etats-Unis semblent aussi jouer avec le feu en défense. Les deux milieux de terrain (Boxx et Lloyd) sont très offensives et terminent souvent les actions autour de la surface japonaise. Pour peu que le ballon ressorte vite pour les Asiatiques et l’une des relanceuses (Sawa, Miyama, Sakaguchi) peut se retrouver sans opposition directe et avec le champ nécessaire pour tenter d’alerter Maruyama et Nagasato (entrée en jeu à 66ème minute à la place de Ando et Ohno, Kawasumi ayant pris le poste laissé vacant par cette dernière à droite).

Prolongations – La sortie de Sawa :

Rééquilibrés durant le temps réglementaire, les débats ne bougeront pas pendant les prolongations. Japonaises et Américaines s’en tiennent aux animations présentées précédemment et comptent sur leurs joueuses-clés pour faire la différence : Morgan et Wambach côté américain, Miyama et Sawa côté japonais. Après le second but des USA, la meneuse de jeu japonaise sort enfin de son simple rôle de relanceuse. Jusqu’ici, les difficultés entrevues par le Japon à la relance l’obligeaient à évoluer bas, à hauteur de Sakaguchi, l’empêchant de soutenir directement ses attaquantes. Le Japon mené, les choses changent et celle qui sera élue meilleure joueuse du tournoi quelques minutes plus tard réalise une deuxième prolongation de très haute volée. Jeu en une touche, décalages, ouverture en profondeur, la palette technique est impressionnante et la justesse encore plus. Son but égalisateur achève en apothéose ses dix dernières minutes de jeu pouvant enfin se porter vers l’avant.

Conclusion :

Les Américaines se demanderont encore longtemps comment elles n’ont pas pu plier cette rencontre dès la première demi-heure. Sans forcément être dangereuses, les Japonaises ont ensuite su tenir en défense et résister au pressing adverse grâce à la technicité de son milieu de terrain (comme les Français en somme, la qualité défensive en plus). Par la suite, le fait de revenir deux fois au score a certainement mis les Japonaises devant sur le plan psychologique, les Américaines craquant complètement lors de la séance de tirs au but.

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