Italie 1-0 Pays-Bas, l’analyse tactique

Après une première affiche à sens unique (lire : Espagne 3-0 Norvège, l’analyse tactique), la deuxième demi-finale de l’Euro Espoirs 2013 s’annonçait beaucoup plus serrée entre Italiens et Néerlandais. Dominateurs pendant la majeure partie de la rencontre, les Oranjes sont tombés face à des Azzurini qui se sont régalés du faux-rythme proposé en deuxième mi-temps.

Système contre système : surnombre annoncé

Avant même le coup d’envoi, les compositions des deux équipes dessinaient la physionomie de la rencontre. L’Italie s’avançait en 4-4-2 avec le duo Verratti-Rossi dans le coeur du jeu derrière la paire Immobile-Borini (Bardi – Donati, Bianchetti, Caldirola, Regini – Florenzi, Rossi, Verratti, Insigne – Immobile, Borini). En face, les Pays-Bas évoluaient eux en 4-2-3-1, avec un duo imposant composé de Strootman et Van Ginkel dans l’entrejeu. Sur les ailes, Wijnaldum et John étaient présentés comme les accélérateurs de jeu, chargés de faire des différences dans les duels pour ensuite mettre De Jong, Maher ou même Van Ginkel en position de marquer (Zoet – Van Rhijn, De Vrij, Martins Indi, Blind – Strootman, Van Ginkel – Wijnaldum, Maher, John – De Jong).

D’entrée de jeu, les Pays-Bas ont fait parler leur puissance athlétique en mettant la pression sur les « petits gabarits » italiens. Censés faciliter les sorties de balle italiennes, Verratti et Rossi ont subi la pression des milieux néerlandais. Sur les côtés, Florenzi et surtout Insigne étaient aussi marqués de très près par les latéraux adverses. Bien décidés à asphyxier les Italiens dans leur camp, les Pays-Bas n’hésitaient pas à laisser leurs défenseurs centraux en un-contre-un face aux attaquants afin de mettre un maximum de pression sur la relance. Même si Immobile les a parfois poussés à dézoner, Martins Indi et De Vrij assuraient la couverture sans grande difficulté.

Les Pays-Bas ne perdent pas de temps pour mettre la pression sur la relance italienne. Devant, Wijnaldum s'est ajouté à Maher et De Jong pour forcer la relance de la défense italienne. En deuxième rideau, Strootman et Van Ginkel nettoient tous les ballons qui voudraient passer à proximité du rond central. En couverture, c'est un deux-contre-deux qui se joue avec Immobile et Borini d'un côté, De Vrij et Martins Indi de l'autre.

Les Pays-Bas ne perdent pas de temps pour mettre la pression sur la relance italienne. Devant, Wijnaldum s’est ajouté à Maher et De Jong pour forcer la relance de la défense italienne. En deuxième rideau, Strootman et Van Ginkel nettoient tous les ballons qui voudraient passer à proximité du rond central. Ici, c’est Rossi qui subit la pression de Van Ginkel. En couverture, c’est un deux-contre-deux qui se joue avec Immobile et Borini d’un côté, De Vrij et Martins Indi de l’autre.

Rapidement, les Néerlandais ont pris le contrôle de la partie et du milieu de terrain. A leur tour, ils devaient répondre à l’organisation défensive italienne face à leur relance. Immobile et Borini se retrouvaient en pointe du pressing, afin d’empêcher Martins Indi et De Vrij de trouver des solutions dans l’axe. Dans l’entrejeu, Verratti sortait au pressing sur Strootman, laissant Rossi en couverture pour contrôler les déplacements de Maher. En retrait, Caldirola et Bianchetti sortaient eux aussi de l’alignement défensif lors de De Jong décrochait. Tous ces mouvements ont envoyé la préparation néerlandaise sur les côtés, et plus particulièrement côté gauche avec Daley Blind.

Le 442 italien au pressing dans le camp adverse. Verratti sort de sa moitié de terrain pour bloquer Strootman, troisième solution axiale pour les Pays-Bas après les deux centraux, pris par Immobile et Borini. Les Néerlandais n'ont du coup pas d'autre choix que de jouer sur les côtés s'ils veulent relancer "proprement". Resté en couverture devant la défense, Rossi a pour mission de coulisser en fonction du côté choisi pour aider ses joueurs de couloir, en attendant le repli de Verratti au sein de la première ligne défensive.

Le 442 italien au pressing dans le camp adverse. Verratti sort de sa moitié de terrain pour bloquer Strootman, troisième solution axiale pour les Pays-Bas après les deux centraux, pris par Immobile et Borini. Les Néerlandais n’ont du coup pas d’autre choix que de jouer sur les côtés s’ils veulent relancer « proprement ». Resté en couverture devant la défense, Rossi a pour mission de coulisser en fonction du côté choisi pour aider ses joueurs de couloir, en attendant le repli de Verratti pour compléter la première ligne.

Van Ginkel et Strootman ouvrent le terrain :

Tout comme Van Rijn face à Insigne côté opposé, le latéral gauche néerlandais se retrouvait face à Florenzi. Devant eux, des un-contre-un se jouaient entre leurs ailiers et les latéraux italiens (John-Donati devant Blind, Wijnaldum-Regini devant Van Rijn). A première vue, Wijnaldum et John semblaient avoir les clés de la rencontre : s’ils remportaient leurs duels, ils étaient en mesure de libérer des espaces, notamment pour Maher et Van Ginkel, plutôt en vue dans l’axe. Mais les latéraux italiens ont particulièrement bien su les contenir la majorité du temps, bien aidé par le travail de Rossi pour bloquer leur retour dans le coeur du jeu (John notamment). Ce jeu direct ne fonctionnant pas, les Néerlandais devaient se rabattre sur les solutions intermédiaires, proposées par Maher ou Van Ginkel.

Le second a été le plus en vue durant le premier acte : en s’intercalant entre Blind (pris par Florenzi) et John (pris par Donati) sur le flanc gauche, il se retrouvait sans adversaire direct et perturbait les marquages italiens. Il devenait alors un relais permettant aux Pays-Bas de sortir des couloirs où ils étaient bien enfermés afin d’occuper toute la largeur du terrain. Côté droit, Strootman abattait le même travail en sortie des fixations de Wijnaldum, qui pouvait attirer à lui deux voire trois adversaires. Les mouvements les plus intéressants côté Pays-Bas sont venus des connexions entre les trois milieux axiaux : Van Ginkel, Strootman et Maher qui, de par son positionnement avancé, offrait un point de fixation dans le camp italien. Utile pour resserrer la défense avant d’écarter le jeu. Mais les tentatives de Van Rijn ou Blind ont toutes été renvoyées par une défense italienne maîtresse dans sa surface de réparation.

Van Ginkel crée un décalage en se positionnant entre Rossi, sorti sur Strootman sur cette action, et Florenzi face à Blind. Son déplacement sur l'aile va forcer Rossi à revenir défendre sur lui, et donc libérer Strootman de tout marquage dans le rond central.

Van Ginkel crée un décalage en se positionnant entre Rossi, sorti sur Strootman sur cette action, et Florenzi face à Blind. Son déplacement sur l’aile va forcer Rossi à revenir défendre sur lui, et donc libérer Strootman dans le rond central.

Si la domination territoriale néerlandaise a empêché l’Italie de développer son jeu habituel, les Azzurini ont eu quelques opportunités lorsque Immobile et Borini parvenaient à devancer les défenseurs adverses. En fin de première mi-temps, Verratti a reculé à hauteur de ses centraux pour se défaire du pressing néerlandais et faciliter la relance de son équipe. Inutile sur l’aile gauche où il subissait la présence athlétique de Van Rijn, Insigne décrochait lui dans l’entrejeu pour faire parler sa mobilité et relayer les premières passes de ses partenaires. Dos au but, il orientait assez rapidement le jeu pour permettre de servir les attaquants dans de meilleures conditions. Borini s’est d’ailleurs crée une opportunité en toute fin de première mi-temps au bout d’un mouvement relayé par le milieu du Napoli.

Verratti rejoint sa défense afin de créer un trois contre deux et d'ouvrir un espace face à Maher et De Jong. Dans l'entrejeu, Insigne décroche à hauteur de Rossi pour offrir une solution courte. En possession du ballon, Bianchetti peut le servir, ou rechercher l'espace dans le dos du latéral droit néerlandais (sorti sur Insigne) pour jouer directement vers son attaquant.

Verratti rejoint sa défense afin de créer un trois contre deux et d’ouvrir un espace face à Maher et De Jong. Dans l’entrejeu, Insigne décroche à hauteur de Rossi pour offrir une solution courte. En possession du ballon, Bianchetti peut le servir, ou rechercher l’espace dans le dos du latéral droit néerlandais (sorti sur Insigne) pour jouer directement vers son attaquant.

Le faux-rythme tourne en faveur des Italiens :

Après la pause, le match a repris sur les mêmes bases avec des Néerlandais maîtres du ballon et du terrain et des Italiens se contentant de contrer. Les Oranjes faisaient circuler le ballon sans difficulté, entre leurs défenseurs, mais étaient vite sans solution dès lors qu’il fallait alimenter les milieux de terrain. Immobile ou Borini alternaient entre pression sur la défense et simple opposition afin de couper la relation entre Martins Indi, De Vrij et Strootman. Sur le flanc gauche de l’attaque néerlandaise, les mouvements de Van Ginkel étaient désormais mieux contrôlés par Florenzi et Rossi. Le joueur de la Roma laissait son vis-à-vis (Blind) en possession du ballon, préférant marquer la solution la plus proche de trouver son milieu de terrain. Derrière, Donati contrôlait John.

Assez rapidement, le jeu des Pays-Bas s’est résumé à de longues transversales d’un couloir à l’autre : la relance allait jusqu’à Blind côté gauche puis, à défaut de pouvoir progresser dans le camp italien, le ballon revenait à Martins Indi qui changeait le jeu pour alerter Van Rijn et Wijnaldum à droite. Les deux hommes devaient ensuite attaquer la défense italienne avant que le milieu n’ait le temps de coulisser. Celle-ci a dû s’accrocher pendant quelques minutes, en attendant que Insigne et Verratti ne réagissent plus vite aux changements de jeu.

En mettant moins la pression sur la défense néerlandaise, l'Italie a abandonné moins d'espaces dans son camp. Ici, Florenzi rend Van Ginkel inutile le long de la ligne de touche. Devant, Immobile et Borini coupent aussi la relation vers Strootman. En possession du ballon, les Pays-Bas n'ont pas d'autre choix que de renverser le jeu côté opposé pour tenter d'exploiter l'espace avant le déplacement du milieu italien.

En mettant moins la pression sur la défense néerlandaise, l’Italie a abandonné moins d’espaces dans son camp. Ici, Florenzi rend Van Ginkel inutile le long de la ligne de touche. Devant, Immobile et Borini coupent aussi la relation vers Strootman. En possession du ballon, les Pays-Bas n’ont pas d’autre choix que de renverser le jeu côté opposé pour tenter d’exploiter l’espace avant le déplacement du milieu italien.

En parvenant à contrôler les percussions des ailiers, l’Italie a complètement annihilé le jeu offensif adverse. Incapables de varier leur jeu, Néerlandais n’arrivaient plus à approcher les buts de Bardi. Et évidemment dans ce genre de situations, ce sont les Italiens qui ont fini par en profiter. L’entrée en jeu de Gabbiadini à la place de Immobile (62e) a offert aux Azzurinis un joueur-référent devant, capable de répondre à l’impact aux défenseurs centraux néerlandais. L’attaquant de la Juve s’est retrouvé à l’origine du but de Borini : résistant à la charge de Martins Indi au milieu de terrain, il a renversé le jeu vers Insigne qui s’est chargé de donner le bon ballon au deuxième attaquant (78e). Un but qui a sonné comme un KO pour les Pays-Bas. Dans les dernières minutes, le coach néerlandais a tenté le tout pour le tout en faisant entrer en jeu Fer pour passer dans un système à trois défenseurs. Comme tous ses partenaires, l’entrant s’est rué à l’attaque et dans la surface italienne. Mais Bardi a su préserver ses cages dans les moments les plus chauds.

Conclusion :

Si l’issue de la rencontre peut paraître cruelle pour les Néerlandais, elle est d’une logique implacable. En difficulté sous la pression adverse en début de rencontre, l’Italie n’a fait que monter en puissance alors que son adversaire se désunissait au fil des minutes. Gabbiadini a fait figure de coaching gagnant, son entrée en jeu marquant un tournant dans la dangerosité des contres italiens.

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4 réponses

  1. RodeDuivel dit :

    Tu pourrais (re)définir ce que tu entends par double pivot? Merci. Sinon, comme toujours, la qualité de l’analyse est bien présente…comme à chaque fois!

    Je me réjoui d’être demain soir pour Espagne-Italie…même si l’Espagne semble imbattable! ;-)

  2. TitiHenry dit :

    J’ai lus, je me sens un peu gêné de critiquer un travail aussi long et surtout très pertinent, le match devait d’ailleurs être très intéressant, mais un peu déçu que tu te contentes du petit poucet, en délaissant l’ogre qui a déroulé le tapis rouge contre le Mexique hier. J’aurais adoré un petit décryptage sur le nouveau coup de maître tactique de Prandelli avec son 4/3/2/1 et l’étonnante super idée de mettre Marchisio et Giaccherini en 9.5.

  3. RodeDuivel dit :

    Je crois que l’analyse d’Italie-Mexique devrait bientôt arriver! ;-)@TitiHenry

  4. @titihenry : laisse-moi le temps de la rédiger quand même.

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