Italie 2-4 Espagne, l’analyse tactique

Comme une évidence. Ultra-favorites au début de la compétition, l’Espagne a logiquement décroché son deuxième Euro Espoirs d’affilée. Surclassée collectivement, l’Italie a fait illusion le temps de revenir une première fois au score avant de devoir baisser pavillon face à la supériorité de la Rojita.

Première mi-temps :

Sans surprise, Julen Lopetegui n’a quasiment rien changé au système qui avait facilement battu la Norvège en demi-finale. Meilleur buteur de la compétition jusqu’ici, Morata remplaçait Rodrigo à la pointe du 4-3-3 (De Gea – Montoya, Bartra, Inigo Martinez, Moreno – Illarramendi, Koke, Thiago – Isco, Tello, Morata). Côté italien, Devis Mangia n’a pas non plus touché au onze qui avait fini par surprendre les Pays-Bas au tour précédent (Bardi – Donati, Bianchetti, Caldirola, Regini – Florenzi, Rossi, Verratti, Insigne – Borini, Immobile).

Sur ce match, les Italiens avaient commencé par presser les défenseurs centraux néerlandais avant de reculer pour mieux quadriller leur moitié de terrain. Face à des Espagnols d’un niveau supérieur sur le plan technique, ils n’ont pas pris de risques inconsidérés et ont laissé Inigo Martinez et Bartra sans pression. En pointe du 4-4-2 italien, Borini et Immobile se positionnaient à hauteur de Illarramendi. Derrière eux, Verratti et Rossi répondaient aux décrochages de Thiago et Koke en sortant de leur moitié de terrain. Sur les côtés, Florenzi et Insigne devaient en faire de même dans les couloirs.

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Ici, Verratti quitte l’alignement au milieu pour aller mettre la pression sur Koke, alors que ses attaquants encadrent Illarramendi. Un choix tactique ambitieux de la part de Mangia puisqu’une déplacement approximatif de son milieu peut ouvrir l’espace pour une passe dangereuse. Si le ballon passait par Thiago côté gauche, Rossi quitterait à son tour de sa position.   

Pour l’Italie, il s’agissait de perturber la transition espagnole en limitant les espaces à Thiago, Illarramendi et Koke ; une fois les Italiens repliés dans leur camp, Borini et Immobile revenaient aussi défendre afin d’empêcher les milieux de poser le jeu côté italien.

Les ballons gagnés par les Azzurinis étaient ensuite destinés à alimenter les attaquants le plus rapidement possible, afin de créer des situations de deux contre deux avec les centraux espagnols. Ces derniers ont d’ailleurs assez souffert, tant dans les duels qu’en raison leur placement hasardeux. Auteur du but égalisateur, Immobile a d’ailleurs été bien aidé par le positionnement approximatif de Inigo Martinez pour pouvoir se présenter face à De Gea (10e).

Le jeu direct des Italiens était de toute façon contraint par l’excellent pressing espagnol. Bénéficiant de la présence de Illarramendi en couverture, Thiago et Koke sortaient au pressing sur Verratti et Rossi, complétant le travail des joueurs de couloir sur leurs homologues italiens. A chaque fois que l’Italie devait ralentir le rythme pour conserver le ballon, l’Espagne était en mesure de remettre la pression sur le porteur de balle et les solutions autour de lui.

Les passes en retrait à destination des défenseurs étaient elles accompagnées par Morata. Les courses de l’attaquant permettaient à l’équipe de reprendre sa forme initiale alors que l’Italie repartait elle aussi de zéro dans sa moitié de terrain.

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Le pressing espagnol avec quatre joueurs sur les Italiens chargés de la transition. Entre les deux lignes rouges, Illarramendi donne le tempo du pressing en apportant l’agressivité nécessaire quand le porteur de balle adverse s’approche de la ligne (imaginaire) des 40 mètres.

Les ballons gagnés par les milieux espagnols pouvaient être rapidement bonifiés en étant ramenés dans le camp italien avant que les attaquants et les milieux adverses n’aient le temps de remettre en place leur pressing sur la relance. C’est d’ailleurs comme cela que la Rojita a lancé la phase de jeu aboutissant à l’ouverture du score de Thiago (6e).

A l'origine du premier but espagnol : Illarramendi récupère le ballon dans les pieds de Insigne. Koke, Thiago et Isco ont fait l'effort de revenir et sont là pour lui offrir des solutions pour repartir de l'avant. Thiago est servi alors que trois des six Italiens capables de ralentir la relance espagnole sont déjà éliminés (Insigne, Borini et Immobile).

A l’origine du premier but espagnol : Illarramendi récupère le ballon dans les pieds de Insigne. Koke, Thiago et Isco ont fait l’effort de revenir et lui offrent des solutions pour repartir de l’avant. Thiago est servi alors que trois des six Italiens capables de ralentir la relance sont déjà éliminés (Insigne, Borini et Immobile). Avec Isco et Koke, en plus de Rodrigo et Tello déjà aux avants-postes, il peut facilement éliminer Verratti et Rossi et ramener le ballon dans le camp italien. S’en suivra une phase de possession intelligente, utilisant la largeur du terrain, pour aboutir sur le centre de Morata pour Thiago.

Au-delà de leur capacité à accélérer sitôt le ballon récupéré, les Espagnols ont aussi trouvé des solutions pour mettre à mal le travail des six Italiens (attaquants et milieux de terrain) travaillant sur leur relance. Très vite dans le match, Isco a ainsi quitté son aile gauche pour rejoindre ses trois milieux de terrain et offrir une solution supplémentaire dans l’axe.

Dès que Verratti ou Rossi sortaient au pressing, il se positionnait dans l’espace abandonné pour demander le ballon. Concernée par les déplacements de Morata et Tello, la défense italienne évoluait beaucoup trop loin pour contrôler ses prises de balle.

A défaut d’être lui-même servi, Isco perturbait le pressing italien par sa simple présence au milieu de terrain. Verratti et Rossi devaient en effet prendre en compte sa position avant de décider de sortir ou non au pressing. S’ils restaient en couverture, l’Espagne trouvait forcément une solution pour aller de l’avant, soit via Thiago, Koke ou Illarramendi, qui permutaient régulièrement, soit en utilisant les défenseurs (centraux et latéraux) comme rampes de lancement sur les côtés.

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Sur cette image, Verratti est sorti de l’alignement pour suivre le déplacement de Koke. Isco en profite pour occuper l’espace dans son dos. Derrière, Rossi est en couverture pour pouvoir répondre en cas de passe à destination du meneur de jeu de Malaga. Si l’Italie bloque bien le jeu court, la largeur est ouverte et Moreno sur le flanc gauche (hors-champ) est une solution pour Bartra.

Ces derniers recherchaient eux en priorité leurs attaquants : Isco entre les lignes ou en relais sur une aile, Morata dans les espaces ou en tant que point d’appui dans l’axe et enfin Tello dans la profondeur le long de la ligne de touche (cf. 3ème but espagnol, 38e). L’attaquant du Barça était aussi ciblé par les changements de jeu de ses partenaires, qui lui offraient des un-contre-un à jouer face aux latéraux italiens (comme face à la Norvège).

Deuxième mi-temps :

A la pause, deux possibilités s’offraient à l’Italie. Revenir avec un système de jeu plus défensif, afin de diminuer les espaces entre les lignes et réduire l’impact de Isco ou Morata, ou monter le bloc une dizaine de mètres plus haut dans le but de réellement poser des problèmes à la relance espagnole, tout en espérant que la défense se mette au niveau. Avec deux buts à remonter, Devis Mangia a évidemment opté pour la seconde option.

Face aux relances courtes espagnoles, Borini et Immobile étaient rejoints Verratti ou Rossi qui, chacun leur tour, sortaient en pointe du pressing pour prendre le milieu espagnol le plus axial (Illarramendi). Les attaquants bloquaient eux les zones où décrochaient habituellement les deux autres au cours de la première mi-temps.

Derrière, une ligne de trois (Insigne, Florenzi et le milieu axial resté en couverture) se positionnait en deuxième rideau pour contrôler les décrochages et autres mouvements de Isco ou Morata.  Grâce à cet ajustement défensif, les Italiens sont plutôt bien rentrés dans leur deuxième mi-temps.

Le bloc italien encore plus haut qu'en première mi-temps : Verratti, Borini et Immobile s'opposent à Inigo Martinez, Bartra et Illarramendi. Derrière, Florenzi, Rossi et Insigne marquent Isco, Koke et Thiago.

Le bloc italien encore plus haut qu’en première mi-temps : Verratti, Borini et Immobile s’opposent à Inigo Martinez, Bartra et Illarramendi. Derrière, Florenzi, Rossi et Insigne marquent Isco, Koke et Thiago. Pour l’Espagne, la solution passe par l’utilisation des latéraux et notamment de Montoya, beaucoup plus actif dans son couloir droit.

Une fois le ballon en leur possession, les décrochages de Verratti entre ses défenseurs facilitaient la relance et libéraient les latéraux qui offraient désormais des solutions dans les couloirs. Une nouvelle occasion de Florenzi (51e) est venue concrétiser le bon retour italien ; un come-back éphémère puisque l’Espagne s’est à son tour ajustée pour remettre définitivement la main sur la rencontre.

En réponse à l’avancée du bloc italien, les Espagnols ont mis à contribution leurs latéraux, et plus particulièrement Montoya, pour ressortir les ballons de leurs 30 mètres. Profitant du positionnement axial des deux premières lignes italiennes (attaquants et milieux de terrain), le latéral droit du Barça pouvait très facilement avancer balle au pied en attendant le repli d’Insigne dans sa zone, et servir Tello.

L’ailier jouait ensuite de sa vitesse pour dépasser Regini et créer le décalage dans la défense italienne. Dans d’autres situations, il attendait la montée de Montoya pour attaquer son vis-à-vis. Plusieurs alertes de ce côté du terrain ont poussé l’Italie à relâcher la pression sur la relance. Tout au long de la deuxième mi-temps, les Azzurini ont alterné entre deux positions pour leur bloc (avancée dans le camp adverse avec Verratti en première ligne ou  4-4-2 à plat avec Borini et Immobile).

L’Espagne a aussi adopté plusieurs formes au cours de la deuxième mi-temps, passant notamment en 4-2-3-1 pour répondre au pressing italien autrement que par du jeu rapide sur les ailes. Face aux trois Italiens en première ligne, deux milieux de terrain décrochaient en se positionnant dans les intervalles.

Les défenseurs centraux s’écartaient de manière à laisser l’axe à leurs partenaires. Une ligne de quatre se formaient, recréant un surnombre en faveur de la Rojita à la relance. Devant, Isco et le troisième milieu offraient des solutions courtes, en plus des latéraux sur les côtés.

Une fois la première passe arrivée à destination, l’un des milieux décrochés se projetait vers l’avant afin d’offrir à son tour des solutions à ses coéquipiers. L’Espagne pouvait ainsi sortir de sa moitié de terrain comme elle aime à le faire, au sol et dans l’axe, la technique de ses milieux faisant le reste.

Thiago rejoint Illarramendi et se rend disponible pour De Gea.

Thiago rejoint Illarramendi et se rend disponible pour De Gea. La première ligne de trois italienne est en infériorité numérique,  tout comme la seconde opposée aux latéraux espagnols, ainsi qu’à Koke et Isco. Thiago rejoignant ces partenaires une fois le ballon ressorti de ses 30 mètres, l’Italie s’est retrouvée dépassée au milieu de terrain par les enchaînements adverses.

Conclusion :

Même si l’Italie a eu le dernier mot au tableau d’affichage grâce à un joli enchaînement de Borini, l’Espagne était tout simplement intouchable. Maître de son sujet tactiquement, les Espagnols ont su répondre à tous les ajustements proposées par son adversaires.

La capacité des milieux de terrain (Illarramendi, Koke, Thiago) à changer de registre sans perdre en qualité rend presque impossible la mise en place d’un pressing réellement efficace. Et avec des joueurs comme Isco ou Tello pour faire la différence une fois les milieux adverses dépassés, la sanction peut vite tomber pour la défense adverse.

Alors que la sélection de Vicente Del Bosque a frappé un grand coup en livrant une prestation de grande qualité face à l’Uruguay dimanche, les performances des Espoirs sur cette quinzaine israélienne ont confirmé que le modèle espagnol était très loin de la fin de cycle.

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