Inter Milan 2-1 Marseille, l’analyse tactique

Au plus haut niveau, le football se joue en général sur des détails. A San Siro hier soir, la double confrontation entre l’Inter et l’OM s’est décidée ainsi, le contrôle du dos de Brandao répondant à un cafouillage dans la surface marseillaise dont profita Milito. Sur le plan de l’opposition -ce qui nous intéresse ici-, l’OM a récité une partition logique au vu de sa situation ; en face, l’Inter a laissé filer une bonne cinquantaine de minutes de jeu à chercher la bonne formule.

Les compositions :

– Comme à l’aller, Claudio Ranieri reconduit son 4-3-1-2. Titulaires au Vélodrome, Cambiasso et Zarate restent sur le banc de touche et sont respectivement remplacés par Poli et Forlan, qui forme avec Milito le duo à la pointe de l’attaque intériste : Julio César (1) – Maicon (13), Lucio (6), Samuel (25), Nagatomo (55) – Stankovic (5), Zanetti (4), Poli (18) – Sneijder (10) – Forlan (9), Milito (22).

– Du côté de l’OM, aucune surprise n’est à signaler dans le onze de départ. Didier Deschamps récupère Rémy, absent à l’aller, et l’a réinstallé devant. Mbia fait lui aussi fait son retour. Préféré à Cheyrou, il entre aux côtés de Diarra dans l’entrejeu : Mandanda (30) – Azpilicueta (2), Diawara (21), Nkoulou (3), Morel (15) – Mbia (17), Diarra (4) – Amalfitano (18), Valbuena (28), Ayew (20) – Rémy (11).

L’Inter passe à droite :

L’OM débute la rencontre avec l’intention d’évoluer assez haut pour gêner les sorties de balle adverses : le quatuor offensif de l’OM se positionne à hauteur des joueurs de transition de l’Inter -Maicon face à Ayew, Amalfitano face à Nagatomo et Valbuena face à Stankovic-. Les Italiens insistent alors côté droit grâce aux activités combinées de Forlan, Zanetti et Maicon. Les résultats ne se font pas attendre : l’Inter se crée deux énormes occasions venant de ce côté et conclue par Sneijder et Milito. Mais Mandanda veille.

Le véritable meneur de ce bon début de match milanais se trouve être Zanetti, relayeur droit au coup d’envoi. A l’inverse de Poli, son équivalent côté gauche qui prend peu de risques en restant la plupart du temps à hauteur de Stankovic -peut-être aussi pour tenter de faire sortir Diarra et libérer Sneijder…-, Zanetti évolue dans le camp marseillais. Son équipe étant en surnombre dans sa moitié de terrain -à six contre quatre ou cinq Marseillais-, l’Argentin s’installe dans les 40 mètres de l’OM pour offrir une solution supplémentaire à celles offertes par Milito -en pivot ou en profondeur-, Forlan -excentré- ou Sneijder. Intelligemment, il s’excentre dans le couloir droit, entre un Ayew -haut pour faire face à Maicon- et un Morel bas -car aligné avec sa défense en raison des déplacements de Forlan et Milito dans sa zone (en orange)-.

Une fois servi, Zanetti forme un triangle avec Forlan et Maicon, qui monte aussitôt en soutien. L’ensemble crée un trois contre deux dans le couloir en faveur des Milanais. Les Marseillais doivent alors se résoudre à envoyer un milieu axial -Mbia- pour venir faire le nombre (en rouge). Coulissant avec lui, le second milieu axial -Diarra- laisse alors des espaces dans son dos. Présent dans la zone, Sneijder peut en profiter mais ce sont surtout les joueurs venus de l’arrière -Poli, Stankovic, Nagatomo- qui sont intéressants à suivre, car lancés face à un bloc marseillais mis sur le reculoir. Milito décroche aussi à hauteur des milieux marseillais pour combiner et aboutir à des décalages côté gauche. Malheureusement pour l’Inter, si les débordements côté droit débouchent sur deux grosses occasions, les retours à l’intérieur du terrain ne sont jamais convertis en balle de but,  la faute notamment à un Sneijder peu inspiré.

Autre problème pour les Milanais : la fragilité de leur défense centrale ne leur permet pas de se livrer totalement dans le camp adverse. Ainsi, lorsque Stankovic et Poli montent pour offrir des solutions dans l’axe, Zanetti reste en couverture devant la défense. A l’inverse, quand c’est Zanetti qui doit apporter offensivement, les deux autres milieux de terrain milanais restent en retrait et laissent Nagatomo monter pour animer le couloir gauche.

Pas de pressing ? L’OM prend le contrôle :

Malgré sa très bonne entame de match, l’Inter ne parvient pas à accompagner ses occasions de but d’un véritable pressing dans le camp marseillais. En cause là encore, la fragilité de la défense centrale qui doit être protégée mais aussi, et surtout, l’incapacité du trio offensif à former un premier rideau efficace pour perturber la relance marseillaise –à la manière du Milan AC face à Arsenal-. Derrière Forlan et Milito, Sneijder a du mal à se positionner en phase défensive, se retrouvant parfois sur Diarra et Mbia, parfois côté gauche pour couvrir les montées de Azpilicueta.

Toujours entre-deux, Sneijder finit par ne marquer personne. Désaxé côté gauche, ses sorties au pressing sur Diarra ou Mbia se font toujours à contre-temps, laissant le champ nécessaire aux milieux marseillais pour libérer les ballons sans difficulté. Face à un bloc milanais organisé en 4+3 dans sa moitié de terrain, les Phocéens cherchent à créer du jeu sur les côtés. En première mi-temps, la possession de balle marseillaise penche à droite avec le triangle formé par Amalfitano, Valbuena et Azpilicueta. Aucun attaquant ne revenant défendre côté intériste, c’est Poli qui doit aller aider Nagatomo pour fermer le couloir. A trois contre deux, les Marseillais trouvent plusieurs positions de débordements et de centres mais la défense intériste reste maître dans sa surface de réparation, malgré la présence de Ayew et Rémy. Mais le surnombre permet surtout de maîtriser le ballon et de passer le temps pour les Marseillais, avant ensuite de le ressortir dans l’axe avec Diarra et Mbia. Les deux milieux marseillais participent ainsi à l’effort de conservation, obligeant aussi Sneijder à redescendre dans leur zone et coupant donc le principal relais vers Milito et Forlan restés aux avants-postes.

L’OM poursuit dans ce schéma durant le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps. Après avoir penché à droite, l’OM tente de procéder de la même façon sur l’aile gauche, toujours grâce à l’apport de Valbuena pour suppléer la paire Ayew-Morel dans le couloir. A ce moment de la partie, ce sont les Phocéens qui imposent le tempo de la rencontre : l’Inter subit la possession de balle de son adversaire et n’est presque plus dangereux. Mais un changement tactique de Ranieri va redynamiser le rythme de la partie…

L’Inter détruit le projet marseillais :

Les deux premiers changements interviennent dès l’heure de jeu : Forlan et Sneijder sortent au profit de Pazzini et Obi. D’un 4-3-1-2 déséquilibré, l’Inter passe en 4-4-2 et place deux joueurs (Obi à gauche, Zanetti à droite) dans les zones où se formaient les triangles marseillais qui travaillaient pour la conservation du ballon. Ils exploseront durant la dernière demi-heure, chiffres à l’appui : durant le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps, l’OM a déjà réalisé 60% des passes effectuées sur tout le second acte.

Ne subissant plus les triangles marseillais sur les ailes, l’Inter peut enfin agir en véritable bloc dans sa moitié de terrain. Le nouveau projet de jeu est simple mais se montre très efficace. L’Inter ferme les couloirs et essaie ensuite de jouer le plus directement possible vers ses attaquants -Pazzini et Milito-, notamment en passant par Stankovic dans l’axe. L’OM tenant jusqu’ici le ballon grâce aux apports de ses latéraux sur les ailes -pour former les triangles-, les deux hommes multiplient les appels dans leurs dos pour exploiter les espaces. Tout se joue ensuite sur les duels face aux défenseurs centraux marseillais en couverture, puis face aux milieux défensifs venus les soutenir. En clair, s’ils veulent marquer, Pazzini et Milito sont condamnés à l’exploit… Mais quelques coups de pied arrêtés peuvent aussi suffire pour débloquer une telle situation. Coups-francs et corners dangereux se multiplient et, sur l’un d’entre eux, Milito remet les deux équipes à égalité au cumul des deux matchs.

Intervenue une minute plus tôt, l’entrée en jeu de Cambiasso crée un nouveau problème pour les Marseillais. Remplaçant poste pour poste de Poli (18), l’Argentin n’hésite pas à sortir de la ligne des milieux milanais pour aller mettre la pression sur la paire Diarra-Mbia. Dans ce cas, Stankovic reçoit le concours de Zanetti qui resserre dans l’axe pour couvrir les montées de leur partenaire. A plusieurs reprises, Cambiasso passe tout près de récupérer des ballons dangereux dans le camp marseillais. Malgré la tension et une occasion pour lui en fin de partie, la défense marseillais tient finalement le choc. Et alors que tout le monde s’attend aux prolongations, Brandao s’impose sur un long ballon face à Lucio et Samuel, envoyant l’OM en quart de finale.

Conclusion :

Sauvé à deux reprises par Mandanda en début de partie, l’OM a très bien géré son avantage pendant environ 50 minutes, construisant patiemment sur les ailes en attendant -si possible- l’ouverture. Déséquilibré par le positionnement et le volume de jeu inexistant de Sneijder, l’Inter a dû attendre l’heure de jeu pour offrir une deuxième réponse à son adversaire après un début de rencontre réussie grâce à l’influence de Zanetti côté droit. S’il n’intervient que sur un coup de pied arrêté, le but de Milito a clairement confirmé la supériorité de l’Inter durant la dernière demi-heure, symbolisée aussi par la perte de contrôle marseillaise dans l’entrejeu. Mais un élément s’est ajouté à l’équation : le but de Brandao, nouvel exemple du caractère imprévisible du football. Lyon en avait fait les frais lors d’une séance de tirs au but, Marseille en a cette fois profité. On pourrait dire qu’à ce niveau, la balance française est revenue à zéro.

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5 réponses

  1. Mr442 dit :

    J’ai trouvé la tactique marseillaise inquiétante dès l’entame du match. On jouait beaucoup trop haut et avec la possession face à une equipe qui ne souhaitait ni avoir la possession ni presser. Ca sentait le sapin en milieu de seconde periode avec une acceleration du jeu de l’inter qui reprendrait la maitrise alors meme que l’om se serait épuisé à ne pas marquer.

    Le gros prob à jouer haut c’est que l’om a offert des situations systémiques de contres en surnombre sur les ailes à l’inter. (on le voit sur le premier schéma)

    finalement on s’en sort bien. Mais l’inter aurait pu réussir l’exploit de se qualifier sans avoir la possession et sans presser alors qu’ils etaient dans l’obligation de marquer pour se qualifier.

    Ceci aurait été je pense une première en LDC. Fort heureusement la réussite etait avec nous.

  2. Alem dit :

    La charniére centrale de l’Inter FRAGILE ?! Ca fait longtemps que je ne les est pas vu jouer mais je ne pense pas qu’ils aient régressé a ce point .
    Vous ne croiyez pas que le probléme de l’Inter se situe au millieu de terrain ? Il manque de mobilité dans leur jeu aussi .

  3. Si si, ils ont régressé à ce point. La charnière centrale est incapable de jouer haut. Le problème se situe là et sur le rôle de Sneijder qui a complètement déséquilibré l’équipe en n’apportant, en plus, rien individuellement. Voilà les deux problèmes à régler pour celui qui succédera à Ranieri en fin de saison.

  4. samirheny dit :

    @ Mr 442: j’estime qu’ils ont fait le bon choix, en plaçant son quatuor offensif très haut sur le terrain, Deschamps a gêné considérablement la relance italienne, a empêché les italiens de poser le jeu et par conséquent de s’installer dans la moitié de terrain marseillaise. Si les phocéens avaient choisi d’attendre les interistes plus bas, je pense qu’ils auraient craqué au bout d’une heure de jeu.
    @ Alem: la charnière centrale a eu beaucoup de mal dans ce match et pour avoir vu l’inter souvent cette saison, je peux te certifier que ca été le cas pendant pas mal de matchs cette année, d’ailleurs le but de Brondao le confirme.
    Sinon, j’ai bien aimé la prestation de la paire Diarra-Mbia, bravo a l’OM et surtout a D.D.

  5. Tom dit :

    Je trouve moi que l’OM n’a pas su profiter de ses supériorités numériques sur les ailes pour entrer dans la surface balle au pied.

    Il y a eu un nombre incalculable de centre envoyés de loin alors que la défense de l’Inter était en place (bas) et en supériorité numérique manifeste (avec seul Remy voire Ayew avec lui à la réception). Du pain béni pour elle.

    La seule occasion dangereuse survenue sur ce type d’action l’a été lorsque Remy a pu recevoir un centre :
    1. dans le dos des défenseurs
    2. avec seuls Maicon et un défenseur central (je ne sais plus lequel) présents

    Pourquoi l’OM n’a-til pas plus cherché à profiter de la faiblesse de la défense dans les duels à terre (Nagatomo prenait le bouillon et la charnière centrale était lente) pour porter le danger ?

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