Inter Milan 2-1 Fiorentina, l’analyse tactique

En milieu de semaine, la Serie A nous a offert une très belle affiche entre deux équipes ambitieuses cette saison. D’un côté, l’Inter de Mazzarri, en pleine reconstruction ; de l’autre la Fiorentina de Montella, qui vise le podium en affichant en plus un visage séduisant dans le jeu. Auteure d’un meilleur départ dans ce match, la Viola a toutefois fini par plier devant la puissance et la rigueur intériste.

Au coup d’envoi, aucun absent n’est à signaler chez les Nerazzurri. Sans surprise, c’est un système à trois défenseurs que l’on retrouve à Milan, comme dans toutes les précédentes expériences de Mazzarri (Handanovic – Jonathan, Campagnaro, Ranocchia, Juan Jesus, Nagatomo – Guarin, Cambiasso, Taïder – Alvarez, Palacio).

Côté Fiorentina en revanche, Vincenzo Montella doit faire avec plusieurs forfaits d’envergure : David Pizarro, Cuadrado et Mario Gomez manquent à l’appel. Le 3-5-2 devient pour l’occasion un 4-3-3 avec Giuseppe Rossi en pointe, encadré par Matias Fernandez et Joaquin. Dans l’entrejeu, Ambrosini se retrouve devant la défense, couvrant Aquilani et Borja Valero (Neto – Tomovic, Rodriguez, Savic, Pasqual – Ambrosini – Joaquin, Aquilani, Borja Valero, Matias Fernandez – Rossi).

L’Inter attend :

Au fil des minutes, c’est une véritable opposition de style qui se met en place entre une Fiorentina qui cherche à monopoliser le ballon et un Inter plus intéressé par les espaces, qu’ils soient à fermer ou à exploiter. Pour exemple, les deux attaquants intéristes, Palacio et Alvarez, ne vont pas chercher la relance adverse : dès que le ballon est perdu, il se replacent au niveau du rond central, à hauteur de Ambrosini, et restent dans la zone de ce dernier au fil de l’attaque adverse.

En deuxième ligne, Guarin et Taïder encadrent Cambiasso devant la défense et sont chargés d’aller au pressing face à Borja Valero et Aquilani. Les trois hommes réagissent en fonction de l’animation du milieu florentin.

En début de partie, Guarin va chercher Borja Valero jusque dans sa moitié de terrain.

En début de partie, Guarin va chercher Borja Valero jusque dans sa moitié de terrain. Ici, Palacio reste à proximité d’Ambrosini, Alvarez recule afin de couvrir Guarin si celui-ci est dépassé. De l’autre côté, Aquilani se retrouve entre Taïder et Cambiasso.

En début de partie, le jeu de la Viola passe par le côté gauche et les déplacements de Borja Valero. L’Espagnol est obligé de s’excentrer pour sortir de la « zone-press » de Guarin. S’il tente de revenir dans l’axe, il se heurte à la paire Alvarez-Palacio, qui coupe la relation vers Ambrosini, enfermant l’attaque florentine sur un demi-terrain.

Quand Borja Valero prend en main l’animation du jeu, le second relayeur (Aquilani) monte d’un cran afin d’évoluer quasiment en tant que deuxième attaquant derrière Rossi. Afin d’éviter à Taïder de reculer, et donc de quitter sa position côté gauche, Cambiasso se charge de gérer les montées du milieu italien qui ne peut être trouvé au coeur du bloc intériste. Ce travail de Cambiasso sur Aquilani est primordial puisqu’il permet à Taïder de rester en position et de protéger Nagatomo des un-contre-un face à Joaquin.

La Fiorentina prend le ballon :

Après quelques minutes d’observation, la Fiorentina prend l’avantage en s’ajustant au milieu de terrain. Borja Valero quitte ainsi sa position côté gauche pour désormais travailler sur toute la largeur du terrain, et notamment aller exploiter les espaces côté droit. Puisque Taïder doit aider Nagatomo face à Joaquin, il ne peut sortir au pressing comme le fait Guarin côté gauche.

Borja Valero trouve ainsi des espaces pour s’exprimer à droite, rejoint  par Matias Fernandez. Le Chilien abandonne lui aussi son aile  pour tenter d’offrir des solutions. Rossi en fait de même, tout comme Aquilani qui continue de se déplacer verticalement.

Borja Valero et Matias Fernandez abandonnent le côté droit

Borja Valero et Matias Fernandez abandonnent le côté gauche pour lancer les mouvements à droite. Devant eux, Aquilani, Joaquin et Tomovic souvent couverts par Cambiasso, Nagatomo et Taïder. Côté opposé, Pasqual est totalement seul… Mais difficile à trouver en raison de la position de Alvarez et Palacio.

Un exemple du travail tactique de l'Inter loin de ses buts :

Un exemple du travail tactique de l’Inter loin de ses buts : Guarin est sorti au pressing sur Borja Valero. Alvarez coupe la passe à destination d’Ambrosini. Palacio est prêt à couvrir en cas de passe lobée de l’Espagnol. Cambiasso est lui prêt à sortir au pressing sur Aquilani qui offre une solution dans le rond central. Résultat, la passe vers Savic semble la seule « facile ».

Une dernière vignette sur le rôle primordial de Cambiasso :

Une dernière vignette sur le rôle primordial de Cambiasso : l’Argentin doit à la fois compenser les sorties de ses défenseurs, mais aussi couvrir l’espace devant le bloc lorsque ces attaquants sont battus. Ici, il sort sur Borja Valero alors que Matias Fernandez réussit à le trouver dans l’espace entre Guarin et Alvarez (toujours à proximité d’Ambrosini).

Tous ces mouvements font évidemment pencher le jeu de la Fiorentina côté droit, ne laissant que le seul Pasqual pour exploiter les ballons qui arriveraient jusqu’à lui de l’autre côté du terrain. Mais c’est là la grande force de l’Inter Milan : bloquer l’attaque adverse sur un demi-terrain.

Le piège intériste :

Alvarez et Palacio isolent Ambrosini, le milieu le plus reculé, et jaillissent sur tous les joueurs qui tenteraient de passer par leur zone avec le ballon. Un travail qui rappelle évidemment celui effectué par Hamsik ou Cavani lorsque le Napoli de Mazzarri évoluait en 3-4-3. En bloquant cette solution en retrait, l’Inter oblige son adversaire à attaquer rapidement (courses offensives des milieux de terrain), ou à passer « dans la nasse » où il subit la pression des milieux (Guarin, Cambiasso en tête).

Sitôt le ballon gagné dans cette zone, ou bien par les attaquants, l’Inter se projette ensuite très vite en contre-attaque. S’ils ne se chargent pas de la remontée de balle, Alvarez et Palacio font des appels dans le dos des latéraux adverses. Ils sont ensuite vite rejoints par Guarin et les latéraux, qui sortent si le ballon remonte de leur côté. En première mi-temps, le jeu de l’Inter a largement penché à droite grâce aux courses de Guarin et Alvarez.

Une fois dans le camp adverse, Cambiasso se joint aux attaques, laissant Taïder à l’orientation du jeu à 40 mètres des buts adverses. Nagatomo rejoint aussi ses partenaires pour animer l’aile gauche. Excepté en contre-attaque, l’Inter doit faire face à la pression florentine durant la première demi-heure : Que ce soit Borja Valero, Matias Fernandez ou Aquilani, les milieux de la Viola accompagnent Rossi au pressing et forcent la relance longue. A la retombée, Savic et Rodriguez prennent l’avantage sur Alvarez et Palacio.

Seul joueur capable de donner du rythme à l’Inter sur attaque placée, Hugo Campagnaro. Toujours aussi sous-estimé, l’Argentin est capable de dépasser sa fonction de stoppeur droit pour traverser les lignes adverses, profitant de l’espace accordé par la Fiorentina une fois celle-ci regroupée dans sa moitié de terrain. Sa capacité à suivre les actions en plus de les laisser lui permet d’être à l’origine des plus beaux mouvements de l’Inter en première mi-temps.

La Fio ne parvient pas à placer ses attaques :

Si la Fiorentina a atteint son premier objectif en prenant possession du ballon et du milieu de terrain, elle souffre pour trouver des espaces dans les 30 derniers mètres. Les milieux manquent de puissance pour prendre le dessus sur leur vis-à-vis et les rares combinaisons lancées devant la défense milanaise n’aboutissent pas, tout comme les tentatives excentrées (Tomovic qui dédouble Joaquin), la faute à la supériorité athlétique de l’Inter.

L'Inter en place dans sa moitié de terrain :

L’Inter en place dans sa moitié de terrain : les changements de zone de Matias Fernandez ou Borja Valero ne perturbent pas le bloc grâce à la participation défensive de Alvarez et Palacio. A noter aussi le travail de Campagnaro qui, comme Juan Jesus de l’autre côté, sort de l’alignement défensif quand il faut couvrir Guarin, sorti une ligne plus haut.

Au final, c’est sur attaque rapide que la Viola se montre dangereuse. Un comble au vu de sa domination en terme de possession de balle. A ce petit jeu, c’est évidemment Joaquin qui est dans tous les bons coups. Dès que le Valencien est servi dans le dos de Taïder, il est en mesure de faire la différence en attaquant Nagatomo et le reste de la défense intériste.

A l’approche de la demi-heure de jeu, la domination florentine s’étiole et la possession de balle s’équilibre entre les deux formations. En phase défensive, la Viola attend son adversaire en 4-1-4-1. Borja Valero et Aquilani défendent face aux incursions de Guarin, Cambiasso ou Taïder tandis que les ailiers viennent fermer les couloirs face aux montées des latéraux. La pause arrive et le score est toujours de 0-0. Logique mais une question se pose : la Viola peut-elle reprendre le jeu en main après la pause ?

La réponse arrive vite : non, la Fiorentina ne reprend pas le même pressing qu’en première mi-temps. En revanche, elle trouve enfin la faille dans le 5-3-2 adverse grâce à une relance allant de la droite (Rodriguez) vers la gauche (Marcos Alonso, remplaçant de Pasqual) en passant par Borja Valero au milieu de terrain. Un circuit loin d’être anodin puisqu’il est passé entre Palacio-Alvarez, permettant au latéral gauche d’arriver lancé dans son couloir et de dépasser Guarin. La défense doit rapidement réagir et couvrir sa surface de réparation. Au second poteau, Juan Jesus est pris de vitesse par Joaquin. Penalty, 1-0 pour la Viola.

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A l’origine du penalty obtenu par Joaquin, deux passes qui brisent les lignes de l’Inter : d’abord Rodriguez pour Borja Valero, qui se déplace de la droite vers la gauche sur cette action, pour ensuite jouer dans l’espace entre Guarin et Jonathan pour lancer Marcos Alonso.

L’Inter aux forceps :

Nous sommes à l’heure de jeu et il est difficile d’imaginer l’Inter revenir dans la partie. Des deux côtés, le repli est très efficace et les deux formations semblent en mesure de neutraliser les attaques adverses. A l’heure de jeu, Mazzarri dégaine son premier remplaçant : Kovacic remplace Taïder et apporte une présence supplémentaire devant, laissant Cambiasso devant la défense.

Mais le vrai changement intervient quelques minutes plus tard avec l’entrée en jeu de Icardi à la place de Guarin. L’ancien attaquant de la Sampdoria prend place aux côtés de Palacio en attaque, renvoyant Alvarez en position d’axial gauche au milieu de terrain. Derrière, les Intéristes prennent aussi plus de responsabilités : Campagnaro et Juan Jesus profitent du recul des milieux adverses pour porter le ballon jusque dans les 40 derniers mètres.

Ils permettent ainsi de fixer la première ligne de la Viola avant d’envoyer le jeu vers Kovacic ou Alvarez pour organiser les offensives. Et l’Argentin fait très mal sur l’aile gauche : demandant le ballon en position excentrée, il est souvent « oublié » par Aquilani et peut aller provoquer Tomovic. Preuve de son efficacité, il obtient le corner aboutissant à l’égalisation de Cambiasso… et donne le ballon de la victoire à Jonathan en fin de partie.

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L’Inter pousse pour revenir au score. L’ensemble du bloc évolue plus haut (Juan Jesus et Nagatomo dans le camp adverse) : Cambiasso se joint à Icardi et Palacio alors que Alvarez s’excentr côté gauche pour provoquer face à Tomovic.

La Fiorentina a beau pousser dans le final, l’Inter tient le choc dans les dernières minutes : Alvaro Pereira entre pour renforcer le côté gauche défensivement derrière Alvarez, faisant glisser Nagatomo à droite.

Conclusion :

Les trois points sont tout simplement revenus à l’équipe la plus constante sur 90 minutes de jeu. A défaut d’un long temps fort de domination, l’Inter n’a pas connu de temps faible dans ce match, s’accrochant à son plan de jeu basé sur une solidarité défensive sans faille et des fulgurances en attaque. Une formule qui a déjà réussi à Mazzarri au Napoli.

La Fiorentina a elle payé son incapacité à faire fructifier son temps fort en début de partie. Privée de plan B sur son banc de touche, la faute aux trois absences importantes, la Viola n’a pu mettre en place son jeu dans les petits périmètres à cause de la puissance et de la force du nombre de l’Inter en défense. L’absence de David Pizarro, plus mobile et doté d’une plus large palette de passes qu’Ambrosini, a pesé lourd : le Chilien aurait certainement pu permettre à son équipe de mieux utiliser la largeur pour faire courir les milieux adverses.

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