Inter 0-2 Atletico Madrid : Dejan Stankovic entre deux chaises

Un peu à la surprise générale, du moins pour ceux qui n’ont pas vu la rencontre, l’Atletico Madrid a remporté la Supercoupe d’Europe face à l’Inter Milan. Après avoir passé la première mi-temps sans difficulté majeure, les Madrilènes ont profité de la baisse de régime progressive de leurs adversaires pour les punir peu après l’heure de jeu avant de les achever dans les dix dernières minutes. Un facteur a particulièrement retenu mon attention sur ce match : le positionnement hybride de Dejan Stankovic.

Sur le tableau noir :

Ci-dessus, vous pouvez découvrir les deux équipes telles que l’on nous les présente à une heure du coup d’envoi (sur le site de l’UEFA). L’Atletico est dans son classique 4-4-2 avec des ailiers inversés (Simao à gauche, Reyes à droite) et sa paire Assunçao/Raul Garcia devant la défense. Côté Milan, on distingue clairement trois lignes : la défensive, le milieu à trois (Stankovic, Zanetti, Cambiasso de droite à gauche) et les trois offensifs (Sneijder, Milito et Eto’o).

Avec le ballon :

Comme la saison dernière, Sneijder et Milito font la paire dans l’axe. En revanche, Eto’o quitte son aile droite pour animer le flanc gauche devant un Chivu plutôt défensif. Du coup sur le tableau, c’est le désert à droite. La tâche d’animer ce couloir incombe au duo Stankovic/Maicon. Le premier, naturellement attiré vers l’intérieur, doit suivre les offensives de l’Inter, laissant à la paire Cambiasso/Zanetti le soin de compenser (voir ci-dessus). Le second a pour rôle d’animer l’aile, que ce soit par des tentatives en solitaire ou grâce à des décalages crées par ses partenaires.

Si l’on devait simplifier, les offensives de l’Inter pourraient se résumer aux dribbles de Eto’o sur l’aile gauche, à ceux de Maicon à droite et à la relation Sneijder/Milito (inexistante grâce à un Assunçao des grands soirs). Concernant la dernière, on sent d’ailleurs que le positionnement haut et axial de Stankovic lorsqu’il a le ballon est là pour offrir une solution alternative dans l’axe. Mais le repli de Raul Garcia est très efficace. Et sur le côté, Simao abat un très gros travail pour fermer un maximum le couloir à Maicon.

Résultat, le 4-3-2-1 transformé en 4-2-3-1 de l’Inter en phase offensive ne pose aucun problème aux Madrilènes. Le travail défensif de Simao et Reyes suffit pour éviter les surnombres et l’Atletico fait front sans trembler avec ses deux lignes de quatre joueurs derrière Aguero et Forlan. Incapable d’être dangereux, l’Inter se met en plus en danger à chaque fois qu’il se retrouve sur le reculoir, lorsqu’il doit passer de la phase de pressing à la phase défensive.

L’Inter presse :

Au cours de la première période, l’Inter Milan va s’offrir plusieurs phases de domination dans le camp adverse. Paradoxalement, ces temps forts se caractériseront surtout par une mise sous pression constante de la relance madrilène. Ce n’est pas très compliqué à expliquer : le 4-2-3-1 de la phase offensive (avec Stankovic à droite) ne se replie pas. Eto’o, Sneijder, Milito et Stankovic forment ainsi une ligne de quatre très haute dans le camp adverse.

Le reste du bloc suit : Zanetti et Cambiasso sont prêts à jaillir sur les relances plein axe et les deux latéraux (Chivu et Maicon) serrent de très près leurs adversaires directs (Simao et Reyes) pour limiter les possibilités de jeu à trois avec le milieu axial et le latéral. Du coup, l’Atletico s’est contenté pendant plusieurs minutes de balancer à l’aveugle vers Forlan et Aguero. Mais malheureusement pour eux, les Milanais n’ont pas eu la capacité de tenir un tel pressing pendant toute la rencontre. Et la gestion des temps faibles obligeant à un repli défensif s’est avérée catastrophique.

Le problème du repli :

Benitez avait pourtant bien préparé son match. Sur le côté droit de sa défense, il devait négocier avec les rentrées à l’intérieur de Simao, l’apport offensif vertical de Raul Garcia et les déplacements imprévisibles d’Aguero et Forlan. Difficile de négocier cela avec seulement trois joueurs (liés en bleu, Lucio, Zanetti, Maicon). Et ça, c’était lorsque Reyes ne tentait pas de rentrer sur son pied gauche pour envoyer une diagonale dans la foulée. Du coup, le replacement de Stankovic aux côtés de Zanetti offrait une solution intéressante pour densifier la première ligne défensive et éviter les risques d’infériorité numérique lorsque Raul Garcia et Simao se décidait à combiner dans cette zone du terrain.

Sur le papier, l’Inter avait mis ce qu’il fallait sur son côté pour contrer les offensifs de l’Atletico. Seul hic, avec un Stankovic replié, plus personne n’était en mesure d’empêcher les montées du latéral, Alvaro Dominguez. Et le gaucher s’est régalé en apportant régulièrement son soutien à sa ligne des milieux de terrain, souvent servi après une série de dribbles et un renversement de jeu de Reyes depuis son côté droit d’ailleurs. Arrivé lancé, il n’avait plus qu’à choisir sa solution : Aguero, Raul Garcia, Simao ou Forlan à choisir en évitant Maicon, Zanetti, Stankovic et Lucio. Si vous avez compté, ça fait un cinq contre quatre pour l’Atletico en comptant le porteur du ballon.

Pour éviter cela, il aurait fallu que Benitez conserve une présence permanente sur son aile droite. De l’autre côté, le seul positionnement de Eto’o a suffi pour brider offensivement Ujfalusi pendant une bonne partie de la rencontre : on ne se livre pas avec une telle menace dans son dos. Un Milito excentré côté droit aurait par exemple pu calmer l’allant offensif de Dominguez, il aurait suffi d’une ou deux balles dans l’espace pour l’Argentin pour que Quique Flores modifie son schéma. Il n’en a rien été et l’Atletico a pu se régaler d’une aile à l’autre pendant une bonne partie de la rencontre. Avec le résultat que l’on sait.

A l’arrivée, s’il a permis aux Milanais de mettre facilement la pression sur l’Atletico pendant plusieurs périodes fortes, le positionnement entre deux de Stankovic a coûté cher lorsque l’Atletico tenait le ballon. L’absence de compensation sur l’aile droite a ouvert le couloir à Alvaro Dominguez qui, par ses montées sans adversaire direct, a permis au bloc madrilène d’évoluer plus haut et de poser des problèmes à la défense intériste. Des questions sur cet article ? Commentez et j’y répondrai !

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3 réponses

  1. Erwann dit :

    Excellent site. J’y passe assez régulièrement mais avais souvent la flemme de commenter ; je vais essayer de faire plus d’efforts afin d’encourager cette initiative fort bienvenue de « Zonal Marking » à la française.

    Sur ce match, j’ai du mal à comprendre pourquoi Benitez a préféré ce schéma hybride au 4-2-3-1 « mourinhesque ».
    L’entraîneur intériste voulait couper les transmissions vers Aguero et Forlan… Mais mathématiquement, un trio Zanetti-Cambiasso-Sneijder était potentiellement capable d’étouffer le duo Raul Garcia-Assunçao ; tandis qu’avec l’aide, encore une fois, de Zanetti et Cambiasso, les latéraux pouvaient parfaitement bloquer le jeu des ailiers adverses.

    Bref, je pense qu’un système un peu plus rigide concernant les positions des joueurs aurait tout aussi bien permis un pressing efficace aux nerazzuri, tandis que ce schéma-là demandait une débauche d’énergie et une concentration pas forcément encore au point en ce début de saison.

  2. Guess dit :

    Une question: Si l’on cache la tête des joueurs et que l’on n’a aucun signes distinctifs de l’équipe, du stade, mais juste le jeu en soi même,

    comment évaluer le niveau d’un joueur ? car souvent on est influencé; mais genre comment évaluer si le niveau est digne de Ligue 2, Ligue 1 ou plus,

    si on regarde un match ou l’on connait pas les équipes, ni aucuns joueurs ?

    genre un match du brésil ou du portugal, je vois un mec mettre une pleine lucarne parfaite digne de Gerrard.

    Pourquoi alors n’est-il pas plus reconnu ? que ne fait-il pas ?

  3. @Erwann, merci pour la comparaison avec Zonal Marking. C’est la référence :) En même temps, on n’est pas beaucoup dans ce créneau je crois. Concernant le match, difficile d’expliquer ce choix de Benitez pour ce schéma sans doute trop ambitieux en effet pour un début de saison. L’Inter a d’ailleurs du mal et l’a confirmé en championnat. M’est avis que ça va se mettre doucement en place. Espérons pour Benitez en tout cas.

    @Guess, tu touches là l’un des points qui fait, à mon avis, qu’une carrière de footballeur ne tient à rien ou presque. A mon avis, le joueur est vu comme « au-dessus du lot » lorsqu’il tire ses partenaires vers le haut et bonifie l’équipe. Ca, ça se voit dans le jeu (où l’on sent l’importance d’un joueur par exemple et notamment l’impact quand il est absent).

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