Image par image : le but de Xabi Alonso face à la France

C’est l’une des questions qui est revenue le plus après le revers des Bleus face à l’Espagne : comment ont-ils pu se faire avoir sur le côté qu’ils avaient pourtant renforcé au coup d’envoi ? Si Malouda fait office de coupable idéal pour n’avoir pas suivi l’accélération de Xabi Alonso, un retour en détail sur la construction du but espagnol permet de distinguer plusieurs petites erreurs annonciatrices du décalage fatal sur le flanc droit de la défense française.

Etape 1 : l’Espagne fait circuler le ballon

Les Espagnols font tourner le ballon après l’avoir récupéré sur une mauvaise passe d’un milieu de terrain français à destination de Ribéry sur l’aile gauche (passe qui a fini en touche). Si ce dernier est à son poste sur l’aile gauche, Benzema peine à se replace après avoir fait un déplacement dans sa zone pour lui proposer une solution sur la possession française précédente. Son absence dans l’axe se fait sentir puisque Busquets se retrouve sans adversaire direct dans le camp français alors qu’il s’apprête à recevoir le ballon. Devant lui néanmoins, les Bleus sont bien en place, marquant les trois créateurs (Iniesta face à Cabaye, Xavi face à M’Vila et Xabi Alonso face à Malouda). A droite, Debuchy est lui toujours au marquage de Jordi Alba. Derrière, la défense française est en place, prête à jaillir en cas de transmission à destination de Fabregas ou de Silva, en position de deuxième attaquant. A noter la position avancée de Réveillère, sans doute pour sortir sur Iniesta au cas où ce dernier tente d’effacer Cabaye dans l’entrejeu.

Etape 2 : l’Espagne libère un créateur

Une fois servi, Busquets a libéré le ballon pour Xavi dans le rond central. Benzema n’étant toujours pas revenu dans l’axe, le milieu à trois français coulisse face à la circulation de balle adverse : Cabaye se retrouve face à Busquets, M’Vila face Xavi et Malouda est toujours sur Xabi Alonso. En bas de l’image, Debuchy ne lâche pas Jordi Alba, respectant sans doute les consignes de son sélectionneur (marquage individuel). Conséquence, Iniesta se retrouve libre de tout marquage sur la même ligne que ses partenaires du Barça. Chargé de ne pas lâcher le Barcelonais lorsque Cabaye n’est plus dans sa zone ou sort à la pointe du pressing, Réveillère se retrouve pris entre deux adversaires : Iniesta donc, et Silva qui est passé dans le dos de Rami qui ne se soucie pas du déplacement du Mancunien.

Etape 3 : Silva pèse, sans toucher le ballon

Préférant la prudence, et comptant sur la réaction de Cabaye, Réveillère décide de laisser venir Iniesta, présent dans sa zone. Un choix qui peut paraître logique au vu du bon retour du milieu de terrain lillois, qui semble repousser correctement le Barcelonais vers l’aile gauche. En bas de l’image, Debuchy est toujours concentré sur le déplacement de Jordi Alba sur l’aile gauche. Le véritable problème sur ce troisième arrêt sur image réside dans les rôles de Réveillère et Rami : les deux sont attirés par le positionnement de Silva, qui semble proposer un appui à Iniesta. Résultat, un intervalle se crée entre Réveillère et Debuchy, suffisant pour permettre à Iniesta de glisser le ballon dans la profondeur à son latéral gauche. A noter que dans l’entrejeu, Xabi Alonso est toujours dans zone de Malouda et Xavi est dans celle de M’Vila. C’est à partir du moment où Iniesta lance Jordi Alba que Xabi Alonso place le fameux démarrage non-suivi par Malouda.

Etape 4 : La défense française prise de vitesse

A ce moment de l’action, le mal est déjà fait. Debuchy est battu par la pointe de vitesse de Jordi Alba et Réveillère paye les quelques mètres de retard pris alors qu’il s’intéressait à Silva pour pouvoir contrer le centre du Valencien. Aspiré lui aussi par le déplacement de Silva, Rami est mis complètement hors de position et se retrouve largement battu. Dans l’axe, Clichy et Koscielny, qui suivent Fabregas depuis le début de l’accélération espagnole, sont tous les deux aspirés au premier poteau. La suite est déjà connue : aucun des milieux de terrain à l’opposée de l’action n’a fait l’effort pour tenter d’arrêter Xabi Alonso qui place une tête imparable au second poteau.

Etape 5 : Fin de l’histoire

Rien à dire sur cette image si ce n’est qu’il s’agit d’une finition d’école : renvoyer le ballon d’où il vient. Au bout du compte, si l’erreur la plus grossière est pour Malouda, ce but est la résultante d’une multitude de petites erreurs de l’ensemble du collectif français : entre le non-effort défensif de Benzema et le duel perdu par Debuchy, il ne faut pas oublier l’erreur du duo Réveillère-Rami, incapable de gérer correctement la présence de Silva dans ce coin du terrain. Et ce n’est pas un hasard puisque les Français n’ont certainement pas dû travailler une situation comme celle-là puisque l’Espagne n’avait quasiment jamais eu deux joueurs (Silva et Fabregas) sur la même ligne et devant la défense. Et c’est la même chose d’ailleurs pour Xabi Alonso, qui n’avait jamais suivi une action comme il a suivi celle-ci samedi soir.


Vous aimerez aussi...

6 réponses

  1. Ced dit :

    En direct, les 2 choses qui m’ont marqué c’est bien sur l’absence de repli de Malouda, et Rami qui est complètement dépassé sur cette passe en profondeur. Intéressant car permet de voir que Benzema n’a pas fait le travail sur cette mise en place de phase offensive.
    Pour Debuchy, il perd son duel, mais ce n’est pas pour moi quelque chose qu’on peut incriminer, le foot est fait de duel, et heureusement que le joueur attaquant passe des fois.

  2. Sur ce match, la tactique défensive Française a été inutile étant donné les distances du trio du milieu face à celui des Espagnols comme le montre la photo numéro 1 ! C’est ce qui a pêché, on improvise pas une organisation de jeu, on la travaille, cela n’a pas été le cas.

  3. Jack-Mess dit :

    Moi ce qui me perturbe là-dessus c’est Clichy, pourquoi s’occuper autant de Fàbragas alors que Koscielny est sur lui ? Un Clichy un petit peu plus éloigné aurait vu arriver Xabi Alonso au moment du décalage sur Alba. Autrement, sur l’action, le manque de vivacité de Rami s’est encore fait sentir, je milite depuis un moment pour une charnière Koscielny-Mexes (ou Varane)qui serait plus mobile je pense.

    Bref, le jeu sans ballon existe aussi, après l’analyse que tu avais faite sur le Barça voilà celle-ci où Silva et Fàbregas (1m70 et 1m80 je crois)occupent 4 défenseurs et permettent à deux de leurs partenaires d’arriver lancer sans opposition (Alba et Alonso).

  4. Free dit :

    Moi aussi je suis surpri par Clichy. Pourquoi continuer à suivre Fabregas? et ouvrir ainsi tout le second poteau?

    Autre question : La video est cruelle pour Malouda, mais le son? Est ce quelqu’un a alerté les defenseurs de la monter de xavi-alonso? Cela parais tellement enorme cette action

  5. Nimbus dit :

    Bravo pour cette analyse détaillée. Mais ne faut-il pas aussi noter que Mathieu Debuchy ne démarre pas en même temps que Alba? Il attend la passe pour se décider à courir.
    Évidemment, les Espagnols ont de la chance car sans la glissade de Mathieu, il est peu vraisemblable que la balle soit si bien centrée vers Xabi Alonso.

  6. niko dit :

    On peut mettre autant de défenseurs que l’on veut, s’ils accumulent les erreurs tactiques de base (placement notamment), on ne peut rien espérer face à de très grands joueurs qui sont tactiquement au point… Ca peut marcher face au Pays de Galles ou à l’Islande (et encore) mais pas plus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *