Hommage tactique à : l’Uruguay

Oui, je le sais : ils ne sont pas encore éliminés et alors ? Qu’est-ce qui m’empêcherait de rendre déjà hommage au parcours de l’Uruguay, demi-finaliste surprise de ce Mondial 2010. Je vois déjà certains me balancer qu’ils ne devraient pas être au rendez-vous après ce qu’il s’est passé face au Ghana : vous n’avez qu’à vous en prendre qu’à Gyan. Bref, l’Uruguay est dans le top 4 de ce Mondial et ce n’est absolument pas dû au hasard. Car si on en fait beaucoup autour du collectif allemand, celui mis en place par Tabarez est exceptionnel vu la différence du réservoir de talent mis à sa disposition.

Concrètement, l’Uruguay 2010 c’est quoi ? Les Français qui ne sont pas allés plus loin que le France-Uruguay du 11 juin ont le souvenir d’une équipe extrêmement défensive. Ce jour-là, Tabarez avait fait le choix d’aligner trois défenseurs centraux, soutenus par deux latéraux et deux milieux axiaux en phase défensive ; tous était loin, très loin du duo Forlan/Suarez chargé d’abattre tout le travail offensif en attendant la remontée du bloc et la participation des deux joueurs de couloir aux mouvements offensifs. Cet Uruguay-là, oubliez-le : ce n’est pas celui qui a qualifié l’Uruguay pour les huitièmes, les quarts et les demis de la compétition.

NB  : Il ne serait pas étonnant de le voir à nouveau ce soir face aux Pays-Bas : l’absence de Fucile pour tenir le flanc gauche de la défense entraînerait le replacement d’Alvaro Pereira à un poste plus défensif. Or, dans ce rôle, le latéral de Porto est plus à l’aise dans un schéma à trois défenseurs centraux. Le retour de blessure de Godin pourrait permettre à Tabarez de relancer ce schéma.

De toute façon, qu’il joue à deux ou trois défenseurs centraux, l’Uruguay ne change pas sa manière de jouer. La Celeste se repose avant tout sur un bloc défensif extrêmement compact dans ses 30 derniers mètres : un projet qui peut d’ailleurs rappeler par moments celui de l’Allemagne. Comme la Mannschaft et l’Inter Milan, l’Uruguay a son six majeur regroupé autour de sa surface de réparation et dont le boulot est de limiter au maximum les espaces, notamment dans l’axe entre la ligne des milieux et celle des défenseurs.

Petit plus sud-américain, les ailiers participent aussi énormément à l’effort défensif : Cavani et Alvaro Pereira (ou Fernandez ou Lodeiro) abattent un boulot monstre pour soutenir leurs latéraux. Ils évitent ainsi aux deux milieux défensifs que sont Diego Perez et Arevalo Rios de s’éparpiller sur toute la largeur du terrain pour aller compenser sur les côtés. Les deux hommes restent plantés devant leur défense centrale et ont pour ordre de ne rien laisser passer. Coûte que coûte. A l’arrivée, seuls deux joueurs sont déchargés du gros du travail défensif : les deux stars, Forlan et Suarez.

Entre eux, le partage des tâches est clair est idéal. Forlan, c’est la vista, la passe juste, le véritable meneur de jeu de la Celeste. Tous les défensifs travaillent pour lui : lorsque l’Uruguay veut remonter la balle proprement, c’est Forlan qui va être sollicité. Généralement, l’attaquant de l’Atletico opère par des décrochages et des déplacements dans l’axe. Servi dans les pieds, il excelle aussi bien dans le jeu court que dans le jeu long et peut ainsi orienter le jeu uruguayen à sa guise. Et comme en plus il est intelligent…

De son côté, Suarez, c’est la fougue, la vitesse et la puissance physique. Invisible face à la France, il est monté en puissance au fil du Mondial en variant ses courses et ses appels. Pris par Gallas et Abidal (et ouais, ça remonte), il se distingue aujourd’hui en travaillant sur les ailes, souvent dans le dos des latéraux adverses. Son influence sur le jeu se ressent surtout lorsque Cavani est aussi dans le onze. De par ses courses, l’attaquant de Palerme offre une solution de passe supplémentaire à Forlan ce qui libère Suarez du marquage de certains défenseurs.

On récapitule rapidement : qu’est-ce que le projet de l’Uruguay ? Un six majeur chargé de ne rien laisser passer dans l’axe (comme l’Allemagne) et des ailiers qui redescendent très bas pour bloquer les couloirs ; un attaquant-meneur par lequel passent tous les ballons sortis proprement de derrière ; celui-ci a une solution principale, l’attaquant de pointe qui travaille sur toute la largeur et dans la profondeur ; mais aussi plusieurs solutions annexes que ce soit dans la latéralité avec un milieu gauche prudent (Alvaro Pereira/Fernandez) ou vers l’avant avec un attaquant reconverti sur le côté droit.

Bref, l’Uruguay c’est pas forcément du grand football mais c’est un collectif extrêmement bien rôdé… Et qui, je l’espère, a les moyens d’inquiéter, voire d’éliminer une formation néerlandaise qui est très loin du fond de jeu présenté lors de l’Euro 2008. A tel point qu’elle devra s’en remettre à des coups de pied arrêtés ou à un exploit individuel pour s’en sortir lors de cette demi-finale. Et oui, niveau vice cette fois, il y aura du répondant : je salive déjà rien qu’en imaginant le duel Diego Perez / Mark Van Bommel.

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