Grasshopper Zurich 0-1 Lyon, l’analyse tactique

Après un coup de pied arrêté à l’aller, c’est une contre-attaque qui a permis aux Lyonnais de valider leur qualification pour les barrages de la Ligue des Champions. Bousculés au cours du premier acte, les Lyonnais ont resserré les rangs après la pause avant de profiter des espaces offerts par des Suisses obligés de toujours plus se livrer alors que les minutes défilaient.

D’un côté comme de l’autre, les coachs ont fait le choix de la continuité pour aborder ce match retour. Sur les 22 acteurs qui avaient débuté la partie la semaine dernière, 20 étaient présents sur la pelouse. Côté lyonnais, Dabo (blessé) manquait à l’appel. Il était remplacé par Umtiti dans le couloir gauche, lui-même supplée par Koné en défense centrale (Lopes – Miguel, Bisevac, Koné, Umtiti – Malbranque, Gonalons – Lacazette, Grenier, Danic – Lisandro). Côté suisse, Michael Skibbe reconduisait l’équipe qui avait réussi à toucher deux fois les montants au match aller en changeant simplement d’attaquant de pointe (Burki – Lang, Vilotic, Grichting, Pavlovic – Salatic, Abrashi – Hajrovic, Toko, Gashi – Fletscher).

Zurich à l’attaque :

Dès les premières minutes de jeu, les Lyonnais ont adopté une attitude très attentiste face à des Suisses obligés de prendre le jeu en main pour au moins espérer arracher la prolongation. Laissant le ballon à leurs adversaires, les Gones évoluaient en 4-4-2 en phase défensive, avec un Grenier en première ligne aux côtés de Lisandro. Sur le papier, les deux hommes devaient s’opposer à la relance à trois des Grasshoppers (Salatic, Vilotic et Grichting). Sauf que Michael Skibbe a ajouté un quatrième joueur à la relance afin d’accélérer la circulation de balle et d’ouvrir des angles de passe supplémentaires : au lieu d’évoluer dans le camp lyonnais, Abrashi redescendait à hauteur de Salatic pour participer aux lancements de jeu.

Abrashi revient travailler avec Salatic et ses défenseurs pour former un 4 contre 2 face à Lisandro et Grenier. Ici,

Abrashi revient travailler avec Salatic et ses défenseurs pour former un 4 contre 2 face à Lisandro et Grenier. Ce dernier s’apprêtant à sortir sur Salatic, une passe rapide peut libérer Vilotic côté droit. Le défenseur aurait ensuite plusieurs solutions devant lui : Lang dans le couloir (comme Pavlovic qui monte dans le dos de Lacazette côté gauche) ou Hajrovic dans l’axe (dans une position similaire à celle de Gashi à hauteur de Malbranque sur la capture). Toko peut aussi s’ajouter à ces solutions.

Encadrant Grenier et Lisandro, les deux milieux de terrain suisses bénéficiaient ensuite de nombreuses solutions pour attaquer la première ligne lyonnaise et plus particulièrement le duo formé par Gonalons et Malbranque dans l’axe. Sur les côtés, les deux latéraux (Pavlovic et Lang) évoluaient très haut dans le camp lyonnais et offraient des solutions sur les extérieurs. Leurs montées permettaient à Hajrovic et Gashi de repiquer dans l’axe et de se rapprocher soit de Fletscher et Toko, soit de Salatic et Abrashi dans l’axe. Libres de se déplacer dans le coeur du jeu, les quatre offensifs des Grasshoppers posaient d’énormes problèmes en s’intercalant dans les espaces entre Malbranque et Gonalons.

Ces nombreuses solutions axiales forçaient les latéraux lyonnais à se rapprocher de Bisevac et Umtiti, ce qui libérait aussi des espaces sur les extérieurs pour Lang et Pavlovic. Oublié à plusieurs reprises par Lacazette en début de partie, Pavlovic a été le premier à se mettre en évidence en obtenant quelques coups de pied arrêtés dangereux et en faisant avertir Miguel Lopes (13e). Peu avant la mi-temps, Lang s’est lui crée la plus grosse occasion des Grasshoppers. Suite à une jolie combinaison entre ses milieux offensifs, il s’est retrouvé seul face à Lopes grâce à un appel parfait de l’aile vers l’axe (38e). Juste avant la mi-temps, il s’est à nouveau illustré en centrant pour Toko, qui a lui aussi buté sur le portier lyonnais (44e).

L'origine de l'occasion de Lang (38e).

L’origine de l’occasion de Lang (38e). Hajrovic repique dans l’axe pour rejoindre ses partenaires de l’attaque (Fletscher, Gashi et Toko en blanc) et entraîne avec lui Umtiti. En une remise, il élimine les milieux lyonnais. Gashi va ensuite ouvrir le jeu côté droit pour Lang, qui va passer devant Danic et Koné avant de finalement buter de Lopes en deux-temps.

Zurich en défense :

En se montrant à l’aise techniquement pour dépasser le milieu lyonnais, les Suisses s’évitaient les pertes de balle dangereuses qui auraient pu offrir des munitions en contre à leurs adversaires. Mieux, ils se facilitaient la tâche défensivement en ne perdant les ballons que très loin de leurs buts. L’OL devait repartir la plupart du temps de sa moitié de terrain et de ses défenseurs, permettant du coup à Zurich de mettre en place son système défensif.

En pointe, Fletscher était chargé de bloquer la relation entre Koné et Bisevac, afin de cantonner le jeu de l’OL à un seul côté du terrain. Une fois le bloc replié, il revenait défendre dans la zone de Gonalons afin de reprendre le travail laissé par Toko, chargé lui de rester au contact du milieu lyonnais sur les relances. En deuxième rideau, Salatic et Abrashi surveillaient les déplacements de Grenier et Malbranque. Le positionnement du bloc suisse dépendait en majorité de l’intensité du pressing de Abrashi et Toko derrière Fletscher.

Le travail de Fletscher entre Bisevac et Umtiti cantonne l'OL à une seule moitié du terrain. Cela facilite la tâche des milieux suisses qui ont du coup moins d'espaces à couvrir.

Le travail de Fletscher entre Bisevac et Umtiti cantonne l’OL à une seule moitié du terrain. Cela facilite la tâche des milieux suisses qui ont du coup moins d’espaces à couvrir (Salatic-Grenier et Abrashi-Malbranque). Dans l’axe, Toko sort sur Gonalons.

A partir du moment où Malbranque s’est détaché de la pression du premier, les Lyonnais ont trouvé beaucoup plus d’espaces pour s’exprimer au milieu de terrain. A défaut de pouvoir attaquer, ils ont enfin pu utiliser la largeur. Leurs premières approches sont ainsi venus des ailes, via Danic et quelques centres côté gauche, ou des montées de Miguel Lopes à droite. Des tentatives toutefois sans danger pour la défense, en surnombre face à Lisandro ou Lacazette, et soutenue par le repli de ses milieux de terrain pour contrer les montées de Grenier ou Malbranque.

L’OL s’ajuste au milieu :

A la mi-temps, comme à l’aller, le 0-0 apparaissait chanceux pour des Lyonnais incapables de développer leur football. Plus grave, ils pouvaient désormais être mis en danger dans le jeu en plus des coups de pied arrêtés. Le dernier quart d’heure de la première mi-temps a ainsi été le théâtre de plusieurs combinaisons des milieux suisses au coeur du bloc de l’OL. Dès la reprise, Hajrovic s’est retrouvé à la finition d’une nouvelle succession de passes (47e), annonçant ce qui attendait les hommes de Rémi Garde s’il continuait à subir de la même manière.

Mais heureusement pour eux, ces derniers ont réalisé les ajustements qui leur ont permis de vivre une deuxième mi-temps beaucoup plus tranquille. Pour cela, il fallait empêcher les Suisses de se lancer, et donc prendre à la fois Salatic et Abrashi au milieu de terrain. Au lieu d’attendre leurs adversaires en 4-4-2, les Lyonnais sont passés en 4-5-1 avec le repli de Grenier au niveau de Malbranque et Gonalons. Laissant Lisandro seul en pointe dans le rond central, Malbranque et Grenier maintenaient désormais une pression constante dans le rond central, principalement sur Salatic et Abrashi afin de les empêcher de jouer vers l’avant.

Malbranque et Grenier sont au contact des deux rampes de lancement adverses, Salatic et Abrashi. C'est aux défenseurs centraux d'assurer la relance désormais.

Malbranque et Grenier sont au contact des deux rampes de lancement adverses, Salatic et Abrashi. C’est aux défenseurs centraux de réaliser la première passe vers l’avant désormais. En deuxième rideau, Gonalons et ses défenseurs doivent répondre présents à la réception de ces transmissions.

Même situation après l'entrée en jeu de Fofana à la place de Malbranque (76e). L'OL quadrille beaucoup mieux sa moitié de terrain de cette manière.

Même situation après l’entrée en jeu de Fofana à la place de Malbranque (76e). L’OL quadrille beaucoup mieux sa moitié de terrain de cette manière.

Cet ajustement a empêché les Suisses de mettre en place les mêmes circuits qu’en première mi-temps, et qui commençaient à porter leurs fruits. A partir du moment où Salatic et Abrashi étaient surveillés, Grichting et Vilotic avaient besoin de nouvelles solutions courtes pour distribuer les premières passes. Sur les côtés, Pavlovic et Lang ont dès lors joué plus bas. Soutien de Fletscher jusqu’ici, Toko a aussi été contraint de  décrocher pour offrir une troisième solution à la relance. Un décrochage qui entraînait la remontée du bloc lyonnais dans la foulée d’un Gonalons qui restait au marquage du milieu congolais.

Et l’OL finit mieux :

Mieux en place dans leur moitié de terrain, les Lyonnais ont aussi beaucoup plus tenu le ballon. Comme lors du match aller, ce sont les déplacements de Lisandro au milieu de terrain qui ont fait reculer le bloc adverse. Avec Lacazette qui complétait ses décrochages en repiquant dans l’axe, l’Argentin bénéficiait désormais d’un joueur à servir dans les 20 derniers mètres. Les deux hommes se sont retrouvés de cette manière à l’origine de la première occasion lyonnaise de la rencontre : un tir à ras de terre de Lacazette facilement capté par Burki (56e).

Les minutes se sont égrainées et l’OL a semblé gagner en cohésion alors que les Suisses étaient contraints de prendre de plus en plus de risques. A vingt minutes de la fin (70e), Michael Skibbe a abattu ses cartes offensives en faisant entrer Vonlanthen et Ngamukol à la place de Fletscher et Toko. Le premier s’est installé sur l’aile gauche, renvoyant Gashi dans l’axe en soutien du second. Une nouvelle donne qui, malgré une dernière occasion de Vonlanthen sur un centre de Pavlovic (77e), n’a rien changé aux problèmes rencontrés au milieu de terrain : Salatic et Abrashi ne parvenaient plus à donner le tempo à la base des actions, à moins de longues phases de possession de balle exploitant toute la largeur du terrain.

Mais le temps ne jouant pas en leur faveur, les Suisses ont dû finir la rencontre en comptant sur Vilotic et Grichting pour réaliser les premières transmissions. Et ce qui devait arriver arriva : l’un d’entre eux (en l’occurrence Vilotic) a vu l’une de ses passes interceptées par la défense lyonnaise (82e). Récupérant le ballon gagné par Umtiti, Fofana a rapidement lancé Lisandro dans la profondeur afin de devancer le repli de Lang dans le couloir droit. L’Argentin a déposé Vilotic puis servi Grenier, déjà loin devant Grichting (82e). Après ce but, l’OL pouvait souffler : il ne risquait plus rien. Mais qu’il soit sûr d’une chose, les 180 minutes à jouer pour atteindre la phase de poules de la Ligue des Champions s’annoncent difficiles s’il ne monte pas en régime d’ici là.

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3 réponses

  1. François Perrin dit :

    Garde n’est pas un bon entraîneur si l’on admet qu’un bon entraîneur doit avant tout avoir un excellent sens tactique: laisser deux joueurs (Grenier et Lisandro) au pressing sur les défenseurs centraux, alors qu’il faudrait le faire sur les milieux, même un coach de DH le sait (ça se saurait si les défenseurs étaient meilleurs relanceurs que les milieux). Alors certes il représente bien la maison lyonnaise, issu du sérail, il parle bien, mais il est franchement limité (et il y a d’autres exemples de matches où il fait un peu n’importe quoi).

  2. TitiHenry dit :

    Sympa pour le débrief, déjà au taquet pour la saison, ça promet de belle analyse pour la suite.

    Sinon je n’ai vu que la deuxième mi-temps hier soir sur les deux matchs. J’ai trouvé un bloc équipe vraiment très solide, comme la saison passée dans les duels en particulier au milieu, c’est du lourd. Un bon Lacazette qui pourrait être encore meilleure, une rentrée très intéressante de Gourcuff, qui permet à OL de poser son jeu au milieu de terrain et de former ce fameux carré axial que beaucoup d’équipes apprécient, de plus les dézonnages de Gourcuff laissait irrémédiablement plus de liberté pour Grenier, bref piste intéressante pour Garde, si tant est qu’il soit capable de la voir, jamais aimer aussi cet entraîneur trop classique, peu inspiré tactiquement selon-moi.

    Bref équipe à suivre, comme d’habitude avec Lyon.

  3. @François Perrin, je te rejoins sur Garde. Ce n’est pas la première fois que l’OL se retrouve à souffrir dans une configuration de ce genre et, en plus, avec un adversaire qui construit autour de ses axiaux et envoie ses latéraux à l’abordage. Rudi Garcia et le LOSC se sont régalés ces dernières années, à chaque fois de la même manière.

    @TitiHenry, je suis beaucoup plus perplexe quant au potentiel de cette équipe. Mais disons qu’elle n’est pas prête et qu’elle se réserve pour les barrages. Histoire de lui donner un peu plus de temps. Avec un peu plus de qualités devant, les Grasshoppers seraient sans doute sortis de la confrontation avec deux victoires. Malgré tout, je pense que l’OL peut franchir le tour suivant en se mettant au niveau de son adversaire. Mais ces deux sorties n’augurent pas forcément du meilleur pour le championnat, où il y aura d’autres Grasshoppers à jouer.

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