France-Uruguay : les enseignements

Et c’est reparti pour un tour ! Moins de deux mois après la fin de son Euro, l’équipe de France a démarré une nouvelle saison par un match sans but face à l’Uruguay dans le nouveau stade du Havre. Au programme, nouveau sélectionneur, nouvelles têtes et nouveau système de jeu en 4-4-2… sur le papier. Car dans les faits, les différences étaient ténues entre les Bleus de Deschamps et ceux de son prédécesseur.

Les compositions d’équipe :

En même temps, il ne serait pas approprié d’être sévère avec cette équipe après un seul petit match. Après tout, les joueurs d’axe étaient associées pour la première fois ensemble : Benzema et Giroud devant, Mavuba et Gonalons dans l’entrejeu, Sakho et Yanga-Mbiwa derrière. Sur les côtés, Ribéry et Valbuena se retrouvaient devant Evra et Debuchy. Touché à la cheville, le Lillois a été remplacé à la demi-heure de jeu par Jallet.

Au-delà du manque de vécu de ce onze de départ, l’adversaire s’est en plus présenté dans une configuration à trois défenseurs centraux toujours difficile à bousculer. Derrière, Lugano était encadré par Godin et Victorino. Alvaro et Maxi Pereira occupaient les couloirs et participaient à la remontée des ballons avec Gargano et Diego Perez. Au coeur du jeu, Forlan était censé faire le lien entre milieu et attaque en profitant des déplacements de Abreu et Rodriguez. Fixé sur un côté en début de partie, l’ancien Parisien a gagné en liberté au fil de la rencontre, créant ainsi des espaces pour ses milieux de terrain.

Sur la relance française :

L’une des principales interrogations du début de partie concernait la capacité de la paire Mavuba-Gonalons à alimenter leurs joueurs à vocation offensive. Les premières minutes de la rencontre ont permis de découvrir des Bleus véritablement coupés en deux. Dans le camp français, derrière le rond central, Mavuba, Gonalons, Sakho et Yanga-Mbiwa faisaient tourner le ballon à loisir, faute de pressing des attaquants adverses. Le rond central était la zone de Gargano et Diego Perez qui avaient certainement pour consigne de ne pas se livrer. Enfin, dans le camp uruguayen, Benzema et Giroud naviguait entre la défense et les milieux adverses.

Dans un tel contexte, la solution ne pouvait que passer par les côtés pour les Bleus. Le premier mouvement de la partie est venu de la gauche, Ribéry décrochant pour offrir une solution à ses milieux de terrain. Une fois servi, le joueur du Bayern a pu profiter de la course de Evra à ses côtés pour lancer le jeu dans le camp adverse avant que Benzema ne rejoigne le duo pour tenter de créer le surnombre. La donne était la même sur le flanc droit : lorsque Valbuena était servi, Debuchy venait rapidement dédoubler à sa hauteur alors qu’un attaquant (Benzema, parfois Giroud) offrait une deuxième solution.

Non-concernés par ces échanges, Mavuba, Gonalons, Sakho et Yanga-Mbiwa restaient en retrait. A l’opposée de l’action, les joueurs à vocation offensive repiquaient dans l’axe pour peser sur la défense centrale. En cas d’attaque côté gauche par exemple, Valbuena revenait au coeur du jeu en soutien de Giroud. A noter que le latéral non-concerné par l’action restait la plupart du temps en couverture. Au final, ils étaient donc cinq Bleus à rester la plupart du temps en retrait alors que cinq se déplaçaient dans le camp adverse pour créer et profiter des intervalles.

De l’importance de la relation milieu/excentré :

Inutile de rappeler l’importance des premières transmissions lorsqu’une équipe doit faire face à une défense regroupée. Face à l’Uruguay, les Bleus en ont fait l’expérience. Pour le comprendre, il suffit de se pencher sur les différences entre les solutions offertes par une passe de l’axe défensif (Mavuba, Gonalons, Sakho, Yanga-Mbiwa) vers un milieu excentré (Ribéry ou Valbuena) et celles offertes par une passe de ce même axe vers un latéral (Debuchy ou Evra).

L’image ci-dessus illustre deux exemples de transmission de l’axe défensif vers le couloir. En bas de l’image (côté gauche donc), Gonalons (14) sert Ribéry (7) qui se retrouve en possession du ballon (symbolisée par le cercle orange). Accompagnant cette passe, Evra prend l’espace entre le milieu axial droit et le latéral adverse pour venir à hauteur. Non accompagnée par le repli d’un attaquant, la montée du latéral français offre ainsi une solution à Ribéry. Ce dernier peut lui transmettre rapidement le ballon dans la course ou démarrer vers l’intérieur du terrain en espérant que l’appel d’Evra fixe Diego Perez (15) ou Maxi Pereira (16). Si ce dernier vient à sortir sur Ribéry, Benzema (10) peut aussi partir dans son dos, entraînant Victorino (6) avec lui et ouvrant une brèche dans la défense pour Evra (3).

Evidemment, les déplacements de chacun sont interchangeables : l’important reste la course d’un joueur venu de l’arrière pour perturber le marquage des défensifs uruguayens. La preuve par l’opposé de l’autre côté du terrain : au départ, Debuchy (2) reçoit un ballon de Mavuba (6). Comme sur le flanc gauche, deux solutions s’offrent au porteur de balle : mais aucune n’est lancée. Positionné devant Debuchy, Valbuena (8) est condamné à recevoir le ballon dos au but et donc à se retrouver sous la pression de Alvaro Pereira (11). Plus haut, la situation est la même pour Giroud (9), suivi par Godin (3) lorsqu’il décroche. Toujours forts dans les duels, les Uruguayens ont ainsi pu contrôler plusieurs attaques françaises parties de trop loin.

Par ailleurs, en évoluant bas comme à son habitude, la défense de la Celeste n’a laissé que très peu d’espaces dans son dos : il était dès lors difficile pour les latéraux de lancer leurs ailiers dans la profondeur (et donc vers le but). Autre élément à prendre en compte, Cristian Rodriguez a abattu un gros travail défensif pour limiter l’apport de Debuchy en première mi-temps. Après la sortie de ce dernier, son rôle d’électron libre autour de Abreu a eu le don de libérer quelques espaces pour les incursions des latéraux français. Néanmoins, il fallait pour cela que la paire Gargano-Perez soit repoussée dans son camp. Pour eux, la clé était d’évoluer le plus haut possible afin de couper la relation entre l’axe défensif français et les milieux excentrés chargés de la création.

Capoue/Cabaye, prochain test ?

Si tous les yeux étaient braqués sur la paire Benzema-Giroud, le véritable enseignement de ce premier match de l’ère Deschamps vient du milieu de terrain. Et il n’est qu’une confirmation : quelque soit le système de jeu, l’équipe ne pourra se permettre d’évoluer avec deux joueurs conservateurs au milieu de terrain. Car dans ce cas, l’adversaire peut prendre le dessus en coupant la relation vers les créateurs, excentrés dans un 4-4-2. Entré à la mi-temps, Etienne Capoue a fait beaucoup de bien à l’animation des Bleus en n’hésitant pas à prendre les espaces lorsque le ballon se retrouvait dans les couloirs, offrant ainsi une solution supplémentaire au porteur (qu’il soit ailier ou latéral). Absent de ce match de reprise, Yohan Cabaye a aussi montré certaines qualités pour s’en sortir dans ce registre. Associer les deux hommes (ou les deux profils) pourrait être le prochain test du sélectionneur. Et s’il s’avère payant, il reviendra à Benzema et Giroud de le transformer.

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14 réponses

  1. Jack-Mess dit :

    Comme tu l’as avancé, ça a manqué de lien entre les deux milieux axiaux et le quatuor offensif, j’attendais plus de Valbuena à ce niveau-là qui est capable de quitter son aile et organiser le jeu sur une action. Dans ce 4-4-2, il est forcément nécessaire qu’un joueur sorte de sa position/rôle pour organiser le jeu ou au moins lancé l’offensive. Ca peut être Cabaye (si une association Cabaye-Capoue est faite, ça serait merveilleux à voir ce qu’on apporté les deux en EDF), ça peut être un ailier (comme Silva le fait à City), ou un des deux attaquants, donc Benzema.

    Le schéma uruguayen a aussi limité les possibilités pour cette équipe qui découvre le 4-4-2 (cf Olivier Giroud!), j’espère et je pense que Deschamps ne se limitera pas à ce match pour tirer des conclusions contrairement aux plus grand nombre.

  2. jaime dit :

    C’est pathétique de lire ce genre d’autobranlage !! Le rédacteur a quelle références dans le monde du football ? :) je regrette vraiment de l’avoir lu …mais je tenais à le dire ! :)

  3. Filochard dit :

    Finalement on retrouve les travers du bon vieux 4-4-2 à plat, non ?
    Je me pose une question plus générale, ce système peut-il privilégier des milieux créateurs ? Comme le dit Jack-Mess, il faut qu’un joueur sorte de sa position pour donner du liant. Donc ce serait un système restrictif ? (je suis un peu novice en tactique, soyez indulgent)

  4. Jaginho dit :

    En 4-4-2 cuve, il ne faut pas deux 6 mais un 6 (Makélélé) et un 8 (Viera)…
    Gonalons-Capoue a été plus performant car Capoue joue ce role de 8 meme si je pense que Mavuba-Capoue aurait été encore plus performant.
    Par contre, ce sera Capoue ou Cabaye car jouer avec deux 8 n’est pas l’idéal défensivement excepté contre la Finlande ou alors il faut jouer en 4-3-3 avec Mavuba en 6 et Capoue-Cabaye en relayeur.

  5. De par leur activité défensive, Cabaye et Capoue sont tout à fait complémentaires. Il faut réellement sortir de la réflexion 6-8 lorsque l’on parle de 4-4-2. Le meilleur exemple reste Manchester United, qui pouvait associer Scholes et Fletcher ensemble dans l’axe sur certaines rencontres. Après, c’est sûr que l’on ne risque pas d’affronter l’Espagne avec un tel schéma. Mais pour d’autres adversaires, ça ne me semble pas du tout injouable.

  6. TitiHenry dit :

    Pas mal l’analyse comme toujours sur ce très bon site, j’aimerais savoir ce que tu penses de la mienne ?

    Je pense que l’EDF a manqué de soutien offensivement, l’EDF attaquait à 4 ou 5 contre 7,8 défenseurs de la céleste. Je pense au contraire que le système à deux pointes était une bonne solution face à un bloc très bas version napoli, voulant aspirer au maximum les Français pour mieux les contrer, ce qui aurait dû permettre à l’edf de prendre encore plus le contrôle du jeu et de jouer un peu plus haut, ce qu’on n’a pas spécialement très bien fait. Notre problème venait du milieu central selon mon avis, n’apportant rien offensivement, se contentant d’orienter le jeu avec aucun dépassement de fonction, ce que Capoue a corrigé en 2ème mi-temps. Je pense qu’il fallait apporter plus de poids avec un joueur capable de soutenir les actions et apporter une solution supplémentaire comme Martin par exemple, puis un MDF capable de bien orienter le jeu, et surtout sortir très vite sur le contre-attaquant adverse comme Diarra l’avait très bien fait contre l’Ukraine, pour résumer il était deux pour faire le rôle d’un seul joueur devant la défense, soit totalement inutile.

    Puis pour finir, je voudrais aussi parler de l’animation offensive, j’étais très étonner que Ribéry ne dézonne pas lors de ce match, ça grande spécialité, dans un système où sur toute la largeur de terrain on est n’est en grande difficulté via la supériorité numérique adverse, le dézonnage peut être une solution pour tenter de percer le bloc, seul valbuena l’a fait deux,trois fois à gauche, sans succès, dommage qu’il n’a pas percévéré, le surnombre sur un côté était une de nos armes pour destabiliser le bloc adverse.

    Bref l’EDF a payé son manque d’ambition offensive pour profiter du plan de départ de la céleste pour s’installer très haut et asphyxier l’Uruguay, un duo d’attaque totalement muet face à un bloc de 5 défenseurs les coupants du collectif, et un milieu incohérent tactiquement, belle première de DD, ça commence bien.

  7. The teacha dit :

    Perso, j’ai surtout vu beaucoup de prudence dans le jeu des bleus ( manque de condition pour certains, echeances en club a venir, peur de se blesser,…)donc c’est pas sur ce match qu’il fallait s’attendre à un depassement de fonction. Historiquement, l’EDF a toujours joué avec un créateur de jeu, je vois mal Deschamps poursuivre dans ce système. Je pense que c’etait surtout un coup de pub ou de seduction d’aligner Giroud et Benz’ pour son 1er match en tant que selectionneur. Pour les qualif’, il reviendra dans un 4-5-1 classique sachant qu’il appréçie beaucoup Loic Rémy qui a de fortes chances d’évoluer sur l’aile droite, benz’ en pointe, ribéry à gauche, quid du meneur de jeu ? et puis 2 milieux récupérateurs genre cabaye, capoue car Deschamps aime les joueurs athlétiques dans l’axe defensif. Défensivement, ce sera surement rami, sakho. Sinon pas grand chose à rajouter sur ce match qui était plus un décrassage qu’un match de préparation

  8. @TitiHenry, on fait la même nalyse en fait hein. Excepté que Ribéry a quelque peu dézoné, mais il a surtout permuté en deuxième mi-temps en jouant couloir droit, Valbuena passant à gauche. Sans grand succès. Quant à ta conclusion, je ne suis pas d’accord pour émettre déjà un jugement sur Deschamps. Il en est à la recherche de « ses » hommes, il en a sans doute trouvé un avec Capoue. On verra au match 2 comme les choses évolueront.

    @The Teacha, je ne pense pas au coup de pub. La France n’a aucun 10, Deschamps serait idiot d’en mettre un par principe. Et par le passe, il a toujours prouvé son pragmatisme en matière de tactique. Donc personnellement, je n’enterrerais pas le 4-4-2, d’autant plus que DD va peut-être négocier à sa manière le cas de Nasri lorsqu’il reviendra de suspension…

  9. Jaginho dit :

    Florent, ton exemple de MU n’est pas bon, Fletcher étant un 6 et Scholes un 8… Il faut obligatoirement un vrai 6 dans une équipe :
    – Busquets au Barca et en Espagne
    – Kheidira au Real
    – Yaya Touré à Man City
    – Song à Arsenal
    – Obi Mickel à Chelsea etc etc etc
    Avec un duo Cabaye-Capoue, soit tu brides un des deux (Capoue je pense car plus physique), soit tu récupères très bas les ballons…

  10. Jack-Mess dit :

    Touré n’a joué 6 qu’à Barcelone dans sa vie et Guardiola (expert du poste) le trouve trop dispercé pour ce poste. À City, ce sont Barry ou De Jong qui jouent 6.

    Mais si tu regardes bien Capoue et Cabaye ont de très grosses capacités défensives et donc peuvent couvrir un milieu à deux.

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