France 3-0 Ukraine, l’analyse tactique

Ils l’ont fait ! Portés par un milieu de très haut niveau, les Bleus ont dominé une équipe d’Ukraine qui a rapidement reculé face à la puissance française. Maintenant le jeu dans le camp adverse, les Français ont poussé leurs adversaires à la faute, profitant notamment de leur faiblesse sur phase arrêtée.

Côté bleu, quatre changements étaient à noter au coup d’envoi : Abidal, Koscielny, Nasri et Giroud sortaient du onze au profit de Sakho, Varane, Valbuena et Benzema (Lloris – Debuchy, Varane, Sakho, Evra – Cabaye, Pogba, Matuidi – Valbuena, Benzema, Ribéry). Côté ukrainien, Mikhail Fodenko composait sans Kucher et Fedetskiy, suspendus. Il a aussi décidé de laisser Stepanenko sur le banc pour faire confiance à Bezus. Un changement qui fait reculer Edmar au milieu de terrain (Pyatov – Mandziuk, Khacheridi, Rakitskiy, Shevchuk – Rotan, Edmar – Yarmolenko, Bezus, Konoplyanka – Zozulya).

Il a suffit de quelques minutes de jeu pour que le 4-3-3 prenne tout son sens sur la pelouse du Stade de France. Car les Bleus sont très bien rentrés dans la partie. D’entrée de jeu, ils ont pris l’ascendant sur leurs adversaires au milieu de terrain grâce au travail de Cabaye. Positionné entre la défense et ses milieux de terrain, l’ancien Lillois a complètement perturbé le travail des Ukrainiens. Sur le papier, ces derniers devaient faire face avec une première ligne Zozulya-Bezus, Edmar reculant d’un cran en raison de l’absence de Stepanenko.

Problème, Pogba et Matuidi pouvaient évoluer plus haut qu’à l’aller grâce à la présence de Cabaye derrière eux. Résultat, le premier est allé peser dans les airs dans le camp ukrainien (zone de Rotan et Edmar), sur les relances longues de Lloris ou de ses défenseurs centraux. Ils étaient aussi présents sur les seconds ballons renvoyés par la défense ukrainienne.

Avec Cabaye pour organiser la relance dans le camp français, Pogba et Matuidi peuvent monter et se rapprocher de leurs attaquants dans le camp adverse. Ici, ils sont présents à la retombée du duel disputé par Valbuena (!). Le Marseillais repiquait souvent dans l'axe afin d'épauler Benzema et d'amener une présence supplémentaire, capable de disputer le duel ou de presser le porteur de balle adverse. Ici, il capte l'attention des deux centraux ukrainiens.

Avec Cabaye pour organiser la relance dans le camp français, Pogba et Matuidi peuvent monter et se rapprocher de leurs attaquants dans le camp adverse. Ici, ils sont présents à la retombée du duel disputé par Valbuena (!). Le Marseillais repiquait souvent dans l’axe afin d’épauler Benzema et d’amener une présence supplémentaire, capable de disputer le duel ou de presser le porteur de balle adverse. Ici, il capte l’attention des deux centraux ukrainiens et Benzema anticipe en prenant la profondeur.

Afin d’éviter ce deux-contre-deux dans l’axe avec l’avantage physique aux Français, Bezus (dans la zone de Cabaye ci-dessus) a très vite reculé pour venir en aide à ses milieux de terrain, faisant ainsi exploser la première ligne ukrainienne.

Afin d'éviter le 4 contre 4 (Edmar, Rotan, Khacheridi, Rakitskiy - Pogba, Matuidi, Benzema, Valbuena), Bezus redescend sur les longs ballons français. Il abandonne Zozulya en pointe et laisse Cabaye libre de tout marquage en retrait.

Afin d’éviter le 4 contre 4 (Edmar, Rotan, Khacheridi, Rakitskiy – Pogba, Matuidi, Benzema, Valbuena), Bezus redescend sur les longs ballons français. Il abandonne Zozulya en pointe et laisse Cabaye libre de tout marquage en retrait.

Seul contre trois joueurs (Cabaye, Varane et Sakho), Zozulya était condamné à courir après le ballon. Se concentrant un maximum sur le milieu de terrain français, le premier buteur du match aller ne pouvait rien faire face aux montées des défenseurs centraux. Sakho et surtout Varane ont ainsi multiplié les remontées de balle jusque dans les 35 mètres adverses, afin de mettre le jeu dans le camp ukrainien.

Si le flanc gauche de l’attaque française était plutôt bien bloqué, le jeu est très souvent passé par la droite en début de partie (via Varane donc) pour atteindre le triangle Pogba-Valbuena-Debuchy, parfois soutenu par les déplacements latéraux de Benzema ou les montées de Cabaye.

Zozulya se concentre sur Cabaye. Edmar a quitté le milieu de terrain pour répondre au mouvement de Matuidi. Bezus est au contact de Pogba dans l'entrejeu. Rotan et Yarmolenko sont à proximité de Ribéry. Le jeu file donc côté droit où Varane a le champ libre pour s'avancer jusqu'à servir Valbuena ou Debuchy sur l'aile.

Zozulya se concentre sur Cabaye. Edmar a quitté le milieu de terrain pour répondre au mouvement de Matuidi. Bezus est au contact de Pogba dans l’entrejeu. Rotan et Yarmolenko sont à proximité de Ribéry. Le jeu file donc côté droit où Varane a le champ libre pour s’avancer jusqu’à servir Valbuena ou Debuchy sur l’aile.

Plus vifs que les Ukrainiens, les Français parvenaient à enchaîner les combinaisons dans les 30 derniers mètres, recherchant le décalage ou obtenant des coups de pied arrêtés dangereux pour la défense adverse. Déjà en difficulté à l’aller dans l’exercice, les Ukrainiens ont payé cher cette faiblesse en encaissant deux buts sur ces phases de jeu (Sakho 22e, 72e).

En plus de s’installer dans le camp adverse, les Bleus ont aussi su y étouffer l’Ukraine en l’empêchant de ressortir proprement les ballons. En allant participer aux actions sur les côtés, sans forcément prendre leur couloir, Evra et Debuchy faisaient reculer Konoplyanka et Yarmolenko. Dans l’axe, Rotan et Edmar devaient fermer face à Pogba et Matuidi, tout comme Bezus qui revenait défendre lorsque les Bleus étaient en phase offensive.

Premier joueur en couverture, Cabaye a abattu un énorme travail pour jaillir sur tous les adversaires qui tentaient de ressortir le ballon au sol. Auteur d’un quasi sans-faute dans le domaine, le Magpie a condamné les Ukrainiens à jouer long vers le seul Zozulya… qui après avoir bousculé Koscielny et Abidal n’a cette fois rien pu faire face à la puissance de la paire Sakho-Varane.

Lorsque les axiaux ukrainiens (Bezus ou Edmar) tentent de sortir balle au pied, Cabaye est chargé de venir couper leurs courses alors que le reste de l'équipe (latéraux et milieux axiaux) se replient pour couvrir les projections adverses (Konoplyanka, Yarmolenko en tête).

Lorsque les axiaux ukrainiens (Bezus ou Edmar) tentent de sortir balle au pied, Cabaye est chargé de venir couper leurs courses alors que le reste de l’équipe (latéraux et milieux axiaux) se replient pour couvrir les projections adverses (Konoplyanka, Yarmolenko en tête).

Incapable de ressortir, l’Ukraine ne pouvait dès lors qu’encaisser les vagues bleus et les ballons renvoyés par Cabaye, Varane ou Sakho. Sur le second but, c’est d’ailleurs Cabaye qui est présent à l’entrée de la surface pour renvoyer le ballon dans les 16 mètres (34e), permettant à Valbuena et Benzema de finir le travail.

Au final, seuls quelques raids de Konoplyanka, démarrant dans le dos de Debuchy et le long de la ligne de touche, ont offert un peu de répit à l’Ukraine. Mais le déplacement des trois défensifs et le repli sérieux des Français ont permis de contrôler ses tentatives en solitaire en l’isolant de ses principaux soutiens.

La deuxième moitié de la première mi-temps a été celle de la montée en puissance de Mathieu Valbuena. D’abord ailier droit, le milieu de l’OM a largement profité de la domination territoriale française. Celle-ci permettant à Debuchy de monter occuper le couloir, il a pu dézoner à loisir pour exploiter les espaces dans le dos des milieux ukrainiens, lorsque ces derniers tentaient de venir en aide à Zozulya en allant chercher Pogba ou Matuidi.

Condamnée à reculer durant les premières minutes de jeu, l’Ukraine a en effet tenté de repartir de l’avant au milieu de terrain en cours de mi-temps. Edmar et Bezus ont tenté d’évoluer plus haut, avant de finalement être puni par l’activité de Valbuena dans leur dos.

sdfsdfsdf

L’Ukraine tente de sortir après la demi-heure de jeu. Zozulya, Edmar et Rotan essaient d’empêcher Cabaye, Pogba et Matuidi de jouer. Problème, ils sont à chaque fois trop court et c’est Valbuena qui en profite en prenant l’espace dans le dos du dernier cité.

A défaut de se créer énormément d’occasions (à onze contre onze, les Bleus n’en ont pas eu beaucoup dans le jeu), les Bleus ont réussi à complètement asphyxier l’Ukraine en la dépassant dans tous les duels et en utilisant Valbuena pour exploiter les espaces.

La densité de solutions autour du porteur du ballon a permis aux Bleus d’avoir presque toujours un temps d’avance sur leurs adversaires, les forçant à reculer ou à faire des fautes pour limiter la casse. Souvent isolé à l’aller, Ribéry et Benzema (ex-Giroud) ont cette fois pu combiner avec leurs partenaires (Valbuena toujours dans leurs zones) pour prendre le dessus.

Le projet de jeu des Bleus était de sortir le ballon le plus facilement possible de leur moitié de terrain, afin d'arriver rapidement dans les 30 derniers mètres. Ici, le surnombre est crée face aux deux premières lignes ukrainiennes (3 contre 2, et 5 contre 4 : Matuidi décroche pour relayer la relance de Sakho, et voit son déplacement compensé par celui de Valbuena dans le coeur

Le projet de jeu des Bleus était de sortir le ballon le plus facilement possible de leur moitié de terrain, afin de ne pas subir la pression ukrainienne au milieu de terrain. Ici, Matuidi redescend faciliter la relance de Sakho, alors qu’Evra et Valbuena vont occuper sa position et lui offrir des solutions. De Ribéry à Debuchy, les Bleus sont positionnés dans tous les espaces laissés par la première ligne de quatre de l’Ukraine. De quoi faciliter l’arrivée dans le dernier tiers du terrain…

A 0-2, les Ukrainiens ont toutefois eu l’occasion de revenir dans le match en fin de première mi-temps. Sans doute moins efficace, le pressing français a laissé s’échapper quelques ballons dans son camp. Moins à l’aise quand il s’agissait de défendre devant Varane et Sakho, Cabaye avait besoin sur ses phases de jeu du soutien de Pogba et Matuidi.

L’Ukraine en a profité pour développer quelques séquences dans le camp français, utilisant l’espace entre Benzema et ses milieux de terrain pour orienter le jeu sur la largeur. Elle a obtenu quelques coups de pied arrêtés qui ont mis la pression sur la défense bleue (tir de Zozulya, dévié par Debuchy, 46e). A la mi-temps, rien ne semblait joué au vu de ce regain de forme.

Mais les joueurs de Fomenko n’ont pas eu l’occasion de confirmer après la pause puisque Khacheridi a laissé très rapidement ses partenaires à 10. Sur la première prise de balle de Ribéry, le défenseur du Shakhtar est intervenu en retard, récoltant son second carton jaune de la partie.

A 10, l’Ukraine a été contrainte de faire redescendre Rotan en défense centrale. Bezus et Edmar ont fait la paire au milieu de terrain, laissant Zozulya devant. Un changement tactique forcée qui a mis un terme à leurs ambitions offensives : Cabaye a eu beaucoup moins de remontées de balle à couper et a laissé à Matuidi et Pogba le soin d’accompagner les sorties de Konoplyanka et Yarmolenko sur les côtés. Derrière, Varane et Sakho ont continué leur domination sur Zozulya.

Condamnés à défendre dans leur camp, les Ukrainiens ont d’abord tenté de perturber la mise en place française en faisant sortir à tour de rôle leurs milieux axiaux, notamment pour bloquer le jeu sur un demi-terrain. Mais Valbuena et Ribéry les ont rapidement forcés à reculer en allant s’installer dans les espaces qu’ils laissaient dans l’axe.

La France tente une approche côté droit. Axial gauche, Edmar reste en position aux côtés de Yarmolenko. A sa droite, Bezus sort pour être présent aux côtés de Zozulya en cas de transmission latérale. Un espace s'ouvre dans l'axe, exploitable par Ribéry ou Valbuena.

La France tente une approche côté droit. Axial gauche, Edmar reste en position aux côtés de Yarmolenko. A sa droite, Bezus sort pour être présent aux côtés de Zozulya en cas de transmission latérale. Un espace s’ouvre dans l’axe, exploitable par Ribéry ou Valbuena.

Dix minutes plus tard, le pressing est terminé : les milieux ukrainiens restent en place et coulissent sur la largeur. Pour les Bleus, les décalages passeront par l'utilisation intelligente des côtés. Une fois encore, le poids de Valbuena sur l'aile gauche sera très important, le Marseillais permettant de mettre Ribéry dans de bonnes conditions.

Dix minutes plus tard, le pressing est terminé : les milieux ukrainiens restent en place et coulissent sur la largeur.

Les Bleus ont eu besoin de quelques minutes pour trouver la solution face à ces deux lignes de quatre bien regroupées. La plupart de leurs offensives sont venues d’attaques rapidement menées depuis le milieu de terrain, avant que la défense adverse n’aient le temps de se remettre en place. Valbuena a tout de même continué de faire des différences, notamment en allant côté gauche pour s’ajouter aux combinaisons entre Ribéry et Evra.

Le troisième but libérateur est finalement intervenu suite à un énième corner, d’abord renvoyé par la défense puis remis dans le « paquet » par Cabaye des 40 mètres. Un renvoi plus tard, Evra frôlait l’upset en voyant Pyatov repousser son tir mais Ribéry, puis Sakho ont bien suivi pour entériner la qualification.

Conclusion : 

Très grandes victoire et performance évidemment pour les Bleus. Au coup d’envoi, le 4-3-3 posait plusieurs questions, notamment autour de la position de Yohan Cabaye devant la défense. Quasi parfait dans l’exercice, et notamment à la récupération des ballons, le Magpie a brillé en regista et permis aux Bleus de mettre une énorme pression dans le camp adverse. Cette présence, symbolisée par une présence systématique autour du porteur de balle, leur a permis d’enchaîner, de tenir le ballon jusqu’à pousser les Ukrainiens à la faute. L’expulsion de Khacheridi a mis fin à tout suspense. Le 3e but n’était alors qu’une question de temps… même si deux minutes avant que Sakho ne délivre le Stade de France, Zozulya frôlait la réduction du score dans les 6m de Lloris. La roue avait déjà tourné. 

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32 réponses

  1. franz dit :

    Bonjour,

    J’aurais quelque question sur l’approche tactique de ses barrages :

    1/le match aller avec son 4231 et Nasri & rémi me semble plus « offensif » que le 433 avec valbuena & cabaye. N’as-t-on pas pris à l’envers cette double confrontation ?
    (sauf si on pensait que l’ukraine allait pas faire que contrer?)

    2/(réponse dans la question précédente peut-être) En quoi ce 433 est-il plus pertinent que le 4231 surtout avec 3 but à inscrire? il me semble que ce qui a été fait avec le 433 aurait pu être fait avec un 4231 avec un remplacement matuidi-> cabay + rémi-> valbuena..?
    (surtout si on évite de trop passer par le côté gauche -ribéry- comme au match aller)

    3/sur le rôle de benzema sur ce match : Je ne comprends pas pourquoi favoriser un attaquant limite MillOff au détriment d’un attaquant ‘pur’ alors que l’on a rajouté presque 2 MillOff et enlever 1 att (rémy remplacé par valbuena; matuidi & pogba qui peuvent monté au lieu du seul nasri à l’aller)

    Merci pour ce blog !!

  2. TikTak dit :

    @franz – Salut merci pour ce décryptage. On a l’impression que Deschamps a lu votre post précédent !

    Ma modeste opinion sur les questions de franz :

    1/le 4231 positionnait Pogba et Matuidi en sentinelles. Or, on le voit en club pour les deux, ils sont plus efficaces lorsqu’un 6 les soutient, en l’occurrence Cabaye d’ailleurs plus d’une rôle à la Pirlo hier. Cette solution est adaptée contre une équipe étouffée par le pressing comme hier, mais difficilement envisageable contre une opposition plus forte, Mavuba possède un profil plus intéressant dans ce cas. Donc le 4231 de vendredi dernier en privant l’attaque du soutien des deux milieux axiaux s’est finalement avéré moins dangereux offensivement que le 433 d’hier.
    Je pense effectivement que Deschamps aurait du réagir comme ça à la mi-temps du match aller.

    2/Le 433 favorise le pressing avec 3 lignes superposées : les 3 attaquants, les deux défenseurs latéraux avec les deux milieux centraux (Matuidi et Pogba) et en couverture le triangle Milieu axial et défenseurs centraux. Le point faible se situe alors sur les côté mais hier les ukrainiens n’ont pas été capable de s’en sortir par ce biais.
    Sinon offensivement, l’analyse du match ici même a clairement mis en évidence les limites de Rémy dans un rôle de milieu droit créateur, Valbuena apporte beaucoup plus dans ce rôle, le match d’hier l’illustre parfaitement.
    De plus, offfensivement, le 433 favorise le jeu entre les lignes adverses. Quand il est bien maîtrisé il peut être très efficace contre un 442 (ou 4231 puisque défensivement ces deux systèmes sont très proches). C’est ce que Garcia avait très bien mis en place à Lille et maintenant à la Roma. Pogba et Matuidi ont beaucoup apporté hier grâce à l’opportunité qu’ils avaient de se placer entre ces lignes.

    3/ Benzema possède une technique supérieure à Giroud. Il est plus apte à combiner balle au pied avec attaquants excentrés et les 2 milieux. Et surtout, en ce moment Benzema a regagné de la confiance en club, Giroud c’est l’inverse, je trouve ce changement pertinent d’autant que Benzema s’est attaché à ne pas trop quitter sa zone.

    Après je pense que le résultat de ce match doit autant à la tactique et au système mis en place qu’à la rage qu’avaient les joueurs sur le terrain. Sakho qui en plante deux illustre mon propos !

  3. Pour les questions de @Franz.

    1/ J’avais aussi cette impression entre le 4-2-3-1 et le 4-3-3. Deschamps est allé en Ukraine avec l’ambition de marquer, d’où le 4-2-3-1 à mon avis, qui n’était d’ailleurs pas forcément une mauvaise idée avant le coup d’envoi. Mais je pense que les Bleus ont été « surpris » de l’engagement ukrainien. A partir du moment où Ribéry était bloqué et où Nasri se faisait manger, il ne restait plus grand chose pour créer quelque chose offensivement.

    2/ Pour continuer un peu sur le même sujet, j’ai longtemps attendu l’entrée en jeu de Cabaye au match aller. Plus qu’une question de système, je pense qu’il aurait pu faire la même chose que la partition qu’il a récitée hier soir, décrochant entre ses défenseurs et devenant un soutien à toutes les offensives. Prenons l’exemple du Bayern la saison dernière, qui jouait en 4-2-3-1 avec Schweinsteiger et Javi Martinez. Le premier décrochait entre ses défenseurs, donnant une relance à trois. Le second montait d’un cran et allait jouer les « enforcers » en soutien de ses attaquants, sur les seconds ballons notamment. J’aurais aimé voir la même chose à l’aller : un 4-2-3-1 mouvant, capable de se donner de l’air à la relance en faisant décrocher l’un de ses milieux de terrain. Je pense que ça aurait déjà changé beaucoup de choses à la physionomie du match et au pressing ukrainien. Bref, au-delà de la question du système, je pense que c’est dans les mouvements de Cabaye que se trouvent la différence entre les deux prestations.

    3/ Pour ta dernière question. Je pense que Deschamps a privilégié la conservation du ballon au détriment de la présence dans la surface. Les Bleus n’ont pas eu beaucoup de situations sur jeu placée (à 11 contre 11, si on compare leur nombre à leur domination globale). Deschamps a choisi d’aligner un maximum de joueurs capables de se rendre disponible pour remonter le ballon jusque dans les 30 mètres ukrainiens. Puis il s’agissait « d’attendre » que la défense adverse, privée en plus de deux joueurs sur 4 par rapport à l’aller, finisse par craquer. Dès les premières minutes, on a pu voir que le pari allait être gagné tant celle-ci paraissait fébrile.

  4. Oliyaz dit :

    « La ROUTOURNE avait déjà tourné », plutôt !

  5. franz dit :

    Merci pour les réponses.

  6. Jack dit :

    Bonjour, il y’a deux choses qui m’intriguent.
    1/ Le rôle des ailiers ukrainiens Yarmolenko et Konoplyanka n’aurait-il pas dû être déterminant pour la défense ukrainienne? En effet n’auraient-ils pas dû couvrir leurs défenseurs latéraux face aux montées de Debuchy ou même Evra, qui auraient alors pu mettre la pression sur Valbuena et Ribéry quand ils rentraient dans l’axe pour combiner.Et même dans le cas où ils laisseraient les latéraux monter, ils pouvaient les laisser centrer, dégager et profiter des espaces dans leurs dos, comme les équipes qui affrontent le Barça. Ne pouvaient-ils pas tenter d’enfermer les Français dans les couloirs à l’image de ce qu’avait fait Chelsea contre le Bayern.

    2/ L’Ukraine a payé le prix de son match total à l’aller mais je me demande s’ils n’ont pas trop oscillés entre le pressing en milieu de terrain ou la défense placée. Avec deux buts d’avance, ils auraient pu se concentrer sur l’aspect défensif, faire reculer Zozulya au lieu de le faire à nouveau courir après les défenseurs alors qu’il était clairement en infériorité numérique face à Cabaye-Varane-Sakho.Pour faire bref n’auraient-ils pas dû réellement abandonner la bataille du milieu de terrain et se concentrer sur la défense en restant totalement repliés, avec les ailiers pour prendre l’espace derrière les latéraux et avec leur avant-centre ( si il gagne son duel) en pivot?

  7. franz dit :

    re moi.

    Quelque chose m’intrigue, je ne comprends pas pourquoi le jeu des bleus tourné exclusivement autour de nasri et ribery à l’aller n’a pas pu se transformer et donner les même avantages que les 3 millieux plus à ‘plat’ du retour?

    Au retour, pogba aurait pu jouer un rôle similaire à cabaye (cf france espagne : http://www.chroniquestactiques.fr/france-0-1-espagne-analyse-tactique-9754/) voir peut-être matuidi ET nasry aurait peut-être pu prendre le rôle du pogba très offensif du match retour..?
    Reste évidemment la présence de rémy, au poste d’Aillier/attaquant très différent d’un MillOff tel que valbuena pour « modifier », au cours du match aller, le 4231 en 433. Mais valbuena était sur le banc.

    Il me semble que tu avais fait un exposé sur le millieu à trois de laurent blanc qui passait d’une pointe basse à une pointe haute et qui prends son sens ici.
    Un 451 est soit un 433 soit un 4231 en fonction des consignes et si les hommes peuvent le faire…

    D’où ma question : Est-ce que quelque chose m’échappe ou était il possible se ré-aligner tactiquement au cours du match aller ?
    je trouve bizarre qu’on ai pas été capable de profiter du fait que ribéry fait peur (et donc qu’il soit bloqué) dès la mi-temps et sans passer par la case 4 jours de tactique, 3 changements et refonte du système…

    Je pense que la question reprends un peu le thème que tu évoques lorsque tu dis : « J’aurais aimé voir la même chose à l’aller : un 4-2-3-1 mouvant » et même ce que tu dis dans le papier précédent : « Ribéry s’est souvent enferré […] Pourtant, à proximité, Matuidi offrait une solution en retrait idéale pour sortir du couloir et renverser le jeu »

    Et aussi :
    J’ai eu l’impression (confirmé par des stats ?) que la relance de l’équipe de france privilégiait la droite au match retour (contrairement au match aller?) ce qui permettait de :
    1/mieux profiter à droites des espaces créé par les défenseurs trop nombreux au marquage de ribéry
    2/donner la balle dans de meilleurs conditions à ribéry, à gauche, sur un changement d’aile dans le cas où les ukrainiens lâchait le marquage de ribéry pour combler les trous laisser à droites.
    Confirmes tu cette impression ?

    Merci

  8. franz dit :

    je voulais dire :

    Originally Posted By franz

    A l’aller, pogba aurait pu jouer un rôle similaire

  9. Je me pose la même question que toi concernant Pogba à l’aller. Aujourd’hui, le 4-2-3-1 n’empêche plus de « relancer » avec un milieu entre les deux centraux. En plus, Rémy aurait pu repiquer dans l’axe comme Valbuena et apporter une présence physique supplémentaire avec Giroud, Nasri et Matuidi. Mais les Bleus étaient hors du coup dans les duels comme dans les têtes. L’Ukraine ne leur a sans doute pas laissé le temps d’y réfléchir. Là, le manque d’expérience de Pogba, si énorme soit-il, a peut-être joué. D’ailleurs, contre l’Ukraine à l’aller, j’ai longtemps attendu l’entrée de Cabaye en deuxième mi-temps, en vain.

    Et en effet sur le 4-5-1. C’est un 4-3-3 ou un 4-2-3-1 en fonction des qualités des hommes. Pour moi, la « mode » du moment, c’est d’avoir des joueurs interchangeables pour les trois postes du milieu. Bon relanceur, au pressing et à la finition. Si les trois peuvent occuper tous les postes du milieu (6-8-10), c’est gagné puisque cela offre des réponses tactiques à presque tout ce que pourrait proposer l’adversaire. En cela, Pogba et Cabaye ont une place assurée dans le XI. Matuidi est un enforcer supplémentaire, qui sera peut-être mis en concurrence avec un troisième profil polyvalent sur le long terme (Rabiot peut être à surveiller sur ce point, à Paris comme en EDF d’ailleurs).

    Ton impression est bonne sur le jeu à droite des Bleus en première mi-temps. Tout est passé par la droite avec Varane qui rentrait dans le camp adverse et faisait la première passe vers Valbuena-Pogba-Debuchy. Il y a eu aussi des changements d’aile, avec Cabaye pour les faire en retrait aussi.

  10. 1/ Il est clair que la mise en place défensive ukrainienne a eu beaucoup de problèmes. Yarmolenko et Konoplyanka sont extrêmement offensifs et ils n’auraient peut-être pas pu tenir un couloir à eux seuls si les latéraux avaient chassé Valbuena (puisque c’est l’idée principale). Et l’Ukraine a bien tenté d’enfermer les Français oui, sauf qu’elle faisait énormément de fautes… Coups-francs, corners et dangers.

    2/ En effet, Zozulya s’est perdu à presser très haut et seul et il a mis du temps à reculer. Sur ce point, le second but est vraiment un gros tournant parce qu’il commençait justement à revenir à hauteur de Bezus (et dans son camp, à 40m de ses buts) pour bloquer les relayeurs français. Je suis du même avis que toi pour la fin. Avec Cabaye qui fermait l’axe, la solution passait par les sorties de balle via les couloirs et dans le dos des latéraux.

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