France U19 – Analyse : Forces, faiblesses et projet de jeu

Sous ce titre un peu pompeux se cache une petite analyse ligne par ligne des forces et faiblesses des moins de 19 ans français. Qui a le potentiel nécessaire pour percer chez les A ? Qui ne l’a pas ? Où sont les points faibles ? Quelles sont les grandes lignes du jeu prôné par le sélectionneur Smerecki ? Voilà une partie des nombreuses questions auxquelles je vais tenter de répondre à la veille de leur demi-finale face à la Croatie. Tout en sachant que je n’ai vu qu’un seul match en intégralité pour le moment, France-Angleterre (voir le fil tactique) en l’occurrence.

Les 18 de l’Euro :

Abdoulaye Diallo (Stade Rennais) : Décisif devant sa ligne en fin de match face à Delfouneso. Des difficultés dans les airs comme de nombreux autres gardiens. Mais bon, Lloris est là pour une douzaine d’années encore…
Marc Vidal (Toulouse FC) : Pas vu.

Sébastien Faure (Olympique Lyonnais) : Quelques bonnes aptitudes pour relancer long. Pas de dépassement de fonction. Un stoppeur classique, un peu tendre parfois.
Johan Martial (SC Bastia) : Pareil que Faure mais sans la relance.
Thimothée Kolodziecziak (Olympique Lyonnais) : Pas vu à son poste.
Gaëtan Bussmann (FC Metz) : Plusieurs montées dans le bon tempo avec ses créateurs. Présent dans la surface sur le but. Assez accrocheur derrière. Un Réveillère-like à cette échelle.
Chris Mavinga (Liverpool FC) : J’attends impatiemment de le voir à l’oeuvre mardi…
Loïc Nego (FC Nantes) : Souvent en difficulté face à Delfouneso. Parfois tendre. Apport offensif moindre que Bussmann.

Gueida Fofana (Le Havre AC) : Pas vu mais titulaire et capitaine.
Francis Coquelin (FC Lorient Bretagne Sud) : Pas vu. On verra mardi.
Clément Grenier (O. Lyonnais) : Milieu offensif de formation, il est replacé façon Schweinsteiger. Bon harceleur, bon quand il monte… Mais quand il fait l’un, il n’a pas le coffre pour faire l’autre.
Enzo Reale (Olympique Lyonnais) : La petite sentinelle face à l’Angleterre. Souvent bien placé, il a su apporter des relais devant. En revanche, en difficulté dès que Grenier était dépassé devant lui.

Yanis Tafer (Olympique Lyonnais) : Participe beaucoup au jeu, décroche souvent pour jouer les appuis au sol, libère vite son ballon, des déplacements intelligents…
Antoine Griezmann (Real Sociedad) : Il est rentré dans un temps faible et n’a rien pu faire pour améliorer les choses. A revoir mardi.
Gilles Sunu (Arsenal FC) : Attaquant de formation, il s’en est bien sorti sur l’aile droite, abattant un gros travail défensif et de dynamitage de la première ligne adverse.
Cédric Bakambu (FC Sochaux) : Voir Sunu. Y enlever un gros morceau de finesse technico-tactique pour y mettre une bonne dose de puissance.
Gaël Kakuta (Chelsea FC) : Ma déception sur ce match. Loin des envolées que l’on voit sur les vidéos d’agent de Youtube, il fait néanmoins très souvent les bons choix et sait s’adapter aux déplacement de ses partenaires.
Alexandre Lacazette (Olympique Lyonnais) : Un nouveau clone de Jimmy Briand et Loïc Rémy.

Vous l’avez compris. Difficile de trouver un gars qui sort du lot sur cet unique match face aux 19 ans anglais. Au passage, côté britannique, les ailiers/attaquants (ils n’ont pas arrêté de bouger) Nouble et Delfouneso et le milieu Parrett ont affiché un niveau de jeu bien supérieur à ceux de leurs partenaires. Si je devais m’en tenir à un jugement hâtif, je mettrais en avant Tafer, Grenier (l’offensif) et, à un degré moindre, Kakuta et Sunu.

Le projet de jeu :

Côté schéma, rien de transcendant. Le 4-2-3-1 est aussi à la mode dans les sélections de jeu. Diallo s’installe dans les buts donc, derrière une défense Nego – Faure – Mavinga – Kolodziejczak. Celle-ci est protégée par le duo Fofana – Coquelin pour les titulaires. Les deux étaient supplées par Réale et Grenier face à l’Angleterre. Devant, Tafer semble avoir repris sa place de titulaire devant Bakambu et Sunu. Ces derniers animaient les ailes face à l’Angleterre, encadrant la star Kakuta alignée en soutien de la pointe. Griezmann et Grenier sont habituellement les titulaires dans les couloirs.

Le faux ailiers :

Face à l’Angleterre, Smerecki avait décidé d’aligner deux faux ailiers, habituellement attaquants de pointe (ou en tout cas formés pour l’être) : Sunu et Bakambu. Les joueurs d’Arsenal et de Sochaux n’étaient toutefois pas dispensés du repli défensif et s’y sont appliqués pour former une ligne de quatre parfaite aux côtés de Réale et Grenier. Et pour cause, en plus de redescendre pour défendre, ils avaient surtout la charge de remonter les ballons, les relances de la défense française ne cherchant que très rarement la profondeur.

Sunu et Bakambu ont donc été les principaux détonateurs des mouvements offensifs des Bleuets. Ces derniers se développaient le plus souvent d’une aile vers l’autre grâce à leurs rentrées à l’intérieur combinées aux déplacements des deux offensifs fixés dans l’axe, Kakuta et Tafer. Petit exemple : Sunu prend le ballon côté droit et franchit la ligne médiane. Il rentre dans l’axe et s’approche de Kakuta. Le joueur de Chelsea s’écarte et suit le mouvement en glissant côté gauche. De son côté, Bakambu monte d’un cran et s’installe en pointe aux côtés de Tafer.

Ce petit schéma est une des nombreuses attaques à quatre tentées par les Français. Evidemment, les variantes ont été nombreuses…

Les dépassements de fonction :

Dans un 4-2-3-1, ils sont quatre à pouvoir s’en charger habituellement : les milieux axiaux ou les latéraux. Pour les deux premiers, on va aller très vite : ils n’ont que très (trop ?) rarement pris le risque de porter le surnombre. A leur décharge, la menace anglaise était toujours présente sur les rentrées intérieurs de Delfouneso et Nouble et il valait mieux être présent pour protéger sa défense centrale dans ce cas précis. On notera quand même leur apport, chacun leur tour en début de deuxième période lors du temps fort ayant abouti à l’ouverture du score de Tafer.

Vous l’avez compris, ce sont les latéraux qui ont été les plus en vus offensivement sur ce match. Et pour cause, avec des ailiers repiquant constamment ou presque dans l’axe, les occasions de monter étaient nombreuses. Reprenons l’exemple de Sunu et de la remontée de balle côté droit. Il emmène avec lui son vis-à-vis, le latéral gauche anglais ce qui ouvre le couloir à Nego. Sunu sert Kakuta dans l’axe qui renverse immédiatement sur Nego qui arrive lancé et décalé. L’action se poursuit jusqu’à un centre au troisième poteau mais l’idée est là. Et elle se développera plusieurs fois.

Le trio axial :

Si les faux ailiers ouvrent les couloirs aux latéraux, ils augmentent aussi sensiblement le nombre de joueurs présents dans l’axe. Conséquence logique, les milieux ont moins d’espaces pour s’exprimer : une situation qui peut expliquer en partie la discrétion de Kakuta. On notera quand même que la star de cette équipe a su s’adapter en n’hésitant pas à reculer d’un cran pour proposer des solutions de repli à ses attaquants lorsque ceux-ci se retrouvaient bloqués un entonnoir plein axe. Derrière lui, Grenier et Réale se sont aussi montrés lorsque les Bleuets ont utilisé la largeur du terrain (le temps fort).

Sans le ballon, les trois hommes exerçaient un petit travail de pressing sur la relance adverse. Rien de bien méchant : Grenier était le harceleur attitré, chargé de sortir sur le porteur de balle adverse. Dans ce cas, il était soutenu par Réale qui venait couper l’angle de passe en profondeur ; Kakuta compensant les deux premiers déplacements en se décalant légèrement vers le côté laissé libre par ses deux partenaires. Lorsque Réale allait au pressing, le triangle s’articulait dans l’autre sens. Lorsque Kakuta y allait (rare), c’est tout le bloc qui montait d’un cran etc…

La suite ?

Les choses se passeront mardi soir face à la Croatie. Les Bleuets devront gommer leur principal point faible, au niveau des duels défensifs où aucun n’est apparu intraitable, pour éviter les mauvaises surprises. Sur le plan du jeu, les principales gammes de combinaisons (au niveau du quatuor offensif) semblent déjà connues et maîtrisées. On sent de vrais automatismes dans cette équipe qui réalise sa deuxième compétition internationale. Reste à savoir si elle méritera d’être comparée aux U19 espagnols, l’autre gros de ce tournoi qui a survolé son groupe B.

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