France-Serbie : ce qu’il faut retenir

Après une première mise en jambes face à l’Islande, les Bleus ont entamé la phase deux de leur préparation hier soir en dominant la Serbie (2-0). Dominateurs face à un adversaire de très faible calibre, les Français ont réalisé une démonstration de force au cours de la première demi-heure de la rencontre, s’assurant rapidement deux buts d’avance. Si le résultat importe peu au final, les hommes de Laurent Blanc avancent désormais vers l’Euro avec quelques certitudes sur le plan offensif.

Les choix de Laurent Blanc :

Malgré l’entrée remarquée de Olivier Giroud face à l’Islande, Laurent Blanc avait décidé de conserver Benzema seul en pointe à l’occasion de ce second match de préparation. Sur le banc dimanche soir, Ribéry débutait la rencontre sur son aile gauche habituelle, tandis que Nasri retrouvait un couloir droit qu’il a pratiqué durant une grande partie de la saison du côté de Manchester City. Au coeur du jeu, Mvila retrouvait sa place de titulaire aux côtés de Cabaye. Malouda faisait lui son entrée dans cet entrejeu, renforçant le milieu de terrain dans une position qu’il avait occupé à son entrée face à l’Islande. Derrière, le sélectionneur poursuivait sa revue d’effectif avec les titularisations de Lloris, Clichy, Koscielny et Réveillère autour de Philippe Mexès. Face à cette organisation, la Serbie se présentait en 3-4-3 avec une équipe extrêmement rajeunie autour du pilier Ivanovic. Et la reconstruction s’annonce longue pour Mihajlovic, nouveau sélectionneur.

Les Bleus au pressing :

Voilà le premier élément de satisfaction de ce second match des Bleus. A l’inverse de la sortie face à l’Islande où le collectif paraissait moins rôdé à l’exercice, les Français ont su appliquer un pressing très efficace. Bien aidés par la qualité technique moyenne de l’équipe serbe, ils ont parfaitement su tirer profit de l’opposition 3-5-2/4-3-3. Celle-ci a naturellement crée une situation d’égalité numérique au moment de la relance serbe, opposant attaquants et relayeurs français face aux défenseurs et milieux défensifs serbes (Ivanovic-Ribéry, Rajokovic-Nasri et Benzema-Maksimovic sur une première ligne, Matic-Cabaye et Fejsa-Malouda sur une deuxième).

Evidemment, ce pressing n’aurait pas été très utile s’il n’avait pas été bien couvert par les défenseurs à l’arrière. Sur les côtés, Clichy et Réveillère se sont ainsi montrés très agressifs face aux latéraux adverses (Clichy face à Ninkov, Réveillère auteur de la récupération de balle sur le but de Malouda) et n’ont quasiment rien cédé, récupérant des ballons assez haut sur le terrain. Dans l’axe, la combinaison défense centrale/milieu défensif n’a pas non plus beaucoup souffert, excepté sur les rares surnombres crées autour d’Alou Diarra, mais la plupart du temps compensés par le repli de l’un des deux milieux de terrain.

Si les Bleus ne devraient normalement pas rencontrer d’équipes utilisant trois défenseurs centraux durant cet Euro, ils pourront toutefois répondre de la même manière face aux formations évoluant avec un milieu défensif positionné devant la défense. Souvent lorsque de telles équipes relancent, celui-ci redescend à hauteur de ses défenseurs centraux (formant une ligne de trois derrière deux milieux de terrain, soit une configuration identique à celle de la Serbie) afin de permettre aux latéraux de monter. Le partage des tâches enverrait alors Benzema sur le milieu décroché, Ribéry et Nasri sur les défenseurs centraux et les deux milieux sur les relayeurs adverses. Et ce serait alors aux défenseurs restés en arrière d’être aussi efficaces qu’hier dans les duels…

Les Bleus à la relance :

En début de partie,  la relance française s’est organisée autour du quatuor Koscielny-Mexès-Mvila-Cabaye. Se présentant sur deux lignes, celui-ci a permis aux deux latéraux (Clichy et Réveillère) d’évoluer dans le camp serbe tandis que Malouda évoluait à la manière d’un véritable numéro 10, se baladant entre les lignes adverses. Circonstances du début de partie ou première organisation ? Difficile à dire, toujours est-il que la blessure de Mvila après cinq minutes de jeu a modifié les circuits qui avaient utilisé depuis le coup d’envoi. Avec succès.

Dans leur camp, les Français sont passés dans un 4-3-3 très clair avec la présence de Cabaye et Malouda encadrant Diarra, positionné entre les deux défenseurs centraux. Les deux pensionnaires de Premier League se rendaient ainsi immédiatement disponibles pour les premières passes de leurs défenseurs, court-circuitant Diarra et se chargeant de la relance vers les latéraux et les joueurs à vocation offensive. Cette relance à deux têtes a permis à ces derniers de ne pas s’éparpiller sur le terrain, rendant leurs décrochages inutiles malgré quelques déplacements de Nasri pour toucher le ballon.

Dans ce contexte, Ribéry s’est retrouvé dans une situation similaire à celle qu’il peut connaître à Munich où Lahm et les milieux de terrain sont là pour lui remonter les ballons jusqu’aux abords du camp adverse. Bénéficiant du soutien rapide de Clichy dans sa zone, permis par la présence de Malouda en couverture, le Bavarois a enfoncé à plusieurs reprises le flanc droit serbe avec le premier but de la partie pour récompense. Lorsque Clichy ne montait pas, c’est Benzema qui pouvait dézoner pour venir perturber le positionnement des Serbes autour de son coéquipier, Nasri, Cabaye et Malouda occupant alors l’axe pour compenser le déplacement du Madrilène.

Deuxième chose à noter de l’association Diarra-Cabaye-Malouda dans l’entrejeu : la transition entre phase de relance et phase de construction. Une fois que les milieux de terrain pénétraient dans le camp adverse, le triangle les associant se retournait. Selon les situations offensives, Cabaye et Malouda se partagaient les tâches de soutien à Benzema et de second milieu de terrain aux côtés de Diarra. Exemple : en cas d’attaque via l’aile gauche entraînant une montée de Clichy avec Ribéry, c’est Malouda qui restait en couverture et Cabaye qui rentrait dans les trente derniers mètres pour tenter d’être présent à la finition.

Les Bleus dans le camp adverse :

Comme évoqué précédemment, l’animation des Bleus a penché sur l’aile gauche. Entre Ribéry, Malouda, Clichy et Benzema, les joueurs attirés par ce côté étaient de toute façon assez nombreux pour faire pencher la balance. Les déplacements de Nasri, qui s’est libéré de son aile droite à l’approche de la moitié de la première mi-temps, ont aussi contribué à ce déséquilibre (pas forcément négatif). Au final, le couloir droit s’est animé en fonction des permutations entre les offensifs et surtout des montées de Reveillère. Et, latéral oblige, le Lyonnais n’était de toute façon pas dans un rôle ultra-offensif.

En vérité, il entrait dans une équation très simple qui l’associait à Cabaye, Malouda et Clichy. Parmi ces quatre joueurs, trois pouvaient participer aux offensives si le quatrième restait à hauteur de Diarra afin que les Bleus conservent deux lignes de deux joueurs en couverture. Cela a entraîné le classique chassé-croisé des latéraux sur les changements de jeu : si les Bleus préparaient à gauche avec Clichy en position avancée, Réveillère restait à une quarantaine des buts adverses (à hauteur de Diarra) et lorsque le jeu était renversé, Réveillère montait à son tour alors que le Mancunien redescendait.

Mais leur apport offensif pouvait être aussi déterminé par le positionnement de la paire Malouda-Cabaye. Ainsi, si l’un des deux milieux axiaux décidait de rester en couverture, les deux latéraux pouvaient monter en même temps, permettant alors d’étirer un maximum la défense adverse. Mais la plupart du temps, ce sont les deux milieux axiaux qui ont participé aux offensives en étant accompagné par un latéral (Clichy la plupart du temps), l’autre restant en couverture (Réveillère logiquement). Ci-dessous, en jaune la ligne Diarra-Reveillère, en rouge les trois autres joueurs de transition et en orange les trois attaquants.

Conclusion :

Si cela n’a duré qu’une partie de la première mi-temps, le temps fort des Bleus s’est avéré fort convaincant de par sa cohérence sur le plan tactique. Lorsque tous les joueurs récitent une partition qu’ils maîtrisent au milieu de terrain, le jeu n’en est que plus fluide et les mouvements intéressants. En confiance grâce au deux buts inscrits rapidement, les Français se sont quelque peu éparpillés ensuite, perdant en efficacité au fur et à mesure des permutations et des changements de zone de chacun (Nasri, Ribéry). Le second acte s’est lui révélé quasiment anecdotique, les hommes de Laurent Blanc baissant de pied physiquement avant que les multiples changements n’achèvent le rythme de la partie.

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3 réponses

  1. La France a été intéressante mais a manqué de constance, il n’y avait pas de quoi s’enflammer comme l’ont fait les commentateurs. On est sur la bonne voie, mais c’est pas encore sa.

  2. jojofoot225 dit :

    « Si cela n’a duré qu’une partie de la première mi-temps, le temps fort des Bleus s’est avéré fort convaincant de par sa cohérence sur le plan tactique ».

    Vous avez tout compris.A l’Euro,les bleus devront tenter de le faire pendant tout le match.Des équipes comme l’Espagne ou l’Allemagne ça se joue pendant 90 minutes…

  1. 2 juin 2012

    […] « France-Serbie : ce qu’il faut retenir », par Florent Toniutti, Chroniq… Analyse tactique de la victoire de l’équipe de France (2-0) face à la Serbie pour son deuxième match de préparation à l’Euro 2012, jeudi soir à Reims. […]

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