France-Estonie : ce qu’il faut retenir

Pour son dernier arrêt avec son décollage pour l’Ukraine et l’Euro 2012, l’équipe de France a facilement dominé une équipe d’Estonie qui s’est contentée de jouer les sparring-partners une fois le premier but encaissé. Retour sur ce troisième match de préparation et focus sur sur deux joueurs qui pourraient détenir les clés du match contre l’Angleterre : Alou Diarra et Samir Nasri.

Les choix du sélectionneur :

En décidant de reconduire les milieux et les attaquants qui avaient débuté contre la Serbie, Laurent Blanc avait donné une première indication quant à l’équipe qui affrontera l’Angleterre la semaine prochaine. Cabaye malgré sa sortie prématurée, Diarra, Malouda, Nasri, Ribéry et Benzema devraient débuter l’Euro dans le XI titulaire. Même chose derrière pour Rami, Mexès, Lloris et Debuchy, dont l’activité sur le flanc droit s’est encore une fois révélée intéressante. La seule incertitude devrait concerner encore une fois le poste de latéral gauche, Evra n’ayant pas montré plus que Clichy.

De l’importance de la sentinelle :

Face à la Serbie, Diarra avait réalisé une prestation très convaincante devant la défense française, après avoir remplacé Mvila. Derrière cinq joueurs sortis au pressing, et bien encadré par des latéraux agressifs face à leurs homologues adverses (pour rappel, la Serbie était en 3-4-3), le Marseillais avait su faire du rond central sa zone, s’imposant à la fois dans les airs et au sol avant de libérer efficacement les ballons pour laisser jouer ses milieux de terrain. Hier soir, il a en revanche connu des débuts un peu plus compliqués. Et c’est tout l’édifice français qui en a ressenti les conséquences sur le plan défensif.

A l’instar de Mvila contre les Serbes, Diarra s’est fait peur sur son premier ballon du match, une passe latérale a priori anodine mais donnée directement à une adversaire. Sur celle-ci, le milieu défensif a ressenti une gêne qui a certainement mis plusieurs minutes à se faire oublier. Une période qui a justement vu les Estoniens ressortir très efficacement les ballons de leur camp pour les remonter jusqu’à leurs attaquants et la défense française. Organisés en 4-2-3-1, les Estoniens devaient pourtant faire face au même pressing que les Français avaient infligé aux Serbes (voir l’image). Benzema, Ribéry, Nasri, Cabaye et Malouda travaillaient ensemble pour bloquer les deux lignes de relance estoniennes (défense centrale et milieu de terrain).

Habituellement, les cinq offensifs français auraient dû être suivis par le reste du bloc et notamment les latéraux, chargés de bloquer l’avancée de leurs homologues au niveau de la ligne médiane. Sauf que Debuchy et Evra avaient cette fois à gérer des adversaires directs avec les deux milieux excentrés estoniens : une situation différente qui a limité leurs possibilités de sorties de la ligne défensive. Dès lors, les latéraux estoniens ont remonté plusieurs ballons jusqu’à la ligne médiane. Leur progression dans le camp adverse s’est ensuite jouée sur les relais qu’ils pouvaient trouver dans la première moitié du camp français. Or en début de partie, Diarra a souffert des décrochages des axiaux estoniens (Ojamaa et Oper) qui ont crée des brèches dans le premier rideau défensif des Bleus en se rendant disponibles pour leurs relanceurs. Ce sont ses premiers intervalles qui ont mis ensuite la défense française en difficulté, celle-ci se montrant incapable de rassurer dès lors que le danger approchait des buts de Lloris.

Dès que Diarra a retrouvé de l’allant dans sa zone, les Bleus ont retrouvé une certaine assise défensive, uniquement mise à mal par quelques hésitations des défenseurs. Si ces dernières sont difficilement contrôlables pour un sélectionneur, Laurent Blanc a pu noter l’importance qu’aura Diarra (puis Mvila à son retour) dans l’équilibre défensif de son organisation. Face à une Angleterre qui sera sauf surprise organisée en 4-2-3-1 avec un trio de soutien à l’attaquant assez similaire à celui de l’Estonie (un joueur libre dans l’axe et deux joueurs qui restent dans les couloirs), sa sentinelle détiendra très certainement la clé de la rencontre. Car pour peu que les Anglais ressortent les ballons aussi facilement que les Estoniens en début de partie, Ashley Young (qui évolue dans l’axe) pourrait devenir un très grand danger pour la défense française. A moins que Laurent Blanc décide d’adopter une stratégie moins ambitieuse en enlevant un joueur au pressing pour ajouter un second vrai milieu défensif, positionné aux côtés de Diarra (Cabaye ?).

De l’animation offensive :

Même si les joueurs de la Serbie ont été reconduits devant, l’animation des Bleus n’a pas été la même que la semaine dernière. En changeant ses latéraux, Laurent Blanc a aussi changé le côté privilégié par les offensives, passant de Clichy à gauche à Debuchy à droite. Moins en vue offensivement, Evra a joué une partition assez similaire à celle de Reveillère contre les Serbes, participant à la construction dans la première moitié du camp adverse mais plongeant rarement à la finition. Il faut néanmoins souligner que la donne s’est inversée dans la dernière demi-heure : Debuchy limitant ses montées, Evra a multiplié les siennes, faisant rebasculer le jeu sur le flanc gaucheet se retrouvant même à l’origine du dernier but français.

Au-delà de l’animation des couloirs, c’est sur l’axe qu’il faut se pencher sur ce match. Malouda, Cabaye, Nasri, Ribéry, Benzema : tous ont joué un rôle au coeur du jeu, avec plus ou moins de réussite. Certains n’ont fait qu’y passer pour véritablement travailler sur les côtés. C’est le cas de Ribéry, qui a confirmé son statut de très bon accélérateur de particules en frappant sur les premier (à gauche) et troisième (à droite) buts. C’est le cas aussi de Benzema, qui a multiplié les déplacements de l’axe vers les ailes afin d’ouvrir des espaces au coeur du jeu pour les incursions des milieux de terrain (Malouda et Cabaye). Dommage d’ailleurs que le Madrilène n’ait pas pris le temps de mettre en place quelques automatismes avec Debuchy sur le flanc droit : alors qu’ils se sont souvent retrouvés dans la même zone, ils n’ont que très rarement échangé, malgré des positions favorables pour voir le Lillois dédoubler.

Pourtant, ces situations pourraient se reproduire au vu des déplacements de Nasri tout au long de la rencontre. Positionné à droite au coup d’envoi, le joueur de Manchester City a rapidement dézoné pour aller toucher des ballons au coeur du jeu. Si ses déplacements ont parfois été inutiles, notamment lorsqu’il redescendait plus bas que ses milieux de terrain pour remonter des ballons ou qu’il allait ajouter un surnombre sans intérêt dans la même zone que Ribéry, deux d’entre eux sont sortis du lot quant à leur possible impact positif sur l’animation. Le premier correspondait aux déplacements de Benzema. Quand ce dernier s’excentrait, par exemple sur la droite, la présence de Nasri dans l’axe, devant les défenseurs centraux adverses, faisait de lui un appui intéressant pour des combinaisons en une touche dans les petits périmètres qu’il affectionne. Il a d’ailleurs échangé de cette manière avec Benzema et Ribéry.

Deuxième zone où Nasri peut se rendre utile : le milieu de terrain. Face à des formations dotées de deux milieux défensifs comme l’Estonie,, il peut créer le surnombre dans l’axe en s’ajoutant à la ligne Malouda-Cabaye. Les Bleus se retrouvent alors dans une situation que l’on a déjà vu cette saison, du côté de Barcelone par exemple, avec trois joueurs (en bleu) sur une même ligne face à deux milieux (en blanc). A l’un des trois Français de profiter ensuite du décalage, soit en allant percuter balle au pied, soit en cherchant une passe vers les partenaires placés plus haut. Parfois mis dans cette situation face à l’Estonie, les Bleus ont généralement décidé d’envoyer le jeu sur les ailes vers un Benzema excentré (à droite), Ribéry (à gauche) ou Debuchy (à droite). L’attaque se déployait ensuite dans le couloir alors que les axiaux suivaient le mouvement pour être présents à la finition dans la surface. Une stratégie qui sera peut-être à développer avec un Benzema plus axial, histoire d’équilibrer les possibilités et les dangers pour la défense adverse (comme sur l’image ci-dessus d’ailleurs)… Surtout quand on sait que la défense anglaise risque d’être difficile à prendre dans les airs.

Conclusion :

Malgré les trois matchs de préparation et les victoires, les Bleus vont démarrer l’Euro dans l’inconnusur le plan défensif. Le fait de débuter par l’Angleterre, qui reste l’adversaire le plus dangereux du groupe malgré les forfaits, pourrait se révéler être un cadeau empoisonné si la défense centrale n’élève pas son niveau de jeu. Au milieu, Laurent Blanc semble avoir gagné le pari au niveau de la relance en installant Malouda aux côtés de Cabaye, ce qui a permis de libérer les attaquants dans le camp adverse. Une situation qui sied parfaitement à Ribéry et Benzema qui montent en puissance, moins à Nasri qui semble toujours perdre en volume en voulant toucher le ballon aux quatre coins du terrain. Mais comme il a pu le montrer sur certaines phases de jeu, s’il s’en tient à certains déplacements depuis sa position d’ailier droit, il pourrait enfin impacter positivement sur le collectif. J-5…

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1 réponse

  1. Salut Florent,

    Hier on a vu un réel équilibre dans le jeu Français et dans son animation. Cependant cette défense est instable dans l’axe, Mexès est pas bien, moi j’ai ma préférence pour Koscielny.
    Sinon une belle récompense face au travail fourni !

    Avec le pic d’activité que tu auras ce mois-ci tu comptes analyser quelles équipes ?

    J’espère que analyseras peut-être des matchs de poule moins relevés. On assiste toujours à des détails tactiques très intéressants, car ces équipes cherchent à combler au max leurs faiblesses par une bonne organisation !

    Bon courage pour ce mois-ci et à plus ;)

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