France 3-2 Espagne (U21 Espoirs), l’analyse tactique

La dernière fois que l’on s’était intéressé aux catégories de jeunes dans cette rubrique, c’est lors de la finale de l’Euro des moins de 19 ans qui nous avait proposé la même affiche (voir L’analyse tactique et Zoom sur Sergio Canales). Sur la vingtaine d’acteurs présents à l’époque, quelques-uns étaient sur la pelouse de Reims ce jeudi soir : Griezmann côté français, Canales, Bartra et Planas côté espagnol sans oublier Luis Milla, le sélectionneur passé à l’échelon supérieur pour suivre sa génération. Si ce dernier prépare le prochain Euro avec un groupe déjà bâti, Mombaerts doit reconstruire…

Les compositions :

Titulaire à droite avec les U19 pendant l’été, Griezmann se retrouve à jouer les attaquants de soutien derrière Rivière. Les deux hommes sont encadrés par Gueye et Saivet, respectivement à gauche et à droite au coup d’envoi mais qui permuteront par la suite. Au milieu de terrain, Mombaerts fait confiance au duo Guilavogui-Pajot : Gorgelin – Corchia, Stambouli, Mangala, Makonda – Pajot, Guilavogui – Saivet, Griezmann, Gueye – Rivière.

Comme évoqué en introduction, l’Espagne compose elle avec trois ex-U19 : Canales en attaquant de soutien, Bartra en défense centrale et Planas sur le côté gauche. Sur le banc, Pacheco était aussi de l’Euro des 19 ans et fera son entrée en deuxième mi-temps. Devant, Canales est accompagné par Juan Carlos, Merida et Alvaro : Marino – Mario, Bartra, Ayala, Planas – Camacho, Recio – Merida, Canales, Juan Carlos – Alvaro.

La force des Bleuets :

3-0 en 35 minutes de jeu : les Français donnent une vraie leçon aux Espagnols pendant la première demi-heure. Si l’utilisation du ballon n’est pas optimale, les Bleuets (après quelques minutes de flottements) appliquent le schéma de jeu qui se révèle parfait pour contrecarrer le fameux Toque qui caractérise la Roja des A jusqu’aux sélections de jeunes. De Rivière à Mangala, c’est tout le bloc français qui va travailler pour tenir le plus haut possible et étouffer les rampes de lancement adverses.

Devant, Rivière et Griezmann mettent la pression sur les deux stoppeurs adverses, généralement chargés de la première relance. Le but est de les empêcher de trouver une solution vers l’avant et de les forcer à écarter le jeu sur les côtés. Griezmann poursuit même son pressing sur les latéraux adverses et parcourt ainsi toute la largeur du terrain pour gêner la relance des défenseurs adverses.

Derrière lui, Pajot s’intègre à la ligne Saivet/Gueye pour former un trio qui vient mettre la pression dans la zone des deux milieux espagnols (Camacho et Recio). Surnombre français dans l’entrejeu oblige, Canales décroche à hauteur de ses milieux de terrain pour offrir une solution supplémentaire de relance. Conséquence, Alvaro se retrouve seul devant, suivi de près par trois français (Guilavogui, Mangala et Stambouli).

Sans solution dans l’axe, l’Espagne s’en remet aux paires latéral-ailier pour remonter le ballon. Mais là aussi, le bloc haut des Français pose problème puisque Makonda et Corchia serrent au maximum leurs adversaires directs pour empêcher les combinaisons (une-deux, appuis etc…). Saivet et Gueye abattent aussi un très gros travail de repli lorsque leurs latéraux respectifs se portent aux avants-postes.

A l’arrivée, sur cette première mi-temps, les Français ne sont mis en danger que lorsque les Espagnols réussissent à prendre les latéraux français dans la profondeur. Si Merida n’est pas franchement un spécialiste de ce registre, Juan Carlos se régale à plusieurs reprises dans le dos de Corchia pour la plupart des occasions espagnoles. Son expulsion juste avant la mi-temps met quasiment fin à l’intérêt de cette rencontre.

L’animation française :

Efficaces sans le ballon, les Français adoptent une animation assez classique pour un 4-2-3-1 lorsqu’ils le récupèrent. Outre les possibilités offertes par Rivière en point d’appui, c’est la mobilité du trio en soutien qui permet aux Français de varier leur jeu. Saivet, Griezmann et Gueye sont en effet utilisables sur toute la largeur du terrain, et peuvent même se joindre à Rivière à la pointe de l’attaque quand le besoin s’en fait sentir. Exemple avec le circuit de passe ci-dessous.

Le ballon est dans les pieds de l’ailier côté droit. Celui-ci s’en va fixer son défenseur vers l’intérieur pour tenter de l’éliminer. Grand classique, son latéral dédouble sur l’aile pour profiter d’un possible décalage. Selon l’évolution de la situation, Griezmann (rouge) peut offrir plusieurs solutions : s’excentrer pour aider à la ressortie du ballon et se porter vers l’avant pour être à la réception du centre ou d’une passe. L’autre ailier se recentre pour apporter sa présence dans la surface alors que Pajot monte d’un cran pour récupérer les seconds ballons et déjà préparer la phase de pressing en cas de perte de balle.

Le troisième but des Bleus vient d’ailleurs d’une action de ce style. Côté gauche, Saivet provoque et fixe son adversaire direct avant de déposer un caviar sur la tête de Gueye qui a repiqué plein axe et se retrouve libre de tout marquage (aussi grâce à la fausse piste crée par Griezmann au second poteau). Au passage, le premier but prend sa source d’une récupération de Griezmann dans le camp espagnol dont Saivet profite immédiatement de part la petite distance entre les deux hommes pour lancer Rivière en première intention.

La gestion espagnole :

Menés 3-1 au moment où ils sont réduits à dix, les Espagnols vont réaliser une deuxième mi-temps pas inintéressante pour une équipe en infériorité numérique. Si, sans Gorgelin dans les buts français, ils auraient peut-être fini la rencontre sans but, ils ont esquissé plusieurs mouvements intéressants sans se retrouver mis en danger. Petit décryptage du pourquoi du comment et de l’importance des ailiers dans le système espagnol de la deuxième mi-temps.

Merida (puis Pacheco) et Alvaro (puis Falque) ont en effet été dans toutes les remontées de balle espagnoles en deuxième période. Lors des premières minutes, on a d’abord vu Asier, tout juste entré en jeu à la place de Camacho devant la défense, solliciter un appui sur son ailier avant de lui demander le ballon dans l’espace (schéma en haut) et d’obtenir une coup-franc en sa faveur. Malheureusement, après ça, on ne l’y a plus repris.

Le plus souvent, le pressing français se relâchant, les actions ont démarré d’une relance de la défense espagnole directement sur l’un de ses deux ailiers. Plutôt que de s’enfermer sur son aile, celui-ci cherche la relation directe avec le seul offensif axial restant sur la pelouse. Si les deux hommes sont dans le rythme, le une-deux peut prendre à défaut le milieu français et les lancer face à la défense française (schéma en bas).

Le dernier quart d’heure avec la présence de Pacheco, Falque et Rios devant, tous plutôt vifs et de Canales aux côtés de Asier devant la défense pour lancer le jeu n’a pas été rassurante pour la défense française. A sa décharge, ses offensifs n’étaient plus en mesure de tenir la même cadence au pressing qu’en première mi-temps, chose qui était indispensable pour maîtriser les attaques adverses…

Conclusion :

Un premier match plutôt encourageant pour la nouvelle génération dont a hérité Mombaerts. De par son activité avec et sans ballon, Griezmann s’est déjà affiché comme l’un des meneurs de cette future équipe et il a trouvé en Saivet ou Pajot des sidekicks plutôt convaincants. Derrière, la défense n’a en revanche pas semble très sereine dès que l’Espagne a pu remonter le ballon avec plus de facilités. Il faut dire que, malheureusement pour lui, le gardien Gorgelin n’a rien fait pour rassurer ses hommes.

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