France 3-1 Biélorussie, l’analyse tactique

Certains tremblaient alors que les Bleus retrouvaient la Biélorussie, leur bête noire de l’ère Laurent Blanc. Après une première mi-temps compliquée pour des Français maîtres du ballon mais sans véritable solution face à des adversaires venus pour défendre, les joueurs de Didier Deschamps ont su passer la seconde au retour des vestiaires. Emmenés par un Ribéry actif et décisif, ils ont pris le dessus sur une formation revenue plus ambitieuse au début du second acte.

Les compositions :

France : Lloris (1) – Jallet (15), Yanga-Mbiwa (2), Sakho (5), Evra (3) – Mavuba (11), Cabaye (6), Capoue (20) – Ribéry (7), Benzema (10), Giroud (9).
Biélorussie : Veremko (12) – Bordachev (19), Verkhotsov (18), Martynovich (3), Radkov (6), Polyakov (6) – Kislyak (11), Putilo (14), Dragun (21) – Bressan (10), Rodionov (20).

Le plan des Biélorusses :

Exceptée la titularisation de Giroud à la pointe de l’attaque, Didier Deschamps n’a rien changé à l’organisation qui était allé chercher les trois points en Finlande. Positionné à droite du milieu de terrain, le second entrant (Capoue) était censé reprendre le rôle de Diaby, apportant impact et percussion dans l’entrejeu. Malheureusement pour lui et les milieux de terrain français, cela n’a pas été le cas au cours de la première mi-temps, la faute à des Biélorusses qui avaient fait le choix de densifier considérablement l’axe. A l’inverse des Finlandais en 4-3-3, ils se sont présentés en 5-3-1-1. Derrière Rodionov seul en pointe, Bressan évoluait dans la zone de Mavuba devant un trio composé de Kislyak, Putilo et Dragun. Derrière, la défense à cinq permettait de conserver en permanence quatre joueurs en couverture, chaque joueur sortant à tour de rôle sur les attaquants, selon la circulation de balle française.

Durant une bonne partie de la première mi-temps, les Biélorusses ont ainsi poussé les Français à passer par les côtés en mettant les milieux sous pression. Mavuba, Cabaye et Capoue étaient les trois cibles du travail défensif de Bressan, Dragun et Putilo, qui les empêchaient de jouer et les forçaient à libérer le ballon dans les couloirs (en rouge). Derrière, Kislyak évoluait en couverture, au cas où l’un de ses partenaires soit effacé sur une passe ou un dribble. L’objectif était aisé à comprendre : repousser les Français dans les couloirs et compter sur l’avantage du nombre dans la surface de réparation pour renvoyer les tentatives de centres. Ce premier travail, les Biélorusses l’ont parfaitement réussi puisque les Français ont eu du mal à se trouver au coeur du jeu et ont rapidement utilisé les ailes pour approcher les buts de Veremko.

Comme en Finlande, les latéraux (Jallet et Evra) ont donc hérité de la première passe vers l’avant. Giroud restant la plupart du temps dans l’axe, les deux solutions se nommaient Benzema et Ribéry. Des deux côtés, le schéma défensif des Biélorusses était taillé pour les contrer. Le latéral devait sortir de la ligne défensive pour empêcher la progression du porteur de balle (Jallet ou Evra) tandis que le défenseur axial le plus proche héritait du marquage de l’attaquant français dans sa zone. Devant la défense, le milieu à trois coulissait sur la largeur afin de prendre Ribéry et Benzema à deux ou trois joueurs si nécessaire. Sur son aile gauche, Ribéry s’est ainsi souvent retrouvé pris en tenaille par Radkov (défenseur axial droit) et Dragun (milieu axial droit), parfois soutenus par Polyakov (latéral droit) qui se livrait moins que Bordachev sur son flanc gauche. Ce dernier sortait lui sur Jallet, laissant Verkhovtsov au marquage de Benzema (voir ci-dessous).

Les joueurs non-concernés par l’action se repliaient eux autour de la surface de réparation, offrant beaucoup de champ libre aux Français qui ont pu naviguer d’une aile à l’autre sans difficulté à 30 mètres des buts de Veremko. Cette large domination territoriale a permis aux Bleus de ne pas être inquiétés défensivement. Contrairement aux Finlandais qui ont su créer le danger en contre, les Biélorusses n’avaient pas d’autre solution que de rechercher Rodionov aux avants-postes. Ils ont néanmoins su à plusieurs reprises se défaire du pressing français en utilisant leurs latéraux, sans adversaire direct dans les couloirs. Comme les Finlandais cette fois. S’en suivait quelques phases de possession du ballon dans l’entrejeu mais sans véritable inspiration à l’approche des 40 mètres français. En première mi-temps en tout cas…

Manques et réponses françaises :

Ultra-dominateurs dans le jeu, les Français sont rentrés aux vestiaires avec les mêmes difficultés que face à la Finlande. Une fois regroupés, les Biélorusses semblaient avoir l’ascendant, exceptés sur deux occasions où les Bleus ont pu trouver Giroud dans l’axe (tête sur centre de Ribéry et appui pour Cabaye). Condamnés à passer par les ailes, les Français payaient le manque de participation offensive de leurs deux milieux relayeurs (Capoue et Cabaye). Alors que le 4-3-3 veut en général que le couloir s’anime autour des triangles « attaquant-milieu-latéral », seuls les attaquants et les latéraux travailaient sur les ailes, Capoue et Cabaye restant en retrait, la plupart du temps pour se rendre disponibles en cas de nécessité de renverser le jeu. Didier Deschamps a remedié à ce problème dès la reprise en replaçant Ribéry dans l’axe, derrière le duo Giroud-Benzema.

Sur l’action aboutissant au but de Capoue, par ailleurs plus offensif qu’en première mi-temps, Ribéry et Benzema se sont retrouvés dans une situation similaire à celles connus en première mi-temps. Menant le contre, le Bavarois s’est retrouvé dans la position de Jallet, effectuant une remise en jeu et servant un Benzema pris par deux joueurs. Troisième homme de cette action, le latéral parisien a ainsi pu arriver lancé et prendre la profondeur, enfonçant une défense biélorusse déjà sur le reculoir avant de redonner à Ribéry qui a ensuite servi parfaitement Capoue pour l’ouverture du score. Jeu à trois sur les ailes et milieux axiaux plus entreprenants : le temps d’un action, les Bleus ont répondu à leurs manques de la première mi-temps.

Une action aussi réussie grâce à des Biélorusses plus entreprenants à la reprise. Remplaçant un Bressan invisible en soutien de Rodionov, Kulchy a permis aux visiteurs de gagner en créativité dans l’entrejeu. Sans adversaire direct dans sa zone (les Français jouaient sans 10), il a été la plaque tournante du jeu biélorusse lorsque ces derniers parvenaient dans le camp français, orientant le jeu vers les extérieurs, via les relais du trio Putilo-Dragun-Kislyak, opposé lui aux trois milieux français. Selon les situations, la profondeur pouvait être apportée par l’un des trois derniers cités ou par les latéraux, qui suivaient le mouvement depuis leurs couloirs (notamment Bordachev sur son aile gauche). Par deux fois les Biélorusses ont trouvé la faille sur le flanc droit de la défense française, Lloris sauvant une première fois avant que Yanga-Mbiwa ne concède un penalty quelques minutes plus tard. Heureusement pour les Bleus, Jallet avait déjà doublé la mise à ce moment du match.

Côté coaching, la sortie de Giroud au profit de Valbuena a été une réponse donnée à l’influence grandissante de Kulchy dans l’entrejeu. A tour de rôle, le Marseillais et Ribéry se sont chargés de limiter l’influence de ce dernier en le mettant sous pression pour l’obliger à écarter au lieu de trouver ses relais habituels dans l’axe. Chez les Biélorusses, l’équipe a joué son va-tout après être revenue à 2-1 en passant en 4-4-1-1. La punition ne s’est pas faite attendre puisque le troisième et dernier but français découle directement de l’absence d’un troisième homme en défense centrale. Sur l’action amenant le but, Benzema se défait des deux défenseurs centraux. Logiquement, le latéral droit a été forcé de compenser en revenant à l’intérieur, ce qui a libéré l’espace pour Ribéry.

Conclusion :

Un sans-faute est toujours bon à prendre dans une course à la Coupe du Monde (six années que la France n’y était pas parvenue). Si l’heure n’est pas aux félicitations, force est de reconnaître que la formation de Didier Deschamps a su trouver les réponses aux problèmes posés par ses adversaires. Si les talents ont fait la décision sur les deux rencontres, le sélectionneur a su faire les bons choix en fonction de ce que proposait l’adversaire et de ce que son équipe avait montré auparavant. Savoir tirer des enseignements et ajuster sa copie ensuite, sans doute la meilleure façon de progresser.

Pour compléter cet article, retrouvez-moi dans l’exercice très léger et subjectif des notes sur Carnet Sport : France-Biélorussie, les notes.

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1 réponse

  1. the teacha dit :

    Clairement vu les équipes qu’on à dans la poule à part l’Espagne, il va falloir s’attendre à ce genre de bloc défensif à chaque fois. Mais si on ne va pas plus vite dans les transmissions de balle et dans le rythme au milieu de terrain pour créer des décalages, on va s’en voir ! Il serait intéressant de voir un surnombre apporté balle au pied par l’un des 2 défenseurs centraux aussi, sakho ou Rami le font en club desfois, à eux de le reproduire. Tactiquement les bleus ont fait ce qu’il faut, il ne faut pas s’attendre à des 6-0 de toute façon meme contre ces équipes

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