France 2-4 Allemagne (Mondial féminin), l’analyse tactique

Après deux victoires face à des adversaires à leur portée (1-0 Nigéria, 4-0 Canada), les Bleues ont passé leur premier gros test face à l’Allemagne : quatre-vingt dix minutes qui ont pu permettre de mesurer l’écart qui sépare les filles de Bruno Bini d’une formation favorite à la victoire finale dans cette Coupe du Monde féminine. Au final, la différence s’est faite au milieu de terrain et en première mi-temps. Analyse.

Les compositions :

Déjà qualifiée, l’équipe de France s’avance avec un onze de départ remanié. Le duo offensif axial Delie / Abily est mis sur la touche au profit de Thomis / Necib. Le Sommer profite du replacement de Necib dans l’axe pour prendre le couloir droit. A noter aussi l’entrée de Boulleau à gauche de la défense, à la place de Bompastor : Sapowicz (1) – Lepailleur (11), Renard (2), Georges (4), Boulleau (3) – Soubeyrand (6), Bussaglia (15) – Le Sommer (9), Necib (14), Thiney (17) – Thomis (12).

Côté allemand, la sélectionneuse Silvia Neid décide de se passer son avant-centre Prinz qui laisse sa place à Grings. Attendue depuis le début du tournoi, la très technique Bajramaj est enfin lancée dans le grand bain de cette Coupe du Monde. Présente lors des deux premières rencontres, Bresonik, Kulig et Behringer cèdent aussi leurs places : Angerer (1), Schmidt (2), Bartusiak (3), Krahn (5), Peter (4) – Goessling (20), Laudehr (6) – Okoyino Da Mbabi (13), Bajramaj (19), Garefrekes (18) – Grings (8).

Première mi-temps – La variété fait la différence

Organisée en 4-2-3-1, les deux formations s’observent pendant un bon quart d’heure avant de passer à l’action. Les Françaises semblent en mesure de rivaliser avec leurs adversaires, réussissant à tenir le ballon assez haut pour ne pas trop subir. D’un côté comme de l’autre, les quatre joueuses à vocation offensive se déplacent très librement sur le terrain, n’hésitant pas à échanger leurs positions à plusieurs reprises pour tenter de tromper la défense adverse.

La France sans attaque.
Plutôt en place pendant une bonne demi-heure, les Françaises ne parviennent toutefois pas à créer le danger sur les buts adverses : la faute à un manque cruel de soutien derrière les quatre attaquantes. La ligne défensive allemande ne se découvrant pas, celles-ci ne parviennent à créer aucune situation de surnombre. Le repli rapide du reste du bloc adverse les enferme dans des situations individuelles (à une contre deux – la première a ralenti la course de la porteuse de balle, la seconde vient la presser-) où l’exploit est obligatoire pour espérer combiner ensuite. Certainement préférée à Delie pour sa pointe de vitesse, Thomis ne se crée aucune opportunité malgré quelques ballons en profondeur donnés par Soubeyrand. A chaque fois, le soutien défensif allemand précède le soutien offensif français.

L’Allemagne lancée.
A l’opposée des Françaises, les joueuses de soutien allemandes sont particulièrement efficaces. Alors que le jeu français dans le camp adverse démarre par un duel gagné par une offensive – le soutien arrive ensuite, sur le second ballon -, le jeu allemand démarre de l’arrière. Pour expliquer cette différence, il faut notamment se pencher sur le cas de Bajramaj. En décrochant à hauteur de ses milieux de terrain, elle a plusieurs fois fait la différence face à la paire Soubeyrand – Bussaglia, poussant ainsi le bloc adverse à reculer et permettant à ses partenaires de l’entrejeu à s’installer dans le camp français. Ceci fait, latérales et milieux peuvent faire circuler le ballon sur la largeur pour étirer le bloc adverse. Il suffit ensuite que l’une d’entre elles prennent ses responsabilités et se projettent vers l’avant pour créer le danger. Laudehr le fait notamment à deux reprises (15e, 30e) en s’appuyant sur Garefrekes côté gauche. Résultat, une passe décisive sur sa seconde tentative pour la reprise de la tête de Grings.

Deuxième mi-temps – Pour y croire ?

Coaching.
Son équipe menée (2-0) et ses offensives inefficaces, Bruno Bini n’attend pas pour faire des changements : Abily et Delie remplacent Necib et Thomis. Dotée d’un meilleur jeu de corps que Thomis, Delie sort du lot : en cherchant le contact plutôt que l’espace, elle se crée des situations de un-contre-un qui gêne considérablement ses adversaires. Côté allemand, la sortie de Laudehr au profit de Hingst semble affaiblir le milieu de terrain. Le poids apporté par Delie devant permet aux Françaises de très bien démarrer la deuxième mi-temps. L’attaquante est d’ailleurs rapidement récompensé de son apport puisqu’elle réduit le score dix minutes après son entrée en jeu (56e).

Fin du match.
Bajramaj réagit à l’heure de jeu, profitant encore une fois d’un décrochage puis d’une accélération pour semer le milieu français, mais sa frappe manque complètement le cadre. Quelques minutes plus tard, elle est à la réception d’une passe dans la surface résultant d’un décalage côté droit. Face au but, elle est fauchée par Sapowicz. Double peine logique. Grings signe un doublé en transformant son penalty et l’Allemagne reprend le large (3-1). Les Françaises se réorganisent en un 4-2-2-1 avec Thiney et Abily le plus proche possible de Delie devant. Grâce à ses qualités de pivot, l’attaquante de Montpellier se crée une opportunité à la 73ème minute mais manque le cadre. Dommage puisque les Françaises venaient de réduire le score sur corner par Georges (72e). Le dernier quart d’heure est anecdotique, Okoyino Da Mbabi ajoutant un quatrième but dans les arrêts de jeu, en profitant d’un oubli de Boulleau.

Conclusion :

Bruno Bini, à chaud après la rencontre : « On ne joue pas a la maison, selon que vous soyez puissants ou misérables… » Si l’expulsion de Sapowicz en deuxième mi-temps a évidemment pesé sur sa physionomie, il ne faut pas oublier la démonstration de puissance allemande du premier acte. Bajramaj a calmé les ardeurs françaises et les milieux ont ensuite apporté le soutien nécessaire pour créer les décalages. Simple et efficace. La présence d’entrée de Delie côté français auraient peut-être pu permettre aux Bleues de tenir plus longtemps la balle devant et d’enchaîner ensuite. Le sélectionneur en a décidé autrement ; le résultat du quart de finale face à l’Angleterre décidera de la justesse de ce choix.

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