France 2-0 Roumanie, l’analyse qui aurait pu être copiée-collée

Une petite reprise de mon live sur Panenka.fr pour introduire cette analyser : « 72′ : Deux occasions coup sur coup pour les Roumains. D’abord sur une mauvais ballon de relance de Clichy, Sapunaru jaillit et décale son attaquant qui lui remet mais son tir touche le poteau. Quelques secondes plus tard, c’est un centre qui oblige Lloris à se détendre. » Je pense que je n’ai pas été le seul à le penser à ce moment-là du match : ça sentait quand même très fort la Biélorussie. Mais cette fois, les remplaçants français ont apporté : un but pour Rémy, une grosse activité et une passe décisive pour Payet et un but pour Gourcuff. Analyses multiples.

Un peu bizarre de parler de l’adversaire pour analyser un match des Bleus non ? Mais je vais quand même le faire ! Car la rencontre est beaucoup plus claire lorsqu’on la relit à partir de l’équipe de Lucescu. Explications. Au coup d’envoi, sa formation s’organise en 4-4-2 capable d’évoluer en 4-3-3 lorsque l’équipe décide d’aller au pressing. En clair, lorsque les Bleus essaient de ressortir le ballon par leur côté gauche : les deux attaquants coulissent pour couper la première passe, le milieu droit monte pour couper la solution le long de la ligne de touche et le milieu à trois glisse lui aussi sur la largeur du terrain.

Ce travail harassant va extrêmement gêner la relance française durant les premières minutes. Les Bleus vont réagir en balançant plusieurs ballons par-dessus le milieu de terrain vers Benzema… Qui va obtenir quelques situations intéressantes dans la profondeur. Avec une telle opposition dans l’axe, la remontée par les côtés coule de source pour produire du jeu. Les Français développent tous leurs mouvements grâce aux montées des latéraux qui se rendent rapidement indispensables. La paire Reveillère-Valbuena réussit plusieurs combinaisons tandis que Benzema bosse avec Clichy côté gauche.

Les latéraux indispensables aux offensives

Sans doute poussé à l’extrême durant les premières minutes pour envoyer un message aux Français, les Roumains vont abandonner leur pressing sur les ballons rapidement perdus. En clair, s’ils poussent leurs mouvements jusqu’à la surface de Lloris, c’est tout le bloc qui essaiera de mettre la pression. Dans le cas contraire, toute l’équipe se replie dans ses 40 mètres pour passer en phase défensive. Celle-ci est des plus classiques : deux lignes de quatre avec deux joueurs flottants (un milieu qui passe en défense et un attaquant qui passe au milieu) en cas de besoin.

Comme face à la Biélorussie, les Bleus vont avoir extrêmement de mal à gérer un adversaire regroupé dans sa moitié de terrain. Plusieurs problèmes l’expliquent. En premier lieu le rendement des doublettes sur les ailes. Face à une défense aussi compacte, la solution vient toujours des côtés : comme évoqué plus haut, les ailes ont plutôt bien fonctionné au moment de construire, sauf qu’aucun centre n’a abouti sur une situation vraiment chaude pour Pantilimon… Jusqu’à la dernière seconde et le gros travail de Payet à vrai dire. A la décharge des centreurs, les gars censés être à la réception n’étaient pas forcément en mesure de rivaliser non plus.

De l’importance du pressing

Autre solution face à un adversaire regroupé, ne pas le laisser respirer. C’était la plus belle arme du Barça qui a tout gagné en 2008/2009 : lorsque le ballon est perdu, toute l’équipe met immédiatement la pression pour le récupérer alors que l’adversaire est en train de se déployer. Les offensifs bossent dans les 30 mètres, les milieux ratissent devant le rond central et renvoient les ballons récupérés. Généralement, les ballons gagnés aboutissent sur des situations très chaudes, l’adversaire n’ayant pas eu le temps de se replier pour se remettre en place. Or les Français vont être assez timides dans ce boulot, les attaquants pour être plus précis. Car en deuxième rideau, Diarra et M’Vila vont gratter de nombreux ballons… Et offrir des situations lancées très intéressantes au quatuor offensif.

Laurent Blanc a d’ailleurs compris en fin de première période l’importance de ce premier boulot des offensifs sur la relance roumaine. En rapprochant Nasri de Benzema, en plus de la relation technique facilitée, il a ajouté un joueur pour faire ce travail de harcèlement. Problème, la montée de Nasri était très souvent compensée par le léger recul de Malouda côté gauche. Le spectre des contres biélorusses était encore dans les têtes… Sauf que les Roumains n’avaient pas le joueur de classe capable de mener correctement ces phases de jeu. Niculae, qui le fait bien à Monaco, évoluait en pointe et son match s’est résumé à des duels perdus face à Rami-Mexès. Ses coéquipiers n’ont pas fait mieux par la suite… Sauf sur un pressing gagnant et une relance manquée de Clichy aboutissant sur l’action de Sapunaru.

Baisse physique fatale

Au retour des vestiaires, la donne va changer petit à petit. Les deux formations se créent des situations. Les Roumains semblent plus entreprenants, et surtout capables, devant… Ou les Français sont plus perméables derrière, à vous de voir. Bref, l’équipe de Lucescu approche des buts de Lloris et réussit même à l’inquiéter. Problème pour eux, l’énergie dépensée par les milieux pour soutenir Niculae puis Marica n’est plus là pour assurer soit un repli rapide soit un pressing conséquent pour gêner la relance française. On commence alors à apercevoir les situations qui seront au final fatales pour les Roumains : plus libre dans leurs mouvements, les milieux français ont la place pour alerter leurs attaquants dans la profondeur. Nasri et Benzema s’amusent notamment côté gauche dans le dos du duo Sapunaru-Tamas.

Naturellement, Blanc flaire le bon coup. Rémy entre et endosse le rôle qui l’a révélé en Ligue 1 : un attaquant puissant, très utile dans la profondeur et à l’aise sur l’aile droite. Blanc avait Benzema pour peser dans la profondeur à gauche. Avec Rémy, il équilibre ses forces en installant un équivalent côté droit. Arrive alors la 83ème minute avec l’ouverture de Diarra (qui est d’ailleurs magnifique en une touche mais révélatrice des problèmes roumains avec les deux adversaires en retard sur la transmission), la légère position de hors-jeu de Rémy, sa course plus rapide que celle de Chivu et enfin sa conclusion parfaite dans le petit filet de Pantilimon. La suite est anecdotique. On retiendra seulement Payet qui a voulu dribbler tout le stade avant de glisser la passe décisive parfaite pour Gourcuff qui, comme tous les bons Français, n’aime pas les Roumains (second degré inside, calmez-vous).

Conclusion :

2-0, les points sont pris mais les problèmes restent. Les Français ont connu exactement les mêmes soucis offensifs que face à la Biélorussie. Le match aurait pu basculer sur l’action de Sapunaru à la 72ème minute. Les Roumains ont ensuite plongé physiquement, payant leur plan peut-être plus ambitieux que celui des Biélorusses (la touche pressing). En revanche, leur manque de talent devant explique leurs mauvaises performances depuis plus de deux ans maintenant. Pas étonnant de les voir derrière la Biélorussie au soir de cette troisième journée…

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