France 1-2 Allemagne, l’analyse tactique

A défaut d’un très grand spectacle, ce premier match de l’année 2013 entre la France et l’Allemagne a permis d’éclaircir certains points qui seront très importants au moment d’affronter l’Espagne. Car de Gundogan à la connexion Khedira-Özil en passant par les déplacements de Muller, les Allemands ont sorti plusieurs outils dans l’entrejeu que les Bleus retrouveront très certainement dans un mois au Stade de France.

Gundogan dans un fauteuil

Pas de surprise au coup d’envoi avec deux formations qui sont restés dans leurs habitudes de 2012. L’Allemagne devait toutefois composer sans Schweinsteiger. Le joueur du Bayern était remplacé par Gundogan, qui complétait le milieu de terrain aux côtés de Khedira ; à signaler aussi la présence de Höwedes dans le couloir gauche, lui qui est plus habitué à évoluer dans l’axe en club (Adler – Lahm, Mertesacker, Hummels, Höwedes – Khedira, Gundogan – Muller, Özil, Podolski – Gomez).

Côté français, Didier Deschamps avait décidé de reconduire les joueurs qui l’avaient satisfait lors des sorties face à l’Espagne et l’Italie. Le système restait évidemment le même, avec un 4-2-3-1 associant pour la première fois Valbuena à Benzema en tant que titulaires dans l’axe. Soit un premier test très important pour l’avenir des Bleus (Lloris – Sagna, Koscielny, Sakho, Evra – Cabaye, Matuidi – Sissoko, Valbuena, Ribéry – Benzema).

En terme de possession de balle et de domination territoriale, le premier acte a largement tourné à l’avantage de l’Allemagne. Cause première de cette maîtrise des visiteurs, sa maîtrise technique à la relance qui a permis de libérer des espaces dans l’entrejeu, face au bloc français. En pointe de celui-ci, on retrouvait positionnait Valbuena et Benzema sur la même ligne, afin d’occuper la zone de jeu devant Hummels et Mertesacker et d’empêcher la transition vers Khedira et Gundogan.

S’ils travaillaient convenablement dans l’axe, les deux Français ne forçaient pas le pressing lorsque les Allemands s’excentraient, afin d’utiliser les relais de leurs latéraux pour atteindre le milieu de terrain. Or une fois ce premier rideau franchi, les Allemands étaient organisés de manière à faire de Gundogan un élément libre pour organiser le jeu dans le rond central. Alors que Sissoko et Ribéry étaient au marquage des latéraux, la paire Cabaye-Matuidi devait composer avec Özil et Khedira. Positionné juste derrière la première ligne française, Gundogan devenait un relais naturel pour tenir le ballon dans l’entrejeu (voir ci-dessous).

Illustration - La liberté offerte à Gundogan dans l'entrejeu : cliquer pour agrandir l'image.

Privilégiant la technique de Lahm, et la présence d’un Khedira pour faire reculer Matuidi par ses courses, l’Allemagne a fait pencher ses remontées de balle côté droit. Les premières transmissions de Mertesacker recherchaient les deux hommes précédemment cités. Dans cette zone, l’Allemagne pouvait aussi compter sur Muller et Özil pour proposer des solutions dans le dos du milieu français.

Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que l’Allemagne profite de cet avantage tactique. Gundogan s’est ainsi retrouvé à l’origine de la première occasion de la partie, en trouvant Muller d’une passe qui a brisé le premier rideau français. Le Bavarois a ensuite filé vers les buts de Lloris avant de trouver Özil dans l’intervalle entre Koscielny et Sakho (5e).

L'origine de la première occasion du match (arrêt de Lloris face à Özil) : le ballon a été ressorti par la relance allemande, Valbuena et Benzema sont éliminés. Sans protection, les milieux français sont pris entre deux paires : Gundogan et Khedira en possession du ballon, Muller et Özil dans leur dos. La passe de Gundogan brise cette ligne. Muller ira ensuite fixer la défense avant de trouver Özil dans l'espace.

Par la suite, la Mannschaft a aussi profité de l’absence de repli de Valbuena et Benzema pour s’installer dans le camp adverse. Une fois son bloc déployé dans le camp français, Gundogan profitait du repli « léger » des deux Français pour s’installer dans le rond central et distribuer le jeu d’une aile (Lahm) à l’autre (Höwedes) et dans la profondeur. Devant lui, Cabaye et Matuidi ne pouvaient se livrer, car ils devaient déjà composer avec la présence de Özil entre les lignes et les courses de Khedira sur le flanc droit.

Avec en plus un Muller capable de courses dans l’axe, le milieu de terrain français était contraint d’évoluer très resserré, ce qui offrait constamment des solutions au large pour le porteur de balle adverse : Sissoko quittait notamment régulièrement la zone de Höwedes à gauche afin d’aider Cabaye dans l’axe, lorsque Matuidi était amené à bloquer le flanc gauche en réponse aux courses de Khedira.

Les conséquences de l'absence de repli des attaquants français : Gundogan récupérait les ballons à 30 mètres des buts et se retrouvait sans aucune pression, les milieux français les plus proches ayant déjà un adversaire à surveiller.

Il a fallu une trentaine de minutes pour voir les Bleus réagir à cette situation en faisant redescendre Valbuena et Benzema afin de former un bloc plus compact dans l’axe et occuper la zone de confort de Gundogan. Au-delà de sa capacité à orienter le jeu au moment d’attaquer le camp français, le milieu de Dortmund était aussi moins visible sur les seconds ballons, lui qui profitait jusqu’ici de l’absence d’adversaire direct pour récupérer et lancer rapidement une nouvelle attaque dans les 30 derniers mètres.

De Gundogan à Khedira

Avant que les Français ne retrouvent un réel bloc-équipe, ils se signalaient surtout par des attaques rapides. Ribéry avait su profiter d’une montée de Lahm pour effacer Gundogan (toujours en couverture) et attaquer la défense adverse (22e). Les Allemands imposant une grosse pression dans l’axe, les Français cherchaient aussi des solutions directes, par-dessus le milieu de terrain, afin de mettre la charnière Hummels-Mertesacker sous pression, en espérant que Benzema puisse en profiter. Sans grand succès malgré quelques alertes.

A l’approche de la demi-heure de jeu, la France a abandonné l’alignement de Benzema et Valbuena face à la relance allemande pour passer dans un 4-4-1-1 plus propice à la gestion du cas Gundogan et à la protection du milieu de terrain français. Mais la résolution d’un problème a appelé la création d’un autre avec la montée en régime de Khedira au milieu de terrain.

Illustration - La réorganisation française face à Gundogan et la réponse allemande avec Khedira.

Lui qui faisait reculer les milieux français (Matuidi) en première mi-temps a supplée son partenaire au milieu de terrain en seconde. En décrochant à sa hauteur, il lui offrait une solution de passe facile et allait ensuite porter lui-même le ballon dans le camp français. Cabaye, qui aurait dû être son garde du corps, ne pouvait suivre ses décrochages en raison des déplacements dans son dos de Muller. S’il brisait la ligne en sortant au pressing sur Khedira, il risquait de voir une passe venant de l’arrière (Hummels ou Mertesacker) utiliser l’espace dans son dos pour rechercher Muller ou Özil.

Cette constatation faite, le second but allemand prend tout son sens. Tout est parti d’un ballon porté par Khedira, qui a profité d’un repli défaillant côté français, jusqu’à Özil. Le premier a ensuite continué sa course dans la défense française et profité d’un véritable caviar de son partenaire, pas vraiment attaqué, pour inscrire le but de la victoire. Avant cela, le milieu allemand avait déjà prouvé sa supériorité sur celui de son adversaire en allant chercher efficacement un ballon dans les pieds de Capoue pour inscrire le but égalisateur.

Que retenir ?

Malgré cela, les Français sortent de ce match amical avec un certain nombre de points positifs. Après des débuts compliqués, Valbuena et Ribéry ont fini par trouver le bon rythme au milieu de terrain. Dès que le Marseillais s’est rapproché de ses milieux de terrain (reformation du bloc-équipe, à la demi-heure de jeu), le jeu français s’est fluidifié. Ses apports sur les ailes, dans le même registre qu’à Marseille, permette de tenir le ballon autour des joueurs de couloir, puis de les ressortir dans l’axe une fois l’adversaire replié (via des milieux de terrain normalement libérés du pressing à ce moment-là).

Match amical et période oblige, la donne se compliquait dans les 30 derniers mètres en raison du manque de soutien aux offensives. Benzema et Sissoko, moins concernés par la création que Ribéry et Valbuena, n’ont que rarement pris la profondeur. Les « défensifs » ont été sur la même longueur d’ondes, se contentant d’un minimum de courses et de prises de risque.

A un peu plus d’un mois du choc face à l’Espagne, le principal enseignement de ce match de reprise reste donc le comportement du milieu de terrain français lorsqu’il devait subir la domination allemande. Cabaye et Matuidi ont subi les débats pendant une bonne partie de la première mi-temps, en ayant besoin des soutiens de Sissoko ou du duo Valbuena-Benzema pour pouvoir contenir les courses de Özil, Muller ou Khedira.

Au plus fort de la domination allemande, la France a su ne pas rompre mais qu’en sera t-il face à une Espagne encore plus forte sur le plan technique ? La clé résidera sûrement dans la capacité des Bleus à faire bloc, tant face à la relance espagnole – qui nécessitera une implication plus grande qu’hier – qu’en phase défensive. Car au vu de ce que les Français ont montré offensivement et de la physionomie du match aller, renforcer le milieu de terrain avec un troisième joueur pourrait être une fausse bonne solution.

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1 réponse

  1. nacer dit :

    Toujours aussi pertinent. Bravo pour l’analyse.
    ça explique bien pourquoi Gundogan touchait beaucoup de ballons

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