France 1-1 Chili, l’analyse tactique

Laurent Blanc n’a donc toujours pas gagné au mois d’août. Après la défaite face à la Norvège l’été dernier, le sélectionneur a vu ses Bleus être accrochés par une formation chilienne beaucoup plus en jambes qu’il semblait le présager. A l’arrivée, le public de Montpellier a assisté à un match équilibré entre deux équipes assez proches l’une de l’autre.

Les compositions :

Outre les changements forcés en défense centrale, Laurent Blanc préfère aligner Martin plutôt que Cabaye aux côtés de Nasri et M’Vila. Rémy est installé aux avants-postes à la place de Ménez : Lloris (1) – Sagna (2), Kaboul (6), Abidal (22), Clichy (3) – M’Vila (17), Martin (7), Nasri (11) – Malouda (15), Benzema (10), Rémy (21).

Côté chilien, Claudio Borghi décide de débuter la rencontre sans sa vedette Sanchez, remplacé par Jimenez. Devant, Suazo n’est pas là non plus et c’est Rubio qui hérite du poste le plus avancé : Bravo (1) – Contreras (5), Ponce (3), Vidal (8) – Isla (4), Carmona (6), Medel (17), Beauséjour (15) – Valdivia (10) – Jimenez (17), Rubio (22).

Les Français s’adaptent :

Alors que la composition de l’équipe laissait présager d’un 4-2-3-1 des plus classiques côté français, les premières minutes des Bleus laissent penser qu’ils se sont faits à l’idée d’affronter une défense composée de trois stoppeurs (Ponce, Contreras et Vidal). Si Nasri évolue plus bas pour travailler avec Martin et M’Vila, Rémy évolue sur la même ligne que Benzema tandis que Malouda tente de rentrer dans l’axe depuis un inhabituel (pour lui) couloir droit.

Derrière le trio offensif, Martin et Nasri sont chargés de remonter les ballons, le premier dans un rôle d’organisateur, le second cherchant plus la percussion et la pénétration. Le quinté d’ensemble évoluant et partant principalement de l’axe, les couloirs sont occupés par les latéraux qui montent aux avants-postes, bien suivis ensuite par le repli des deux joueurs de couloir chiliens (Beauséjour vs Sagna et Isla vs Clichy).

Au coeur de ce système de jeu, Benzema fait la différence. Le positionnement sur la même ligne de Rémy lui permet de décrocher pour aider ses milieux de terrain, parfois mis sous pression par la paire Medel-Carmona. Mais surtout, il permet au Madrilène de s’excentrer pour occuper l’espace laissé libre entre Isla et Contreras avant que le premier ne se replie et que le Chili passe en phase défensive.

Le repli rapide des latéraux chiliens offre aux Français des espaces au milieu de terrain, pour peu qu’ils utilisent la largeur. Sur l’ouverture du score, Nasri profite du repli de Isla pour se retrouver dans une zone sans adversaire à 40 mètres des buts de Bravo. Le talent, et une lecture approximative de trajectoire de Contreras, font le reste. Benzema remporte son un-contre-un côté gauche et Rémy termine le travail en jaillissant devant Vidal.

Le Chili, Isla puis Valdivia :

S’il déstabilise assez facilement la défense chilienne, le système de jeu mis en place par les Français offre aussi des espaces dans l’entrejeu. Pourtant assez travailleur, le milieu français va subir la capacité des joueurs de couloir chiliens à créer le surnombre au milieu de terrain. Au cours de la première mi-temps, ils seront deux à en profiter : Isla dans un premier temps, puis Valdivia durant le dernier quart d’heure. Analyse, de la phase défensive à la relance.

Une fois Isla (à droite) et Beauséjour (à gauche) repliés, le Chili se retrouve avec une ligne de cinq défenseurs. Devant elle, Medel et Carmona sont là pour ralentir les offensives adverses. Ils sont parfois rejoints par les jaillissements de Vidal. Alors que les deux milieux de terrain ont pour principalement projet de ne pas se faire éliminer, l’ancien joueur de Leverkusen se charge de presser le porteur de balle adverse. Derrière lui, la défense passe alors à quatre défenseurs (Isla, Contreras, Ponce et Beauséjour).

Une fois le ballon récupéré, le Chili se déploie sur toute la largeur du terrain. Les deux latéraux montent immédiatement dans les couloirs pour offrir des solutions sur les ailes. Derrière eux, les deux stoppeurs excentrés s’écartent. Ils offrent ainsi un relais au cas où les Français mettraient la pression sur le duo Medel-Carmona dans l’axe (ce que les Bleus feront à plusieurs reprises d’ailleurs). Souvent auteurs de la première passe vers l’avant, Contreras et Vidal cherchent en priorité leurs joueurs de couloir devant eux.

Si Beauséjour, plutôt à la recherche du duel et du débordement face au latéral adverse, sollicitera plusieurs ballons en profondeur, la variété des choix de Isla pose des problèmes aux Bleus en début de partie. Restant en position intermédiaire, le latéral de l’Udinese bénéficie de l’absence d’adversaire direct dans cette zone du terrain pour permettre aux Chiliens de contourner le milieu des Bleus. En pénétrant dans l’axe, il oblige l’un des milieux français à venir à sa rencontre pour compenser, ce qui permet de créer ensuite des espaces pour Valdivia ou Jimenez devant lui ou Carmona et Medel à ses côtés.

Les Bleus corrigent le tir en milieu de première mi-temps, Clichy se positionnant plus haut pour arrêter Isla dès ses prises de balle. Ceci fait, les Français tentent de remettre un coup de pression sur la relance chilienne en fin de première mi-temps. C’est dans cette période que Valdivia fait la différence en redescendant aider ses relanceurs grâce à son aisance technique.

L’entrée de Sanchez :

Malgré sa reprise toute récente avec le FC Barcelone, Sanchez est entré en jeu dès la reprise. A la surprise du duo Jeanpierre-Lizarazu, le numéro 7 a évidemment enflammé la partie, remplaçant poste pour poste Jimenez mais étant à des années-lumières du niveau du récent transféré du côté de Dubaï.

Alors que la pointe de l’attaque est toujours occupée par Rubio, Sanchez renoue d’abord son excellente relation avec Isla sur le côté droit. En décrochant dans cette zone, il se rend disponible pour récupérer les ballons de relance et perturbe le marquage de Clichy sur Isla. Dès les prises de balle de son ancien partenaire, ce dernier prend la profondeur et se retrouve à plusieurs reprises lancé sur le côté droit.

Le mouvement aboutissant à l’égalisation part d’ailleurs d’une de ses transmissions Sanchez-Isla à laquelle vient s’ajouter un relais pour le latéral de l’Udinese dans le couloir. Celui-ci (Carmona ?) permet d’éviter le centre, voué à l’échec face aux grands gabarits bleus, et de ressortir le ballon pour Sanchez qui pénètre lancé dans la défense française avant de magnifiquement servir Cordova.

Il faut souligner qu’à ce moment-là de la partie, Sanchez évolue en tant que faux numéro neuf à la manière d’un Messi avec le Barça. De quoi certainement donner des idées à Pep Guardiola s’il veut faire souffler l’Argentin. Car le Chilien a été très efficace dans l’exercice, alternant prises de balle parfaite et résistance assez facile face aux assauts des défensifs français.

Suite et fin :

Côté bleu, la deuxième mi-temps a été beaucoup plus classique : repassé à gauche, Malouda n’a néanmoins rien pu faire pour contenir Isla. Benzema est passé tout près du 2-0, Martin a encore été très actif et se place clairement pour une place de titulaire dans un registre d’animateur et de preneur d’espaces par la suite. Comme d’habitude, les changements ont légèrement fait baisser le rythme de la rencontre. En bref, un match de reprise plutôt intéressant face à (enfin) un adversaire qui a été à la hauteur des attentes. Merci la Roja !

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2 réponses

  1. Aymeric dit :

    J’ai pas regardé le match avec une attention folle mais j’ai tout de même remarqué (comme tu le soulignes) que Benzema et Rémy ça a joué bien souvent sur la même ligne et qu’on avait donc, pas vraiment un 4-2-3-1 ni même un 4-3-3 mais plus un 4-3-1-2 tant Nasri et Martin jouaient au niveau d’M’Vila et que Malouda faisait l’électron libre entre es lignes …
    Je sais pas si c’est les consignes ou si la complicité est venue comme ça (ça doit être un peu des deux) mais j’ai peut-être l’impression (qui demande confirmation) qu’on a avec ces 2 deux-là (Rémy-Benzema) un bon duo d’attaque pour l’EdF …

    Le milieu à trois prend forme aussi, Mvila, s’affirme, Nasri confirme et Martin s’intègre bien lui aussi (mais on va pas s’enflammer après seulement 2 sélections) …

    En lisant ton analyse sur le jeu chilien je regrette vraiment de ne pas avoir suivi attentivement le match pour constater ce que t’écris, car le Chili a vraiment une façon de jouer atypique (3 stoppeurs et 2 latéraux/ailiers) que j’ai jamais réussi à bien cerner lors du mondial ou de la copa vu qu’ils alternaient le bon et le moins bon et avec ce match j’aurais peut-être pu vu qu’ils ont été bons dans la réalisation de leur plan de jeu …

  2. Pour Benzema et Rémy, ce serait l’idéal que la complicité soit venue d’elle-même après analyse de l’adversaire. Mais je doute, je penche plutôt pour la consigne. Après l’intéressant, c’est que l’entente était très bonne et les déplacements assez coordonnés. Pour le milieu à trois, j’ai de gros doutes sur Nasri. M’Vila/Martin, c’est très prometteur.

    Pour le Chili, sur certaines phases de jeu, y’a tout simplement des relents de WM dans cette formation. Beauséjour, Rubio et Isla en pointe du W. Jimenez et Valdivia en dessous. Puis Carmona et Medel au sommet du M. Vidal, Ponce et Contreras en dessous.

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