France 1-1 Angleterre, l’analyse tactique

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Français et Anglais n’ont pas surpris pour leurs entrées en lice à Donetsk. Les deux équipes ont récité des partitions dans la droite lignée de ce qu’elles avaient pu faire lors de leurs préparations respectives. Une opposition de style qui n’a pas accouché d’un vainqueur mais qui a peut-être conforté les deux entraîneurs concernant les choix qu’ils ont pu effectuer jusqu’ici.

Les compositions :

France : Lloris (1) – Debuchy (2), Rami (4), Mexès (5), Evra (3) – Diarra (18), Cabaye (6), Malouda (15) – Nasri (11), Ribéry (7), Benzema (10).
Angleterre : Hart (1) – Johnson (2), Terry (6), Lescott (15), Cole (3) – Parker (17), Gerrard (4), Milner (16), Oxlade-Chamberlain (20) – Young (18), Welbeck

L’Angleterre désamorce le pressing :

Aucune des deux équipes n’a surpris au coup d’envoi. Laurent Blanc et Roy Hodgson ont finalement reconduit les titulaires avec lesquels ils avaient terminé la préparation, face à l’Estonie pour le premier et la Belgique pour le second : 4-3-3 d’un côté, 4-2-3-1 de l’autre. Schémas calqués obligent, les premières minutes de la rencontre ont permis de découvrir les comportements des deux équipes dans certaines zones-clés du terrain, et en particulier dans l’entrejeu. Les Bleus ont débuté la partie en tentant de gêner la relance anglaise : le 3+2 (Nasri, Benzema et Ribéry devant Cabaye et Malouda) a fait son travail face à la défense adverse qui s’en est néanmoins sorti en passant intelligemment par les côtés.

Les premiers mouvements offensifs de la rencontre sont donc venus des Anglais et notamment de Milner sur son aile droite. Evoluant à hauteur de la ligne médiane, le joueur de Manchester City a fait sortir Evra de sa défense à plusieurs reprises avant de lancer Young ou Welbeck qui plongeait dans le dos du latéral français avant d’aller au duel avec Mexès. Heureusement pour les Bleus, le décalage était vite rattrapé par le très bon repli défensif des Français, Diarra et Malouda se montrant notamment très attentif pour venir compenser le déplacement de Mexès sur le flanc gauche. Par ailleurs, les Anglais restaient aussi très prudents offensivement : Parker et Gerrard n’ont que très peu approché la défense française.

La France prend le dessus dans l’entrejeu :

Les Français ont mis quelques minutes pour s’adapter, relâchant un petit peu leur pressing devant et cherchant d’abord à repartir calmement de l’arrière. Positionné à la pointe d’un triangle formé avec ses défenseurs centraux, Diarra a ainsi vu Malouda et Cabaye décrocher chacun leur tour pour effectuer la première relance, à une trentaine de mètres des buts de Lloris. Lorsque l’un décrochait, l’autre restait aux alentours de la ligne médiane. En face, l’Angleterre réagissait à ses décrochages en envoyant, au choix, Parker ou Gerrard au marquage du Français redescendu à hauteur de Diarra. Une situation qui a crée des brèches pour des déplacements dans l’axe de Ribéry et Nasri, les deux s’infiltrant dans l’intervalle laissé libre par le milieu anglais sorti au pressing.

Evidemment, ce circuit de passes a rapidement calmé les ardeurs de Parker et Gerrard. Habituellement, les deux hommes se permettaient de sortir lorsque l’adversaire remontait le ballon par les côtés (via les latéraux). Dans ces conditions, leurs montées sur les milieux de terrain adverses en position décrochée pouvaient être compensés par le resserrement du premier rideau défensif (déplacement d’un milieu excentré dans l’axe). Mais cette fois, les Français réussissaient à relancer au coeur du jeu, grâce aux déplacements de Ribéry, Nasri et aux relais de Cabaye ou Malouda à hauteur de la ligne médiane. Dès lors, le bloc anglais a dû se résoudre à reculer pour bien fermer le jeu dans les 30 derniers mètres.

La France prépare mais ne finit pas :

Au coeur de la première mi-temps, la France a donc pris presque définitivement possession de l’entrejeu pour y préparer ses attaques. Avec Evra et Debuchy pour occuper les ailes, l’animation française tournait autour du quintet (Malouda, Ribéry, Nasri, Benzema, Cabaye). Surnombre oblige face aux deux milieux qu’étaient Parker et Gerrard, les Bleus ont pu multiplier les passes dans la première moitié du camp adverse, tous terminant avec un taux élevé de réussite dans cet exercice. Sur le plan de l’animation, les Bleus ont clairement penché côté gauche au moment de préparer les actions. Logique avec trois joueurs naturellement attirés de ce côté (Benzema, Malouda, Ribéry) et un quatrième (Nasri) libre de ses mouvements.

Maître du milieu, les Bleus ont en revanche connu des difficultés à l’approche des buts adverses. Seul joueur rarement concerné par les préparations côté gauche, Cabaye est par exemple resté très prudent offensivement et n’a jamais pris le risque d’aller peser dans la surface adverse. Idem pour Debuchy à l’opposé de la préparation, qui s’est signalé sur les renversements de jeu, mais a été bien suivi par Oxlade-Chamberlain, très sérieux dans son repli défensif. Les Français ont manqué de présence dans la surface adverse, surtout face à une équipe anglaise qui a pour habitude de défendre très bas dans sa surface de réparation. Comme la Belgique il y a quelques jours, les Bleus ont du coup souvent tenté leur chance de loin, avec succès pour Nasri, auteur du but égalisateur.

Contres anglais et second acte :

Alors que le public aurait pu espérer le contraire, les Anglais n’ont pas changé leur comportement après l’égalisation des Bleus. Les attaques sont toujours partis des côtés, avec le jeu en profondeur de Milner ou les percussions de Oxlade-Chamberlain. Ce dernier a d’ailleurs réussi à enfoncer le premier rideau défensif français à plusieurs reprises, profitant de chaque relance rapide de ses milieux pour accélérer avant que les milieux français (Malouda, Cabaye) n’aient le temps de se replier. Bien soutenue par Diarra, la défense française s’en est sortie -notamment grâce au manque de lucidité du milieu d’Arsenal-, excepté sur une occasion de Milner en début de partie, lancé par un Chamberlain qui avait justement pris le dessus sur le récupérateur des Bleus.

Au retour des vestiaires, les 22 acteurs ont repris le match là où ils l’avaient laissé. Excepté sur coup de pied arrêté, les Anglais n’ont pas su approcher des buts de Lloris, notamment à cause de la baisse de régime de Young et Welbeck (ou de la montée en puissance de Diarra, c’est selon). Les changements opérés par Hodgson avec les entrées de Defoe et Henderson n’ont rien changé aux données de la rencontre. Même chose côté français, les Bleus ont surtout tenté à mi-distance et vu leurs frappes la plupart du temps contrées par la défense anglaise. Le passage en 4-2-3-1 avec l’entrée en jeu de Ben Arfa à l’entrée du money-time n’a pas changé la donne. Comme depuis le Mondial 2006, l’équipe de France débute une grande compétition par un match nul.

Conclusion :

Pouvait-elle toutefois espérer mieux ? Son entrée en matière, très difficile, et ses difficultés à l’approche dans la surface adverse font balance avec le bon match de Diarra devant la défense et la maîtrise technique générale dans l’entrejeu. Ce point d’ailleurs sera peut-être clé lors de la prochaine sortie des Bleus, car face aux Suédois ce lundi soir, ce sont des Ukrainiens maîtres du ballon qui sont allés chercher les trois points. Après une véritable opposition de style face à l’Angleterre, les Français pourraient retrouver un adversaire plus joueur vendredi. Pour leur plus grand plaisir ?

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8 réponses

  1. christophe dit :

    Pour moi, il a manqué un Giroud dans la surface anglaise, un joueur qui pouvait allé chercher des ballons en l’air. Un point d’appuis haut sur le terrain !

  2. Bergui dit :

    Je ne comprends pas le positionnement de Nasri. Apparemment, c’est Blanc qui lui demande de dézoner pour qu’il soit au coeur du jeu et pour libérer le couloir pour Debuchy.
    Mais son dézonage dans l’axe contribue à ce que les 5 joueurs offensifs se marchent sur les pieds et lorsque Debuchy déborde et parvient à centrer, il n’y a jamais personne ou alors une infériorité numérique importante (1 contre5).

    Du coup, cela me paraît très paradoxal.

    De plus, je trouve que comme avec Bordeaux, Blanc utilise peu la profondeur en attaque et je trouve que les attaques placées manquent de vitesse et de percussion. Il se passait un peu la même chose avec Bordeaux qui marquait beaucoup sur coups de pied arrêtés et peu sur attaque rapide.

    Tomas

  3. carnetfoot dit :

    L’équipe de France s’est plutôt bien comporté.Surtout en seconde période où Diarra et Cabaye ont fait un travail de récupération monstre.C’est cela qui a obligé les anglais a resté dans leur camps vu qu’ils n’avaient plus le ballon.Pour l’attaque, ce serait bien que Benzema(qui aime bien décrocher) soit associé à un joueur comme Giroud qui offrira plus de possibilités dans la boîte.
    PS: Le début de match des anglais a été plus que moyen.S’ils refont assez souvent ce genre de prestation et dans la durée(pas seulement pendant 20 minutes)ils risques de faire bouger les choses….surtout s’ils récupèrent Rooney.

  4. Skyrohff dit :

    Bonjour a tous. Je tiens a preciser que malgré le fait que je suive tes chroniques depuis presque 2 ans, c’est mon premier commentaire.
    Benzema ou Giroud ? Je pense que le profil Giroud est indique dans ce cas-la, mais contre la charniere Terry-Lescott, notre champion de Ligue 1 je crois qu’il n’aurait pas fait le poids.
    Si les deux entraineurs n’ont pas surpris, c’est parce qu’il n’ont pas fait d’erreur ! Leurs projets de jeu respectifs etaient calques l’un sur l’autre, on peut dire qu’ils se sont neutralises.
    Nous avions pourtant le momentum, et le jeu patient qui s’etait deroule au milieu n’a pas ete efficace. Pourtant cela fait 3 matchs de suite que l’on se retrouve dans cette situation. Il faut donc que Blanc trouve d’autres ressources, pour eviter que les entraineurs se passent le mot et que l’on se retrouve sortis prematurement de la compétition. Diaby nous manque…

  5. Koko dit :

    Bonjour à tous, je viens de tomber sur ce site et je félicite son créateur car c’est bien la première fois que je lis de vrais articles tactiques de football, à mon humble avis, certains journalistes devraient s’en inspirer pour parler foot et surtout tactique.

    Je rejoins Bergui sur le positionnement de Nasri. Quel était l’intéret de le laisser libre et de dézoner principalement dans l’axe quand Malouda et Cabaye étaient censés remplir ce role en se projetant l’un ou l’autre. Le seul point positif à cela, c’est un jeu de courtes passes et d’écrans qui est très intéressant, qu’on a vu plusieurs fois pendant les matchs préparatoires et contre l’angleterre quelques fois. Mais pour que ça fonctionne il faut de la projection de l’un ou l’autre que seuls les latéraux ne peuvent combler.

    Le second problème est le dézonage de Benzema qui n’est clairement pas un joueur de pivot pouvant attendre que le ballon lui arrive ( ce n’est pas Higuain ). Donc il dézone et cherche le ballon et laisse ainsi un vide au sein de la défense centrale. Et pourtant, je pense que c’est nécessaire avec un milieu aussi joueuse, il faut un physique pour incarner tout cela

    Personnellement je positionnerais Benzema à la place de Nasri. Lui laisser la meme liberté avec une certaine exigence en repli mais il joue et sait jouer comme ça avec Madrid. Et comme beaucoup mettre Giroud en pointe, ce qui aurait l’avantage de permettre de varier et de profiter par exemple de centres d’un Debuchy très bon et de donner de la profondeur au besoin et de ne pas donner l’impression d’etre une équipe qui joue seulement à la ba-balle.

  6. Laurent dit :

    Bonjour,

    Belle analyse, comme toujours.
    Sinon,
    Animation 3D reproduite à partir de l’image ci-dessus:
    https://www.youtube.com/watch?v=EwJTlk9E5uE

    En vraie 3D :
    http://tactic3d.com/demofoot/webplayer.html

    Allez les Bleus,

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