France 1-1 Albanie, l’analyse tactique

Après un mois d’octobre réussi avec des victoires face au Portugal et à l’Arménie, les Bleus ont entamé leur dernière semaine de l’année par un match nul à Rennes face à une équipe d’Albanie très intéressante. Menés au score, les Français ont même dû attendre le dernier quart d’heure et l’entrée de Griezmann pour enfin réussir à prendre à défaut le bloc adverse.

Les compositions : 

L’expérience avait été réussie face au Portugal, Didier Deschamps avait donc décidé de reconduire le 4-4-2 en losange aperçu le mois dernier. Côté choix des hommes, certains noms changeaient en raison des absences : Sissoko entrait au milieu de terrain avec Cabaye et Pogba. Devant, Lacazette – qui connaît bien le système pour le pratiquer chaque semaine à Lyon – était aligné aux côtés de Benzema. En face, l’Albanie s’est présentée en 4-1-4-1. Cana était aligné en défense centrale, tandis qu’Abrashi – déjà vu sous les couleurs des Grasshoppers Zurich cette saison – débutait lui dans l’entrejeu.

L’Albanie face à la relance française : 

Gianni De Biasi, le sélectionneur italien de l’Albanie, savait certainement à quoi s’attendre face au losange des Bleus. Dès le début de match, il a calqué son organisation sur celle de Didier Deschamps. Au milieu en losange français, il a opposé un autre losange : son attaquant de pointe (face à Cabaye) en première ligne, ses relayeurs (face à Pogba et Sissoko) sur les côtés et sa sentinelle (face à Valbuena) en pointe basse.

Lorsque les Bleus relançaient, Varane et Yanga-Mbiwa se retrouvaient donc sans opposition mais aussi sans solution. Sur les côtés, Jallet et Digne étaient pressés par les ailiers adverses lorsqu’ils étaient servis et il fallait que Pogba ou Sissoko décrochent dans leur moitié de terrain pour se défaire du marquage adverse. Cela ne réglait toutefois pas les problèmes de circulation du ballon puisque l’Albanie attendait dans sa moitié de terrain pour déclencher le pressing.

Agressifs sur le porteur grâce notamment à Abrashi et Memushaj, les Albanais cherchaient à gagner des ballons dans la première moitié de leur camp afin de procéder ensuite en contre-attaque avec les appels de Lenjani et Lila dans le dos des latéraux français. Les percées sur les ailes aboutissaient ensuite à des corners et autres coups de pied arrêtés sur lesquels les Albanais se sont montrés beaucoup plus performants que les Bleus : les occasions les plus dangereuses, sans parler du but, sont venus de là en première mi-temps.

Dès les premières secondes de la partie, l'Albanie bloque le milieu en losange français en lui opposant son propre losange.

Dès les premières secondes de la partie, l’Albanie bloque le milieu en losange français en lui opposant son propre losange.

Pas attaqué dans sa moitié de terrain, Varane avance jusqu’à la ligne médiane mais doit faire face au déplacement latéral du losange albanais. A noter le rôle des ailiers adverses (Lenjani et Lila) qui suivent les montées des latéraux français.

L’Albanie face à la construction française : 

Evidemment au fil des minutes, les Bleus ont trouvé les espaces au milieu afin de s’installer dans la moitié de terrain adverse. En décrochant entre Yanga-Mbiwa et Varane, Cabaye se défaisait du marquage de l’attaquant albanais et s’ouvrait le terrain pour du jeu plus direct. Pogba et Sissoko permettaient à l’arrière-garde bleue de remonter leur moitié de terrain. Une fois dans le camp adverse, les montées de Jallet et Digne faisaient automatiquement reculer les ailiers albanais, qui étaient en individuelle face aux latéraux français.

L’Albanie se retrouvait alors avec une ligne de six joueurs en défense, laissant son losange dans l’axe afin de le verrouiller et notamment d’empêcher les percées de Pogba ou Sissoko. Les Bleus, Valbuena en tête, trouvaient donc des positions sur les côtés afin de lancer des actions dans le dernier tiers adverse. Malheureusement, les Albanais ont répondu présents dans les duels et empêcher – la majeure partie du temps – l’utilisation d’appuis dos au but tels que pouvaient les proposer Benzema ou Lacazette.

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Bloqué dans l’axe, Valbuena se rend utile en dézonant sur les côtés, où il permet de créer des situations de trois-contre-trois qui mettent à contribution la charnière centrale albanaise.

Au final, les décalages ont été rares et les Bleus ont surtout crée le danger par des ballons rapidement récupérés dans le camp adverse que par des actions construites. Avec des ailiers obligés de revenir très bas, l’Albanie n’avait en effet que des solutions axiales pour remonter le ballon depuis ses 30 mètres, se retrouvant dès lors à la merci du pressing français. En revanche, dès qu’elle parvenait à écarter le jeu, elle conservait le ballon, profitant de la passivité de la première ligne française et des espaces sur la largeur pour faire courir les trois milieux de terrain. Au moindre espace, la capacité de Lenjani, Lila ou Memushaj à attaquer la profondeur permettait de rentrer vite dans le dernier tiers français en mettant Jallet, Digne ou Cabaye en difficulté.

Du 4-4-2 losange au 4-3-3

Preuve de la stérilité du losange en première mi-temps, Didier Deschamps n’a pas attendu longtemps pour changer de système. Dès le retour des vestiaires, son équipe de France était réorganisé en 4-3-3. Amené à dézoner sur les côtés pour toucher le ballon jusqu’ici, Valbuena s’est retrouvé sur l’aile droite, Lacazette passant à gauche et laissant l’axe à Benzema.

L’animation des Bleus faisait dès lors la part balle aux ailes avec des jeux en triangle (ailier, milieu et latéral), cherchant à prendre le dessus sur leurs homologues albanais (latéral, milieu et ailier là aussi). A droite : Valbuena, Sissoko et Jallet face à Agolli, Memushaj et Lenjani. A gauche : Lacazette, Pogba et Digne face à Hysaj, Abrashi et Lila. Plus vif, notamment grâce aux transmissions de Valbuena, c’est le flanc droit qui a été le plus dangereux pour la défense arménienne.

Dès la reprise, les Bleus passent en 4-3-3

Dès la reprise, les Bleus passent en 4-3-3 et cherchent à prendre le dessus en combinant sur les ailes.

Celle-ci a toutefois tenu le choc. L’Albanie a même su se créer des situations dangereuses, toujours en attaquant dans le dos des latéraux français (52e, 59e, 69e). Avec le ballon, les Albanais utilisaient toujours aussi intelligemment la largeur afin de conserver le ballon en faisant courir les trois milieux français.

Du 4-3-3 au 4-4-2 

N’ayant toujours pas trouvé la faille à l’approche de l’heure de jeu, les Bleus ont entamé leur changement de système en passant en 4-2-3-1 avec l’entrée de Griezmann à la place de Cabaye : Pogba et Sissoko devant la défense, Griezmann à droite, Valbuena derrière Benzema et Lacazette à gauche. Rapidement, ce système a toutefois rappelé celui utilisé jusque-là en raison des déplacements de Valbuena, qui remontait les ballons à la manière d’un relayeur.

En revanche, la donne a changé à l’entrée de Gignac à la place de Lacazette (69e). Au lieu de rester côté gauche, le Marseillais se positionnait principalement dans l’axe, devenant une menace supplémentaire pour la défense albanaise. Cela encourageait Mavraj, désormais positionné devant cette dernière, à reculer et donc à abandonner des espaces dans l’axe pour les mouvements de Griezmann ou Valbuena entre les lignes.

La présence de Gignac sur la même ligne que Benzema a fait reculer la sentinelle albanaise.

La présence de Gignac sur la même ligne que Benzema a fait reculer la sentinelle albanaise. Cela a crée des espaces pour les déplacements de Griezmann et Valbuena entre les lignes adverses.

Beaucoup plus vifs que les autres attaquants français du soir, l’ancien joueur de la Real Sociedad a été de tous les bons coups dans cette fin de match. Sur son but, il devance son adversaire direct (Agolli) alors qu’il est dos au jeu et le dépose dans la foulée suite à la remise de Jallet. Derrière, il efface Cana (défenseur central) avant d’ajuster Berisha (1-1, 73e). Cette égalisation est venue sanctionner le recul des Albanais, sans doute fatigués des efforts répétés depuis le début de partie.

Conclusion : 

Sa victoire face au Portugal il y a quelques semaines aurait pourtant pu servir d’avertissement. Hier soir, les Bleus se sont heurtés à une équipe d’Albanie extrêmement bien préparée pour lui faire face. Les joueurs ont mis l’agressivité nécessaire dans les duels et beaucoup d’intelligence dans leur circulation de balle pour prendre à défaut l’organisation française durant la première mi-temps. C’est simple, alors que Berisha a passé une première heure de jeu plutôt tranquille, les Bleus ont dû s’en remettre à Lloris pour éviter le break.

L’entrée en jeu de Griezmann permet toutefois de relativiser la « faiblesse » offensive du 4-4-2 en losange. Si Lacazette ou Benzema avaient mis la même intensité dans leurs courses que l’attaquant de l’Atletico Madrid, peut-être que les Bleus auraient montré un autre visage en première mi-temps. En revanche, sur le plan défensif, l’Albanie a appuyé là où cela fait mal aujourd’hui pour les Bleus : à savoir dans les couloirs où les latéraux peuvent vite être mis à découvert, et sur phases arrêtées (les Français ont encaissé 6 de leurs 7 derniers buts là-dessus).

3 réponses

  1. benn dit :

    L’analyse la plus pertinente que j’ai lue sur le match.

  2. Lucas dit :

    Merci pour cet article. Je suis d’accord sur ce que tu as dit à propos du 4-4-2 en losange. Les défenseurs latéraux sont vraiment mis à mal. J’espère que les Bleus reprendront leur 4-3-3 initial !

  3. Je pense que la France a manqué de dynamisme au milieu de terrain. Le pressing des Albanais a clairement surpris les Bleus qui n’ont jamais su s’adapter.

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