France 1-0 Brésil, l’analyse tactique

Décidément, ces Bleus n’ont pas de chance. A chaque match amical où l’on espère les voir enfin s’étalonner face à une soi-disante grande nation du football, il se passe un évènement particulier qui gâche forcément la lecture de la performance au bout des 90 minutes. Face aux Anglais, c’était l’absence d’une vraie équipe en face. Face au Brésil, c’est l’expulsion de Nigel Hernanes peu avant la mi-temps qui a fait basculer la rencontre du côté de l’équipe de France. Car jusque-là, les hommes de Laurent Blanc étaient plutôt ballottés. Retour et analyse de cette rencontre qui a eu un avant et un après.

Avant de dévorer cette analyse, vous pouvez revivre le match avec le live de sang-froid en cliquant ici.

Les compositions :

Le onze de départ français est sans surprise. L’équipe s’articule dans le 4-2-3-1 qui a fait ses preuves face à l’Angleterre, Gourcuff (cerclé de rouge) remplaçant Nasri au poste de soutien à Benzema. Assez libre dans ses déplacements, on le retrouve parfois dans la zone de Benzema (7e) mais surtout aux abords du rond central pour aider ses milieux relayeurs mis en difficulté par le pressing brésilien (voir par ailleurs).

Dans l’autre camp, le Brésil s’organise en 4-4-2 lorsqu’il s’agit de défendre mais est difficile à lire quand il s’agit d’attaquer. Les deux latéraux apportent le surnombre très régulièrement en portant le ballon et Hernanes et Elias n’hésitent pas à prendre les intervalles qui s’offrent à eux dans l’axe. Robinho tourne autour de tout ça tandis que Pato combat la charnière centrale française. Renato Augusto est plus en retrait.

Le pressing brésilien :

C’était la hantise de Laurent Blanc avant la rencontre. Le Brésil n’allait pas vouloir laisser le ballon à la France. Et en effet, les Brésiliens ont réalisé un très bon travail de pressing pour forcer la relance française et récupérer la balle ensuite au milieu de terrain. Avec une organisation qui a mis en avant le principal problème tactique des Bleus hier soir.

C’est une habitude chez Laurent Blanc depuis qu’il entraîne : il privilégie les relances courtes dans les pieds des deux défenseurs centraux. Habituellement, ces deux-là ont le temps de se mettre face au jeu pour faire le meilleur choix. Hier, ils avaient immédiatement deux joueurs sur le dos : Pato pour l’un et Robinho pour l’autre. Les deux attaquants avaient un objectif : gêner la relance en coupant les solutions de passe. Au milieu de terrain, le quatuor (Hernanes – Lucas – Elias – Renato Augusto) serrait de très près les quatre joueurs faisant le lien entre la défense et l’attaque (Sagna – M’Vila – Diarra – Abidal)…

Le but ? A chaque fois que l’un des joueurs de transition français décrochait pour proposer une solution de passe plus simple pour les défenseurs centraux, son adversaire direct le suivait, ainsi que tout le bloc brésilien qui augmentait ainsi sa pression dans le camp français. En cas de ballon gagné, c’était la perspective de bénéficier de un-contre-un intéressant en une ou deux passes au maximum (Pato vs Rami, 13e). C’est sur ces récupérations de balle hautes que les Brésiliens se sont montrés les plus dangereux. L’expulsion de Hernanes a facilité les choses, Menezes enlevant un attaquant ce qui a logiquement libéré un défenseur ensuite.

Néanmoins, à onze contre onze, les Bleus auraient eu plusieurs solutions pour se sortir de ce pressing. La jouer à la Catalane d’abord, en faisant descendre M’Vila ou Diarra à hauteur des défenseurs qui se seraient écartés pour se retrouver en surnombre face aux deux attaquants adverses et faire tourner plus sereinement. Deuxième solution, écarter le jeu puis enchaîner immédiatement dans l’axe dans la zone entre Leiva et la défense centrale, le milieu de Liverpool étant tiraillé entre son pressing sur M’Vila et le travail sur Gourcuff. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé sur l’occasion de Benzema en début de partie (7e).

Après l’expulsion :

En passant du 4-4-2 au 4-4-1, Menezes a fait le choix de ne pas risquer de se retrouver en infériorité numérique dans les couloirs. Les latéraux français étant très haut la plupart du temps, c’était une option à ne pas tenter de toute manière. Bref, Robinho abandonne Pato seul à la pointe de l’attaque et se retrouve sur le côté gauche. Le Brésil ne presse plus et… Logiquement, recule et se met à attendre le projet français de la deuxième mi-temps. Celui-ci sera parfaitement élaboré pour profiter de la supériorité numérique.

C’est une habitude : quand l’adversaire est à dix, utilise la largeur du terrain à ton avantage. C’est ainsi que l’on va voir les Bleus faire circuler le ballon de gauche à droite et inversement, le ballon partant de Sagna pour arriver à Abidal et inversement. Au milieu, M’Vila et Diarra font les transitions, parfois aidés de Malouda pour accélérer le mouvement et sauter un relais. Tout ça dans le but d’étirer le milieu adverse ou de le fatiguer en lui faisant multiplier les allers-retours.

Devant, la donne est la même. Benzema retrouve sa tendance naturelle à gauche et va occuper les zones délaissés par Malouda, libre mais brouillon dans les derniers mètres. A droite, c’est Menez qui se charge d’allumer les mèches. D’un côté comme de l’autre, les attaquants français bénéficient du soutien de leurs latéraux qui montent pour jouer les fausses pistes ou proposer des solutions le long de la ligne de touche. Sur le but de la victoire, Menez profitera d’ailleurs de la fausse piste de Sagna pour occuper André Santos assez longtemps pour lui permettre de le prendre de vitesse (voir ici).

Dans l’axe, Gourcuff n’est plus du tout le joueur-clé face à l’organisation. De celui capable d’apporter la solution entre les lignes, il devient un véritable deuxième attaquant dont l’objectif principal est d’être présent dans la surface lorsque les coéquipiers terminent leurs mouvements sur les côtés. Dédicace à Bixente Lizarazu qui regrettait son manque d’influence sur le jeu en deuxième mi-temps : elle était tout simplement dictée par une animation offensive qui faisait la part belle aux côtés !

Changements et conclusion :

Match amical oblige, la fin de la rencontre a été marquée par de nombreux changements. Côté brésilien, Jadson et Sandro ont apporté de la fraîcheur et permis au milieu de terrain de mieux résister avant le passage à deux attaquants, avec Jadson à la passe, qui a failli être fatal aux Français en toute fin de partie (Hulk vs Lloris, 88e).

Pour la France, on retiendra surtout la grosse prestation défensive de l’équipe à onze contre onze qui n’a quasiment rien concédé au Brésil grâce à son répondant dans des duels décisifs. Petit bémol, le manque de solutions de l’équipe lorsqu’elle est mise sous pression : comme avec Bordeaux, la France de Blanc a dû mal à aller vite vers l’avant, face à un bloc adverse conquérant au milieu de terrain. Néanmoins, le long temps fort en début de deuxième mi-temps, très intelligent dans la circulation de balle, a fait une impression assez forte pour gommer ce souci… En attendant peut-être le prochain match de gala.

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