France 0-0 Croatie, l’analyse tactique

Un 0-0 sans histoire et le nouveau maillot marinière, voilà ce que l’on retient du France-Croatie disputé ce mardi. Dans un match où les bobos ont été nombreux malgré son caractère amical, les deux sélections se sont plus ou moins neutralisés pendant 90 minutes. Lors des moins, c’est la maladresse des attaquants qui a primé des deux côtés : Benzema et Rémy pour les Bleus, Petric pour les Croates, ont loupé l’occasion de débloquer un tableau d’affichage qui est resté inchangé. Ce constat fait, il y a quand même des choses à raconter.

Les compositions :

Alors que l’on attendait Gourcuff ou M’Vila aux côtés de Diarra, Laurent Blanc a décidé de surprendre en titularisant Matuidi dans l’entrejeu avec le Bordelais. Comme prévu, il a aussi changé ses joueurs de couloir, excepté Malouda qui enchaîne un deuxième match avec Nasri et Benzema aux avants-postes : Lloris – Réveillère, Rami, Mexès, Clichy – Matuidi, Diarra – Menez, Nasri, Malouda – Benzema.

Côté croate, la polyvalence de certains joueurs laisse planer le doute pendant quelques minutes sur la disposition exacte de l’équipe. Les premiers instants de la partie permettent de remarquer que Srna est sur l’aile droite, Modric au coeur du jeu et Corluka sur le flanc droit de la défense : Runje – Corluka, Simunic, Lovren, Pranjic – Srna, Vukojevic, Modric, Kranjcar – Perisic, Jelavic.

La bataille du milieu :

A la grande surprise des commentateurs, les premières minutes de la rencontre voient les Croates maîtriser le ballon. Et pour cause, avec Matuidi et Diarra face à Vukojevic et Modric, le plan de jeu des Bleus est de mettre sous pression la paire croate. Empêcher Modric de se retourner et intercepter les transmissions vers les attaquants, voilà la tâche accomplie par Diarra et Matuidi sur les premières minutes de jeu. Une fois le ballon gagné, le but est de toucher au plus vite le quatuor offensif pour le lancer face à la défense croate. Menez et Nasri jouent les détonateurs alors que Malouda et Benzema offrent des relais et une présence devant.

Au bout de quelques minutes, le milieu croate recule face au pressing de son équivalent français. Gênés aux abords du rond central, Modric et les autres relanceurs décident du coup de partir de plus bas pour tenter de sauter le milieu français pour atteindre leurs deux attaquants. En situation d’égalité numérique face à Rami et Mexès, Perisic et Jelavic reçoivent le soutien de Kranjcar qui rentre dans l’axe pour apporter le surnombre dans le dos des milieux français. Mais mis à part sur une échappée de Perisic (sauvée par Lloris, 42e), les défenseurs français garderont le dessus en étant présents à la retombée des ballons de relance adverses.

Le bloc croate plus bas, la défense française supérieure dans les duels, l’ensemble aboutit sur un renversement de la possession de balle à l’avantage des Français. Dès lors, on distingue plusieurs éléments de l’animation offensive française. Matuidi et Diarra aident à la circulation du ballon dans le camp adverse et créent parfois des décalages… Décalages qui sont pour les latéraux qui viennent faire le nombre devant. Nasri et Menez travaillent eux de concert pour enfoncer déstabiliser la première ligne adverse alors que Malouda et Benzema se baladent au coeur de la défense à la recherche de brèches où offrir des solutions en appui.

A ces attaques, les Croates répondent sans trop de difficultés mis sur le décalage crée par le duo Nasri-Menez qui aboutit sur le raté de Benzema (38e). Réveillère sera aussi plutôt en vue en première mi-temps, en partie grâce au repli moins rigoureux de Kranjcar (qui déserte son couloir en phase offensive). A gauche, Srna ferme parfaitement sur Clichy qui traverse la mi-temps dans l’anonymat le plus total.

Modric libéré :

Au retour des vestiaires, Bilic change le profil de son milieu de terrain. Rakitic entre en jeu et prend le poste laissé libre par Srna qui descend sur le flanc droit de la défense. Beaucoup plus organisateur que le joueur de couloir du Shakhtar, le milieu du FC Séville va énormément peser dans le jeu de son équipe en deuxième mi-temps.

En effet, s’il aide à la fermeture de son couloir en phase défensive, Rakitic revient constamment dans l’axe lorsque la Croatie récupère le ballon. Mais plutôt que de faire comme Kranjcar et de repiquer pour être en relation directe avec ses attaquants, il le fait pour aider à la relance. Du coup, il vient porter le surnombre dans la zone de Matuidi et Diarra ce qui gêne forcément le pressing français (en plus des minutes qui passent). Deuxième conséquence de ce trois-contre-deux, Modric peut se libérer de son rôle de pur relanceur dans un 4-4-2 pour évoluer plus haut et tenter des combinaisons avec ses offensifs (Kranjcar, Perisic, Jelavic…).

Du coup, le milieu français est obligé de s’adapter à cette nouvelle situation. Diarra doit suivre les déplacements du milieu des Spurs ce qui libère des espaces dans l’entrejeu pour Vukojevic (qui reste derrière) et surtout Rakitic. Ce dernier offre d’ailleurs un ballon de but à Petric (79e) dans une position que n’arrivait pas à trouver Modric en première mi-temps. Seul bémol pour les Croates, Srna n’avait pas le coffre hier soir pour couvrir tout le couloir droit en phase offensive. Mais à choisir, la présence d’une solution supplémentaire au coeur du jeu apparaissait comme la meilleure solution.

Le coaching français :

Les entrées de Ribéry et Rémy ont quelque peu modifié l’animation française. Nasri a évolué plus haut que lorsqu’il combinait avec Menez alors que Ribéry a repris le rôle d’accélérateur que tenait jusqu’ici le Romain. Rémy étant resté très discret, c’est Benzema qui, par ses quelques décrochages, a apporté la deuxième solution pour perturber le premier rideau défensif adverse. Sans grand succès puisque le danger est surtout venu du côté gauche où la paire Ribéry-Clichy a su profiter de la légèreté défensive de Rakitic pour permettre le flanc droit de la défense croate à l’épreuve. Une épreuve finalement passée sans encombre.

Conclusion :

Un match plus intéressant sur le plan tactique que sur le plan du spectacle pur et dur. En alignant Matuidi et Diarra, Blanc a clairement voulu tester une formation taillée pour contrer une adversaire mais ce dernier a su rapidement s’adapter pour éviter de mettre sa défense en danger. L’entrée de Rakitic à la mi-temps s’est révélée être très intéressante pour apporter une solution face aux deux récupérateurs français. Elle aurait même pu payer si la Croatie avait encore un Davor Suker devant pour conclure la moindre demi-occasion.

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