Johan Cruyff : le football pour les « Grands »

Jeudi dernier, le monde du football a perdu l’un ses plus grands penseurs en la personne de Johan Cruyff. Décédé à 68 ans, à l’âge où d’autres entraînent encore, le légendaire n°14 laisse derrière lui un héritage énorme, qui va bien au-delà de la diagonale Amsterdam-Barcelone.

Il faudrait une machine à remonter le temps pour réellement mesurer l’impact de Cruyff sur son époque, en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur. Seules des images d’archives permettent aujourd’hui d’avoir une idée de la révolution apportée par les Pays-Bas lors de la Coupe du Monde 74. En voilà une où vous découvrirez leur pressing d’un autre âge…

Souvent présenté comme le « père du football moderne », Johan Cruyff a eu une trajectoire unique dans le sens où il a été à la fois grand joueur et grand entraîneur. Il a pensé un football offensif, différent et pour comprendre sa réflexion, il faut justement partir de son passé de joueur.

Porteur de l’héritage de Johan Cruyff aujourd’hui, Pep Guardiola s’est souvenu de sa surprise lorsqu’il a commencé à évoluer sous les ordres d’El Flaco à Barcelone : « Il te disait exactement le contraire de ce que tu avais toujours appris. »

Comme lorsqu’il était joueur, Cruyff l’entraîneur avait l’art du contre-pied. Ce qui était « blanc » pour tout le monde pouvait être « noir » à ses yeux. Un exemple avec le fait d’« aider un partenaire ». Pour tout le monde, cela équivaut à se rapprocher de lui afin de lui offrir une solution. Pour lui, c’était au contraire s’en éloigner afin de lui offrir le plus d’espace possible.

Dribbleur hors-pair, le Néerlandais le demandait à ses coéquipiers lorsqu’il était joueur : ces derniers embarquaient des adversaires et lui faisaient confiance pour faire la différence en un-contre-un. Une fois son vis-à-vis éliminé, c’est tout le terrain qui s’ouvrait avec de multiples solutions devant lui.

Tactiquement, Cruyff a pensé le football pour les joueurs comme lui, pour les joueurs d’exception. Jorge Valdano l’a résumé en une phrase : « il a toujours eu le courage de défendre un football audacieux, où le talent occupe un lieu central. »

Son système de jeu à Barcelone (avec une base de 3 défenseurs) en a été la plus belle illustration. Avec le ballon, les deux stoppeurs excentrés se retrouvaient collés à la ligne de touche afin de forcer les attaquants à défendre, laissant Koeman et Guardiola à la manoeuvre dans le coeur du jeu.

Cruyff : mieux comprendre le génie

10 minutes pour tenter de comprendre Johan Cruyff, du joueur à l'entraîneur.

Posté par Les Chroniques Tactiques sur samedi 26 mars 2016

Cette notion de créer l’espace pour les meilleurs joueurs se retrouvait évidemment dans le Barça de Guardiola en 2011 : Pedro et Villa étiraient le bloc adverse par leurs positions excentrées, offrant ainsi de l’espace au « diamant » composé de Messi, Xavi, Iniesta et Busquets dans le coeur du jeu.

On peut même aller plus loin et trouver deux exemples qui ont marqué la L1 la saison dernière : l’organisation du 4-4-2 en losange de l’OL (avec Fekir en n°10 et le duo Lacazette-Njié devant) se fondait sur le même objectif : étirer la défense avec les attaquants afin de créer l’espace dans l’axe pour Fekir. De la même façon, si Marcelo Bielsa avait fait de Giannelli Imbula son n°6, c’était dans l’objectif de lui offrir assez de champ pour se lancer.

Deux exemples partant de la même réflexion pour deux résultats très différents… histoire de rappeler qu’au bout du compte, le football reste l’affaire des joueurs et de leurs performances sur le terrain.

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2 réponses

  1. Alex dit :

    bonjour

    J’ai du mal à comprendre comment Johan Cruyff « Hollandais volant » aux percées fulgurantes au sein d’une équipe pratiquant le fameux football total (inspiré semble-t-il des Britanniques du Celtic des années 60) a pu être, comme il se dit partout, l’apôtre du tika tika.

    AE

  2. Figoso dit :

    Le but du jeu de passes du Barca est de déplacer en permanence le bloc adverse afin de le désorganiser, et ensuite de pouvoir transmettre très rapidement la balle, dans l’espace créé suite à la désorganisation de la défense, aux joueurs capables de faire la différence, soit individuellement (Messi), soit en donnant le ballon aux attaquants dans la surface (Iniesta en pourvoyeurs du trio offensive).

    La mentalité est la même: étirer le bloc adverse (via le jeu de passé ou le placement, ou les deux), pour donner l’espace nécessaire aux attaquants.

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