Messi et le problème de l’Argentine

Durant la dernière trêve internationale, l’Argentine est passée par tous les états. Contre le Brésil, elle a touché le fond, sèchement battue 3-0 et dominée dans tous les secteurs ou presque. Sixième après ce match, elle n’avait pas le droit à l’erreur au moment d’affronter la Colombie. Heureusement, elle a relevé la tête face aux Cafeteros, victorieuse (3-0) et surtout portée par un Messi qui semblait en missionquelques mois à peine après avoir pris une première retraite.

S’il a bien relancé l’Albiceleste dans la course au Mondial 2018, ce succès n’a pas non plus remis tous les voyants au vert. Sur le plan comptable, l’Argentine va certainement devoir lutter jusqu’au bout avec l’Equateur, le Chili et la Colombie pour l’un des deux spots directement qualificatifs pour le Mondial russe (même si la place de barragiste offre aussi de belles chances d’y aller). Le prochain rendez-vous face au Chili en mars prochain s’annonce déjà des plus bouillants (qui plus est dans la Bombonera).

C’est surtout dans le jeu que l’Argentine est encore loin du compte, particulièrement lorsqu’il s’agit de construire vu que – comme l’équipe de France – elle a la possession la majeure partie du temps. C’est un mal qui poursuit l’équipe depuis longtemps maintenant, mais qui a été particulièrement visible face au Brésil.

Brésil 3-0 Argentine : Messi n°10, la fausse bonne idée

Nommé sélectionneur après le départ de Tata Martino, Edgardo Bauza a fait du 4-2-3-1 son système de prédilection depuis sa prise de fonctions au mois de septembre. Face au Brésil, il a fait de Messi son n°10, l’associant à Di Maria (à gauche), Higuain (axe) et Enzo Perez (à droite). Et sur le papier, pourquoi pas.

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Le problème, c’est que dans un tel système, le n°10 doit presque tout le temps être en mouvement. Il suffit de prendre l’exemple du meilleur du moment à ce poste, Mesut Özil à Arsenal. L’Allemand est toujours à la recherche d’espaces entre les lignes adverses dans lesquels se rendre disponible.

Or, ce n’est pas dans les habitudes du quintuple Ballon d’Or. C’est même à l’opposée de ses besoins physiologiques. On le voit assez souvent avec le Barça : Messi reste souvent inactif dans une zone du terrain et change brusquement le rythme lorsque le ballon arrive dans sa zone ou dans ses pieds.

Face au Brésil, Messi n’a pas été moins actif que d’habitude sans le ballon. Le problème, c’est qu’aucun de ses partenaires n’a compensé : Higuain n’a quasiment jamais décroché, Di Maria et Enzo Perez ont la majeure partie du temps abandonné les half-spaces, si bien que Mascherano, Biglia, Otamendi et Funes Mori ont eu toutes les peines du monde à trouver des solutions pour jouer vers l’avant.

Son équipe étant menée 2-0 à la pause, Edgardo Bauza a choisi de changer de système pour aborder la deuxième mi-temps. Le 4-2-3-1 s’est transformée en un 4-4-2 losange. Cette nouvelle organisation a naturellement facilité la progression de l’équipe au milieu de terrain en ajoutant des solutions dans le coeur du jeu (axe et half-spaces).

Mais le manque de mouvement aux avants-postes (Messi, Higuain, Aguero) et l’apport très limité des latéraux sont restés de vrais problèmes au moment d’entrer dans les 30 derniers mètres… Le 3ème but brésilien, inscrit par Paulinho (59e), a aussi mis fin au suspense et aux espoirs argentins, qui ont alors abandonné le ballon aux Brésiliens.

Argentine 3-0 Colombie : le récital de Messi

Descendue à la 6ème place après cette défaite, l’Argentine s’est retrouvé dos au mur face à la Colombie.

Terminée l’expérience Messi en n°10, Bauza a (enfin) fait confiance à Ever Banega pour compléter son milieu de terrain avec Mascherano et Biglia. Si elle n’a pas révolutionné le jeu, cette entrée du milieu de l’Inter a eu le don d’offrir plus de solutions pour ressortir le ballon. Même chose avec l’entrée de Pratto aux avants-postes qui, à défaut d’avoir le talent d’Aguero ou Higuain, s’est dépensé pour être à la retombée des longs ballons de Funes Mori, Mascherano ou Otamendi.

Autre élément important : le bloc colombien était positionné bien plus bas que celui du Brésil (Falcao s’est souvent retrouvé seul entre trois joueurs), ce qui a forcément facilité l’avancée de l’Argentine avec le ballon jusque dans les 40 derniers mètres.

colombie

Avec Banega, l’Argentine a souvent ressemblé à un 4-3-3, s’appuyant sur plusieurs triangles pour avancer vers le but adverse (Mascherano, Otamendi, Funes Mori derrière ; Banega, Mas, Di Maria à gauche ; Biglia, Mercado, Messi à droite).

Si l’occupation du terrain a été meilleure, avec une plus grand présence dans les half-spaces notamment, l’Argentine est tout de même restée très brouillonne au moment d’attaquer… si bien que la Messi-dépendance est quand même restée d’actualité. Le quintuple Ballon d’Or a débloqué la situation sur un coup-franc magnifique (9e) avant de délivrer deux passes décisives pour Pratto (23e) et Di Maria (84e)

Comment éviter la Messi-dépendance : 

Un simple coup d’oeil sur les statistiques permet de mesurer l’importance de Messi sur le collectif argentin : sur les deux matchs face au Brésil et à la Colombie, le joueur du Barça est directement impliqué (dernier passeur ou tireur) sur 13 des 20 tirs de son équipe.

Et ces chiffres ne prennent même pas en compte les actions qu’il a lancées en changeant le rythme au milieu. Les stats sur les dribbles peuvent toutefois donner une idée de son importance dans ce secteur : Messi pèse 50% des dribbles argentins sur les deux rencontres (12/24). Et si l’on ne prend en compte que les dribbles réussis, la dépendance saute aux yeux puisqu’il a été auteur de 10 des 13 dribbles réussis par les Argentins sur les deux rencontres (77% !).

Une preuve de plus, s’il en fallait encore une, que Messi n’est pas le problème de l’Argentine : il est même sa seule et unique solution. Et travail du sélectionneur est justement d’en trouver d’autres, afin de construire un collectif capable de fonctionner lorsque son n°10 traverse ses phases de repos. Cela nécessite de trouver d’autres leaders techniques, capables de porter l’équipe dans ces moments.

Au fil des derniers grands tournois, l’Albiceleste s’était trouvé des joueurs capables de seconder le taulier venu du Barça : de Juan Sebastian Veron, sorti de manière assez incompréhensible de l’équipe par Maradona en 2010, jusqu’à Javier Pastore lors de la Copa America 2015.

Trop souvent blessé avec le PSG, le Parisien n’est plus dans la discussion à l’heure actuelle. Et les vrais espoirs se tournent vers l’Italie et l’avènement de Paulo Dybala avec la Juve. Ses qualités techniques et ses déplacements en font sur le papier un complément idéal au Barcelonais. Les deux hommes avaient d’ailleurs été alignés pour la première fois face à l’Uruguay en septembre dernier (1-0), mais l’expulsion de Dybala (46e) avait prématurément mis fin à l’expérience.

Autre élément susceptible d’apporter un plus à l’Argentine actuelle, Ever Banega. A 100%, le milieu de l’Inter a les qualités pour fluidifier la possession de balle grâce à sa mobilité dans l’entrejeu. Reste à savoir si Bauza tentera d’associer tout ce beau monde, sachant que les phases de repos de Messi doivent aussi être compensées lorsque l’équipe doit défendre.

argentine

Les six onzes de départ d’Edgardo Bauza depuis sa prise de fonction.

 

 

 

 

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4 réponses

  1. patrick dit :

    salut florent , d’apres toi quel serait reelement le probleme (niveau) de Di Maria ?? c’est pourtant un joueur d’experience et surtout technique qui montre de facon tres recurentes des carences en ce qui concerne l’intelligence du jeu.

  2. Benm dit :

    Messi n’est pas un 10 moderne, il aurait été parfait à ce poste a l’époque de Platini mais il ne fait pas les efforts défensifs suffisant pour aider son équipe et ses déplacements sont trop restreint pour se démarquer correctement dans cette zone, à ce poste il vaut mieux soit un ancien relayeur comme banega qui fait le boulot et qui court beaucoup et ne garde pas le ballon au profit d’un jeu tres direct ou un profil de neuf et demi comme dybala qui cherchera toujours à se démarquer ou à combiner rapidement avec le second attaquant, tu ne peux plus créer le jeu dans cette zone du terrain de nos jours, les créateurs s’exilent sur les côtés maintenant, on voit que les dix qui n’ont pas les facultés à évoluer sur un côté ou à reculer on du mal à s’imposer dans les grands club comme james Rodriguez ou même Pastore qui même si ils font parfois de belles choses grâce à leurs technique et leurs visions n’arrive pas à être constant à ce poste lorsque le marquage est très rigoureux

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