Brésil 1-0 Chili, l’analyse tactique

Trois jours après avoir dominé la France à Saint-Denis, les Brésiliens avaient rendez-vous à Londres dimanche pour y affronter le Chili. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Auriverdes se sont heurtés à une formation beaucoup plus en place et agressive que les Bleus jeudi dernier. Moins brillants, ils ont toutefois su rester solides en défense, répondant notamment au défi imposé par les hommes de Sampaoli.

Les compositions : 

Pour ce deuxième match de la semaine, Dunga avait décidé de reconduire son système de jeu en 4-4-2 mais de changer quelques têtes. En défense, Thiago Silva, Miranda et Danilo enchaînaient mais Marcelo prenait la place de Filipe Luis côté gauche. Dans l’entrejeu et aux avants-postes, Neymar était le seul rescapé. Souza, Fernandinho, Douglas Costa, Coutinho et Luiz Adriano remplaçaient respectivement Luiz Gustavo, Elias, Willian, Oscar et Firmino.

Pas de surprise dans l’autre camp au coup d’envoi. Durant la semaine, le Chili s’était incliné de manière surprenante face à l’Iran (0-2) mais sans les titulaires habituels. Seuls deux joueurs de champ ont « survécu » à cette défaite : Jara en défense et Millar, qui s’est retrouvé aux côtés d’Aranguiz dans l’entrejeu. Les cadres Medel, Isla, Vidal et Sanchez faisaient eux leur retour pour ce choc 100% sud-américain. Quelques joueurs manquaient toutefois à l’appel, à l’instar de Valdivia blessé et retenu par son club de Palmeiras.

 

Le Chili, beaucoup plus entreprenant que la France : 

Les premières minutes de la rencontre ont révélé une formation chilienne bien plus efficace pour bloquer la construction brésilienne que l’équipe de France jeudi dernier. Même si Dunga a changé six joueurs, son équipe est restée la même avec un fort penchant pour le côté gauche. Dans l’idée, Marcelo et Coutinho devaient reproduire ce que Filipe Luis et Oscar avaient su faire face aux Bleus, tout en profitant des mouvements de Neymar entre l’axe et l’aile gauche. Sauf que l’organisation du Chili, basée sur une défense à trois, les a considérablement gênés.

Lorsque Neymar se déplaçait côté gauche, il se retrouvait naturellement dans la zone d’Albornoz, le stoppeur droit chilien (pour rappel, face aux Bleus, les mêmes mouvements obligeaient Sagna à rester en position, permettant à Oscar de se libérer du marquage pour créer le surnombre au milieu de terrain). Isla n’avait donc pas à se soucier de l’attaquant du Barça et pouvait se concentrer sur sa tâche première, à savoir marquer Coutinho afin de l’empêcher de se mettre dans le sens du jeu. Résultat, à l’inverse d’Oscar face aux Bleus, le joueur de Liverpool n’a pas eu la moindre occasion de briller dans ce match.

Rampe de lancement du Brésil sur le flanc gauche, Marcelo – remplaçant de Filipe Luis – s’est lui retrouvé face à Vidal. Dans l’axe, Sanchez et Hernandez se chargeaient de sortir sur Thiago Silva et Miranda, tandis que le tandem Aranguiz-Millar bloquaitt les deux milieux adverses (Fernandinho-Souza). Avec ce flanc gauche verrouillé, le Brésil n’avait pas d’autre choix que de chercher à atteindre le côté opposé… sauf que Danilo se retrouvait rapidement sous la pression de Mena, qui laissait Douglas Costa à son partenaire Jara en couverture.

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Beaucoup plus agressifs que les Bleus, les Chiliens n’ont pas laissé leurs adversaires approcher la ligne médiane. Le côté gauche était verrouillé par Vidal, face à Marcelo. Sanchez et Hernandez fermaient alors l’axe (Miranda-Thiago Silva), secondés par leurs milieux de terrain sur Souza et Fernandinho. Dans le couloir, Isla profitait du 3 contre 2 à l’avantage des Chiliens derrière pour ne laisser aucun espace à Coutinho.

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En difficulté pour progresser côté gauche, les Brésiliens étaient aussi rapidement coincés à droite. Mena sortait même plus loin qu’Isla puisqu’il allait chercher Danilo sur ces phases de jeu.

Un Brésil contraint d’attendre : 

En difficulté avec le ballon, le Brésil a aussi eu beaucoup de mal à reproduire le pressing réalisé face aux Français jeudi dernier. Là encore, l’organisation du Chili lui a posé beaucoup de problèmes : les trois défenseurs (Jara, Medel, Albornoz) utilisaient les relais rapides de Millar ou Aranguiz dans la zone-press brésilienne (voir ici) pour se dégager de la première ligne Neymar-Luiz Adriano. Ils recherchaient ensuite les intervalles dans le 4-4-2 brésilien, notamment ceux entre les axiaux et les excentrés.

Dans ces espaces, ils tentaient de trouver leurs attaquants (Sanchez, Hernandez) ou Vidal, qui avaient pour objectif ensuite de se mettre dans le sens du jeu malgré la pression des défenseurs brésiliens. S’ils ont bien tenté de combiner avec Mena ou Isla sur les ailes, ils se sont surtout heurtés à une défense féroce de la part de la Seleçao, qui a su les empêcher de mettre du rythme dans les 40 derniers mètres. Pour preuve, le nombre de fautes des Brésiliens au bout des 90 minutes de jeu : 32 (!) dans un match où ils ont laissé la possession à leurs adversaires (37% contre 63% pour les Chiliens).

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Ci-dessus une situation idéale pour les Chiliens. Albornoz s’est dégagé de la première ligne brésilienne et lève la tête pour trouver une solution. Vidal s’est positionné dans la bonne zone pour recevoir le ballon (en blanc). Pourquoi une « bonne zone » ? Parce que plusieurs Brésiliens se retrouvent entre-deux adversaires : Marcelo (Isla-Vidal), Coutinho (Albornoz-Isla) et Souza (Vidal, Aranguiz). Le milieu a même décroché pour anticiper la passe, libérant Aranguiz qui offre une autre solution à son défenseur.

En difficulté en début de partie, les hommes de Dunga ont eu besoin d’un temps d’adaptation afin de mieux répondre à la relance chilienne. En fin de première mi-temps, ils ont d’abord fait plus d’efforts pour forcer la Roja à repasser par Bravo. Neymar, Luiz Adriano recevaient le soutien de Douglas Costa ou Coutinho lorsqu’ils n’étaient pas en mesure de bloquer les montées balle au pied de Jara ou Albornoz. Dans l’axe de la défense, Medel était le seul joueur à bénéficier d’un certain degré de liberté, dont il ne profitait toutefois pas, faute de solutions.

Celles qui s’offraient devant lui (Millar, Aranguiz) pouvaient en effet être contrôlées par les sorties des milieux brésiliens. Dès que Albornoz ou Jara se chargeaient de la première passe, le travail de Neymar et Luiz Adriano pour les repousser vers la ligne de touche facilitait celui de leurs partenaires. A gauche, Marcelo et Coutinho se chargeaient de mettre la pression sur Vidal ou Isla lorsque ces derniers héritaient du ballon.

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Medel n’est pas attaqué par les attaquants brésiliens, qui ne déclenchent le pressing que lorsque le ballon est sur Albornoz, Jara ou joué en retrait vers Bravo afin de forcer le dégagement du gardien. La connexion Medel-Aranguiz ou Millar est coupée par la pression mise par Souza et Fernandinho lorsque les milieux chiliens sont servis.

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Neymar sort au pressing sur Albornoz. Plus proche de ses milieux, Coutinho bloque la ligne de passe qui permettait au défenseur chilien d’atteindre Vidal en début de partie. Le passeur n’a d’autre choix que d’écarter le jeu vers Isla le long de la ligne de touche.

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Le latéral droit chilien se retrouve sous la pression de Marcelo, et de Coutinho qui revient sur ses pas pour l’enfermer. Souza s’apprête lui à couvrir son latéral en suivant le départ de Vidal dans son dos.

Obligés de repasser par leur gardien pour relancer, les Chiliens ont eu encore plus de mal à approcher les buts de Jefferson en deuxième mi-temps. Laissant Aranguiz dans l’entrejeu, Millar est monté d’un cran pour tenter d’être présent sur les deuxièmes ballons et soutenir ses attaquants. Insuffisant toutefois pour faire la différence face à une défense brésilienne toujours aussi agressive et qui n’a finalement été mise en danger que sur des coups de pied arrêtés de Sanchez ou Matias Fernandez.

Conclusion :  

Intervenu durant le dernier quart d’heure, le seul but de la partie – inscrit par Firmino, 78e – apparaît presque comme anecdotique même s’il s’est construit sur l’une des faiblesses du Chili : sans doute fatigués, les Chiliens n’ont pas coulissé assez rapidement de la gauche vers la droite. Pas assez rapides pour bloquer la passe en profondeur de Danilo, ils ont ensuite été pris de vitesse dans l’axe (Medel face à Firmino). L’attaquant de Hoffenheim a ainsi conclu une belle semaine, tant pour lui que pour sa sélection.

Car s’il est encore en convalescence, le Brésil de Dunga sort de cette trêve internationale avec un très beau bilan. Très convaincant face à l’équipe de France, la Seleçao a su répondre à l’intense défi physique proposé par les Chiliens sur la pelouse de l’Emirates. C’est simple : en deux petites rencontres, les Brésiliens n’ont concédé qu’un but sur coup de pied arrêté (le point faible historique…)… Mieux, dans leurs 18 mètres, ils n’ont concédé qu’un seul tir dans le jeu. Et encore, il s’agissait d’un tir de Millar contré par la défense. Bref, le souvenir du 7-1 s’efface peu à peu même si la marge de progression en vue de la Copa America est encore grande.

Côté chilien, Sanchez a fait tout ce qu’il a pu aux avants-postes (9 fautes subies) mais était quand même bien seul pour mettre à mal la défense brésilienne. Présent défensivement, comme le reste de l’équipe, Vidal n’a pas su le seconder dans les 30 derniers mètres, manquant sans doute de jus pour réellement peser sur les débats. Au-delà du cas du milieu de la Juve, il a manqué au Chili une étincelle créative pour fluidifier le jeu dans la moitié de terrain adverse. Un atout que les hommes de Sampaoli récupèreront peut-être avec le retour de Valvidia ou une titularisation prochaine de Matias Fernandez.

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1 réponse

  1. Daniel Constance dit :

    Salut,
    Perso, je ne pense pas que le Brésil pourra oublier cette défaite contre l’Allemagne. Attendons de voir ce que donne cette reconstruction !

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