Finlande 0-1 France, l’analyse tactique

Après une entrée en matière en 4-4-2 face à l’Uruguay, Didier Deschamps est revenu à un système de jeu plus classique pour son équipe de France à l’occasion de sa première sortie officielle en Finlande. Retour de Diaby oblige, les Bleus se sont présentés en 4-3-3. Face à des locaux en place défensivement, ils ont dû attendre un contre pour ouvrir le score, justement par le milieu d’Arsenal. Au bout des 90 minutes, l’essentiel était là avec la victoire et quelques individualités au-dessus du lot. Pour le collectif, il faudra encore patienter.

Les compositions :

Finlande : Hradecky (12) – Arkivuo (13), Toivio (4), Moisander (3), Halsti (15) – Ring (19), Sparv (14), Hetemaj (8) – R.Eremenko (7), Pukki (10), Hamalainen (21).
France : Lloris (1) – Réveillère (13), Yanga-Mbiwa (2), Sakho (5), Evra (3) – Mavuba (11), Cabaye (6), Diaby (19) – Ménez (14), Ribéry (7), Benzema (10).

La mise en place finlandaise :

Pour contrer le 4-3-3 de Didier Deschamps, les Finlandais se sont eux aussi organisés sur trois lignes. Formée des trois attaquants (R.Eremenko, Pukki et Hamalainen), la première se positionnait aux abords de la ligne médiane afin de s’opposer aux milieux de terrain français (Mavuba et Cabaye ou Diaby, le second joueur se rapprochant de ses attaquants). Sans forcer le pressing, les Finlandais s’opposaient simplement à la circulation de balle française, fermant l’axe et obligeant donc celle-ci à passer par les côtés via les latéraux (Evra et Réveillère) pour progresser dans le camp adverse.

La circulation de balle française, de Cabaye-Mavuba vers les couloirs, en raison de la présence finlandaise dans l’axe : six joueurs face au seul Diaby.

C’est alors que la deuxième ligne, composée aussi de trois joueurs, intervenait, marquant les solutions qui se présentaient au porteur de balle excentré. A gauche comme à droite, Ribéry et Ménez se retrouvaient sous la pression de deux joueurs (milieu axial et latéral). Au coeur du jeu, les milieux français (Cabaye et Diaby) étaient eux dans une situation de deux contre deux face aux milieux axiaux restants, rejoints si besoin par le repli de leurs attaquants. Pour les Finlandais, l’objectif était clairement d’empêcher les Bleus de ressortir les ballons des couloirs, afin qu’ils ne trouvent pas leurs milieux dans des positions idéales pour servir Benzema ou Ménez dans la profondeur.

L’organisation défensive finlandaise une fois le ballon arrivé dans le couloir : l’un des attaquants (Pukki) glisse vers Evra. Derrière lui, le milieu axial droit (Ring) et le latéral (Arkivuo) s’approchent de Ribéry. Dans l’axe, Cabaye et Diaby sont pris entre quatre joueurs adverses (Eremenko, Hamalainen / Sparv, Hetemaj)

Offensivement, les joueurs de Mixu Paatelainen recherchaient en priorité à remonter le ballon au sol, mettant à profit la liberté accordée à Pukki et R.Eremenko, qui ont su se rendre disponibles dans le dos de Cabaye et Diaby. Devant, Hamalainen devait aller au combat face à la charnière française. Les premiers soutiens aux offensives venaient des latéraux avec les montées de Arkivuo à droite mais surtout de Halsti côté gauche. Le jeu finnois a d’ailleurs énormément penché sur le flanc gauche en début de partie. R.Eremenko faisait office de plaque tournante, laissant le couloir à Halsti et la pointe de l’attaque à Pukki et Hamalainen. Derrière, le milieu à trois ne se livrait quasiment pas, craignant les contres français plein axe.

Les réponses françaises :

Gênés par la bonne organisation finlandaise, les Français ont mis quelques minutes pour trouver des solutions afin de prendre à défaut ses deux premières lignes. De sa position d’avant-centre, Benzema a été le premier à dézoner pour tenter de modifier les circuits en place. En se positionnant sur l’aile, il offrait une deuxième solution au latéral chargé de la première passe. Conséquence, l’ailier, que ce soit Ménez ou Ribéry, pouvait lui offrir une solution à l’intérieur, en plus des milieux de terrain axiaux. Mais si elle permettait aux Bleus de pouvoir démarrer leurs mouvements dans le camp adverse, cette solution leur enlevait aussi leur seul joueur censé se rendre disponible aux abords de la surface de réparation.

Les Bleus ont alors tenté un autre solution en mettant à contribution Ribéry et Ménez. Les deux hommes redescendaient à hauteur de leurs latéraux afin de prendre le ballon dans des zones où ils n’étaient pas attaqués. Côté droit, Ménez a ainsi touché plusieurs ballons assez bas dans le camp finlandais, jouant ensuite avec Réveillère dans le couloir ou Diaby qui se projetait vers l’avant. A gauche, le jeu a beaucoup plus reposé sur des éclairs individuels de Ribéry ou Evra, qui ont plusieurs fois pris de vitesse un ou deux adversaires pour accélérer le jeu. Néanmoins, la finition n’a jamais été au rendez-vous. La plupart du temps enfermés sur les ailes, les Français manquaient de présence dans la surface ou d’application dans leurs centres lorsqu’ils amenaient leurs actions jusqu’à la dernière passe.

L’intérêt de voir Ménez décrocher pour s’ajouter à la ligne Evra-Cabaye-Mavuba-Reveillère : il permet aux Français de trouver plus facilement l’intervalle entre les milieux finlandais (pour la course de Diaby).

Incapables de trouver la solution sur attaque placée, les Français ont finalement fait la différence sur une contre-attaque parfaitement menée alors que la Finlande semblait prendre confiance. Il a suffit d’une perte de balle dans le rond central (de Sparv ?) pour que Benzema et Diaby se retrouvent lancés face à une défense finlandaise non-protégée. Le talent des deux hommes a fait la différence et les Bleus ont pris l’avantage au tableau d’affichage (20e). Au delà du but, le pressing des Français a été une menace constante pour leurs adversaires. Ribéry, Ménez et Benzema n’ont pas hésité à aller très haut dans le camp adverse pour forcer les Finlandais à jouer long, comptant sur le duo Cabaye-Diaby en couverture dans l’entrejeu et la présence aérienne de la paire Yanga-Sakho pour être à la retombée des ballons.

Le pressing français : une habitude déjà vue et revue à l’époque de Laurent Blanc. Les trois attaquants se concentrent sur l’axe, les deux milieux axiaux sont en couverture. Dans les couloirs, il revient aux latéraux d’évoluer très haut afin de contrer leurs homologues adverses qui héritent du ballon si celui-ci n’est pas balancé devant.

Le deuxième acte :

Menés au score, les locaux sont revenus avec un schéma légèrement modifié à la reprise. Hetemaj a pris place dans le trio offensif aux côtés de Pukki et Hamalainen tandis que R.Eremenko s’est retrouvé au coeur du milieu à trois, encadré par Ring et Sparv. Repositionné axial gauche, ce dernier a apporté un peu plus de présence physique dans la zone de Diaby, qui était monté en régime au fil de la première mi-temps. A l’heure de jeu, Hetemaj a été remplacé par A.Eremenko qui s’est positionné derrière Pukki et Hamalainen. Mavuba protégeant sa charnière centrale, l’entrant s’est retrouvé dans des positions intéressantes et a pu ajuster un bon ballon par-dessus la défense française pour Hamalainen.

L’entrée de Matuidi quelques minutes plus tard, à la place de Yohan Cabaye, aurait dû permettre aux Français de reprendre l’ascendant dans l’entrejeu grâce au regain d’agressivité apporté par le Parisien. Malheureusement, celui-ci a été averti très vite et les Bleus n’ont pas eu ce second souffle espéré. Moins présents dans le camp finlandais, ils ont souffert en fin de partie, offrant des cadeaux à des adversaires qui prenaient confiance et récupéraient les ballons plus haut (interceptions vs Evra et Réveillère). Les locaux avaient aussi rééquilibré leur jeu d’attaque, utilisant désormais aussi le flanc droit avec les montées de Arkivuo. Heureusement pour les Bleus, ils ont pu compter sur un Lloris bien placé sur la seule frappe cadrée et dangereuse de leurs adversaires.

Conclusion :

Paradoxalement, malgré cette petite victoire, la France de Deschamps s’est peut-être trouvé quelques cadres : Mavuba et Diaby ont été très bons dans leurs registres respectifs dans l’entrejeu, et seront forcément à revoir avec un Cabaye en meilleure forme. Avec un Capoue intéressant face à l’Uruguay, voilà une base intéressante dans l’entrejeu. Au-delà des latéraux toujours en balance, le véritable problème est venu des ailiers. Dans un tel système de jeu, il n’est pas normal que Ribéry touche plus de 100 ballons sans en convertir. Surtout, son positionnement a été illisible pendant une bonne partie de la deuxième mi-temps. A droite, Jérémy Ménez a lui évolué dans un registre qui ne lui sied pas, trop bas et sans espaces, le match-référence du Parisien étant certainement celui qu’il a réalisé à Lille dimanche dernier en complément d’un Zlatan Ibrahimovic libre de participer au jeu. Si Benzema continue à dézoner autant, ce sera peut-être une piste à étudier pour le sélectionneur. Parmi tant d’autres…

Pour compléter cet article, retrouvez-moi dans l’exercice très léger et subjectif des notes sur Carnet Sport : Finlande-France, les notes.

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7 réponses

  1. cassar dit :

    Bon article comme toujours. Je suis entièrement d’accord avec ta conclusion. Je me disais que finalement, Benzema rentre complètement dans ces types d’attaquants qui décrochent, style Rooney, Forlan ou Ibra. Et forcément, je me suis dit, pourquoi pas mettre Ménez en pointe prenant la profondeur et Benzema participant au jeu comme Ibra avec le PSG. Le problème serait que cela impliquerait surement un changement de système ou de joueur, qu’en penses-tu?

  2. Mon souci, c’est que je ne vois pas Benzema aussi clairvoyant que Rooney, Forlan ou Ibrahimovic quand il s’agit de décrocher. Si le 4-3-3 doit perdurer, il doit non pas être pensé en poste mais en rôle à attribuer à chacun : un joueur fixe dans l’axe, un joueur libre de ces déplacements et un joueur censé prendre les espaces et la profondeur. En gros, Giroud ou Gomis avec Benzema ou Ribéry et Ménez ou Rémy (quand il sera de retour).

  3. Cassar dit :

    D’accord merci pour la réponse. Le niveau est evidemment discutable concernant ma comparaison mais l’idée est plutot de parler du type de joueur qu’est Benzema. Et oui je te rejoins entièrement sur la complémentarité que tu evoques. J’ai trouvé Sakho Yanga Mbiwa et Mavuba pas mal au point de vue défensif. Je changerais juste Sakho pour Koscielny et après l’équipe pourrait avoir de la gueule.

  4. jAX dit :

    Peut-être faut-il imposer à Benzema de jouer sur le côté gauche, puisqu’il s’y positionne en permanence… Ca solutionne plusieurs problèmes : Ribéry, présence dans la surface, un Benzema meilleur. La meilleure option restant le 4-4-2 (à voir si Deschamps ne réserve pas ce système pour les amicaux pour l’instant, étant donné que les joueurs « n’y sont pas adapté » (cf. Giroud) peut-être qu’à l’avenir on l’aura pour les matchs officiels.

  5. Personnellement, j’aimerais justement voir Benzema à gauche. Là où il a été le plus dangereux quand il était à Lyon, quand Fred jouait devant.

  6. TitiHenry dit :

    Mouai, je ne suis pas très d’accord avec toi sur quelque petit point. Déjà pour tirer une conclusion sur l’adversaire, une équipe de bas niveaux, qui joue comme tu l’as bien démontré dans un système en 4/3/3 qui se transforme en 4/5/1 une fois passé la ligne médiane par les Bleus. Jouant son va-tout sur contre pour poser des problèmes aux bleus, mais après un début compliqué Mavuba a très bien bloqué les contres adverses, en sortant très intelligemment sur le contre attaquant adverse. Puis la défense central était très bonne dans les duels, bien que jouant trop bas sur les offensives Finlandaises, une limite tactique de cette défense central qui pourra poser problème à l’avenir.

    Je suis surtout en désaccord avec toi avec le pressing, qui malgré l’image que tu nous montres était très rare et réaliser de manière inconstante par les bleus. Puis sur cette image le positionnement haut de Menez est dû uniquement au mauvais placement du latéral, qui devrait être 20mètres plus haut. La majorité du temps, l’EDF former un gros bloc aux niveaux de la ligne médiane pour couper les espaces dans l’entre jeux, ce qui obligeait les Danois a joué long vu leur technicité générale très faible. Même si encore une fois, je n’ai pas compris pourquoi la défense jouait si basse en phase défensive, ce qui laissait quelque espace au milieu.

    Offensivement, le début du match m’a plutôt plus avec une équipe comme je le souhaitais ce projetant en nombre offensivement, avec 6,7 joueurs en phase offensive et Mavuba en orientateur de jeu version Lilloise, mettant du rythme… Un Ribéry très remuant qui resserait dans l’axe avant de décrocher stupidement comme tu l’as bien démontré, alors que l’edf avait le contrôle du jeu aux milieux. On voyait malgré un bloc Finlandais très resserré, une capacité à percer ce bloc avec Benzema qui offrait un relaie au coeur du jeu et des projections de Diaby et Cabaye. Après le but c’était une autre histoire, l’EDF c’est tout simplement arrêté de jouer littéralement, je ne vais pas revenir en détails sur ça, la flemme. Un Ribéry et Menez qui se sont mis à décrocher et faire mu-muse aux milieux, laissant un Benzema très intéressant seul en pointe, une équipe de France baissant de pied physiquement, techniquement, n’offrant aucun mouvement…. On pointe encore une fois un énorme problème mental d’une équipe qui ne veut pas s’arracher pour son pays. Je rajouterais que la Finlande c’est même permis de prendre le dessus physiquement sur les Bleus en jouant un cran plus haut, et en profitant des cadeaux si gracieusement offert par Rvr et Evra comme un matin de Noêl, pour se créer quelque situation chaudes.

  1. 13 septembre 2012

    […] la meilleure façon de progresser. Florent TONIUTTI (sur twitter : @flotoniutti) A lire aussi : Finlande 0-1 France : l'analyse tactique Retrouvez toutes les analyses tactiques sur l'équipe de France à cette adresse : […]

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