Comment le milieu du Real Madrid a éteint l’Atletico

Après l’analyse tactique détaillée de la rencontre, place à un petit complément statistique sur la dernière finale de C1 remportée par le Real Madrid face à l’Atletico (1-1, 5-3 tab). Comme le titre le laisse deviner, nous allons nous intéresser à l’énorme travail abattu par l’équipe de Zidane dans l’entrejeu.

Commençons d’abord par nous arrêter sur la map des ballons perdus par le Real Madrid sur les 120 minutes de jeu. Pour rappel, les passes manquées ne sont pas prises en compte sur cette stat whoscored. Seuls sont affichés les ballons directement perdus par les joueurs, soit sur un mauvais contrôle, soit sur un tacle gagnant de l’adversaire.

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Face à une équipe comme l’Atletico Madrid, chaque perte de balle peut se payer. Néanmoins, certaines coûtent en général plus chers que d’autres. Sur la map ci-dessus, ce sont évidemment celles situées dans la zone verte qui étaient les plus dangereuses pour le Real. Pourquoi ? Car il est toujours plus difficile de gérer une perte de balle plein axe qu’une perte de balle sur un côté. La verticalité est en effet plus facile à trouver pour l’adversaire dans l’axeet la défense peut vite se retrouver en danger.

On l’avait évoqué dans l’analyse de la partie : le Real s’était bien préparé à cela et avait fait le choix d’éviter cette zone autant que possible. La map ci-dessous (côté gauche) l’illustre d’ailleurs assez bien.

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Distribution des passes du Real Madrid en première et deuxième mi-temps. En « blanc », la zone-clé.

Si les circuits madrilènes ont changé d’une mi-temps à l’autre, c’est en raison de la nouvelle configuration de la rencontre après la pause. La possession de balle est passé de 52% en faveur du Real à 56% pour les Colchoneros. Conséquence, les Merengues n’étaient plus dans un jeu de conservation mais plus en recherche de verticalité et d’attaques rapides.

Cette parenthèse refermée, revenons à nos pertes de balle et au danger qui guettait le Real Madrid sur les phases de transition de l’Atletico. Chargés de conserver le ballon (Kroos, Modric) avec leurs défenseurs, les milieux ont volontairement évité de trop s’aventurer dans le camp adverse. C’était à Bale, Ronaldo et Benzema de faire des différences dans le camp de l’Atletico. En témoigne leur déchet technique : 21 ballons perdus à eux trois sur les 40 perdus par le Real au total.

L’avantage pour la formation de Zidane, c’est qu’elle n’était pas déséquilibrée par ses pertes de balle. Cela s’est ressenti au niveau des actions défensives (tacles, interceptions et fautes) réalisées par les Madrilènes durant ce match : la plupart d’entre elles ont été réalisées au milieu de terrain (43 au total dont 19 sur la seule première mi-temps).

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Ce décompte peut a priori surprendre puisque le Real n’est jamais vraiment allé chercher l’Atletico dans sa moitié de terrain. Ces interventions défensives réalisées au milieu, et surtout celles au-delà de la ligne médiane, étaient donc pour la plupart en réaction à des ballons récupérés par l’Atletico. L’objectif était toujours le même : éteindre les attaques rapides des Colchoneros.

En première ligne juste derrière la BBC, les milieux de terrain ont eu un rôle très important dans ce secteur de jeu. A eux trois, Casemiro, Modric et Kroos ont comptabilisé 34 actions défensives sur les 89 du Real en 120 minutes de jeu. Sans surprise, ils ont réalisé la majorité de ses interventions dans le tiers central.

On notera d’ailleurs aussi leur influence assez réduite dans leurs 30 mètres, si ce n’est sur les côtés (Kroos et Modric coulissaient pour soutenir leurs latéraux). En phase défensive, le Real Madrid s’est clairement appuyé sur la solidité de son arrière-garde pour éteindre les velléités adverses. Ramos et Pepe ont tous les deux réalisé de grosses performances face à Torres, Griezmann et consorts, recevant parfois le soutien de Casemiro dans le jeu aérien.

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Les actions défensives de Kroos, Casemiro (en vert) et Modric face à l’Atletico.

Abordons d’ailleurs en détails le cas du milieu de terrain brésilien. Son champ d’action a été à l’opposée de celui que l’on peut attendre d’un n°6 (combler les brèches en défense). Là, il s’est retrouvé aux premières loges pour réagir sur les pertes de balle de ses partenaires et couper les transitions adverses.

Ses 10 actions réalisées dans le tiers central (sur 15 au total) en témoignent. Avec 10 tacles tentés et 8 réussis, il détient le record de cette finale. Idem pour les ballons récupérés (15), auxquels il faut ajouter 3 interceptions et 4 fautes (aucune dans ses 30 mètres).

https://twitter.com/JordanR_1996/status/736917221402890240

Les autres milieux n’ont pas été en reste, notamment Kroos qui est allé au combat (8 tacles, 3ème marque derrière Gabi et Casemiro). L’Allemand et Modric ont eu moins de réussite dans leurs interventions, mais ils ont eu le mérite de répondre présents dans le combat et l’agressivité. On ne peut d’ailleurs pas en dire autant d’Isco : le jeune Espagnol a fait une entrée très discrète et son volume de jeu défensif n’a pas compensé la sortie de Kroos.

En reconstruction et finalement à la recherche d’un nouveau style, le Real Madrid n’aurait pas pu battre l’Atletico en usant des mêmes armes que le Barça ou le Bayern Munich (qui n’y sont pas parvenus en étant meilleurs que lui dans le jeu). Il s’est donc préparé pour inverser les rôles, répondant dans les domaines où les Colchoneros sont habituellement supérieurs.

 

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