Barcelone 2-2 Malaga, l’analyse tactique

Dominé à la Rosaleda par un Barça intouchable dimanche dernier, Malaga retrouvait la meilleure équipe du monde mercredi, à l’occasion des quarts de finale aller de la Coupe du Roi. Face à une équipe du Barça remaniée -sans Busquets, Xavi et Fabregas notamment-, les hommes de Pellegrini ont su arracher en deuxième mi-temps, après avoir limité les dégâts pendant les 45 premières minutes.

Les changements par rapport à dimanche :

Pour cette deuxième confrontation en trois jours, Tito Vilanova et Manuel Pellegrini avaient choisi de faire tourner leurs effectifs. Côté Malaga, le coach chilien décidait de remplacer sept joueurs par rapport à ceux qui avaient débuté dimanche dernier, notamment ses quatre joueurs à vocation offensive. Il pouvait aussi compter sur le retour de Jesus Gamez, son latéral droit titulaire. De son côté, le Barça poussait le turnover un peu plus loin avec seulement trois rescapés sur la pelouse : Mascherano en défense, Iniesta dans l’entrejeu et évidemment Messi en pointe. Tactiquement, si les formations restaient les mêmes – 4-2-3-1 pour Malaga (Kameni ; J. Gamez, S. Sanchez, Weligton, Eliseu ; Camacho, Iturra ;  Fernandez, Buonanotte, Portillo ; Saviola) et 4-3-3 pour Barcelone (Pinto ; Montoya, Puyol, Mascherano, Adriano ; Song, Thiago, Iniesta ; Sanchez, Messi, Tello) -, le changement de poste d’Iniesta a eu des conséquences tactiques sur les deux formations.

Au lieu de rester côté gauche, le n°8 du Barça était cette fois dans l’axe, aux côtés de Thiago et devant Song. Pour rappel, Malaga avait pris en compte son rôle de milieu excentré lors du premier match, en positionnant Joaquin (milieu droit) plus haut que les autres milieux de terrain (voir : Les Chroniques en vidéo : Malaga-Barcelone). Cette fois, l’ailier gauche du Barça se nommait Tello, et son travail n’était pas d’apporter le surnombre au milieu de terrain, mais de proposer des solutions profondeur dans et depuis son couloir. Le système du Barça se rapprochait du coup plus de celui apparu lors de la saison 2010/2011, avec deux ailiers « de rupture » n’intervenant qu’à la finition (Sanchez et donc Tello ici). Le rôle de Messi en était aussi modifié puisque l’Argentin devenait le premier des trois attaquants susceptibles de redescendre aider ses milieux de terrain pour remonter les ballons.

Malaga a pris en compte ces modifications dans l’animation de son adversaire, et a adapté son système en conséquence. Terminé le milieu droit avancé par rapport au reste de l’équipe, la formation de Pellegrini présentait un 4-4-2 à plat et axial pour résister au milieu de terrain. En première ligne, Saviola et Buonanotte évoluaient à hauteur de Song. Derrière, une ligne de quatre très resserrée sur la largeur avait pour objectif de bloquer Iniesta et Thiago dans l’axe, ainsi que les transmissions directes à destination de Sanchez et Tello sur les ailes. Comme souvent, les latéraux du Barça étaient les seuls joueurs laissés libres par la première ligne adverse, une ligne qui coulissait vers les couloirs dès qu’ils recevaient le ballon. Derrière, à l’inverse de dimanche là encore, la défense de Malaga couvrait toute la largeur du terrain, une organisation forcée par les positionnements très excentrés de Tello et Sanchez. Dans l’axe, Sergio Sanchez et Weligton tentaient aussi de suivre les décrochages de Messi lorsque ce dernier revenait au milieu de terrain (voir ci-dessous).

Malaga sans ralentisseur :

Ce deuxième affrontement dans l’entrejeu a très rapidement tourné en faveur du Barça. En cause, la passivité de la première ligne de Malaga (Saviola, Buonanotte). Positionnée à hauteur de Song, elle devait permettre d’éviter les passes traversant le premier rideau de Malaga. Derrière celle-ci, Camacho et Iturra étaient au marquage sur Iniesta et Thiago si ces derniers venaient à recevoir le ballon dans le rond central. Les deux milieux défensifs de Malaga pouvaient suivre leurs adversaires directs jusqu’à un certain point : ne pas dépasser Saviola et Buonanotte. Thiago a profité de cette situation pour décrocher à hauteur du trio Puyol-Mascherano-Song, à la manière de ce que peut faire Xavi avec Busquets. Ce faisant, il se défaisait du marquage d’Iturra et créait un 4 contre 2 en faveur du Barça pour ressortir les ballons de sa moitié de terrain : Mascherano, Song, Puyol et Thiago contre Buonanotte et Saviola (voir ci-dessous).

Avec ces trois partenaires, le n°11 du Barça trouvait des appuis efficaces pour pouvoir accélérer le jeu et attaquer ensuite le premier rideau adverse. Au coeur du jeu, il trouvait ensuite Iniesta et Messi, qui décrochait pour occuper la zone elle-même abandonnée par Thiago (vs Iturra). Avec parfois le soutien de Song, ce trio assurait la création dans le camp adverse, cherchant le plus souvent à envoyer le jeu sur les ailes à destination de Tello ou de Sanchez pour des un-contre-un face à Jesus Gamez et Eliseu. Les latéraux (Montoya et Adriano) suivaient la remontée de balle sur les côtés et offraient des relais à leurs partenaires afin de conserver le ballon et lancer des temps de jeu supplémentaires. Autre possibilité pour Barcelone, utiliser le flanc gauche et les déplacements d’Iniesta, qui n’hésitait jamais à s’excentrer pour aller travailler avec Adriano et Tello dans une zone qu’il connaît bien (lire : Malaga 1-3 Barcelone, l’analyse tactique). Sa finesse technique aidant, il pouvait trouver son ailier gauche à l’intérieur du terrain, ce dernier cherchant à son tour les appuis de Thiago, Messi ou Song dans l’axe avant de repartir sur son aile.

Cette large domination du Barça a abouti sur plusieurs grosses occasions de but (Thiago après un relais de Messi, 5e – Sanchez sur un centre de Tello, 7e) qui aurait dû permettre aux Catalans de passer devant au tableau d’affichage. Au lieu de ça, c’est Malaga qui a pris l’avantage par Iturra (25e), après une excellent exercice de pressing. Comme évoqué précédemment, Camacho et Iturra avaient pour limite la ligne imaginaire tracée par Saviola-Buonanotte. Si ces derniers avançaient sur le porteur lorsque Barcelone reculait, leurs milieux de terrain et le reste du bloc pouvaient suivre. C’est exactement ce qui est arrivé sur le but, intervenu après une phase arrêtée (touche) : grâce à un bon positionnement du bloc malagueño sur la remise en jeu, Barcelone a dû revenir jusqu’à Pinto. Saviola et Buonanotte ont suivi ce recul, entraînant avec eux le reste de l’équipe. Iturra a ainsi pu parfaitement jaillir pour chiper le ballon dans les pieds d’un Thiago, pas franchement aidé par son gardien sur ce coup.

Le bon pressing sur le but de Malaga : 1) La remise en jeu du Barça - Malaga est en place avec son 4411. Buonanotte est face à Song, Camacho et Iturra face à Iniesta et Thiago. Iniesta vient demander le ballon à Adriano. Le surnombre en faveur de Malaga dans cette zone oblige le Barça à ressortir via Mascherano. 2) Les milieux excentrés de Malaga sortent soutenir le travail des attaquants : Saviola suit le ballon pour aller sur Mascherano. Buonanotte lâche Song qui ne redescend pas pour suivre le mouvement. A gauche, Seba Fernandez se retrouve dans la zone de Puyol. 3) Saviola pousse le pressing jusque sur Pinto, forçant la relance de ce dernier. Pendant ce temps, Puyol s'apprête à s'écarter pour attirer à lui Seba Fernandez et ouvrir l'axe au décrochage de Thiago. 4) Iturra a parfaitement anticipé le retour de son adversaire direct, qui se retrouve pris dos au but, encerclé par quatre adversaires. Le bon jaillissement d'Iturra ne lui laisse pas le temps de voir la solution Mascherano en retrait.

Après le but :

Mais la joie a été de courte durée pour les visiteurs : cette ouverture du score a entraîné le réveil de Messi, jusqu’ici visible à la création mais absent à la finition. L’Argentin a pris les choses en main au milieu de terrain, en revenant jusqu’à revenir dans son camp pour se défaire du marquage des défenseurs adverses : à l’instar des milieux qui ne dépassaient pas Saviola et Buonanotte, Sergio Sanchez et Weligton ne dépassaient jamais la ligne médiane lorsqu’ils suivaient les décrochages des attaquants catalans (Messi ou Tello). Sur son action en solitaire -aboutissant à l’égalisation-, Messi a ainsi touché une première fois le ballon dans l’axe, sur une passe de Thiago. Pris par Camacho qui l’empêchait de se retourner, il s’est dirigé vers le couloir droit et, après un relais de Montoya, a pu accélérer et filer seul au but pour égaliser (28e). Une minute plus tard, les Blaugranas passaient devant sur une belle reprise de la tête de Puyol après un corner.

2-1 à la mi-temps donc, non sans une nouvelle balle de but manquée par Sanchez. A la pause, Portillo a cédé sa place à Monreal, entré en jeu au poste de latéral gauche. Un changement qui a permis à Eliseu de retrouver son poste de milieu droit. Au-delà de ce changement tactique, c’est tout le bloc de Malaga qui est revenu sur la pelouse avec l’intention de jouer plus haut. A tour de rôle, Camacho et Iturra sortaient au pressing pour soutenir le travail de Saviola et Buonanotte (capture). A trois (deux attaquants et un milieu de terrain), ces derniers tentaient de perturber la circulation de balle adverse dans l’axe, entre Thiago, Song, Puyol et Mascherano. Sur les côtés, Eliseu et Seba Fernandez fermaient face aux latéraux adverses. Afin de couvrir l’axe derrière le trio sorti au pressing, Malaga faisait appel à ses défenseurs centraux pour récupérer les marquages de Messi et d’Iniesta s’ils étaient abandonnés par les milieux de terrain (voir ci-dessous).

Avec une telle organisation défensive, Malaga s’est retrouvé dans une situation très spéciale : ses latéraux étaient parfois les derniers défenseurs avant Kameni. En sortant au pressing sur Iniesta ou Messi, Weligton et Sergio Sanchez laissaient des espaces dans leur dos dans l’axe. Tout se jouait alors à la vitesse, entre les latéraux malagueños et les ailiers blaugranas qui repiquaient à l’intérieur pour plonger dans l’axe (Tello vs Jesus Gamez ; Pedro vs Monreal). Une dizaine de minutes après la reprise, Mascherano a testé cette solution (56e). Vingt minutes plus tard, le Barça faisait pencher la balance en sa faveur de cette manière : tout juste entré en jeu, Fabregas réussissait à alerter Pedro dans la profondeur. Plus rapide que Monreal, l’attaquant du Barça s’est effondré en pleine course, faisant expulser son vis-à-vis (voir ci-dessous).

Le final :

Mais malgré l’avantage numérique, le Barça n’a pas su creuser l’écart avant le coup de sifflet final. Réduits à 10, les hommes de Pellegrini ont évidemment reculé (4-4-1). Entre temps, la sortie de Sanchez au profit de Fabregas avait repositionné Iniesta sur le flanc gauche, entraînant une construction et une finition plus axiale pour les Catalans, d’autant plus qu’Alba n’était pas là pour animer le couloir. En se repliant sur l’axe, Malaga a su tenir le choc face à son adversaire, en bénéficiant notamment du bon travail défensif de Santa Cruz (entré en jeu à la place de Saviola) qui rejoignait ses milieux de terrain pour compenser en cas de surnombre adverse. S’il est sorti de nulle part d’un point de vue tactique, le but égalisateur a permis à Malaga de sortir de ce match aller avec le billet pour les demi-finales de la Coupe du Roi. A voir si les Andalous sauront le conserver face à des Catalans certainement remontés (et au complet ?) la semaine prochaine à la Rosaleda…

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2 réponses

  1. Gatsu dit :

    Il me semble que c’est Thiago qui est sorti au profit de Cesc, et Pedro pour Alexis, Tello est resté sur le terrain.

  2. Erreur corrigée, mais c’était Fabregas pour Alexis, Pedro pour Tello et Xavi pour Thiago.

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