Barcelone 1-1 Paris SG, l’analyse tactique

Paris a touché l’exploit mais le Barça avait un joker grand luxe sur son banc de touche. Voilà comment résumer ce quart de finale retour. Auteur d’une prestation encore plus aboutie qu’à l’aller, notamment offensivement, les Parisiens n’ont rien pu faire pour enrayer la montée en puissance du Barça au moment de l’entrée en jeu de Messi.

L’incertitude a plané jusqu’à la découverte des feuilles de match, mais Messi était bel et bien absent du onze de départ du Barça. Une première en Ligue des Champions depuis 2008 et un match face à Schalke 04. Auteur d’une grosse performance face à Majorque durant le week-end, Fabregas récupérait sa place à la pointe de l’attaque barcelonais, donnant une touche très Roja à la formation de Tito Vilanova. Derrière, Adriano remplaçait Mascherano aux côtés de Piqué (Valdes – Alves, Piqué, Adriano, Alba – Busquets, Xavi, Iniesta – Villa, Fabregas, Pedro). Du côté du PSG, Thiago Motta est revenu au meilleur des moments pour permettre à Carlo Ancelotti de pallier à la suspension de Matuidi sans avoir à toucher au 4-4-2 qui avait posé des problèmes au Barça à l’aller (lire : PSG 2-2 FC Barcelone, l’analyse tactique). L’international italien complétait le milieu de terrain aux côtés de Verratti (Sirigu – Jallet, Alex, Thiago Silva, Maxwell – Lucas, Thiago Motta, Verratti, Pastore – Ibrahimovic, Lavezzi).

Le PSG, Xavi et Iniesta :

Messi absent, l’une des principales clés de cette rencontre concernait le comportement des milieux de terrain parisiens face à Xavi et Iniesta. Comme à l’aller, Busquets était surveillé par Ibrahimovic ou Lavezzi, qui revenaient à tour de rôle pour bloquer la profondeur au milieu le plus reculé du Barça. Moins dribbleur qu’Iniesta, Xavi était lui clairement ciblé par les milieux adverses : dès qu’il recevait le ballon de ses défenseurs, aux abords du rond central, Thiago Motta ou Verratti pouvaient sortir sur lui de manière à le forcer à jouer latéralement. Les deux pertes de balle du Barça dans les dix premières minutes de jeu (l’une menant à l’occasion de Lavezzi, 4e) sont d’ailleurs parties d’un pressing efficace de la paire Motta-Verratti sur Xavi complété par Lavezzi-Ibrahimovic, qui mettaient à leur tour la pression en cas de transmission en retrait.

Comme à l'aller, le PSG adaptait son milieu de terrain en fonction des positions des trois créateurs du Barça (Iniesta, Xavi et Fabregas). Ici, Thiago Motta sort en pointe du pressing sur Xavi, Pastore est revenu dans l'axe pour s'opposer à Iniesta tandis que Verratti a décroché pour protéger la défense devant Fabregas. Conséquence, Daniel Alves bénéficiait toujours de grands espaces au milieu de terrain.

L’absence de Messi a été déterminante dans ce pressing sur le capitaine du Barça. Normalement, le quadruple Ballon d’Or se positionne à hauteur des milieux de terrain adverses (avec Iniesta) et les dissuade de sortir sur Xavi. Moins dangereux que l’Argentin, Fabregas était repris au marquage par Thiago Silva lorsque Verratti ou Thiago Motta sortaient au pressing sur Xavi, parfois même au-delà de la ligne médiane. Un simple coup d’oeil au bilan de l’Espagnol à l’issue de la rencontre en dit long sur l’efficacité des Parisiens : s’il a réalisé un 100% dans ses passes (92/92 dans les transmissions), aucune n’a mise en danger dans la défense parisienne.

Une fois Messi sur le terrain, Xavi a pu profiter d'un peu plus de liberté au milieu pour récupérer les relances de ses défenseurs sans se retrouver sous la pression des milieux parisiens et orienter le jeu.

Xavi éteint, Iniesta a longtemps été l’unique détonateur des offensives barcelonaises. Après quelques accélérations en solitaire, le n°8 du Barça a posé des problèmes tactiques en allant s’intercaler entre Lucas Moura et Jallet pour demander les premiers ballons de relance. A plusieurs reprises, Alba a profité de l’absence de pressing de Moura pour trouver l’espace dans son dos et servir son milieu de terrain. Jallet étant fixé par Pedro sur l’aile, Iniesta se retrouvait avec un peu d’espace, ce qui obligeait la paire Verratti-Thiago Motta à coulisser vers lui pour fermer la porte à l’intérieur. Dans le sens du jeu, le milieu du Barça a souvent pris le temps de jauger les courses de ses adversaires directs pour les éliminer avant de chercher Fabregas ou Villa dans l’axe.

Jordi Alba trouve l'espace dans le dos de Moura. Jallet ne peut pas sortir, sinon il ouvre l'aile à Pedro. Du coup, Verratti est obligé de se décaler pour venir couper la course d'Iniesta. Ce dernier a le choix de continuer tout droit ou de rentrer à l'intérieur. Son objectif : trouver Fabregas entre les deux milieux parisiens, ou dans leur dos, avant que Pastore n'ait le temps de se replier.

Lorsqu’il ne pouvait pas progresser, Iniesta pouvait s’appuyer sur Xavi et Busquets pour renverser le jeu côté opposé. Daniel Alves bénéficiait en effet des mêmes libertés qu’à l’aller, étant volontairement lâché par un Pastore qui revenait aider Verratti et Thiago Motta dans l’axe. Néanmoins, malgré le soutien de Villa, les montées du latéral dans le camp parisien étaient la plupart du temps parfaitement contenues par le duo Maxwell-Thiago Silva. Grâce à cette organisation, et malgré quelques déboulés d’Iniesta ou de Pedro côté gauche, le PSG a tenu le choc derrière, ne concédant que très peu de situations dangereuses. Loin de leur meilleur niveau, Fabregas et Villa n’ont notamment jamais su profiter des positions offertes par Iniesta.

Pressing catalan, relance parisienne :

Evidemment, toutes les actions barcelonaises étaient ensuite accompagnées par un pressing tout terrain de la part des attaquants. Dès que les Parisiens récupéraient le ballon dans leurs 30 mètres, ils devaient réussir à éviter les courses de Pedro ou Villa. Côté gauche, Alba a profité plusieurs fois du bon travail de Pedro pour récupérer quelques ballons intéressants dans le camp parisien. Dans les autres parties du terrain en revanche, le pressing catalan était moins efficace en raison des bons mouvements des attaquants parisiens.

Plein axe, Ibrahimovic offrait d’abord un point d’appui idéal pour le jeu long ou mi-long des joueurs à vocation défensive. Comme à l’aller, le Suédois a dominé les airs face à Busquets et a même souvent résisté à la pression de ce dernier lorsqu’il était dos au but. Revenant souvent défendre en position axiale, Pastore était une deuxième solution, plus courte et au sol pour remonter les ballons plein axe. L’Argentin plongeait dans le dos de Xavi et Iniesta et profitait des décrochages d’Ibrahimovic, qui attirait Busquets, pour se proposer à Verratti ou Thiago Motta. Lavezzi compensait ses déplacements axiaux en allant occuper l’aile gauche : Alves très haut en première mi-temps, il était une réelle menace pour le Barça, sa pointe de vitesse pouvant mettre Piqué en difficulté à tout moment.

Sitôt les cinq premiers joueurs franchis (Villa, Pedro, Fabregas, Xavi et Iniesta), les menaces pour la défense du Barça étaient tellement multiples que celle-ci privilégiait le repli au pressing, laissant les Parisiens progresser dans sa moitié de terrain. Une fois dans le camp adverse, le PSG tournait principalement autour d’Ibrahimovic et profitait des courses de Moura (vers l’intérieur), Pastore (plein axe) et Lavezzi (axe, côté gauche) pour mettre à mal le bloc adverse. Jallet complétait le quatuor offensif en occupant l’aile droite. Verratti et Thiago Motta en soutien pour réorienter le jeu et assurer la tenue du ballon.

L'origine du but parisien ou l'exemple parfait de l'apport du duo Pastore-Ibrahimovic pour offrir des solutions à Verratti et Thiago Motta. En une passe, le plus jeune des deux élimine le pressing adverse pour servir Pastore dans le sens du jeu. Alba étant monté, Busquets a quitté l'axe pour aller couvrir son couloir face à Lavezzi ; c'est donc Adriano qui doit sortir au contact d'Ibrahimovic, sans succès. Le Suédois a tout le temps de combiner avec Pastore puis de le lancer vers les buts de Valdes, éliminant en une passe le repli de Daniel Alves.

Deuxième mi-temps :

Xavi étant sans influence à cause du pressing parisien, les Blaugranas ont changé leur approche côté droit. Au lieu de le rechercher, Piqué jouait désormais avec Daniel Alves le long de la ligne de touche. Le latéral brésilien portait ensuite le ballon jusqu’à ne plus pouvoir progresser dans le camp parisien. Il embarquait avec lui Pastore et les autres milieux parisiens, qui s’alignaient logiquement sur l’Argentin. Une fois la première ligne parisienne dans ses 30 mètres, Alves ressortait le ballon sur Xavi qui, à défaut de pouvoir avancer à son tour, renvoyer le jeu côté gauche à destination d’Iniesta. Se retrouvant face à Moura ou Verratti, ce dernier poursuivait le changement de jeu pour atteindre l’aile gauche. Tout se jouait alors sur la capacité de Jordi Alba à monter soutenir Pedro avant que Moura, dans l’axe au début de l’action, ait le temps d’atteindre la zone pour aider Jallet face aux deux Barcelonais.

Le Barça de la droite vers la gauche : dans un premier temps, la montée d'Alves attire les milieux parisiens côté droit, puis le renversement rapide du jeu côté opposé permet à Pedro et Jordi Alba de jouer une situation favorable face à Jallet, seul dans le couloir en attendant que Moura ne se décaler pour le soutenir.

Après le but encaissé, le Barça a continué dans cette routine « de la droite vers la gauche » en attendant les entrées en jeu de Messi et Bartra (à la place de Fabregas et Adriano, 62e). Immédiatement, les Catalans ont mis un coup d’accélérateur (dans tous les compartiments du jeu). Il a suffit de huit minutes pour que Messi fasse la différence au milieu de terrain. Récupérant une passe d’Alves, l’Argentin a percé l’axe parisien, se faufilant entre Verratti et Thiago Motta avant de délivrer l’avant-dernière passe à Villa (but de Pedro, 70e). Une fois la qualification revenue de leur côté, les Blaugranas ont repris possession du ballon et fait tourner l’horloge en le conservant au milieu de terrain, reprenant le concept de possession défensive de la Roja (lire : France 0-1 Espagne, l’analyse tactique).

Conclusion :

Paris a-t-il frôlé l’exploit ? Sortir invaincu d’une double confrontation face au Barça en est déjà un vu la jeunesse du club sur la scène européenne. Au-delà du plan de jeu défensif, déjà vu ailleurs, c’est dans l’utilisation du ballon que les Parisiens ont été efficaces : Busquets n’a sans doute jamais été autant mis en difficulté et c’est toute la défense qui a vacillé derrière. Néanmoins si l’on analyse froidement les données, les Parisiens n’ont été qualifiés que 21 minutes sur 180 disputées malgré 105 minutes jouées sans Messi sur le terrain. L’écart existe donc bel et bien encore entre les deux formations, mais le PSG quitte la compétition avec la certitude de pouvoir y réaliser quelque chose dès l’année prochaine.

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3 réponses

  1. aziz dit :

    Pour résumer tes idées, et arriver à mes projections en fin de commentaires je dirai qu’il y a eu 3 périodes dans ce match:
    1-Avant l’entrée de Messi. Très bon temps match des parisiens et mauvais pour les barcelonnais s’expliquant par l’application des parisiens à sortir proprement la balle de leur zone et le très mauvais match de la triplette centrale Piqué-Bousquet-Xavi (faillites individuelles à mon avis et donc pas seulement a cause du dispositif parisien). Le pressing du Barça (élément clé du jeu Blaugrana) n’a pas été au rendez vous.
    2- L’entrée de Messi qui a re-dynamisé psychologiquement l’équipe du barça et s’est fait à un moment où une baisse de régime du PSG s’est opérée. C’est la mauvaise gestion de ces « 10 minutes » par le PSG qu’on peut imputer à leur manque d’expérience.
    3- Période qui va de l’égalisation à la fin où le PSG a manqué de jus pour renverser la vapeur et où le Barça s’est mis en mode conservation passive du ballon+ banderilles quand il y a occasion.
    Mes projections personnelles: L’entrée de Song en densifiant le centre a été tactiquement très importante. C’est grâce à ça que le Barça s’est mis en mode « Espagne » (deux milieu récupérateurs) avec « succès ». Je pense aussi que le Barça a intérêt à jouer dans cette config. et sacrifier Xavi (paix à son âme) pour espérer sortir des demis surtout contre des équipes qui manient bien le contre. Le jeu sera moins brillant mais le succès au rendez vous.
    Pour le PSG: rien à dire ils sont sur le chemin de Marseille 90-93. Ils remporteront cette champion’s league plus tôt qu’on ne le croit.

  2. Souhail dit :

    Xavi a fait un sans faute sur ses passes.
    la baisse de régime est surtout à enregistrer côté Busquets, Song à mon avis ne fera pas l’affaire.
    à mon avis, il faut de l’air nouveau dans cette équipe.
    Messi, ça devient gênant d’en parler, il atout défensé.

  3. Bonus dit :

    Xavi était remarquable dans ses passes. Il a notamment été proche de marquer en première mi-temps sur un une-deux dans la surface, la plus grande occasion barcelonaise…
    Messi était étonnant cette fois: en général, il remonte très haut pour récupérer le ballon. Sa blessure l’a obligé à rester devant, sans jamais défendre. Félicitations à lui quand même pour la passe en retrait et le but de Pedro!

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