Barcelone 0-0 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Au prix d’un match crispant, où Valdes a été mis à l’épreuve à deux reprises par les attaquants madrilènes, le Barça a enlevé la Supercoupe d’Espagne. Plus efficace qu’à l’aller au milieu de terrain, les Blaugranas ont toutefois eu du mal à créer des situations dangereuses autour des buts de Courtois. Ils ont une nouvelle fois dû attendre la baisse de régime des Colchoneros dans la dernière demi-heure pour prendre l’ascendant.

Il n’y avait pas de grand changement à signaler dans les compositions d’équipes. Côté barcelonais, Tata Martino reconduisait neuf des onze titulaires de la semaine dernière. Le coach argentin avait choisi de changer deux de ses trois hommes côté gauche, Fabregas remplaçant Iniesta et Neymar prenant la place de Pedro sur l’aile (Valdes – Alves, Piqué, Mascherano, Alba – Busquets, Xavi, Fabregas – Sanchez, Messi, Neymar). Sans doute satisfait de ses hommes après le match aller, Diego Simeone relançait lui le même onze de départ et le système de jeu qui allait avec, et ce malgré l’obligation d’inscrire au moins un but pour espérer ramener le trophée dans la capitale (Courtois – Juanfran, Miranda, Godin, Filipe Luis – Diego Costa, Gabi, Mario Suarez, Koke, Arda – Villa).

Premier acte : le Barça de gauche à droite

Dès les premières secondes de la partie, les deux équipes avaient déjà retrouvé leurs habitudes de la semaine dernière. L’Atletico laissait approcher le Barça jusqu’aux 40 mètres puis Koke et Gabi devaient sortir sur les rampes de lancement, laissant une ligne de quatre en protection de la défense. En première ligne, David Villa reprenait son travail sur Busquets, cherchant à l’isoler de ses partenaires en possession du ballon. Petite nouveauté au cours des premières secondes de jeu, Sanchez et Neymar ont tenté de revenir au milieu de terrain pour se rendre disponible. Immédiatement, ils étaient suivis par Filipe Luis et Juanfran dans leurs décrochages.

20 secondes de jeu et l'Atletico est déjà en place : Villa entre le ballon et Busquets, Koke à proximité de Xavi, Arda qui repousse Daniel Alves et le duo Gabi-Mario Suarez en couverture dans l'axe. A noter aussi que Filipe Luis sort de la défense pour réagir au décrochage de Pedro.

20 secondes de jeu et l’Atletico est déjà en place : Villa entre le ballon et Busquets, Koke à proximité de Xavi, Arda qui repousse Daniel Alves et le duo Gabi-Mario Suarez en couverture dans l’axe. A noter aussi que Filipe Luis sort de la défense pour réagir au décrochage de Pedro.

Mais si les circuits étaient lors des remontées de balle catalanes côté droit, avec Xavi ou Piqué pour lancer les mouvements et Koke pour s’y opposer (lire : Atletico Madrid 1-1 FC Barcelone, l’analyse tactique), Fabregas n’évoluait pas dans le même registre qu’Iniesta à gauche. Au lieu de redescendre chercher les ballons, le n°4 du Barça se positionnait entre les lignes adverses afin de forcer Gabi à rester au sein de la ligne de cinq. Remis de sa blessure à la cuisse et donc plus mobile qu’au match aller, Messi se déplaçait lui aussi sur la largeur et offrait des solutions dans l’axe. Avec ces deux hommes navigant dans leur zone, ce sont les trois axiaux qui étaient parfois contraints d’évoluer dans un petit périmètre, d’autant plus quand l’un d’entre eux se nommait Messi.

En conséquence, le Barça a beaucoup plus profité de la largeur qu’au match aller. Remontant le ballon côté gauche par Mascherano ou Busquets, les Catalans amenaient leurs adversaires sur ce flanc grâce aux nombreuses solutions proposées (Fabregas, Messi, Neymar et Jordi Alba). Ils ressortaient ensuite du couloir en passant généralement par Mascherano, Busquets étant toujours surveillé par Villa, qui recherchait immédiatement une solution côté opposé afin de servir un partenaire dans la zone normalement surveillée par Koke. En début de partie, Xavi occupait cette zone. Koke étant loin de l’action, il revenait à Arda de sortir sur le capitaine adverse, libérant naturellement Daniel Alves sur l’aile.

Au lieu de lancer le jeu côté gauche (comme Iniesta), Fabregas se déplace entre les lignes adverses. Busquets et Xavi se retrouvent du coup à la baguette des deux côtés du terrain.

Au lieu de lancer le jeu côté gauche (comme Iniesta), Fabregas se déplace entre les lignes adverses. Busquets et Xavi se retrouvent du coup à la baguette des deux côtés du terrain. Les mouvements de Messi et Fabregas entre les lignes obligent les trois milieux de l’Atletico à s’adapter. Ici, cela libère Xavi dans l’axe. Mascherano et Piqué se chargent d’orienter le jeu de chaque côté du terrain.

Basant la plupart de leurs attaques sur l’utilisation de cette largeur, les Blaugranas ont aussi tenté de varier les combinaisons en fin de mouvement côté droit. Comme évoqué précédemment, le système de jeu de base mettait Xavi en relais de ses défenseurs dans l’axe, Daniel Alves à 30 mètres des buts sur l’aile et Sanchez au contact des défenseurs adverses (Filipe Luis et Godin). Face à eux, Arda et Filipe Luis devaient ralentir leurs attaques en attendant le repositionnement des autres milieux de terrain. A deux contre trois en attendant le soutien de leurs partenaires, les deux hommes devaient faire des choix. Logiquement, ils se sont concentrés sur le marquage du joueur axial et sur la fermeture de la profondeur, laissant quelques mètres de liberté au Barcelonais le plus excentré. L’Atletico ayant l’avantage dans les airs, celui-ci n’allait de toute façon pas en profiter pour ajuster des centres depuis sa position (un élément qu’aura certainement relevé par Martino si la rumeur envoyant un « grand attaquant sud-américain » en Catalogne d’ici le 2 septembre se confirmait…).

C’est ce petit espace qui a donné des idées à Messi en cours de partie. Depuis le début de la partie, l’Argentin échangeait volontiers son rôle avec Fabregas et Xavi. Parmi ces trois joueurs, deux restaient dans la zone des trois milieux adverses. Normalement, le troisième devenait un relais à hauteur de Busquets. Mais plusieurs fois, Messi a tenté de permuter avec Daniel Alves. Au lieu de rester en position excentrée, le Brésilien revenait dans l’axe afin de récupérer les ballons ressortis du côté gauche. Il décalait ensuite Messi le long de la ligne de touche, qui essayait de profiter des quelques mètres offerts par Arda Turan et Filipe Luis pour se lancer avec le ballon. Pour lui, l’objectif était de repiquer dans l’axe en effaçant le Turc et en contournant Koke, afin de pouvoir ensuite trouver Xavi et Fabregas au coeur du bloc adverse.

Si le côté gauche ne bouge pas, les mouvements de Messi à droite peuvent changer l'organisation de la construction. Ici, Daniel Alves prend la place du relais axial afin de permettre à Messi d'utiliser l'espace sur l'aile pour se lancer, le temps que Arda Turan ne vienne lui fermer la porte. L'Argentin doit tenter de contourner Arda puis Koke pour pouvoir entrer dans la zone occupée par Xavi et Fabregas.

Si le côté gauche ne bouge pas, les mouvements de Messi à droite changent l’organisation de la construction. Daniel Alves prend la place du relais axial afin de permettre à Messi d’utiliser l’espace sur l’aile, le temps que Arda Turan vienne lui fermer la porte. L’Argentin doit contourner Arda puis Koke pour pouvoir entrer dans la zone occupée par Xavi et Fabregas. A noter que Filipe Luis ne sort pas, puisque Sanchez peut à tout moment partir dans son dos depuis l’axe.

Même si quelques appels en profondeur de Neymar ou Fabregas ont permis de créer des situations côté gauche, le Barça a généralement construit ses offensives de la gauche vers la droite tout au long de la première mi-temps. Et cette animation a eu des conséquences sur les ballons de contre offerts à l’Atletico Madrid. Les Colchoneros ont très majoritairement ressorti les ballons par leur côté gauche. Et pour cause, il s’agissait du seul endroit où ils pouvaient réellement mettre en place le pressing vu lors du match aller, à la fois sur les remontées de balle (voir, capture n°1) et les situations dans les 30 derniers mètres. Car une fois les milieux axiaux repositionnés pour aider Arda et Filipe Luis, c’est toute l’équipe qui pouvait de nouveau défendre en avançant

Réussissant finalement à bien contenir les approches catalans, les Madrilènes sont sortis du premier acte en s’étant crées la plus belle occasion de la partie (frappe de Arda repoussée par Valdes, 42e). Comme sur le but inscrit au match aller, la plupart des mouvements démarrait autour du trio Arda-Koke-Villa (en appui dos au but au départ des actions). Filipe Luis les soutenait parfois en prenant son couloir pour participer aux offensives. Diego Costa apportait lui de la profondeur et des solutions sur jeu rapide en plongeant dans le dos des défenseurs barcelonais. A plusieurs reprises, il s’en est fallu de très peu pour que l’arrière-garde catalane soit prise à défaut. Mais finalement, les deux équipes se sont séparés sur le score de 0-0 après 45 minutes de jeu.

Deuxième acte : l’Atletico revient plus haut

Evidemment, ce score ne pouvait convenir à Simeone et ses troupes. L’Atletico est donc revenu des vestiaires avec un état d’esprit encore plus conquérant. Plutôt que de sécuriser les 30 derniers mètres avant de mettre en place le pressing, il fallait désormais aller chercher le Barça beaucoup plus haut pour l’inquiéter, et l’empêcher de faire tranquillement tourner le ballon dans l’entrejeu en attendant le coup de sifflet final. De leur 4-5-1, les Colchoneros ont basculé en un 4-3-3 censé attendre le Barça dans les zones où se situent normalement ses rampes de lancement. Ainsi, Villa en pointe du système s’est retrouvé encadré par Diego Costa et Arda Turan. Derrière, les trois milieux coulissaient sur la largeur en fonction de la circulation de balle barcelonaise.

La nouvelle position de l'Atletico face aux remontées de balle barcelonaises :

La nouvelle position de l’Atletico face aux remontées de balle adverses : concentrés dans l’axe, les deux premières lignes encadrent Xavi, Messi et Fabregas (de haut en bas). Côté défenseurs, les latéraux serrent le marquage des ailiers. Seuls les latéraux barcelonais bénéficient d’espaces pour remonter les ballons.

Pour soutenir ces nouvelles ambitions, les Madrilènes ont dû se montrer encore plus agressifs dans les duels. Même si le Barça, en utilisant la largeur comme en première mi-temps, parvenaient à faire reculer son adversaire, il n’était pas à l’abri d’un coup de pression au milieu de terrain. Bousculant réellement les Catalans dans la mise en place de leur jeu, les hommes de Diego Simeone ont gagné plusieurs ballons dans le camp adverse, développant ensuite leurs attaques. S’appuyant, comme à l’aller, sur l’avantage physique de Diego Costa sur Jordi Alba, ils sont allés en nombre autour de la zone du Brésilien pour le soutenir et être présents sur les seconds ballons. Arda quittait même sa position d’ailier gauche afin d’aller participer à la construction côté opposé.

La grande force de l’Atletico résidait alors dans sa capacité à remettre la pression sitôt le ballon perdu dans les 30 derniers mètres catalans. Arda, Villa et Diego Costa pesaient offensivement, soutenus le plus souvent par un 4e homme (Juanfran, Koke, Filipe Luis…). Mais derrière, Mario Suarez, Gabi et les autres étaient prêts à jaillir sur les solutions courtes qui s’offraient aux défenseurs catalans en cas de ballon récupéré. Et pour peu que la transmission soit ralentie, les attaquants madrilènes pouvaient revenir sur leurs pas afin de remettre eux-mêmes la pression sur le nouveau porteur de balle. Incapable de se projeter vite vers l’avant en raison du pressing adverse, le Barça devait jouer latéralement (vers Daniel Alves la plupart du temps) afin de pouvoir respirer et forcer son adversaire à reprendre une position plus défensive.

Un exemple de la pression madrilène à la perte de balle. Diego Costa revient sur Mascherano, qui est obligé d'écarter vers Jordi Alba

Un exemple de la pression madrilène à la perte de balle. Diego Costa revient sur Mascherano, qui est obligé d’écarter vers Jordi Alba. Ce dernier va se retrouve sous la pression de Juanfran, sorti pour participer à l’offensive et qui reste au pressing en comptant sur la couverture du duo Gabi-Mario Suarez. Dans l’axe, Arda Turan et Koke bloquent Busquets.

Suite de l'action : Jordi Alba recherche Neymar devant lui, mais tombe sur Mario Suarez, en couverture derrière Juanfran. Le ballon récupéré se transforme immédiatement en ballon d'attaque.

Suite de l’action : Jordi Alba recherche Neymar devant lui, mais tombe sur Mario Suarez, en couverture derrière Juanfran. Le ballon récupéré se transforme immédiatement en ballon d’attaque.

Ce temps fort de l’Atletico a duré jusqu’au milieu de la mi-temps, Villa en profitant pour mettre une nouvelle fois Valdes à contribution (56e). Mais comme la semaine dernière, les Colchoneros ont baissé de pied en fin de partie alors que le Barça trouvait de plus en plus les solutions pour défaire la pression dans son camp (récupérer la balle et ouvrir côté opposé). L’heure des changements est alors venue mais elle n’a rien changé, dans un camp comme dans l’autre : Pedro (65e) et Iniesta (73e) ont respectivement remplacé Sanchez et Fabregas. L’entrée d’Iniesta a favorisé un Barça plus « conservateur » au milieu de terrain. Côté madrilène, les entrants n’ont une nouvelle fois pas eu d’impact sur la partie : ni Adrian, ni Cristian Rodriguez, ni Leo Baptistao n’ont su atteindre les niveaux de Arda (72e), Villa (84e) et Koke (89e).

Les dix dernières minutes se sont résumées à une série de coups de sifflet de l’arbitre pour plusieurs mauvais gestes. A partir de l’expulsion de Filipe Luis (81e), l’issue de la rencontre ne faisait plus aucun doute. Sans que son équipe ne parvienne à s’imposer, Tata Martino a remporté là son premier trophée en tant qu’entraîneur du Barça. Comme il l’a reconnu en conférence de presse, celui-ci revient plus au travail de staff et de son prédécesseur qu’à lui-même, puisque le Barça qui a foulé la pelouse du Nou Camp hier est une copie quasi conforme de celui de la saison dernière (même avec Neymar, qui s’est déjà fondu dans le moule). Le travail commence maintenant pour le coach argentin, alors qu’il ne lui reste plus que quelques jours pour faire venir un ou plusieurs nouveaux profils dans son effectif.

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2 réponses

  1. Très belle analyse! Les arrêts sur image sont très explicite et démontre une belle technique malgré les coups de sifflets répétitifs en fin de match!

  2. Merci pour cette analyse, je suis quand meme franchement un peu deçu par l’equipe de barcelone. A-t’on de quoi espérer pour la saison à venir ou c’est vraiment compromis? :s

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