Payet en équipe de France : la fin d’une anomalie ?

Présenté comme un paria par certains il y a seulement quelques semaines, Dimitri Payet a fait son retour avec le groupe France cette semaine après 9 mois d’absence. Un come-back logique au vu de ses performances avec West Ham, mais qui soulève plus d’une question en vue de l’Euro 2016. Tour d’horizon.

Le meilleur créateur français du moment : 

Les statistiques parlent largement en faveur de l’ex-Marseillais. Avec 8 buts et 8 passes décisives depuis le début de la saison, il fait partie des Bleus les plus décisifs dans les grands championnats étrangers. S’il reste derrière Griezmann (17 buts, 3 passes) ou Benzema (20 buts, 3 passes), il est par exemple bien au-dessus de Martial (7 buts, 3 passes).

Payet est surtout devenu le spécialiste du « caviar à la française ». Meilleur passeur de Ligue 1 la saison dernière, il a poursuivi sur sa lancée à West Ham cette saison. Aujourd’hui, il est le meilleur passeur tricolore de la saison à égalité avec… le Rémois Nicolas De Préville. Sur les deux derniers exercices, il est aussi dans le top 5 des meilleurs passeurs des « principaux championnats » européens.

Au-delà de ses actions décisives (buts et passes), Payet est aussi l’un des joueurs français à l’origine du plus de tirs (en tant que dernier passeur ou tireur). Avec plus de 6 tirs crées/90 minutes, il fait bien mieux que tous ses concurrents directs en équipe de France et appelés depuis la rentrée 2015.

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Mais son avance peut s’expliquer par son statut de spécialiste des coups de pied arrêtés. Comme pour Valbuena, ces derniers pèsent plus d’un tiers de ses actions (dernières passes ou tir) et lui confèrent un net avantage sur des joueurs comme Martial ou Coman. Si l’on s’en tient aux actions dans le jeu, Payet est toujours avec les meilleurs (top 3 ci-dessus) mais il se retrouve juste derrière Griezmann (3,8 tirs provoqués/90min) et est suivi par Coman (3,7).

Le fait d’être un spécialiste des phases arrêtés peut toutefois devenir un avantage pour Payet en vue de l’Euro, à l’heure où un come-back de Valbuena en bleu paraît de moins en moins probable. Didier Deschamps connaît l’importance de ces phases dans les matchs de haut niveau et avoir un tireur de qualité supérieure peut devenir un atout supplémentaire pour l’équipe de France… surtout avec les grands gabarits qui peuvent être à la réception.

2 / Payet et le facteur Premier League : 

Numéro 10 à Marseille dans le système de Marcelo Bielsa, Dimitri Payet a retrouvé une position d’ailier (à gauche) depuis qu’il est arrivé à West Ham. Chargé de fermer le couloir en phase défensive, il bénéficie ensuite d’une grande liberté de mouvement lorsque son équipe a la possession. Que ce soit pour des attaques rapides ou des actions construites, il repique souvent dans le coeur du jeu afin d’exploiter les espaces qui peuvent se créer dans le bloc adverse.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il se déplace plutôt bien. Les clubs anglais sont loin d’être les plus rigoureux en phase défensive et Payet se retrouve vite dans les bons espaces. Le temps d’avance qu’il possède alors lui permet de faire la différence en s’appuyant sur ses facilités techniques.

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La balle n’est pas ressortie du couloir mais Payet anticipe la « route » du ballon et se rend disponible entre Fabregas et Oscar.

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Il offre ainsi une passe facile à son partenaire, qui élimine en plus les deux milieux de Chelsea.

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Payet est aussi très intéressant sur les phases de transition. Ici, il repique dans l’axe…

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… et offre ainsi une solution à Lanzini dans le dos de Mikel.

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Recevant le ballon avec de l’espace, il fait ensuite parler sa vista et sa qualité de passes pour servir Carroll.

Il faut toutefois noter que la plupart du temps, Payet a brillé contre des équipes de bas de tableau. S’il a inscrit 2 but et donné 5 passes décisives face aux membres du top 10, seulement 2 de ces actions sont intervenues dans le jeu. Dès que les blocs adverses sont plus compacts, il a moins d’espaces et est moins influent. Même s’il a marqué sur coup-franc dans ce match, il a notamment eu du mal face au marquage sur l’homme pratiqué par Manchester United.

Dans ces conditions plus difficiles, Payet a quand même des solutions pour briller autrement que sur coup de pied arrêté. Sa capacité à éliminer un ou plusieurs adversaires peut en faire un point de fixation intéressant, même s’il n’est pas aussi percutant que Coman ou Ben Arfa. Sa qualité de centre peut aussi être un atout pour les Bleus qui manquent de spécialistes dans ce secteur, alors qu’ils ont des joueurs capables de s’imposer dans la surface adverse.

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Payet, point de fixation et créateur d’espaces pour ses partenaires lorsqu’il attire les défenseurs adverses.

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Payet, centreur de grande qualité qui devient un danger dès qu’on lui laisse de l’espace dans les 25 derniers mètres (connexion avec Gignac ?).

Un rôle transposable au système Deschamps : 

L’avantage de ce rôle de faux-ailier qu’il tient désormais à West Ham, c’est qu’il peut s’intégrer naturellement dans le système de jeu mis en place depuis la rentrée 2015 par Didier Deschamps. En attaque, le sélectionneur s’appuie sur un trio auquel il laisse beaucoup de liberté et dont l’animation dépend surtout des profils associés.

Si Deschamps semble vouloir s’appuyer sur un « véritable ailier » dans son groupe (Coman, Ntep…), les places de titulaires derrière l’avant-centre semblent promises à des joueurs capables de tout faire devant et surtout dotés d’une réelle intelligence dans leurs déplacements. Cela explique notamment la montée en puissance de Griezmann sur cette période et peut permettre d’envisager un retour probant de Payet cette semaine.

Il faudra toutefois qu’une relation se noue entre le joueur de West Ham et ceux chargés de l’alimenter (défenseurs, milieux de terrain). Car sans relance de qualité, le jeu des Bleus est moins fluide. Il sera aussi intéressant de voir les échanges entre Griezmann et Payet. Car leur entente pourrait rappeler celle entre l’ancien Marseillais et Lanzini, son partenaire à West Ham qui partage certaines qualités du joueur de l’Atletico (jeu en première intention).

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Suite de l’action présentée un peu plus haut : au lieu de se retourner avec le ballon, Payet s’appuie sur Lanzini qui lui rend en une touche et lui permet de se retrouver face au jeu.

La question du rôle dans le groupe : 

Même s’il profite des largesses de la Premier League, le talent de Payet est indéniable et il est normal de voir Deschamps le rappeler afin de lui donner une nouvelle chance. Mais briller en attaque ne suffira certainement pas aux yeux du sélectionneur. S’il vient à jouer côté gauche, son implication défensive sera aussi un facteurs déterminant pour son avenir. Martial avait parfaitement su le faire face au Danemark, à Payet d’appliquer les consignes à son tour.

La dernière question le concernant est celle du statut à lui accorder en équipe de France. L’appeler est une chose, savoir pourquoi en est une autre… et c’est bien plus compliqué. Payet est-il réellement en mesure d’être titulaire dans une équipe qui n’aura sans doute que trois places et des concurrents qui se nomment Martial, Griezmann, Giroud (voire Benzema s’il finit par revenir) ? Pas sûr.

Et dans le cas où il ne serait qu’un homme de banc, Payet serait-il un remplaçant plus utile que des joueurs comme Coman ou Ben Arfa ? Le Réunionnais a un profil moins dynamiteur que ces derniers et est sans doute moins enclin à faire des différences en fin de match (si l’on excepte le facteur coup de pied arrêté).

Bref, si sa convocation lui offre une belle opportunité, ce sera à lui d’apporter les garanties en vue de l’Euro. Il serait d’ailleurs intéressant de le voir à la fois en tant que titulaire et en sortie de banc lors des deux matchs à venir afin de déterminer ce qu’il pourrait vraiment apporter aux Bleus en juin prochain.

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4 réponses

  1. Julien dit :

    Pourquoi Payet viendrait-il forcément jouer dans le même rôle qu’à West Ham ? Il peut aussi prendre une place au coeur du jeu, avec les milieux de terrain, et suppléer, par exemple, Pogba. Les Tricolores manquent de créateurs.

  2. Jacky Plante dit :

    Payet est un excellent joueur un future grand joueur. Il peut jouer au milieu n 10 car c un créateur meilleur que certain que dechant continue a chouchouter alors qu il sont moyen même nul. Alors que payet a fais une remarquable saison a Marseille et continue a westam. Dechamp est t il aveugle ou bête.. S’il veut que l équipe de France gagne l euro alors il faut aligner ses meilleurs joueurs payet milieu meneur de jeu .benarfa cote droit.

  3. Sans rancune dit :

    @Jacky Plante – Merci Jacky pour cette démonstration magistrale! C’est un scandale que tu ne sois pas à la tête de l’équipe de France à la place de cet incapable de didier deschamps!

  4. Francis dit :

    Bravo a posteriori, pour la justesse des commentaires de Julien et de Jacky, confirmés par le chef d’œuvre de Payet contre la Roumanie !
    Oui, Dimitri Payet est Le Créateur qui manquait à l’EDF.

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