Italie 2-0 Espagne : le second chef-d’oeuvre de Conte

« Le triomphe des idées sur le talent. » Antonio Conte a parfaitement su résumer le succès de son Italie sur le champion d’Europe en titre hier (2-0). Difficile d’y voir quoi que ce soit d’autre tant son équipe a su faire déjouer la Roja tout en parvenant à développer un modèle de jeu ultra-efficace avec le ballon. Retour en détails sur ce second chef-d’oeuvre de Conte dans cet Euro après son succès face à la Belgique (lire : Italie 2-0 Belgique : l’analyse tactique). 

Les compositions : 

Aucune surprise n’était à signaler dans les deux onzes de départ. Côté espagnol, Vicente Del Bosque reconduisait son onze-type. Côté italien, tous les cadres étaient au rendez-vous. Seuls choix d’Antonio Conte, qui a pris l’habitude de faire tourner sur les côtés dans ce tournoi, les titularisations de De Sciglio et Florenzi sur les côtés.

Italie vs Espagne - Football tactics and formations

Face à la relance espagnole :

Face aux équipes à forte possession comme l’Espagne, certaines équipes choisissent d’attendre dans leur camp. D’autres sont plus entreprenantes et tentent d’aller perturber leurs sorties de balle afin de diminuer leur emprise technique sur le match. Hier, et sans surprise quand on connaît la Juve d’Antonio Conte, capables d’alterner séquences hautes dans le camp adverse et phases défensives autour de sa surface, l’Italie a choisi la deuxième option.

Lorsque l’Espagne repartait de De Gea, Eder, Pellè et Giaccherini se positionnaient en première ligne face à Ramos, Busquets et Piqué. Derrière eux, on retrouvait Parolo et De Rossi dans les zones de Iniesta et Fabregas… et enfin, la ligne de cinq défenseurs sur les joueurs restants côté espagnol, avec des latéraux prêts à sortir en cas de passes sur Juanfran ou Jordi Alba.

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Les Italiens en position haute sur les relances espagnoles.

Incapables de ressortir le ballon au sol en début de partie, les Espagnols ont abusé du jeu long vers Morata en début de partie. Or l’avant-centre a très vite été dominé par ses partenaires de la Juve. Présents dans les duels et sur les deuxièmes ballons, les Italiens ont pris l’ascendant très rapidement à la retombée.

Face à la construction espagnole :

Evidemment, s’il est possible de réduire la possession de l’Espagne en l’empêchant de démarrer, il faut aussi avoir un plan pour la perturber lorsqu’elle parvient à remonter le ballon. On a alors retrouvé le système défensif habituel de l’Italie : un 5-3-2 avec un premier bloc de cinq joueurs (milieu et attaque) qui coulisse ensemble sur la largeur afin d’accompagner la circulation de balle adverse en cadrant constamment le porteur.

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Le bloc italien en place dans sa moitié de terrain.

L’un des points-clés de cette organisation a toutefois été la capacité des Italiens à repousser la construction espagnole jusqu’à ses défenseurs. Comme sur les séquences repartant de De Gea, Giaccherini a été l’homme-clé du milieu sur ce point. Sa capacité à faire beaucoup de courses lui a permis très souvent de ressortir du bloc italien afin d’aller mettre la pression sur Piqué.

Une dépense d’énergie qui a notamment permis à Pellè de rester presque toujours dans la zone de Busquets. Résultat, le milieu du Barça s’est retrouvé très isolé par rapport à ses partenaires. A la mi-temps, il n’avait reçu que 11 ballons (contre le double après la pause dans un contexte différent). Ce travail de piston de Giaccherini était complété à l’opposée par Eder qui pouvait sortir sur Sergio Ramos et ainsi permettre la remontée du bloc italien.

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Lorsque l’Espagne recule, Giaccherini et Eder font les courses pour tenter de repousser Piqué et Ramos le plus loin possible. Le milieu de terrain est alors couvert par De Rossi.

Une Espagne condamnée à se déstructurer :

Comme face à la Belgique, les lignes très resserrées et les mouvements bien coordonnées des Italiens en défense ont rendu très difficile l’accès à la surface de réparation aux Espagnols. Les passes dans le dernier tiers de Silva, Fabregas et Iniesta en témoignent.

Malgré une possession qui s’est accrue après la pause, l’Espagne est moins entré dans la surface adverse que l’Italie : 8/19 pour l’Italie, contre 4/18 pour l’Espagne dont aucune passe tentée dans la Danger Zone (dans l’axe entre le point de penalty et la ligne de but).

Pour pouvoir créer des décalages dans le bloc italien, les Espagnols ont été forcés de dézoner et donc de se déstructurer. Suivi comme son ombre par Parolo dans sa zone préférentielle à gauche, Iniesta s’est rapidement exilé à l’opposée afin de mener le jeu et travailler avec Silva et Fabregas. Un choix loin d’être inintéressant vu le comportement de Giaccherini, souvent appelé à sortir au pressing et qui laissait donc des espaces dans son dos.

Cela rendait possible l’avancée dans le camp italien… mais plus personne n’était ensuite là pour exploiter l’espace qu’il avait laissé libre. Encore plus gênant, cet espace pouvait ensuite devenir une porte de sortie pour les Italiens pour partir en contre-attaque.

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Peut-être le seul moment du match où l’Espagne a mis le milieu italien hors de position : Iniesta et Silva combinent entre Parolo, De Rossi et Giaccherini. Fabregas occupe le bon espace pour en profiter. Cela se finira par un décalage sur Jordi Alba côté gauche, mais sera gâché par un mauvais centre du latéral.

Sur le plan du coaching, on peut aussi se demander ce qu’il serait advenu s’il n’y avait pas mieux à faire côté espagnol pour contre le piston de Giaccherini. Lorsque ce dernier sortait au pressing, De Rossi se retrouvait en un-contre-un dans cette zone. L’Espagne aurait peut-être gagné à aligner un élément plus déstabilisant que Fabregas dans ce secteur.

Silva n’a pas pu le faire en raison du marquage très agressif de Chiellini. Mais l’ajout d’un joueur comme Thiago, une permutation Iniesta-Fabregas sur le long terme, voire l’ajout d’un deuxième attaquant au lieu de rester en 4-3-3 après l’entrée d’Aduriz (46e) auraient pu mettre plus de pression dans cette zone lorsque De Rossi, habituellement chargé des compensations, était à découvert.

Avec le ballon : De Rossi et Pellè à la baguette 

A la pause, la rencontre était largement en faveur de l’Italie. Au-delà du score (1-0), les joueurs d’Antonio Conte étaient devant leurs vis-à-vis en terme de possession de balle (51,2% / 48,8%) et en terme de tirs tentés (7 tirs à 2). De Gea a même dû s’employer pour maintenir son équipe dans le match face à Pellè et Giaccherini. Car avec le ballon, les Italiens ont récité une partition bien rodée.

Comme face à la Belgique, la Squadra Azzurra a cherché à repartir court depuis Gianluigi Buffon afin de s’appuyer sur la sérénité de sa garde juventina (Bonucci, Chiellini et Barzagli). Ce quatuor recevait en plus le soutien de Daniel De Rossi dans l’axe, ce qui créait un quatre contre trois face aux Espagnols les plus avancés (Nolito, Morata et Silva).

En occupant la largeur du terrain, les trois défenseurs se créaient des angles de passes qui leur permettaient de trouver leurs partenaires en position plus avancée. Le circuit classique les voyait passer par les couloirs pour ensuite trouver De Rossi dans le coeur du jeu. L’Italie est surtout passée par le côté droit en s’appuyant sur la qualité de relance de Barzagli pour trouver ses relais (Parolo, Florenzi).

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Temps n°1 : Barzagli se rend disponible pour Buffon et joue dans le dos de Nolito. Parolo remet à Florenzi (n°2), qui trouve De Rossi complètement seul dans l’axe (n°3).

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De Rossi se retrouve dans une position idéale : sans adversaire direct dans sa zone, face au jeu, et avec une multitude de solutions devant lui.

Au bout de quelques minutes, Iniesta a tenté de remédier à cela en allant chercher De Rossi… Un décision nécessaire mais qui a crée un décalage dans la structure défensive espagnole : côté gauche déjà, Jordi Alba s’est retrouvé complètement seul entre Florenzi et Parolo.

Mais le véritable souci, c’est que cette position plus avancée d’Iniesta a affaibli l’axe défensif de l’Espagne. Busquets, Fabregas, Ramos et Piqué se sont retrouvés à gérer des quatre-contre-quatre avec d’un côté les décrochages de Pellè, et de l’autre les projections de Giaccherini, Parolo ou Eder. Comme contre la Belgique, l’attaquant de Southampton a été dominant dans son travail de pivot car très souvent avec un seul adversaire sur le dos.

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Iniesta sort du milieu pour aller chercher De Rossi mais n’est pas accompagné par ses attaquants lorsque le milieu italien remet à Barzagli.

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Résultat, Barzagli a tout le temps de lever la tête pour viser Pellè. Autour de lui, les courses de Giaccherini et Eder sont problématiques pour les défenseurs et les milieux espagnols.

Une Espagne, forcée d’être plus entreprenante :

Sans réponse face à la circulation de balle italienne en première mi-temps, l’Espagne n’a pas eu d’autre solution que de jouer plus haut pour revenir. Après le repos, Fabregas et Busquets sont montés d’un cran – et le reste du bloc avec -. Cela a eu des conséquences sur le jeu de l’Italie qui a eu beaucoup plus de mal à ressortir une fois passée l’heure de jeu. L’occasion manquée par Eder (54e) a été la dernière balle de 2-0 des Italiens.

Le match est ensuite entré dans un long tunnel de domination espagnole (7 tirs à 0). Mais malgré les entrées de Aduriz (46e), Lucas Vasquez (70e) et Pedro (81e), les joueurs de Vicente Del Bosque n’ont pas réussi à trouver la faille dans le bloc adverse. Les seules occasions dans le jeu sont venues de l’extérieur de la surface, Buffon repoussant ces dernières et faisant preuve de vigilance devant Piqué en toute fin de partie sur coup de pied arrêté.

Le pressing haut des Espagnols a aussi été une source de frayeurs pour la défense italienne. Juste avant le dernier quart d’heure, Lucas Vasquez aurait dû se retrouver seul face au portier de la Juve s’il n’avait pas été pris en position de hors-jeu (73e). Au final, l’Espagne avait trouvé une partie de la solution face à l’Italie avec ballon (aidée aussi par la baisse de régime de Pellè)… mais elle est restée sans réponse face à sa rigueur défensive.

Le triomphe de Conte :

La Roja quitte cet Euro sur une deuxième défaite, mais ce revers face à l’Italie n’est en rien comparable avec celui face à la Croatie. Ce jour-là (mardi dernier), l’Espagne s’était complètement relâchée après 20 minutes de très haut niveau, durant laquelle son adversaire n’avait quasiment pas vu le jour.

Hier, elle n’a tout simplement jamais su prendre le dessus sur son adversaire, même dans les moments où la pression était la plus forte dans le camp italien. Bref, le tenant du titre sort fort logiquement de cet Euro 2016, et son tombeur se pose en sérieux candidat à la victoire finale. Mais pour continuer à y croire, il faudra battre l’autre prétendant allemand samedi soir à Bordeaux. Pour une finale avant la lettre ?

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8 réponses

  1. Pedro dit :

    En 2e mitemps l’italie n’a pas eu que l’occasion d’eder pour doubler la mise, elle aurait pu le faire également à la 61e lorsque un 5 contre 3 se termine par un centre ras de terre De Sciglio qui passe devant le but et sauvé miraculeusement (un peu la même que le centre de l’irlandais qui prend de vitesse Rami en 2e si il lève la tête et la met entre Koscielny et Lloris c’est but). Aussi, sans l’obstruction flagrante non sifflée de Piqué sur Eder, l’italie avait un surnombre énorme à exploiter. Sans compter les 2 mauvais choix de Giaccherini quand il repique dans l’axe depuis son côté gauche et qui aurait pu engendrer une occasion nette par une simple passe pour Pellé.

  2. Blaco dit :

    Me suis pose une petite question en regardant l effarante impuissance de l espagne : pourquoi ne pas avoir reconduit ce qui a semble quand meme pas mal avoir marche. Je parle du systeme guardiolesque du 4-milieux blinde-0. Et qui plus est face a l equipe contre qui ca a tres bien marche auparavant

  3. A quoi cela aurait-il servi alors que les Espagnols avaient justement des problèmes de profondeur et de pénétration dans le bloc italien ?

  4. baresi6 dit :

    C’est parfait ! Merci Florent.

    Juste une précision. Conte n’a pas décidé d’alterner entre Candreva et Florenzi. Même si le romain est très bon le laziale est indispensable et n’était pas titulaire tout simplement parce qu’il est blessé.
    D’ailleurs Candreva est toujours incertain face à l’Allemagne, de même pour De Rossi. Puis Motta, le remplacent de De Rossi, est suspendu pour la finale avant la lettre.
    Il risque d’y avoir une Nazionale complètement bricolée cette fois ci avec peut être Bonucci au milieu :/ Dommage.

  5. korekteurautomatik dit :

    super chroniques que je decouvre depuis le debut de l’euro! les captures d’ecran sont claires et instructives et les details permettent de voir des nouvelles choses et d’apprecier beaucoup plus le match!
    une suggestion? pourquoi tu ecris au passe? le match est deja passe c’est vrai, mais ca rend la lecture plus lourde qu’au present..en plus on parle d’actions rapides, de passes, de decalages, le present serait je pense plus adapte et rendrait la lecture plus agreable!
    apres, l’essentiel c’est le contenu, et il est top!!

  6. Pierre Lafontaine dit :

    L’Italie a surclassé les Espagnoles tactiquement. Antonio Conte y est pour beaucoup dans la réussite de cette équipe depuis le début de l’Euro 2016. Les Italiens font preuve d’une discipline exemplaire qui se ressent dans les résultats des matchs.

  7. adama keita dit :

    c’est deux épique a le monde que je support officiellement club Fc.Barcelone

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