Comment le Portugal a-t-il sorti la Croatie ?

Meilleure équipe de la phase de poules de l’Euro 2016, la Croatie est finalement sortie dès les huitièmes de finale. Les coéquipiers de Luka Modric se sont heurtés à une équipe du Portugal transformée pour l’occasion. Oublié le « joga bonito » et les ambitions offensives, les coéquipiers de Ronaldo se sont attachés à défendre et à ralentir des Croates qui n’ont jamais su retrouver le tempo de leurs trois premiers matchs.

Les compositions d’équipe :

Pas de surprise au coup d’envoi dans le onze de départ croate : absent contre l’Espagne, Modric a logiquement fait son retour. Autour de lui, aucune absence n’était à déplorer et c’est l’équipe-type d’Ante Cacic qui était au rendez-vous.

Côté portugais en revanche, Fernando Santos a effectué plusieurs changements. En défense, Fonte et Cédric ont remplacé Ricardo Carvalho et Vierinha. Dans l’entrejeu, Adrien Silva était préféré à Moutinho. Même chose pour Joao Mario avec Quaresma.

 

Croatie vs Away team - Football tactics and formations

Ce changement tactique a eu des répercussions sur le style du Portugal. Cela a été dit précédemment, la sélection avait eu de vraies intentions durant la phase de poules, qui pouvaient se résumer en deux chiffres : plus de 20 tirs/match en moyenne et plus de 60% de possession de balle.

Seul bémol, et pas des moindres, de grosses difficultés à la finition. L’équipe a dominé ses trois rencontres mais n’a pas non plus affiché un très haut niveau offensif. La qualité des tirs était notamment loin d’être exceptionnelle (beaucoup de tentatives de loin).

Face à eux, les Portugais ont retrouvé une équipe de Croatie qui avait au contraire marqué les esprits. Les joueurs d’Ante Cacic avaient surtout impressionné par leur capacité à afficher plusieurs visages, leur permettant de facilement s’adapter à l’adversité.

On les a ainsi vus presser l’adversaire très haut ou attendre avec un bloc médian. Avec la balle, c’était la même variété : la Croatie a placé ses attaques en s’appuyant sur la vista de Modric, les montées de Srna et la mobilité de Rakitic… et a misé sur la vitesse (de Perisic) et un jeu plus vertical pour frapper en contre.

C’est surtout ce jeu rapide qui lui avait permis de faire la différence face à la République Tchèque (deux récupérations hautes transformées en buts) et l’Espagne (contre-attaque pour le but de Perisic). Bref, à l’issue de la phase de poules et vu la dynamique des deux sélections, avantage à la sélection au damier.

Portugal : un plan de jeu défensif

Le début de match a confirmé ce constat. Au sortir du premier quart d’heure, la possession était très largement à l’avantage des Croates (près de 70%). Avec un bémol toutefois : ces derniers ne parvenaient pas à pénétrer dans le camp portugais.

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Map des ballons touchés par les deux équipes après un quart d’heure de jeu (Croatie en orange, Portugal en bleu).

Et pour cause, les joueurs de Fernando Santos étaient bien décidés à ne pas les laisser s’installer dans leur moitié de terrain.

Le 4-4-2 mis en place par le sélectionneur portugais laissaient Corluka et Vida sans pression. Les premiers marquages se situaient au niveau des milieux de terrain croates avec Nani sur Badelj et surtout Adrien Silva sur Luka Modric.

Troisième élément de cette « première ligne » portugaise, Ronaldo n’était pas focalisé sur un adversaire mais son positionnement devait empêcher les passes à destination de Darijo Srna sur le flanc droit (note : cela se voit d’ailleurs sur la capture d’écran précédente concernant les ballons touchés, avec des Croates qui ont très peu accédé au flanc droit).

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Le marquage orienté sur l’homme du Portugal avec Silva à proximité de Modric et Nani qui accompagne les mouvement de Badelj.

Ce travail défensif des Portugais a rapidement posé des problèmes à la Croatie, qui n’a pas retrouvé ses circuits de jeu habituels. Principal joueur-ciblé, Luka Modric a été contraint de redescendre très bas pour pouvoir se mettre dans le sens du jeu.

Du coup, les Croates ont donné l’impression d’être coupés en deux avec des distances bien trop grandes entre les joueurs chargés des sorties de balle et ceux à vocation plus offensive. Le graphique ci-dessous le confirme d’ailleurs.

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L’organisation portugaise et le marquage d’Adrien Silva sur Modric a forcé ce dernier à redescendre très bas pour organiser le jeu.

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Résultat, une équipe de Croatie déstructurée et manquant de liant en attaque.

Des Croates au ralenti et dominés dans les duels : 

Au-delà du plan de jeu, les Portugais ont répondu présents dans les duels. En allant chasser Modric quasiment sur tout le terrain, Silva aurait pu être pris dans son dos par des passes venant de l’arrière (de Corluka ou Srna notamment).

Mais sur ces transmissions, c’est l’arrière-garde portugaise qui s’est montrée à son avantage. La charnière Pepe-Fonte n’a presque pas fait d’erreurs et a rapidement pris le dessus sur le duo Rakitic-Mandzukic. Si besoin, les défenseurs étaient supplées par William Carvalho, soit dans le duel soit pour assurer les compensations.

Au-delà de ses difficultés dans les uns-contre-uns, les Croates ont aussi manqué d’allant dans le jeu. Le meilleur exemple concerne Modric : les rares fois où il a tenté d’accélérer face à son garde du corps, il a fait la différence et s’est ouvert le terrain… Pas assez souvent.

Les meilleurs mouvements sont finalement venus des ailes, lorsque les latéraux portugais étaient pris de vitesse par la justesse technique des enchaînements adverses. Rien de bien exceptionnel toutefois en 90 minutes puisque les Croates n’ont tiré que 4 fois au but sans cadrer la moindre tentative.

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Les tirs sur les 90 minutes de jeu. En orange, la Croatie ; en bleu le Portugal.

La vraie force du plan de jeu portugais est donc d’avoir su ralentir le rythme du match. En repoussant Modric loin de ses partenaires et en réduisant l’influence de Srna (pendant une mi-temps), ils ont éteint des Croates qui n’avaient en plus pas de ballons à exploiter sur attaque rapide.

Les limites portugaises :

S’il faut saluer la performance défensive du Portugal, il ne faut pas non plus oublier son indigence offensive. Face au pressing croate, les joueurs de Fernando Santos ont rendu beaucoup de ballons. En place face à la relance adverse, il fallait aussi limiter les risques en possession du ballon et ne pas offrir de ballons de transition à exploiter.

Leurs rares phases de possession ont tout de même permis de voir une équipe dotée d’une structure offensive ambitieuse mais manquant beaucoup trop de justesse technique et d’automatismes.

L’entrée en jeu de Renato Sanches en début de deuxième mi-temps a tout de même fait du bien aux Portugais. Le futur milieu du Bayern a su faire des différences dans les duels, menant notamment un joli mouvement avec Joao Mario (56e), en plus de venir en aide à Adrien Silva sur le plan défensif.

Au-delà de leurs problèmes de construction, le vrai souci des Portugais a résidé dans leur incapacité à être dangereux sur les ballons récupérés par leur bonne organisation défensive.

Plusieurs fois en début de deuxième mi-temps, les milieux ont gratté des ballons intéressants, malheureusement gâchés par de mauvais enchaînements (pas assez de mouvement devant, première passe mal ajustée…)… jusqu’à cette 117ème minute, ce ballon perdu par Strinic et ce contre conclu par Quaresma.

 

 

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1 réponse

  1. Charlesnda dit :

    Analyse qui m’ouvre les yeux tant j’avais fini par les avoir fermés, la faute au rythme assez lent de la rencontre. Qu’aurait pu tenter la Croatie pour déjouer le plan de jeu portugais ? Je suis un inconditionnel de Rakitic, mais je l’ai trouvé trop haut et trop loin de Modric, et donc absent de cet espace démesurément grand entre le génial Madrilène et les offensifs au damier. Qu’il redescende chercher quelques ballons lui aussi et passer à une sorte de 4-5-1 aurait-il été la clé ? Merci en tout cas !

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