Les Bleus sont-ils prêts pour l’Euro ?

Alors qu’ils ouvriront l’Euro vendredi soir face à la Roumanie, les Bleus ont fait le plein de confiance à Metz face à l’Ecosse. Miné par les blessures et les débats extra-sportifs, le groupe France a terminé la préparation sur une belle note. Mais est-il prêt pour disputer son tournoi ? Eléments de réponse.

Une attaque capable de sanctionner : 

23 tirs tentés, 5 big chances et 3 buts d’un côté, 2 tirs concédés et pas le moindre arrêt à faire pour Hugo Lloris de l’autre. Au vu de ces chiffres collectifs face à l’Ecosse, tous les voyants sont au vert pour les Bleus. Lundi dernier, le bilan avait pourtant été beaucoup plus mitigé face au Cameroun. Et pour cause, les joueurs de Hugo Broos avaient été beaucoup plus difficiles à dompter qu’une équipe d’Ecosse très faible (rappelons tout de même qu’elle n’a pas réussi à se qualifier pour un Euro à 24 équipes).

Par rapport aux Lions, les Ecossais ont surtout été moins compacts au milieu de terrain. En première mi-temps, les attaquants ont bien tenté de sortir sur la relance française… mais sans accompagnement de la part des milieux, ce fut un travail vain et surtout dangereux. Car ils ont laissé des espaces bien trop grands entre ces deux premières lignes, propices aux décrochages de Payet ou aux projections de Kanté.

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Manque de cohésion flagrant dans le bloc écossais et des espaces à exploiter pour les Français.

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Payet a été l’un des joueurs qui en a le plus profité.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le meneur de jeu de West Ham se soit retrouvé à la mi-temps avec le plus grand nombre de ballons touchés. S’il a mis le jeu des Bleus dans le bon sens, et s’est retrouvé à l’origine du second but français, on peut regretter une chose : il doit souvent redescendre bien trop bas pour toucher le ballon.

On touche là au premier problème de cette équipe de France : avec le ballon, les défenseurs ne prennent pas assez d’initiatives. A l’approche du rond central, Koscielny et Rami donnent l’impression de se heurter à un mur invisible. Ils s’effacent bien trop vite au profit de leurs milieux de terrain.

Cela n’a pas été un problème face à l’Ecosse pour les raisons évoquées plus tôt dans cet article. En revanche, c’était beaucoup plus gênant face à des Camerounais qui ont très bien su quadriller cette zone et réduire les espaces autour des milieux français (à ce sujet, lire : Equipe de France, un problème de relance).

Déjà positive durant la deuxième mi-temps face au Cameroun, l’intégration de N’golo Kanté au poste de n°6 offre tout de même plus de solutions pour la relance française et permet de compenser ce manque de participation des défenseurs. Toujours en mouvement, le milieu de terrain de Leicester cherche l’espace et le crée. Moins « au-dessus » que Lassana Diarra sur le plan technique, il compense par cette activité qui profite à tous ses partenaires.

En première mi-temps, le nouveau n°6 des Bleus a assuré en jouant court et en s’effaçant devant les décrochages de Pogba et Payet. Après la pause, face à un bloc écossais plus compact (cf. France-Cameroun), il a pris plus d’initiatives. A plusieurs reprises, il est parvenu à casser les lignes écossaises par la passe pour trouver Martial et surtout Griezmann. Malgré ces transmissions plus verticales (et donc plus risquées), il a terminé la rencontre avec 95% de passes réussies. De quoi réussir son examen de passage avec brio.

Si les Bleus sont restés muets durant cette deuxième mi-temps, il faut se pencher sur leur changement de style. Au lieu de décrocher à la manière de Payet, Griezmann est resté dans son rôle d’attaquant, proposant des solutions entre les lignes écossaises plutôt que de redescendre à hauteur de ses milieux de terrain. Cela a poussé ses partenaires à prendre plus de responsabilités (Kanté donc), aboutissant notamment à une très belle séquence malheureusement non-convertie par Gignac.

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La passe de Kanté pour éliminer les milieux, la remise astucieuse de Griezmann pour éliminer la défense et le bon appel de Gignac pour filer vers le but. Tout était parfait, sauf la finition.

A ce titre, la deuxième mi-temps des Bleus a peut-être été plus intéressante que la première dans le sens où ils se sont retrouvés face à un adversaire qui a resserré les lignes sur le plan défensif. Même s’il n’a pas été décisif, l’entrée de Griezmann a confirmé qu’il devait être un premier rôle dans l’animation des Bleus. Sa capacité à se rendre disponible et la qualité de sa première touche en font un atout indéniable lorsque les espaces se réduisent.

Aux côtés de Griezmann après la pause, Anthony Martial a lui apporté de la percussion balle au pied, à l’instar de ce qu’avait pu faire Coman face au Cameroun. En concurrence directe, les deux jeunes seront deux grands atouts pour le banc de touche de Didier Deschamps. Le sélectionneur français sait qu’il pourra toujours s’appuyer sur eux pour débloquer une situation en fin de match si nécessaire.

Enfin, évoquons le cas d’Olivier Giroud. L’attaquant d’Arsenal a plutôt bien répondu aux critiques en marquant 3 buts sur ces deux rencontres de préparation. Plus important, il a cadré toutes ses grosses occasions, en convertissant 3 sur les 4 obtenues. Avec une telle équipe derrière lui, c’est surtout là où il sera attendu. Reste à savoir ce qu’il en sera lorsque la vraie compétition débutera vendredi.

Une défense peu mise à l’épreuve : 

Directement impliquée sur le second but des Lions Indomptables, la défense centrale française avait été présentée comme un motif d’inquiétude après la rencontre. Les doutes n’ont toutefois pas pu se dissiper face à l’Ecosse. Les joueurs de Strachan ont bien tenté de conserver le ballon, en repartant de leur but… mais sans la moindre idée, difficile de mettre en difficulté des Bleus qui sont clairement montés en puissance en phase défensive par rapport au match face au Cameroun.

Résultat : bien protégée, la charnière a été très peu mise à l’épreuve. Ce match a quand même donné quelques indications sur le style des Bleus lorsqu’ils n’ont pas le ballon : à savoir un bloc médian, avec une première ligne bien compacte derrière Giroud et un pressing déclenché aux abords du rond central afin de bloquer les milieux adverses. Pour les adversaires, repartir court sera aisé… atteindre le dernier tiers en gardant le ballon au sol, bien plus difficile.

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Le 4-1-4-1 des Bleus laisse sortir son adversaire s’il souhaite repartir court.

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En phase défensive, les Bleus restent compacts et se déplacent ensemble sur la largeur.

Seul petite interrogation dans ce secteur après ce deuxième match de préparation, le manque de projections à la récupération du ballon. Difficile d’en faire un point négatif : il ne s’agissait que d’un amical et les Bleus sont encore en train de se préparer. Plus tôt dans la journée, l’Allemagne n’avait pas non plus forcé lorsqu’il s’agissait d’aller vite vers le but adverse.

Conclusion : la question de la possession

Sur les 4 mi-temps jouées par les Bleus, la meilleure a sans aucun doute été la première réalisée face à l’Ecosse (3-0). Il s’agit aussi de celle où l’équipe de France a eu le moins le ballon (52,5% contre 72,2% en deuxième mi-temps / 61,4% et 67,1% face au Cameroun). Cela peut être considéré comme un détail, mais c’est assez significatif du style de l’équipe de Didier Deschamps.

Le jeu de position, pratiqué par l’Allemagne ou l’Espagne, n’est pas dans les habitudes du sélectionneur français. Cela se voit aisément au comportement des défenseurs lorsque l’équipe doit ressortir le ballon. Ces derniers s’effacent très vite au profit des individualités (Pogba et Payet qui sont contraints de jouer plus qu’à l’accoutumée).

Face à l’Ecosse, on a vu que cela pouvait suffire pour sanctionner le moindre point faible, qu’il soit collectif (manque de cohésion) ou individuel. Face à un adversaire mieux en place comme le Cameroun, les Français ont connu bien plus de difficulté, étant limités offensivement par le manque de participation des défenseurs même si l’activité de N’golo Kanté après la pause a apporté plus de solutions.

Or avec un Euro élargi à 24 équipes, les Bleus risquent d’avoir le ballon la plupart du temps. S’ils réalisent le parcours idéal, ils pourraient même ne pas croiser les grandes nations jusqu’en demi-finale ! A défaut de faire participer tout le monde au jeu d’attaque, il faudra donc scruter avec attention chaque faiblesse des adversaires afin de pouvoir les exploiter. En espérant ne pas tomber sur une sélection capable de faire un sans-faute sur le plan défensif…

 

 

 

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1 réponse

  1. 8 juin 2016

    […] Les Bleus sont-ils prêts pour l’Euro ? | Chroniques tactiques (Florent Toniutti) […]

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