Portugal 2-0 Pays de Galles : l’analyse tactique

Le rêve gallois s’est achevé aux portes de la finale. Tombeur de la Croatie et de la Pologne, le Portugal a ajouté une troisième équipe au projet collectif convaincant dans cet Euro à son tableau de chasse. Malgré un jeu d’attaque toujours aussi minimaliste, les joueurs de Fernando Santos ont su éviter le piège gallois malgré une défense amoindrie (Pepe et William Carvalho absents). Ils s’en sont ensuite remis à un coup de tête de Cristiano Ronaldo sur corner pour débloquer la rencontre.

Les compos : 

Au coup d’envoi, les Portugais n’étaient pas les seuls à être diminués puisque le Pays de Galles devait lui aussi composer avec les suspensions de Ben Davies et Aaron Ramsey. Deux absences de taille tant les joueurs londoniens (Tottenham et Arsenal) ont été performants dans le système mis en place par Chris Coleman depuis le début du tournoi. Au coup d’envoi, ils étaient respectivement remplacés par Collins et King.

Côté portugais, Bruno Alves et Danilo profitaient des absences de Pepe et William pour débuter la rencontre derrière. Guerreiro faisait aussi son retour sur le flanc gauche de la défense après avoir manqué le quart de finale contre la Pologne.

Wales vs Portugal - Football tactics and formations

Le Portugal, toujours dans son projet : 

Face à la Croatie, les Portugais avaient su faire déjouer leurs adversaires en ciblant les éléments-clés de leur relance. Adrien Silva avait fait un très gros travail sur Modric afin de le forcer à redescendre loin de ses offensifs pour toucher le ballon. L’équipe avait aussi réussi à orienter le jeu sur le côté faible de la Croatie (Strinic plutôt que Srna). Bref, un plan de jeu bien adapté à l’adversaire.

Cela s’est passé de la même façon face au Pays de Galles avec un attention toute particulière portée à Joe Allen. Posté en regista dans l’entrejeu gallois, le milieu de Liverpool s’est retrouvée dans la même situation que Modric : encadré par Ronaldo et Nani, mais surtout mis sous pression dès que possible par Adrien Silva.

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Adrien Silva est toujours resté très proche de Joe Allen lorsque les Gallois repartaient de leurs défenseurs.

Sous pression, Allen a mis du temps à rentrer dans son match, rendant deux ballons qui auraient dû profiter aux Portugais s’ils avaient su enchaîner par du jeu de transition (un mal qui les poursuit depuis le match contre la Croatie). Au total, le milieu gallois a rendu 4 ballons aux Portugais dans ce match et l’équipe entière en a perdu plusieurs aux abords du rond central, dans la zone où le pressing portugais était justement le plus important.

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Chester choisit de jouer avec Allen. Adrien Silva anticipe et sort au pressing.

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Le ballon est récupéré par le Portugal qui peut attaquer la défense galloise, mais le contre n’aboutit pas.

Ces difficultés de Joe Allen en début de partie (ballons perdus aux 2e et 7e minutes) ont forcé les Gallois à s’adapter : s’il rendait autant de ballons, c’est aussi parce qu’il était très esseulé et peu aidé par ses partenaires, Ledley et King, tous les deux peu à l’aise lorsqu’il s’agit de participer à la construction. Du coup, c’est Gareth Bale qui s’est retrouvé dans l’obligation de décrocher pour participer à ces séquences, réduisant de fait le danger pour la défense portugaise.

Un Pays de Galles orphelin de Ramsey : 

S’ils ont mis la pression dans le coeur du jeu sur Joe Allen, les Portugais ne se sont pas pour autant montrés plus entreprenants. Lorsque Williams, Chester et Collins étaient en possession du ballon, Nani et Ronaldo restaient aux abords du rond central. Résultat, ce sont bien les Gallois qui ont eu la possession du ballon durant les deux mi-temps (53% contre 47% pour le Portugal en première mi-temps, 58% contre 42% après la pause).

Avec un axe verrouillé par l’organisation portugaise, la clé pour les Gallois était de passer par les côtés avec les incursions de Chester ou Collins dans le jeu d’attaque afin de contourner la première ligne Nani-Ronaldo. Axe droit habituellement, le premier a réalisé quelques quelques montées intéressantes côté gauche, étant même l’un des principaux pourvoyeurs de ballons de Bale en première mi-temps.

La plupart du temps, la défense portugaise a néanmoins bien résisté à ses passes, Danilo accompagnant les mouvements de Bale dans le dos de ses milieux excentrés (Joao Mario ou Renato Sanches). En revanche, dès que Bale était servi dans l’espace et non dans les pieds, sa pointe de vitesse lui permettait de faire la différence pour se retrouver au duel avec les défenseurs centraux adverses (voir ci-dessous).

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Chester monte face à Nani, Joao Mario ne ferme pas bien la ligne de passes et va être pris dans son dos par l’appel de Bale.

A l’opposée, Collins est resté dans un rôle purement défensif qui n’a pas aidé les Gallois. C’est d’autant plus regrettable que la position avancée d’Adrien Silva (pour rester dans la zone de Joe Allen) créait parfois des intervalles importants entre Danilo-Renato ou Danilo-Joao Mario (voir ci-dessous). Au final, les Gallois n’ont pas été menaçants, ne tirant qu’à trois reprises au but (Bale sur corner et en solitaire, 18e et 22e, puis King sur un service de Robson-Kanu, 24e).

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Collins est servi et a beaucoup d’espaces pour aller fixer Joao Mario… mais il choisira de s’appuyer sur Gunter.

Les Gallois peu inquiétés jusqu’au but : 

S’ils ne se sont pas montrés dangereux, les Gallois n’ont pas non plus été inquiétés par une équipe du Portugal toujours aussi limitée avec le ballon. On a déjà évoqué ces problèmes de justesse sur attaque rapide. Dans le jeu placé aussi, les Portugais n’ont pas brillé. Pourtant, il y avait des failles à exploiter dans le système gallois, certes en 3-5-2 mais très loin du niveau de l’Italie.

La première se situait dans le dos des latéraux adverses. En début de partie, ces derniers se montraient très agressifs, sortant très haut afin de bloquer Guerreiro et Cédric dans leurs couloirs. Jamais attaqués par Bale et Robson-Kanu, Fonte et Bruno Alves détenaient alors une partie de la solution : lorsqu’ils avaient le ballon, jouer long dans le dos des latéraux pouvait mettre à découvert les défenseurs gallois. Il suffisait d’une incursion de Renato ou Joao Mario pour créer un trois contre trois avec Nani et Ronaldo.

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Fonte a le ballon et de l’espace alors que Taylor est en position avancée. La solution : profiter de l’appel de Renato pour jouer dans son dos.

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A la retombée, c’est un trois-contre-trois qui peut être joué entre la défense galloise et le trio Renato-Nani-Ronaldo.

Néanmoins, le manque de mouvement des milieux portugais et les choix parfois discutables des défenseurs ont considérablement réduit les risques pour la défense galloise. Avec Bale et Robson-Kanu pour fermer l’axe et orienter la relance, le Portugal a surtout construit sur les côtés. Et comme beaucoup d’autres équipes, il s’est retrouvé enfermer par le déplacement des trois milieux côté ballon.

La solution était alors de sortir de cette zone pour aller attaquer le half-space à l’opposée. Mais lorsqu’ils y sont parvenus, les joueurs de Fernando Santos n’ont pas réussi à enchaîner, faute de solutions pour aller de l’avant rapidement. Résultat, les Gallois ont souvent eu le temps de coulisser, rendant impossible l’attaque de la profondeur et l’entrée dans la surface de réparation.

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Les Portugais sont pris par le 5-3-2 gallois sur leur flanc gauche. Mais Renato Sanches offre une solution à l’opposée.

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Le ballon arrive jusqu’à lui, mais le jeune milieu ne peut enchaîner, faute de partenaires occupant l’espace devant lui. Le temps que Cédric monte, les Gallois peuvent coulisser et se replacer.

A la pause, les Portugais n’ont pas réussi à faire une seule passe dans la surface galloise (sur 5 tentées). A l’exception d’un tir de Joao Mario (15e), le seul danger pour la défense du Pays de Galles est venu par les airs avec quelques centres des latéraux et d’Adrien Silva, dont un repris de la tête par Ronaldo juste avant la pause (43e).

CR7 débloque la situation : 

Alors que le match repartait sur les mêmes bases, le but de l’attaquant du Real Madrid sur corner (50e) a complètement changé la physionomie de la rencontre. Les deux maps ci-dessous le montrent avec les Expected Goals avant et après cette ouverture du score. Arrivé quasiment dans la foulée, le second but de Nani (53e) a forcé les Gallois à prendre des risques en attaque et à se déstructurer, laissant des opportunités au Portugal pour opérer en contre-attaque.

Chris Coleman a d’abord fait sortir Ledley au profit de Vokes (58e) afin d’ajouter une menace supplémentaire devant. Mais en allégeant le milieu, il n’a pas réglé le problème principal des Gallois depuis le coup d’envoi, à savoir la nécessité d’avoir Gareth Bale plus bas qu’à l’accoutumée pour permettre les remontées de balle. Les Gallois n’ont en plus pas tenté de changer de style à l’entrée de Vokes, continuant à construire au milieu alors qu’une approche plus directe aurait peut-être mieux fonctionné avec un tel système (3-4-3).

Les entrées de Church (63e à la place de Robson-Kanu) et Williams (66e à la place de Collins) ont achevé la désorganisation galloise sans rien apporter offensivement, faute de talent parmi les entrants. Bale est resté très loin des buts de Rui Patricio. Cela ne l’a pas empêché de se montrer dangereux en tentant sa chance à deux reprises des 25-30m, mais ce n’était pas assez pour espérer refaire un retard de 2 buts (sauf entrée immédiate dans la légende pour l’ancien de Tottenham).

De l’autre côté du terrain, les Portugais ont eu des balles de double break en contre-attaque. Mais comme d’habitude, l’élaboration et la finition n’ont pas été au rendez-vous, avec notamment une belle opportunité de 3-0 gâchée par Joao Mario (64e).

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Avec des Gallois obligés de pousser pour revenir, les Portugais avaient des espaces à exploiter.

Conclusion : 

La première victoire en 90 minutes du Portugal dans cet Euro ne souffre au final d’aucune contestation. Les joueurs de Fernando Santos ont moins souffert des absences que les Gallois, réellement handicapés par celle de Ramsey, qui a forcé Bale à s’éloigner de la zone de vérité. Après une première mi-temps fermée, le but de Ronaldo a pesé très lourd, ouvrant des espaces en faveur des Portugais alors que les Gallois perdaient leur cohésion pour tenter de revenir.

En atteignant la finale, le Portugal arrive au bout d’un parcours qui paraissait inespéré à l’issue des deux premières journées. L’Islande, en battant l’Autriche, les a envoyés dans la bonne partie du tableau, et les coéquipiers de Ronaldo se sont faits un plaisir de faire déjouer leurs adversaires (Croatie et Pays de Galles en tête). Reste à savoir s’ils sauront franchir la dernière marche en étant dans la peau de l’outsider.












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1 réponse

  1. homerc dit :

    Il y a aussi que les 2 premiers ballons récupérés au pressing Ronaldo par seul et se fait faucher sans faute et le second amène le centre ou Collins commet une faute qui doit être sanctionné d’un pénalty.
    Celà peut décanter le match plus vite et à incité Cristiano à moins presser qu’en début de match mais simplement se replacer.
    Danilo m’a dessus car il a un jeu à casser les lignes (à Porto notamment en LDC) et hier il s’est contenté de jouer à la baballe.

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