La Belgique, en route pour l’Euro ?

Dimanche soir, la Belgique a réalisé une démonstration de force en passant 4 buts à l’équipe de France à Saint-Denis. Plus impliqués que leurs adversaires, les hommes de Marc Wilmots ont dominé la rencontre dans tous les domaines pendant 70 minutes de jeu, confirmant leur progression depuis leur élimination en quart de finale de la Coupe du Monde 2014.

L’équipe-type :

Concernant le système de jeu, rien n’a changé depuis la défaite face à l’Argentine. Les Belges évoluent toujours en 4-3-3 avec une pointe basse et deux relayeurs dans l’entrejeu. Positionné devant la défense au Brésil, Witsel profite de l’éclosion de Nainggolan à la Roma et au niveau international pour monter d’un cran.

Face à l’équipe de France, la Belgique devait se passer des services de Kompany. Le défenseur de Manchester City était remplacé par son jeune coéquipier Denayer au sein d’une arrière-garde sans latéral de métier. Vertonghen et Alderweireld évoluaient dans les couloirs, couvrant deux ailiers (trop ?) portés vers l’avant, Mertens et Hazard.

Le système défensif : 

Ce qui frappe avant tout lorsque l’on (re)découvre cette équipe des Diables Rouges, c’est sa densité physique. Face à Cabaye, Sissoko et Matuidi, les milieux belges ont répondu au défi athlétique. Lorsque les Français devaient relancer, les consignes étaient claires : Benteke restait seul entre les deux stoppeurs, tandis que ses trois milieux de terrain suivaient leurs homologues bleus.

Lorsqu’il décrochait entre ses centraux en espérant se créer de l’espace, Cabaye était suivi de près par Fellaini (ou Witsel selon sa position initiale). Difficile dès lors pour les milieux français d’offrir des solutions à leurs défenseurs. Durant les premières minutes, ce sont même ces derniers qui ont effectué les relances : d’abord Trémoulinas avec un appui sur Giroud, en avance sur la défense belge, puis Varane sur une transversale à destination de l’ancien latéral girondin.

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Les Belges laissent la balle à leurs adversaires mais bloquent les solutions courtes dans l’axe. Les latéraux peuvent toutefois se rendre disponibles, n’étant pas suivis par Mertens ou Hazard lorsqu’ils décrochent.

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Sur le jeu direct, les défenseurs belges suivent ensuite de très près leurs adversaires. Ici, Denayer sort afin d’empêcher Giroud de se retourner.

La Belgique joue donc sur l’avantage athlétique de ses milieux de terrain afin de forcer son adversaire à jouer direct en sautant l’entrejeu. Aux défenseurs ensuite de prendre l’avantage dans les duels (Giroud vs Denayer). Lorsqu’elle doit redescendre, l’équipe est ensuite capable de se replier rapidement.

Le marquage individuel dans l’entrejeu se relâche et Nainggolan se rapproche de ses défenseurs pour les protéger. Benteke reste devant, milieux et ailiers redescendent et un bloc très dense se forme autour de la surface de réparation de Courtois. L’objectif est d’empêcher tous les relais adverses à l’intérieur afin de forcer l’adversaire à contourner. Les Belges s’appuient ensuite sur leur avantage athlétique pour prendre le dessus dans leur surface de réparation (32 dégagements et 20 contres en 90 minutes).

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En phase défensive, le bloc belge se replie et accompagne la circulation du ballon en orientant le porteur vers les extérieurs. Dans le coeur du jeu, le surnombre permet de suivre de très près les relais proposés par l’adversaire.

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La densité belge dans sa surface, exemple 1 : les contres.

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La densité belge dans sa surface, exemple 2 : les dégagements.

Les points faibles : 

Le 3 contre 3 entre les milieux de terrain a les défauts de ses qualités. Face aux Bleus, les milieux belges se sont retrouvés en infériorité numérique sur les décrochages et autres changements de zone de Valbuena et Griezmann. Les deux offensifs français trouvaient ensuite des solutions sur les côtés avec les montées de Sagna et Trémoulinas, qui passaient dans le dos de Hazard et Mertens.

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Le 3 contre 3 peut être mis à mal lorsqu’un milieu offensif décroche (Valbuena). Des espaces sont alors à exploiter dans les couloirs.

Problème, les Bleus ont été trop approximatifs techniquement – comme face au Brésil – pour pouvoir profiter de ces décalages, laissant assez de temps aux Belges pour se replier. Une autre « faiblesse » : les prises d’initiative des latéraux peuvent permettre de déjouer la pression belge sur l’entrejeu. Sans relais, leurs montées peuvent suffire pour offrir des solutions sur les extérieurs pour peu que Vertonghen et Alderweireld soient attirés dans l’axe par leurs adversaires directs.

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Une fois libéré de la présence de Benteke, les défenseurs français ont un coup à jouer en cherchant l’opposé pour jouer dans le dos des deux joueurs de couloirs adverses : ici, Varane pour Trémoulinas dans le dos de Mertens et Vertonghen.

C’est aussi en passant par les couloirs en fin de partie que les Bleus ont réduit le score. Le passage en 4-2-3-1 avait déjà changé la donne tactiquement en ajoutant un relais supplémentaire « dans » le bloc défensif des Belges. L’entrée en jeu de Ntep sur l’aile gauche a apporté une solution de percussion bienvenue pour profiter des espaces volontairement concédés sur les côtés.

Sa combinaison avec Fekir sur le 2e but des Bleus illustre parfaitement cela. Pas forcément latéraux de métier, Alderweireld et Vertonghen auront sans doute d’autres occasions de souffrir face à des ailiers plus vifs qu’eux. Le but de Payet est lui venu couronné une belle action côté droit, qui a vu les Français éviter le centre pour rechercher la solution par la passe. Si la finition du Marseillais est superbe, la construction est aussi à retenir pour les futurs adversaires des Diables Rouges : face à la Belgique plus que face à d’autres équipes, mieux vaut rechercher « l’extra-pass » sur les côtés.

Le système offensif : 

Avec le ballon, les Diables Rouges ont plusieurs moyens de sortir de leur moitié de terrain. Fellaini et Benteke (ou Lukaku) offrent deux solutions pour Thibaut Courtois et ses défenseurs en cas de jeu long (privilégié face aux Bleus). Dans le cas contraire, l’équipe peut s’appuyer sur la qualité technique de Lombaerts, Kompany et Nainggolan pour effectuer la première passe. Le jeune Denayer a aussi affiché de belles promesses dans ce registre au Stade de France.

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Sur le jeu long, la Belgique s’appuie sur Fellaini (6 duels aériens) et Benteke (4).

Mais le vrai plus côté belge par rapport à la dernière Coupe du Monde tient dans la montée en puissance d’Eden Hazard. Beaucoup plus libre qu’à Chelsea, où il laisse les clés du jeu à Fabregas ou Oscar, l’ancien Lillois prend les choses en main en sélection. Dès que le ballon est aux abords de la ligne médiane, il n’hésite pas à revenir jusqu’au niveau de Nainggolan, soit son milieu le plus reculé, pour s’emparer du ballon et tenter d’accélérer le jeu.

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Hazard redescend parfois plus bas que Fellaini et Witsel pour prendre le jeu en main.

Hazard face à la France, c'est 39 ballons touchés, soit pile entre les 35 de Witsel et les 43 de Fellaini.

Hazard face à la France, c’est 39 ballons touchés, soit pile entre les 35 de Witsel et les 43 de Fellaini.

Witsel et Fellaini s’effacent derrière leur maître à jouer et se transforment en relais dans la moitié de terrain adverse. Hazard avec le ballon, c’est la garantie de focaliser l’attention de plusieurs adversaires. Les Bleus ont ainsi souvent été contraints de resserrer leur milieu de terrain autour de lui. Conséquence, des espaces qui s’ouvrent dans les couloirs pour les montées de Vertonghen et Alderweireld.

Si le latéral gauche n’a envoyé qu’un seul centre dans la surface française, son pendant à droite s’est montré beaucoup plus actif. Avec 25 passes (sur 57 au total) réalisées dans le dernier tiers, Alderweireld est le joueur belge qui a le plus porté le jeu aux abords de la surface de Lloris. Auteur de 5 centres (passeur décisif sur le second but de Fellaini), il avait aussi pour mission de rechercher Mertens dans la profondeur (3 centres pour lui).

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Les centres envoyés par la Belgique face à la France : le jeu penchait clairement à droite.

Loin d’être esthétique, l’animation belge n’en reste pas moins efficace. L’équipe s’appuie sur le talent de Hazard pour préparer les actions : soit il trouve la faille, soit il obtient une faute ou permet de créer un décalage. In fine, la Belgique peut s’en tirer rapidement avec une situation (centre, coup de pied arrêté) qui lui offre la possibilité de faire la différence dans les airs, grâce à Fellaini, Benteke ou Witsel.

Face à des Français bien moins motivés par le derby, cela a suffit. Seul point noir de la soirée au Stade de France, le rendement insuffisant de Benteke, rarement trouvé à la pointe de l’attaque.

Nainggolan : la pièce manquante au puzzle ? 

Auteur d’une superbe saison avec la Roma, Nainggolan était le joueur à suivre dimanche soir au Stade de France. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas déçu. Positionné plus bas qu’avec son club, il a rendu une excellente copie. Sobre dans l’orientation du jeu (45 passes), ses qualités défensives font de lui un n°6 plus efficace pour le système de jeu belge que ne l’était Witsel.

S’il permet de renforcer la défense lorsque celle-ci est repliée, son apport est extrêmement important dans le camp adverse. Fellaini et Witsel étant attirés par la surface (nécessité d’être à la réception des centres), l’équipe peut vite souffrir d’un problème d’équilibre. L’énergie de Nainggolan en couverture et sur les deuxièmes ballons est un plus indéniable pour la Belgique lorsqu’il s’agit de réagir à la perte. Son but a d’ailleurs symbolisé ce qu’il pouvait apporter dans cette zone du terrain.

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Nainggolan jaillit dans le dos de Griezmann pour récupérer le ballon. Un relais avec Fellaini plus tard, il se lance vers les buts de Lloris et décoche une frappe qui trompe le gardien de Tottenham.

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L’explosivité de Nainggolan lui permet de prévenir les contres adverses en bloquant les adversaires chargés de la mener (ici : Valbuena et Griezmann avec Alderweireld).

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Ici, Vertonghen est en retard par rapport à Griezmann… et Nainggolan trop avancé – attiré par Sissoko -. Heureusement pour les Belges, l’enchaînement entre Griezmann et Valbuena n’aboutira pas.

Conclusion : 

Très mécontent de la performance de ses Bleus, Didier Deschamps a peut-être dans un coin de sa tête apprécier celle de l’équipe adverse… Car la Belgique de Marc Wilmots se rapprochait énormément de l’idéal d’une équipe coachée par le sélectionneur des Bleus : pas forcément brillante ou dominatrice, mais efficace dans les deux surfaces et s’appuyant sur ses capacités physiques et athlétiques pour prendre l’avantage.

L’équipe possède encore une belle marge de progression (utilisation de l’avant-centre, automatismes autour de Hazard, équilibre des attaques…) sur le plan offensif, et reste dépendante de la forme de ses cadres (logique quand on joue sur le au défi physique). Mais personne ne sachant aujourd’hui quelle sera la forme physique des Belges l’été prochain, difficile de faire des projections sur le niveau qu’elle aura dans un an.

Par ailleurs, son plan de jeu pourrait se heurter à un collectif plus élaboré ; mais avec une Espagne en reconstruction, difficile d’imaginer une telle sélection à l’Euro dès l’été prochain. Reste à savoir si Marc Wilmots sera toujours le sélectionneur des Belges dans une semaine… 


 

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