Allemagne 1-0 Espagne : l’analyse de la Finale de l’Euro Espoirs

Deux jours avant le sacre des A en finale de la Coupe des Confédérations, les Espoirs allemands avaient soulevé un premier trophée en remportant l’Euro Espoirs.

Au coup d’envoi de leur finale, ils ne faisaient pourtant pas figure de favoris, se retrouvant face à une Espagne forte de plusieurs individualités (Saul, Asensio, Deulofeu, Ceballos…). Mais ces dernières n’ont rien pu faire face à un collectif allemand qui a contrôlé la première mi-temps pour passer devant au tableau d’affichage, avant de gérer son but d’avance.

Les compos :

Pas de surprise au coup d’envoi, mais un regret côté allemand : Dahoud était toujours absent, puni depuis son erreur qui avait coûté la défaite face à l’Italie (0-1). Côté espagnol en revanche, toutes les stars étaient sur la pelouse.

compo

L’Allemagne stoppe l’Espagne au milieu :

Pour résister à une équipe qui s’appuie sur Asensio, Ceballos ou Saul Niguez pour attaquer, la première étape est de l’empêcher de trouver ces derniers dans les zones dangereuses. En d’autres termes, pour que l’Allemagne remporte cet Euro, il fallait d’abord qu’elle bloque la progression espagnole.

Pour cela, elle a dû se montrer efficace dans plusieurs domaines. En première mi-temps, Kepa -le gardien espagnol- a souvent choisi de relancer long en visant la tête de Saul Niguez -un tactique déjà utilisée par Simeone à l’Atletico-.

Sur ces séquences, les Espagnols se sont heurtés à un bloc allemand bien compact et répondant présent sur les deuxièmes ballons. Saul était bien pris dans les airs et, surtout, le porteur de balle à la retombée se retrouvait très vite mis sous la pression des milieux allemands, parfois à 4 ou 5 dans la zone pour l’encercler.

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Sur les 45 premières minutes de jeu, les Espagnols n’ont réussi qu’une seule séquence à partir de ces relances. Une action qui s’est achevée côté opposée avec un centre d’Asensio contré qui a terminé sa course en corner (12e). C’est sur ce dernier qu’ils se sont crées leur meilleure occasion du match (tête non-cadrée de Bellerin, 13e).

Les Espagnols avaient tellement de difficulté pour ressortir correctement qu’Asensio s’est vite senti obligé de décrocher jusque dans ses 30 mètres pour mettre son équipe dans le bon sens (sans forcément réussir vu que l’équipe ne pouvait plus compter sur ses talents plus haut sur le terrain).

En faisant cela, le milieu de terrain du Real Madrid essayait de compenser les absences de Llorente ou Ceballos, invisibles (ou presque) à la construction pendant ce premier acte.

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Avantage Allemagne dans l’entrejeu

Après la pause, Llorente a quand même pris un peu plus de responsabilités en offrant une 3ème solution sur les relances de son gardien de but. Sans doute pour étirer le bloc allemand, les Espagnols ont commencé à privilégier les relances courtes.

Problème, les Allemands avaient là aussi une réponse à leur proposer. Leur 4-4-2 à plat se muait en 4-3-3. Maxi Arnold sortait en pointe du milieu pour contrer le surnombre et presser Llorente lorsque ce dernier recevait le ballon.

Dans le deuxième rideau, Haberer accompagnait les décrochages adverses -principalement ceux de Ceballos-. Il cherchait à les orienter vers les côtés où attendaient Gnabry, Weiser et leurs latéraux. A noter que lorsqu’il sortait, il était à son tour couvert par Maxi Arnold qui se repositionnait, sa position étant couverte par l’un des attaquants qui revenait dans l’axe.

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Une Espagne privée de transitions :

Dernier point-clé pour la défense allemande, la réactivité à la perte du ballon. Depuis le début de l’Euro, l’Espagne s’était spécialisée dans l’art d punir ses adversaires sur des contres fulgurants.

Pour éviter cela, les Allemands ont fait preuve de beaucoup de solidarité à la perte de balle, en plus de jouer avec intelligence (voir par ailleurs). Lorsqu’ils rendaient le ballon dans le camp adverse, tous ou presque faisaient l’effort pour revenir et ainsi mettre leur défense dans une situation plus confortable.

Tous les joueurs ont adhéré, même ceux qui ne sont pas forcément connus pour leur travail défensif en club. On peut notamment citer le cas de Gnabry, qui aurait pu mieux négocier certaines situations en attaque mais n’a jamais lâché lorsqu’il fallait défendre.

Maxi Arnold et Meyer face à la passivité espagnole

Contrairement aux générations précédentes, qui avaient gagné en 2013 et 2015, l’Espagne est arrivée en finale de cet Euro sans dominer son sujet. L’équipe de Celades n’a jamais vraiment chercher à avoir la possession dans ses rencontres, privilégiant souvent l’attente -même face à la Macédoine- afin d’utiliser la vitesse de Asensio ou Deulofeu en contre-attaque.

Cette attitude « spéculatrice » lui a cette fois joué des tours. S’ils prenaient la pression de Ceballos ou Saul dans l’axe, les milieux allemands se sont vite rendus compte qu’ils étaient plus tranquilles s’ils se déplaçaient sur les côtés.

Asensio et Deulofeu étaient focalisés sur les positions des latéraux allemands. Si ces derniers montaient, les deux Espagnols reculaient et laissaient beaucoup de champ libre dans les couloirs au milieu de terrain.

Très vite, Maxi Arnold et Meyer se sont déplacés dans ces zones. Le premier héritait du ballon à 40m des buts tandis que le second se déplaçait entre les lignes espagnoles. Aux premières loges à droite, Saul était pris entre la nécessité de sortir cadrer le porteur et le danger que représentait Meyer dans son dos.

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Ce cas précis illustrait un problème plus global : l’Espagne ne défendait pas ensemble. En théorie, il aurait fallu qu’un autre joueur se dévoue pour empêcher le surnombre allemand. Placé devant la défense, Llorente était l’adversaire naturel de Meyer mais il n’a jamais quitté l’axe, laissant les Allemands combiner à loisir sur leur côté gauche pendant plus de 20 minutes.

L’envie d’attendre des Espagnols s’est ainsi transformée en une passivité pesante. Certes, les occasions franches n’arrivaient pas non plus côté allemand, mais le souci était que la Roja avait beaucoup de mal à reprendre le contrôle du ballon dans sa moitié de terrain… Résultat, cela réduisait quasiment à néant ses espoirs de contre-attaque.

Les Allemands ont en plus joué très intelligemment pour éviter d’en donner. Chargé de donner le tempo, Maxi Arnold a bien lu les situations, évitant d’aller de l’avant lorsque les conditions n’étaient pas réunies pour « bien attaquer ». Dans ce cas, l’Allemagne n’hésitait pas à repasser par ses défenseurs pour faire tourner en attendant l’ouverture.

Après avoir concedé plusieurs attaques sur leur côté droit, les Espagnols ont essayé d’apporter une réponse tactique à ce problème. Au lieu de rester en 451, les joueurs de Celades ont fait front en 442. L’ajout d’un joueur en première ligne leur permettait de mieux gérer les déplacements de Maxi Arnold et Meyer.

Cette adaptation ne réglait toutefois pas le problème des duels perdus et les fautes de placement. L’ouverture du score allemande (Weiser, 40e) est venu récompenser la supériorité de la Mannschaft durant la première mi-temps, tout en illustrant les faiblesses espagnoles : sur l’action, Toljan se sort d’un deux contre un pour centrer alors que Weiser reprend la balle de la tête entre deux défenseurs.

L’Allemagne en tête, un nouveau match commence :

Ce but a ouvert un nouveau chapitre dans ce match… et même dans le tournoi puisque pour la première fois, l’Espagne était mené au score.

Sur le terrain, cela s’est traduit par une Roja bien plus active au retour des vestiaires. Elle ne laissait plus le temps à la Mannschaft de mettre son jeu en place. En cas de passe en retrait vers Stark ou Kempf, les Espagnols sortaient au pressing pour les forcer à allonger… et finalement rendre le ballon.

Car ces courses supplémentaires ont confirmé une tendance que l’on n’avait qu’entraperçu en début de match : sous pression, les Allemands ont eu beaucoup plus de mal à sortir de leur camp et conserver le ballon.

D’une mi-temps à l’autre, la possession a ainsi largement basculé en faveur de l’Espagne : de 55/45 pour l’Allemagne, les pourcentages sont passés à 73/27 pour la Roja. Mais ce n’était pas le tout d’avoir le ballon, encore fallait-il l’amener dans de bonnes conditions jusque dans la surface de Pollersbeck.

L’évolution des Expected Goals (voir ci-dessous) suffit pour comprendre que ce n’est pas ce qu’il s’est passé. L’Allemagne a eu beau avoir moins la balle après la pause, elle a plus produit que l’Espagne… car l’équipe de Celades a eu les mêmes soucis qu’en première mi-temps lorsqu’il fallait progresser dans la moitié de terrain adverse.

L’Espagne : quand les talents ne suffisent plus

On l’a mentionné plusieurs fois : pour arriver en finale, l’Espagne s’est souvent reposée sur ses individualités. Asensio avait ouvert le bal avec un triplé contre la Macédoine, Saul lui avait répondu en demi-finale face à l’Italie. Collectivement en revanche, l’équipe n’a jamais vraiment convaincu.

En finale, les vedettes auraient encore pu sauver les meubles. Saul (58e) et Ceballos (72e) ont inquiété Pollersbeck sur des frappes lointaines en deuxième mi-temps. Depuis l’aile gauche, Deulofeu a aussi eu son occasion (76e), voyant son tir dévié par un défenseur.

Mais alors que la Mannschaft répétait un football bien préparé, toutes les actions espagnoles étaient individuelles. La faute à un manque de mouvements et de solutions autour du porteur.

Alors que les Allemands couraient ensemble, les joueurs d’Albert Celades se montraient à tour de rôle. Le porteur de balle bougeait, une solution se proposait (parfois)… A part ça, le néant ou presque. Les autres restaient spectateurs, à l’exception de rares combinaisons sur les ailes lorsque Asensio ou Deulofeu cherchaient leurs latéraux (Bellerin).

Cette absence de mouvements s’est traduite par la disparition quasi-totale du 3e homme, qui a pourtant marqué l’histoire récente du football ibérique… Plusieurs fois pendant la 2ème mi-temps, on a vu les défenseurs espagnols toucher Sandro en pointe dos au but : le 1er homme trouvait le 2nd donc, mais aucun partenaire ne se proposait pour faire le 3e.

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Sans solutions collectives élaborées, les attaques ne pouvaient passer que par les individualités. Mais on l’a vu plus haut : Asensio a été très discret, évoluant souvent plus bas que Ceballos. Saul s’est très peu projeté, à l’exception de son tir en deuxième mi-temps. Quant à Deulofeu, il a tout raté ou presque, devenant un véritable trou noir dans la circulation de balle espagnole (cf. passmap ci-dessous).

Passé un petit temps fort en début de deuxième mi-temps, les Espagnols ont été incapables d’approcher le but de Pollersbeck. Comme le montrait les Expected Goals postés un peu plus haut, c’est même l’Allemagne qui s’est crée les meilleures occasions malgré ses 27% de possession.

Incapable de trouver des solutions entre les lignes, la Roja a fini la rencontre en cherchant à les sauter pour alerter Inaki Williams dans la profondeur. Sans succès non plus, la charnière Kempf-Stark se montrant très solide à chaque sollicitation.

Conclusion :

Un nouveau cas d’école pour illustrer la formule voulant qu’un bon collectif est toujours supérieur à une somme d’individualités.

L’Allemagne a fait le match qu’il fallait, maîtrisant la partie à 0-0 et contrôlant son adversaire après avoir ouvert le score. Avec le ballon, Maxi Arnold et Meyer ont donné le ton au milieu de terrain, alors que tous ont répondu présents défensivement.

Pour l’Espagne, la question qui se pose est celle de l’origine de cet échec en finale. L’approche tactique de Celades, plus passive que celle de ses prédécesseurs vainqueurs en 2011 et 2013, n’a certainement pas mis ses milieux dans les meilleures conditions. Llorente et Ceballos sont faits pour avoir le ballon, pas pour courir après.

De la même façon, le fait de se reposer sur les transitions pendant la majeure partie du tournoi a fait que l’Espagne s’est retrouvée en grande difficulté dès lors qu’elle a dû faire le jeu, une fois menée au score. Bref, la Roja a oublié d’où elle venait et le football l’a logiquement sanctionnée.

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2 réponses

  1. Figoso dit :

    Merci pour ton analyse, comme toujours très intéressante.
    Est-ce que tu feras aussi une analyse sur la finale de la Coupe des Confédérations entre le Chili et l’Allemagne ?

  2. Mario dit :

    Salut,
    Merci pour cette analyse très détaillée et intéressante. Je trouve pour ma part que les Allemands ont très bien géré le match après avoir ouvert le score. Malgré toutes les tentatives des Espagnols, la défense de la Mannschaft n’a pas cédé.
    A+

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