Espagne 3-0 Norvège, l’analyse tactique

Grands favoris de cet Euro Espoirs 2013, les Espagnols avaient rendez-vous samedi après-midi avec leurs homologues norvégiens pour une place en finale de la compétition. Dominateurs de la première à la dernière minute de la partie, ils ont rempli leur objectif du jour, face à des adversaires résistants mais qui ont sombré dans une final qui les a obligés à se découvrir.

L’Espagne sur le modèle catalan :

Loin du double pivot de Vicente Del Bosque, qui a tout de même permis à l’Espagne de confirmer son règne sur le monde du football en 2010 et 2012, les U21 espagnols travaillent sur une base en 4-3-3. En 2011, la Rojita était allé chercher son titre de championne d’Europe grâce, notamment, à un trio Javi Martinez, Ander Herrera et Thiago Alcantara dans l’entrejeu. Deux ans plus tard, le Barcelonais est toujours présent dans le groupe, mais il est désormais assisté de Asier Illarramendi et Koke (Atletico Madrid). Ce milieu à trois est complété par Isco qui, dès que possible, rentre dans l’axe depuis l’aile qui lui est assigné pour offrir des solutions (De Gea – Montoya, Bartra, Inigo Martinez, Moreno – Illarramendi, Thiago, Koke – Isco, Tello, Rodrigo).

Face à ce 4-3-3, la Norvège, tombeuse -s’il faut le rappeler- de l’équipe de France lors des barrages il y a quelques mois, avait fait le choix du 4-5-1 (Nyland – Elabdellaoui, Berge, Strandberg, Hedenstad – Berget, Henriksen, Johansen, Eikrem, King – Pedersen). Lorsque l’Espagne devait repartir de ses buts, le système de jeu norvégien se transformait en 4-2-3-1 afin d’empêcher De Gea de trouver des solutions courtes et de le forcer à jouer long. Toutefois, le bon jeu au pied du gardien mancunien lui permettait de trouver des zones où ses partenaires étaient en mesure de remporter les seconds ballons, à défaut des duels aériens.

L’Espagne et ses milieux à tout faire :

Dès que l’Espagne sortait le ballon « proprement » de ses 30 mètres, les Norvégiens étaient amenés à rapidement se replier afin de faire face à la construction adverse. Les Scandinaves se repliaient dans leur moitié de terrain, ne laissant que le seul Pedersen dans le camp espagnol. L’avant-centre évoluait dans le rond central et cherchait principalement à couper la relation entre les défenseurs centraux (Inigo Martinez et Bartra) et le milieu le plus reculé côté espagnol (Illarramendi). Derrière, une ligne de cinq bien compacte faisait front dans l’entrejeu afin de limiter au maximum les risques de voir la relance espagnole briser le premier rideau norvégien sur une passe ou un dribble.

Face à une une telle situation, l’Espagne devait répondre par la circulation des hommes au milieu de terrain. Koke et Thiago ont ainsi multiplié les décrochages afin de se rendre disponibles pour les premières passes de leurs défenseurs. Sur chacun de leurs déplacements, ils entraînaient avec eux la sortie d’un des milieux axiaux norvégiens, chargé de leur mettre la pression -rappel : à l’instar du 4-5-1 milanais qui faisait sortir à tour de rôle Muntari ou Montolivo sur les relayeurs du Barça-. Mais ce système avait ses limites en raison de la capacité des Espagnols à échanger leurs rôles au milieu de terrain. Illarramendi, Thiago et Koke étaient en effet capables de permuter sans difficulté dans l’entrejeu, si bien que quand l’un d’entre eux décrochait (ex : Koke), celui en position reculé au départ du mouvement (ex : Illarramendi) montait d’un cran afin d’offrir une solution supplémentaire devant.

dgf

L’Espagne fait circuler la balle dans son camp. La Norvège ne laisse que le seul Pedersen en pointe. La ligne de cinq permet de limiter le risque de voir les défenseurs trouver une passe à destination des attaquants. Koke et Illarramendi sont suivis de près. Thiago bénéficie lui d’une certaine liberté puisque l’action se déroule pour le moment à l’opposée.

dfg

L’Espagne revient dans le coeur du jeu alors que ses milieux amorcent un changement d’organisation. Koke et Thiago vont se retrouver à proximité des défenseurs centraux. En réaction, Illarramendi quitte sa position et la zone de Pedersen pour aller offrir une solution dans le camp adverse.

Koke et Thiago décrochent pour assurer la relance, faisant sortir avec eux les deux relayeurs norvégiens qui se retrouvent à hauteur de leur avant-centre. Quand les deux Espagnols redescendent, Illarramendi monte dans le camp adverse afin d'offrir une solution dans le coeur du jeu. Grâce aussi aux déplacements de Isco et de Rodrigo, l'Espagne

Koke et Thiago assurent la relance, faisant sortir avec eux les deux relayeurs norvégiens qui se retrouvent à hauteur de leur avant-centre. Illarramendi se retrouve lui dans la zone de Johansen, resté devant la défense. Il ajoute sa présence à celles de Isco -de l’aile vers l’axe- et de Rodrigo qui peut lui aussi décrocher de sa position d’avant-centre.

A défaut de trouver des solutions pour aller de l’avant, les déplacements des trois milieux espagnols permettaient de resserrer la ligne de cinq norvégienne et de libérer des espaces dans les couloirs. Les premiers mouvements espagnols se sont développés de cette manière dans le couloir droit : Montoya devenait un relais pour la relance espagnole. Le latéral droit du Barça avait ensuite autour de lui plusieurs solutions entre les démarrages de Thiago, le positionnement avancé de Illarramendi et les courses entre les lignes de Isco ou Rodrigo. Capable de fixer le bloc norvégien de ce côté, la Rojita renversait parfois le jeu afin d’offrir à Tello et son latéral (Moreno) des situations idéales pour accélérer sur l’aile gauche.

La Norvège plie mais ne rompt pas :

Au fil des minutes, la Norvège n’a pas eu d’autre option que d’accepter la domination espagnole en tentant au mieux de résister dans l’entrejeu. La Roja a alors commencé à sauter cette zone pour atteindre directement ses attaquants. Passé sur l’aile gauche après avoir débuté à droite, Tello est devenu la cible de la majorité des transversales espagnoles, se retrouvant à plusieurs reprises avec des un-contre-un à jouer avec le latéral droit norvégien, Elabedllaoui. La liberté laissée aux Espagnols dans leur moitié de terrain leur permettait d’ajuster leurs longs ballons à destination des attaquants, mais le bon repli adverse limitait leur dangerosité dans les 20 derniers mètres, même si le talent d’Isco lui a permis de se créer plusieurs opportunités à mi-distance. Les provocations de Tello ou Rodrigo sur les ailes ont aussi offert plusieurs corners à la Rojita, dont celui à l’origine de l’ouverture du score (Rodrigo, 45e).

espagne-long

En plus d’offrir des solutions dans les 30 derniers mètres adverses, Isco décrochait parfois au niveau de la ligne médiane afin de participer à la mise en route des offensives espagnoles. Il formait alors un véritable carré de créateurs avec Koke, Thiago et Illarramendi. Ses décrochages avaient le don d’attirer le milieu norvégien loin de sa défense, permettant ensuite de jouer long à destination de Tello ou Rodrigo.

Plutôt bien en place défensivement, la Norvège peinait toutefois à approcher les buts de De Gea. Le pressing espagnol, focalisé sur la transition adverse (marquage des milieux et des latéraux), la forçait la plupart du temps à jour long ou à passer par les côtés. Dans les deux cas, le 4-3-3 espagnol se montrait très efficace à la récupération. Sur les longs ballons, les défenseurs maîtrisaient le domaine aérien et le repli des milieux a généralement permis de contrôler la pression des Norvégiens sur les seconds ballons. En cas de remontée de balle par les couloirs, les milieux espagnols coulissaient efficacement sur les côtés, permettant d’enfermer leurs adversaires le long de la ligne de touche et facilitant ainsi le travail des latéraux en couverture.

Différence et contrôle :

L’Espagne ayant débloqué le score juste avant la mi-temps, la Norvège n’a pas eu d’autre choix que de revenir avec plus d’armes offensives après la pause. Au retour des vestiaires, Nielsen est entré en jeu sur l’aile gauche (à la place de King, 46e). Plus porté vers l’avant, il n’a pas hésité à dézoner pour tenter d’apporter un surplus d’agressivité à la retombée des longs ballons de sa défense. Le score n’évoluant pas, la Norvège a basculé en 4-2-3-1 afin de mettre une pression supplémentaire sur la relance espagnole.

Au lieu de compter sur le seul Pedersen devant, pour couper la relation entre la défense et le milieu espagnol, les relayeurs norvégiens poussaient un peu plus le pressing afin d’aller jusqu’à Bartra ou Inigo Martinez. En réaction à cette situation, Isco a décroché plus souvent dans l’entrejeu afin de créer un surnombre en faveur des Espagnols, par rapport aux deux milieux de terrain norvégiens restés devant la défense. L’aisance technique des « premiers passeurs », capables de se défaire de la pression adverse sans difficulté, a aussi facilité la tâche de la Rojita. Entre les déplacements de Isco, les montées des latéraux et les permutations entre Koke, Thiago et Illarramendi, l’Espagne était en mesure de trouver des solutions pour mettre à mal la première ligne adverse.

Tout s’est aggravé dans le final pour la Norvège, suite à la blessure de Johansen obligé de céder sa place à Berisha. Après ce remplacement, la Norvège est passé en 4-4-2 losange avec le seul Nordtveidt devant la défense. Berisha et Nielsen occupaient les ailes derrière un trio offensif composé de Berget, Pedersen et Henriksen. Pendant quelques minutes, les attaquants norvégiens ont fait illusion en mettant une pression suffisante sur la défense espagnole pour la forcer à allonger. Mais sur la première action construite, les Espagnols ont trouvé la faille dans la défense adverse pour faire le break, grâce à une magnifique finition de Isco. Dans les arrêts de jeu, Morata a clôturé la marque à 3-0 afin de confirmer encore un peu plus la supériorité espagnole.

Conclusion :

Même si la Norvège a plutôt bien résisté pendant 87 minutes, l’Espagne a totalement assumé son statut de grand favori de cet Euro 2013. Dans l’entrejeu, Illarramendi, Koke et Thiago savent tout faire et en profitent, en permutant à loisir pour perturber les marquages adverses. Dès que l’un décroche, l’autre va de l’avant et se retrouve en mesure d’exploiter l’espace qui pourrait être crée par le déplacement du premier. Pour ne rien arranger à cette affaire, Isco complète parfaitement ce trio, transformant celui-ci en quatuor capable de répondre à beaucoup de situations. Sachant qu’en plus la charnière Inigo-Bartra est solide et que les attaquants sont en forme (Rodrigo et Morata buteurs), il est difficile d’imaginer les Espagnols laisser échapper la finale mardi soir.

Vous aimerez aussi...

3 réponses

  1. RodeDuivel dit :

    Très bonne analyse! Au moins aussi bonne que la qualité tactique des espagnols, hier!

    PS: Vraiment dommage que les Belges n’est pas su finir devant ses Norvégiens en phase de Qualifs! J’aurais aimé les voir durant cet Euro U21!

  2. Lamarche dit :

    Un match sans surprise pour ma part! L’équipe espagnole a dès le départ été avantagée par une tactique qui a fait ses preuves. On va voir si la suite sera toujours une simple promenade.

  1. 19 juin 2013

    […] quasiment rien changé au système qui avait facilement battu la Norvège en demi-finale (lire : Espagne 3-0 Norvège, l'analyse tactique). Meilleur buteur de la compétition jusqu'ici, Morata remplaçait Rodrigo à la pointe du 4-3-3 […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *