Espanyol 1-1 Barcelone, l’analyse tactique

Auréolé d’un titre de champion du monde des clubs fin 2011, le FC Barcelone reprenait le championnat dimanche soir avec un rendez-vous toujours spécial face à l’Espanyol. Bousculé d’entrée, il a su profiter du déchet technique adverse pour prendre les devants avant de tomber dans la sur-gestion de la rencontre et d’être finalement justement puni en fin de partie. Retour sur un très beau derby.

Les compositions :

A priori, Mauricio Pochettino décide de débuter la rencontre en opposant un 4-2-3-1 à l’organisation barcelonaise. Côté français, on note la présence du jeune Bifouma qui forme le trio d’attaque avec Sergio Garcia et Weiss : Alvarez (25) – Rodriguez (3), Amat (5), Moreno (15), Didac (22) – Forlin (18), Romaric (11), Verdu (10) – Bifouma (39), Weiss (17), Sergio Garcia (9).

Côté Barça, Pep Guardiola peut compter sur l’ensemble de son effectif normalement titulaire, excepté Villa indisponible pour plusieurs mois. L’entraîneur catalan présente un onze de départ qui ressemble au onze-type du moment : Valdès (1) – Puyol (5), Piqué (3), Abidal (22) – Busquets (16), Xavi (6), Iniesta (8), Fabregas (4) – Messi (10), Sanchez (9), Alves (2).

Première mi-temps :

Au coup d’envoi, le doute subsiste encore quand à l’organisation du Barça. Les premières minutes de la rencontre dévoilent un Daniel Alves aussi haut sur le flanc droit que l’est Sanchez à gauche. Pour ce premier match de la saison, le FC Barcelone évolue bien en 3-4-3. L’Espanyol ne s’y trompe pas et lance un gros pressing sur le quatuor de l’arrière à chaque fois que Barcelone doit repartir de ses 25 derniers mètres : les trois attaquants s’opposent aux trois défenseurs et, quand ce n’est pas Sergio Garcia, Verdu évolue dans la zone de Busquets. Derrière ce quatuor, les milieux (Romaric, Forlin) suivent pour gérer Xavi, Iniesta ou Fabregas. Parfois, les défenseurs n’hésitent pas non plus à sortir de leur ligne pour suivre les décrochages de Messi, Sanchez ou Alves. Moreno se montre particulièrement inspiré en début de partie dans cet exercice.

Pris à la gorge, le Barça a besoin d’utiliser la largeur pour se défaire de la pression adverse. Rapidement, il réorganise son milieu de terrain afin d’étirer un maximum le bloc adverse, qui tente lui de limiter les espaces entre ses propres lignes. Ainsi, du 3-4-3, Barcelone passe dans une sorte de 3-1-4-2 qui fait la part belle à l’utilisation des côtés.

La base de ce système ne change pas : Puyol, Piqué et Abidal sont là et Busquets évolue toujours devant eux. Une ligne plus haut, Xavi, Iniesta, Fabregas et Messi occupent toute la largeur du terrain. Le plus souvent, Iniesta se retrouve excentré à gauche et Xavi à droite, Messi et Fabregas restant dans l’axe légèrement plus haut. Mais les permutations sont nombreuses, notamment entre Iniesta et Fabregas (comme le montre la capture ci-dessus). Une ligne plus haut, Sanchez et Alves évolue à la base dans la zone gardées par les latéraux adverses. Et selon la manière dont s’orchestre la relance catalane, tout cet ensemble (4+2) se déplace d’une certaine façon dans le camp adverse… Une façon dépendant du repli défensif de l’Espanyol.

Or, s’il n’hésite pas à se jeter sur son adversaire lorsque celui-ci doit ressortir de ses 20 derniers mètres, l’Espanyol ne prend plus de risques une fois que le Barça s’est assuré la possession du ballon. Les onze joueurs se replient alors pour former un bloc très compact visant à forcer le jeu catalan à passer par les ailes. Pour ce faire, les trois joueurs offensifs évoluent resserrés dans l’axe, et les milieux de terrain en font de même pour suivre les déplacements au coeur du jeu, et autres décrochages depuis la pointe de l’attaque, de Messi ou Fabregas.

Face à une telle densité, et avec un Messi en difficulté pour créer des différences à lui seul, le Barça doit se résoudre à passer par les ailes. Iniesta, Fabregas et Xavi se retrouvent alors à devoir lancer des phases de jeu depuis des positions excentrées. Quatre solutions s’offrent à eux : une passe vers l’avant pour Daniel Alves ou Sanchez le long de la ligne de touche, une diagonale vers l’avant là aussi pour un Catalan au niveau du milieu adverse (Messi ou Fabregas), une passe quasi-latérale vers Busquets ou, pour terminer, une passe en retrait pour repartir de l’arrière.

A chacune de ces possibilités, l’Espanyol a une solution. Concernant le jeu vers l’avant, les latéraux (Didac et Raul Rodriguez) bloquent bien la profondeur et se montrent solides dans les duels face à Daniel Alves et Sanchez. En cas de retour dans l’axe avec du jeu vers l’avant (vers Messi ou Fabregas le plus souvent), les relais recherchés sont d’abord pris par un milieu adverse (Verdu ou Romaric) qui bénéficie en plus de la couverture de Forlin devant la défense. Mieux pour l’Espanyol, la passe pour Busquets est certainement la plus dangereuse pour les Catalans, le numéro 16 se retrouvant pris dans la tenaille entre les trois attaquants adverses. Il faudra que le milieu de terrain resté à l’opposé de l’action revienne dans cette zone pour lui prêter main forte afin de régler le problème des ballons chipés par l’Espanyol dans cette zone en début de partie.

Exemple appliqué :

Ci-dessus un exemple avec le ballon dans les pieds d’Iniesta côté gauche. Alves ne rentrant que rarement dans l’axe, Messi (ou Fabregas) monte occuper la pointe de l’attaque dans cette situation, Fabregas offrant un relais. Sanchez est pris par Raul Rodriguez (en jaune) et Fabregas par Verdu tandis que Forlin peut jouer les couvertures en cas d’incursion de Iniesta sur un une-deux (en orange). L’infériorité numérique du Barça dans le rond central rend dangereuse une passe latérale (en jaune-orangé). Xavi doit rentrer dans l’axe pour aider Busquets (en noir). Conséquence, Alves se retrouve esseulé à droite ce qui diminue l’utilité d’un changement de jeu (même si un duel gagné par le Brésilien peut changer la donne…). Lors d’une construction du jeu côté droit, le Barça sera en général plus dangereux grâce à l’occupation de la pointe (entre les deux stoppeurs adverses) par Sanchez qui permet à Messi et à Fabregas de solliciter des relais au coeur du jeu. En revanche, le problème de l’utilisation de la largeur reste le même, un seul joueur restant côté opposé dans le meilleure des cas (lorsqu’il ne rentre pas non plus dans l’axe pour aider Busquets ou se porter vers l’avant comme sur le but).

Les changements de l’Espanyol :

Malgré une véritable cohérence tactique et une certaine supériorité dans l’impact, l’Espanyol termine le premier acte avec un but de retard. En cause, un déchet technique qui a offert des occasions à un adversaire qui ne les a pas manqués (cf. la main peu ferme de Alvarez sur la tête de Fabregas ou l’occasion offerte à Messi quelques minutes plus tôt sur une mauvaise relance) et des actions de jeu rondement menées jusqu’à l’arrivée dans les 25 derniers mètres. Sergio Garcia abat ainsi un très gros travail dans la zone normalement gardée par Busquets pour pouvoir mettre sur orbite Verdu venu de l’arrière. Le milieu de terrain oriente ensuite le jeu vers Weiss (à droite) ou Bifouma (à gauche) dont les courses vers les extérieurs étirent la défense à trois catalane. Tout se joue alors sur la capacité à un quatrième joueur (Romaric, Sergio Garcia) à venir s’intercaler pour créer le décalage avant le repli du bloc du Barça.

Au retour des vestiaires, Mauricio Pochettino abandonne ce schéma avec l’entrée en jeu de Javi Lopez à la place de Weiss. L’entrant évolue plus bas que le Slovaque, Verdu reprenant le rôle de ce dernier dans l’entrejeu (cf. surveillance de Busquets). Désormais, ce sont les latéraux de l’Espanyol qui sont censés apporter le décalage : Raul Rodriguez à droite (justement lancé par Javi Lopez) et Didac à gauche (lancé par Verdu). Bifouma évolue lui dans un rôle plus libre, plus axial. Peu après l’heure de jeu, Romaric cède sa place au profit d’Alvaro Vazquez qui apporte un poids supplémentaire en attaque sans changer l’organisation générale de l’équipe (Verdu à hauteur de Javi Lopez et devant Forlin dans l’entrejeu). Au final, l’égalisation suit un centre de Raul Rodriguez, servi par Javi Lopez et repris par Alvaro Vazquez. Coaching gagnant donc.

La mauvaise gestion du Barça :

Mais si l’Espanyol a réalisé une énorme prestation, il est difficile de passer sous silence la mauvaise gestion de la mi-temps par Barcelone. Les joueurs de Guardiola avaient démarré le second acte avec l’intention d’utiliser les changements de jeu pour faire courir les deux lignes de trois adverses. En quelques secondes, Busquets envoie le jeu à droite vers Messi et Alves avant qu’il ne soit renvoyé à gauche vers Iniesta qui le change à nouveau côté droit. On semble alors se diriger vers une animation avec deux duos sur les ailes pour percuter la défense et trois joueurs dans l’axe pour combiner et fixer avant de suivre l’action dans la surface (ci-dessous, en jaune et rouge les duos et trios correspondants).

Mais ce schéma reste stérile durant la première moitié de la deuxième mi-temps. Le jeu du Barça manque cruellement de profondeur. Parmi les joueurs se retrouvant dans l’axe, aucun ne daigne forcer un appel vers le but adverse et l’équipe se contente de gérer son avantage d’un but en faisant circuler le ballon d’un côté à l’autre du terrain. Et cela ne change pas lorsque Pep Guardiola décide de repasser à quatre défenseurs pour terminer la rencontre, et notamment bloquer les montées des latéraux adverses sur les extérieurs. Fabregas et Messi occupent alors à tour de rôle le côté droit, Sanchez reste à gauche avant que Pedro ne le remplace. Malgré les duels remportés par ce dernier en fin de partie, Barcelone ne frappe que deux fois au but avant les arrêts de jeu et la triple occasion avec Piqué, Pedro et Iniesta après que Vazquez ait réveillé les Blaugrana. Trop peu pour mériter autre chose que le nul au bout des 90 minutes de jeu.

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