Image par image : le but de Jordi Alba face au Nigéria

Privé de Xabi Alonso pendant la Coupe des Confédérations, l’Espagne a dû adapter son animation offensive aux forces en présence. Petite analyse des modifications opérées par Vicente Del Bosque, en utilisant le premier but inscrit face au Nigéria. Sur cette action, les Espagnols ont traversé en 13 passes et 33 secondes sans jamais quitter le sol pour lancer Jordi Alba sur l’aile gauche.

La relance : créer le surnombre face à la pression adverse

L’absence de Xabi Alonso ne change rien au procédé habituellement utilisé par la Roja pour ressortir les ballons. Jusque-là, le milieu du Real Madrid décrochait à hauteur de ses défenseurs centraux, laissant le duo Busquets-Xavi gérer la transition dans l’entrejeu. Les deux Catalans étaient eux-même soutenus par Iniesta, qui dézonait de son couloir gauche. Deux joueurs restaient aux avants-postes (au choix Fabregas, Silva, Soldado, Torres ou Pedro) alors que les latéraux complétaient les solutions de transition dans les couloirs.

Depuis le début de la Coupe des Confédérations, c’est Busquets qui a repris le rôle décroché de Xabi Alonso. Comme il l’a longtemps fait à Barcelone, le milieu de terrain se positionne entre Piqué et Sergio Ramos afin de créer un surnombre face aux deux attaquants, qui se retrouvent en pointe du système de jeu adverse. C’était le cas face au Nigéria, avec Musa et Ideye. En cas de pressing sur sa première ligne, l’Espagne bénéficie toujours d’une solution sur la largeur. Sur l’action, le ballon est d’ailleurs parti de Piqué pour aller jusqu’à Ramos avant que celui-ci ne revienne sur Busquets, gêné par la position d’un adversaire.

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Busquets, Piqué et Ramos en surnombre face au deux attaquants du Nigéria. Derrière, il faut distinguer la première ligne adverse : une ligne de quatre avec donc trois intervalles : entre le milieu droit et l’axial droit, entre l’axial droit et l’axial gauche, entre l’axial gauche et le milieu gauche.

Ce ne sont pas moins de cinq solutions courtes qui s’offrent à nos trois « premiers passeurs ». Complétées par Jordi Alba et Arbeloa dans les couloirs, ce sont évidemment celles offertes dans le coeur du jeu qui seront le plus souvent privilégiées par les défenseurs. En l’occurrence : Xavi, Iniesta et… Fabregas qui redescend jusque dans sa moitié de terrain depuis sa position d’ailier gauche. Deux joueurs restent aux avants-postes : Pedro et Soldado, ce qui au final rapproche l’Espagne d’un 3-5-2 sur cette phase de jeu.

Cet ajustement pose forcément un problème à l’adversaire puisqu’il ne peut pas contrôler tous les joueurs venant offrir des solutions aux relanceurs. Or, c’est souvent la clé des équipes capables de stopper leurs adversaires au milieu de terrain. Qui plus est, dans l’axe, l’Espagne oppose un trois contre deux face aux adversaires évoluant en 4-4-2 (comme le Nigéria). Entre Fabregas, Xavi et Iniesta, les deux axiaux doivent forcément faire un choix et laisser un adversaire libre… A moins de compter sur le repli d’un attaquant.

Cette dernière possibilité dernier ouvrirait toutefois le terrain aux trois relanceurs et des joueurs comme Busquets ou Piqué pourraient en profiter pour attaquer la première ligne et créer eux-mêmes un décalage. De la même manière, il serait très dangereux pour la défense que le latéral droit suive Fabregas lorsqu’il décroche afin de compenser le surnombre puisque cela créerait un duel dans le couloir où la pointe de vitesse de Jordi Alba pourrait faire des ravages. Dernière option pour l’Espagne si l’adversaire ajoute un 5ème joueur dans l’entrejeu, utiliser le jeu long pour alerter l’avant-centre (Soldado ou Torres) en comptant sur le soutien de Pedro, Fabregas ou Iniesta pour lui offrir des solutions.

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Jordi Alba et Arbeloa offrent des solutions sur les extérieurs. Dans le coeur du jeu, Fabregas, Iniesta et Xavi se positionnent dans les intervalles entre les milieux adverses, resserrant automatiquement la ligne formée par ces derniers.

Ces cinq solutions permettent à l’Espagne de toujours bénéficier d’un avantage face aux quatre milieux adverses. En ajoutant ce surnombre au trois contre deux en faveur des « premiers passeurs », cela permet à la Roja de toujours bénéficier d’une solution pour défaire une quelconque pression exercée par l’adversaire dans sa moitié de terrain. Les Espagnols ont d’ailleurs pris l’habitude de prendre leur temps pour rentrer dans le camp adverse, et d’attendre le moment opportun pour accélérer et aller de l’avant.

L’accélération : passe-et-va

Face à l’Uruguay, le milieu à trois proposé par la Celeste avait poussé les Espagnols à passer par les côtés. Servi par leurs axiaux, les latéraux tentaient ensuite de les retrouver entre les lignes. Sur ce point, la mobilité de Iniesta et Fabregas, et de Xavi dans une moindre mesure (moins de courses vers l’avant de sa part aujourd’hui), offre plus de solutions au jeu espagnol. Lorsque Busquets faisait partie des trois solutions de transition (devant Ramos, Piqué et Xabi Alonso), l’adversaire abandonnait souvent son marquage pour se concentrer sur Iniesta, le principal danger dans le camp adverse (à tort parfois d’ailleurs puisque les montées du n°16 du Barça surprenaient toujours l’adversaire).

Revenons maintenant au match et au but étudié : le Nigéria opposait un 4-4-2 aux Espagnols, cherchant à approcher le modèle du Bayern sur le plan défensif (lire : 4-4-2 : défendre comme le Bayern Munich). La rigueur tactique n’était pas la même, mais l’Espagne a autant pris le dessus grâce à ses individualités que grâce à l’efficacité de son organisation. Sur le but, elle a notamment puni le trop grand écart entre les attaquants et les milieux nigérians : les premiers ont fait l’erreur de ne pas venir en aide aux seconds pour répondre surnombre crée par la ligne de cinq espagnole.

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En une passe, Busquets élimine la première ligne adverse pour trouver Fabregas au milieu de terrain.

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L’axial droit nigérian est déjà battu : s’il sort à contre-temps, il laisse Iniesta seul entre les lignes. C’est donc l’axial gauche qui se dirige vers Fabregas, entraînant le repositionnement du milieu de terrain gauche sur Xavi. Que ce soit au sol ou par la voie des airs, toute la zone à droite du rond central (par rapport à Fabregas) est ouverte.

Quelque soit le relais choisi pour sortir le ballon (par l’axe pour ouvrir sur les extérieurs, ou par les extérieurs pour revenir dans l’axe avec les mouvements d’Iniesta ou Fabregas), ce sont ensuite les attaquants qui entrent en scène. Positionné sur l’aile droite, Pedro décroche régulièrement dans son couloir pour occuper la zone abandonnée par le milieu adverse, occupé à revenir dans l’axe pour tenter d’aider ses partenaires face à Iniesta, Fabregas et Xavi. Si le ballon et le soutien d’Arbeloa viennent assez rapidement, un surnombre peut se créer face au latéral gauche.

Positionné en pointe, Soldado peut lui aussi participer au jeu en offrant des solutions entre les lignes adverses. Généralement, ce sont Fabregas et Iniesta (ou Xavi toujours) qui, arrivant lancés du milieu de terrain, l’utilisent en point d’appui. Selon la position des défenseurs adverses, ils tentent ensuite de prendre de vitesse. Généralement, une attaque plein axe entraîne le resserrement des latéraux par rapport aux centraux, ce qui ouvre des espaces sur les extérieurs pour les appels de Jordi Alba et Pedro. La construction doit être très rapide puisque la Roja doit réussir à fixer la défense avant que les milieux n’aient le temps de se replier pour la protéger.

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Pedro décroche afin d’occuper l’espace dans le dos des milieux nigérians sortis sur Fabregas et Xavi.

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Le latéral gauche du Nigéria sort évidemment de l’alignement défensif pour rester au contact du porteur de balle. Avec la montée d’Arbeloa, c’est un deux-contre-un qui peut se jouer dans sa zone si les milieux ne se replient pas à temps.

Le milieu gauche du Nigéria se replie bien pour éviter le surnombre dans le couloir. En revanche, son déplacement libère automatiquement de l’espace pour Xavi. Fabregas et Iniesta ont aussi beaucoup trop de champ libre dans le rond central.

Une fois en possession du ballon, Xavi se retrouve sous la pression de l’axial gauche adverse. L’axial droit s’apprête lui aussi à remonter dans le rond central afin de s’opposer à Fabregas ou Iniesta. Depuis son aile, Pedro sent le coup et repique dans l’axe.

Un jeu à trois (Fabregas, Iniesta, Pedro) se met en place autour d’un seul adversaire.

Lancés par Fabregas, Pedro et Iniesta ont dépassé les milieux pour attaquer l’axe de la défense adverse. Soldado étant déjà dans cette zone, les latéraux ont été forcés de se resserrer sur l’axe afin de les protéger un maximum. De quoi offrir un boulevard sur l’aile gauche à Jordi Alba, qui a déjà démarré sa course et va rapidement déposer son adversaire direct.

Le but en vidéo :
Début de l’action à 13’07

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1 réponse

  1. Brice dit :

    je lis souvent vos analyses et je les trouve toujours pertinentes et pointues !!! chapeau pour tout ce taf abattu !
    concernant la roja : j’ai limpression que Del Bosque a vu les dangers qui guettaient de plus en plus la roja (jurisprudence barca bayern), de jouer sans un vrai 9. L’absence de Xabi permet de faire rayonner le trio catalan au milieu (surtout Iniesta et Busquets), quel régal !
    Et avec Soldado ou Torres, ils redeviennent quasi injouables je trouve.
    j’attend votre analyse du match d’hier avec impatience et j’aimerais savoir si on a eu la meme impression : Xavi nous a fait un match comme face au psg, c’est à dire propre techniquement niveau controles/passes, mais aucune verticalité, ou passes assassines dirons nous. Donc les stats vont etre flatteuses alors qu’au final, il n’a pas pesé. J’ai peur que Del Bosque s’en tete et ne teste pas assez du Isco, Cazorla ou Alcantara au milieu,car hier l’Italie a superbement cadenassé le match, et en coupe du monde, arrivé en 1/4, l’espagne va commencer à tomber sur des os…

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