Espagne 1-5 Pays-Bas, l’analyse tactique

Pour la première sensation de ce Mondial, les Pays-Bas n’ont pas fait dans la dentelle. Peu attendus dans ce Mondial, les Néerlandais ont frappé très fort en écrasant le champion du monde en titre au cours d’une deuxième mi-temps qui restera dans l’histoire. Pourtant, tout avait bien commencé pour la Roja, qui a réalisé une première demi-heure dans la lignée de ces deux dernières grandes sorties internationales.

Ce sont les deux équipes attendues qui démarrent la rencontre. L’Espagne s’avance en 4-2-3-1 avec Busquets et Xabi Alonso en soutien de Xavi dans l’entrejeu. Malgré ses récentes blessures, Diego Costa est bien titulaire à la pointe de l’attaque. Du côté des Pays-Bas, Van Gaal lance le système à trois défenseurs travaillé durant ces derniers mois. Aux avants-postes, Sneijder évolue en soutien de Robben et Van Persie.

Opposition tactique : 

Bien évidemment, l’Espagne monopolise le ballon dès le début de la rencontre et tente de poser le jeu au milieu de terrain. Mais au lieu de reculer, les Pays-Bas cherchent à maintenir leur bloc le plus haut possible afin de ne pas abandonner le rond central. Si Robben et Van Persie se contentent de se positionner afin d’empêcher Ramos et Piqué (pas attaqué) d’alerter directement leurs joueurs de couloir, le trio formé par Sneijder, De Jong et De Guzman abat un travail énorme dans l’entrejeu.

Les trois hommes ont en effet pour objectif (ingrat) d’empêcher de jouer leurs homologues espagnols : souvent en pointe du système néerlandais, Sneijder s’oppose à Busquets. En deuxième rideau, De Guzman sort sur Xabi Alonso, tandis que De Jong est chargé de suivre les déplacements de Xavi. Evidemment, les adversaires directs changent au gré des permutations espagnoles mais l’essentiel pour les Néerlandais est de toujours mettre une pression sur les milieux adverses.

Derrière, c’est un cinq-contre-cinq qui se joue entre la défense des Pays-Bas et les Espagnols restants :  sur les côtés, Blind et Janmaat sont chargés de bloquer Azpilicueta et Jordi Alba. Mais les rôles les plus importants reviennent à Martins Indi et De Vrij : les deux stoppeurs ont la lourde tâche de suivre Silva et Iniesta, même lorsque ces derniers dézonent/décrochent au milieu de terrain. Ils compensent ainsi les surnombres que pourraient créer les deux « faux-ailiers » dans la zone du trois-contre-trois évoqué précédemment.

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Les Pays-Bas n’hésitent pas à jouer très haut pour bloquer la mise en place du jeu espagnol. Alors que Robben et Van Persie sont spectateurs, De Guzman, Sneijder et De Jong s’opposent à Xavi, Busquets et Xabi Alonso. Amenés à sortir loin de leur défense, ils sont soutenus par Martins Indi et De Vrij, qui quittent l’arrière-garde pour suivre les déplacements de Silva et Iniesta.

Les Pays-Bas ne reculent, l’Espagne s’en accommode : 

Tout au long de la première mi-temps, cette guerre lancée par les Néerlandais au milieu de terrain a eu des conséquences sur l’animation espagnole. Contrairement aux habitudes, la Roja a été incapable de s’installer dans le camp adverse. Elle a tenu le ballon dans son camp et dans le premier quart de terrain adverse mais n’est jamais parvenu à multiplier les temps de jeu dans le camp adverse. La faute à des Oranjes qui n’ont pas hésité à couper les actions « intelligemment » par des fautes au milieu de terrain (11 fautes à la mi-temps, contre 2 pour l’Espagne).

Le jeu de l’Espagne s’est donc résumé à des redoublements de passes dans l’axe, autour du rond central, entre les milieux de terrain et les ailiers qui repiquaient à l’intérieur, toujours chassés par Martins Indi et De Vrij. L’objectif de ce quintette est de mettre un passeur face au jeu et – évidemment – sans adversaire face à lui afin de lancer un partenaire dans la profondeur (Jordi Alba à gauche, Diego Costa dans l’axe, Silva…).

Une-deux et autres redoublements de passes sont évidemment au programme. Xavi et Xabi Alonso s’excentrent afin de sortir de la pression de la paire De Guzman-De Jong. Iniesta et Silva les relaient dans le coeur du jeu : jouant en remise le plus souvent, ils tentent aussi parfois de fausser compagnie à De Vrij et Martins Indi, créant ainsi un premier décalage dans le système néerlandais.

Pour les Pays-Bas, le danger peut arriver très vite dès lors que l’un de ses stoppeurs est ainsi mis hors de position. Un faille se crée alors dans la ligne de cinq et, si un passeur espagnol est décalé, il suffit d’un appel en profondeur pour filer vers les buts de Cillessen. L’action à l’origine du penalty transformé par Xabi Alonso (29e) et celle menant à la balle de break manquée par Silva (43e) illustrent parfaitement ce point-clé de la rencontre.

L'action menant jusqu'au penalty part d'un

L’action menant jusqu’au penalty part d’un ballon sorti du milieu de terrain par la paire Iniesta-Silva. Malgré la pression de Sneijder et De Jong, le milieu du Barça parvient à servir Silva, qui va attirer à lui Martins Indi. Le défenseur arrive en retard et laisse assez de temps au Citizen pour servir Xavi dans son dos. Ce dernier envoie ensuite Diego Costa au but face à 4 Néerlandais sur le reculoir.

Sur l'occasion de Silva, tout part du démarquage d'Iniesta au milieu de terrain.

Sur l’occasion de Silva, tout part du démarquage d’Iniesta au milieu de terrain. En une diagonale, Xavi lui donne le ballon. Au contact de Diego Costa ci-dessus, De Vrij est trop loin du Barcelonais et doit le laisser avancer (dès que Iniesta ou Silva sont dans le sens du jeu, les Néerlandais reculent jusqu’à l’entrée de leurs 30 mètres). Au moment où il tente de ressortir sur son adversaire, De Vrij est battu et Iniesta trouve l’intervalle dans son dos pour servir Silva, qui a lâché Martins Indi à ses côtés au départ de l’action.

Quand l’Espagne perd le fil : 

A défaut de se créer beaucoup d’occasions, l’Espagne maîtrise les 40 premières minutes dans la lignée de ce qu’elle a pu faire lors des deux dernières grandes compétitions internationales. Les occasions ne sont pas légion, mais elle ne manque pas l’occasion de prendre l’avantage grâce à Xabi Alonso (1-0). Défensivement, seuls quelques sautes de concentration (Jordi Alba, Ramos) offrent des ballons intéressants aux Pays-Bas (Sneijder vs Casillas, 8e).

Malgré le 3-5-2 qui doit normalement lui offrir l’avantage face au 4-2-3-1 espagnol pour relancer proprement, l’équipe de Van Gaal ne parvient pas à poser le jeu. Il faut dire que l’Espagne répond parfaitement à son adversaire sur le plan tactique. Dès lors que le jeu repart de Cillessen, Silva, Diego Costa et Iniesta bloquent les trois défenseurs centraux, forçant le gardien néerlandais à jouer long. De la même façon, Jordi Alba et Azpilicueta évoluent un cran plus haut afin de bloquer Janmaat et Blind. A la retombée de ces ballons, Ramos et Piqué dominent dans les airs face à Robben et Van Persie.

Au-delà du travail sur les relances de Cillessen, les Espagnols

Au-delà du travail sur les relances de Cillessen vers ses attaquants, les Espagnols maintiennent le pressing au milieu de terrain. Azpilicueta sort de la défense afin de bloquer Blind. Il est soutenu par Xavi, au pressing sur De Jong. Devant ce duel, Silva est là pour enfermer le milieu néerlandais ou sortir sur Martins Indi en cas de passe en retrait.

Conséquence de ce travail des Espagnols, les Pays-Bas ont toutes les peines du monde à mettre le pied sur le ballon qui revient très vite sous les semelles adverses. Mais cela ne dure qu’un temps : sitôt le premier but marqué, la Roja relâche en effet ce travail sur les premières transmissions adverses et recule d’un cran pour former son système habituel avec Xavi aux avants-postes en soutien de Diego Costa.

Les Espagnols se heurtent alors au problème structurel que pose les latéraux d’un 3-5-2, qui évoluent dans un No Man’s Land entre le milieu excentré (Silva) et le latéral adverse (Azpilicueta). Rapidement, les Pays-Bas penchent côté gauche afin d’utiliser la qualité de passes de Blind. Bénéficiant de plus d’espaces qu’en début de partie, le joueur de l’Ajax commence son oeuvre en lançant à plusieurs reprises Robben dans le dos d’Azpilicueta, le Bavarois mettant au supplice Piqué grâce à sa pointe de vitesse.

La démonstration néerlandaise : 

Arrive alors cette fameuse 44ème minute. Quelques secondes après la balle de break manquée par Silva (43e) et le corner qui s’en suit, les Pays-Bas obtiennent une touche aux abords de la ligne médiane. Martins Indi l’effectue, De Jong sert Blind complètement seul dans son couloir. La suite est connue : le caviar est déposé sur la tête de Van Persie. Si Piqué et Ramos sont au premier rang des fautifs, c’est le relâchement global de l’Espagne au pressing qui est ici sanctionné.

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De la touche jusqu’à l’ouverture de Blind, les Espagnols sont très loin du ballon. Derrière, c’est pourtant un deux-contre-deux qui se joue entre Robben-Van Persie et Piqué-Ramos.

Après la pause, l’Espagne ne parvient pas à retrouver le pressing qui avait en partie fait sa force en début de partie. Les Néerlandais profitent eux des décrochages de De Jong pour permettre à Cillessen de relancer court. Immédiatement, ils parviennent à enchaîner plusieurs phases de possession, faisant parler leur surnombre dans l’entrejeu sur la largeur face aux deux lignes de quatre adverses.

Sur une remise en jeu très mal négociée par la Roja, De Jong récupère le ballon devant Iniesta. Les relais de De Guzman et Sneijder (plus vif que Busquets) lancent Blind côté gauche. Dépassant une nouvelle fois Silva, le latéral lance Robben qui se balade entre Ramos, Piqué et Casillas (2-1, 53e). En 10 minutes, les Pays-Bas renversent complètement la tendance et profitent des lacunes espagnoles (agressivité perdue au milieu, défense aux abois).

De Vrij, De Guzman, Sneijder, Blind... De la récupération à la finition, les Néerlandais

De Vrij, De Guzman, Sneijder, Blind… De la récupération à la finition, les Néerlandais réalisent une diagonale quasi parfaite qui met complètement hors de position le milieu espagnol. Derrière, Robben « n’a plus qu’à » faire parler son talent pour finir le travail.

Peu après l’heure de jeu, les coachs entrent en scène. Vicente Del Bosque fait un double changement : Pedro et Fernando Torres remplacent Diego Costa et Xabi Alonso (62e). Dans le même temps, Wijnaldum remplace De Guzman (averti depuis la 25e minute). Tactiquement, rien ne change côté Néerlandais, le remplaçant reprenant le rôle laissé par son partenaire. En revanche, l’Espagne perd un homme au milieu de terrain avec la sortie de Xabi Alonso.

Pourtant, elle va continuer à jouer de la même façon. Pedro s’installe aux avants-postes, laissant Xavi reculer d’un cran pour se retrouver aux côtés de Busquets. Le choix s’avère désastreux puisque la Roja perd un homme au milieu de terrain et se retrouve en infériorité numérique. En plus de ne plus forcément casser la ligne de défense adverse, les Espagnols commencent à perdre de ballons dans l’entrejeu et les Néerlandais se régalent en contre-attaque.

La sortie de Xabi Alonso enlève une solution dans l'entrejeu pour l'Espagne. Conséquence, Sneidjer, Wijnaldum et De Jong sont en supériorité numérique face à Xavi et Busquets.

La sortie de Xabi Alonso enlève une solution dans l’entrejeu pour l’Espagne. Conséquence, Sneidjer, Wijnaldum et De Jong sont en supériorité numérique face à Xavi et Busquets. Ici, Iniesta décroche pour créer les conditions d’un trois-contre-trois. Mais cette fois, De Vrij n’a plus à le chasser pour compenser un surnombre. La ligne de cinq reste en place et les Pays-Bas ne sont plus mis en danger dans la profondeur. Tant pis pour les joueurs d’espaces que sont Pedro et Torres…

Conclusion : 

A 3-1 après le but de De Vrij, le match est terminé. Spectaculaires, les dernières minutes seront tactiquement anecdotiques entre une équipe euphorique et une autre complètement effondrée. Les Pays-Bas frappent très fort pour leur entrée en matière et marquent les esprits par leur rigueur tactique et leur intelligence face à une adversaire pourtant plus bien plus expérimenté. L’Espagne a complètement oublié son football après avoir pourtant ouvert le score. Le relâchement total de l’équipe a mis en avant la faiblesse de l’arrière-garde, individuellement dépassée face à la fougue de Robben et la technique de Van Persie. Si le champion du monde en titre est loin d’être mort, il va avoir besoin d’une sérieuse cure de jouvence avant d’affronter le Chili mercredi prochain.

 

 

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6 réponses

  1. TitiHenry dit :

    Quand on voit les performances du Mexique et celle du Pays-Bas hier, tu ne penses pas que le 3/5/2 bien organisé, est la meilleure organisation du mondial ?

  2. Pilou dit :

    Un 3-5-2 décidément très à la mode cette saison…
    Ne trouvez-vous pas que le placement très haut des défenseurs centraux espagnols finit par leur jouer des tours?

  3. Sami dit :

    Super analyse, comme d’hab !
    Dommage que l’Espagne n’ait pas utilisé la verticalité de Pedro dès le début (et les appels de Diego Costa)… Ca aurait pu faire mal vu les espaces laissés en défense à cause de la défense haute des hollandais et de l’agressivité de De Vrij et Indi qui pourchassaient Iniesta et Silva jusqu’au milieu de terrain

  4. khelil berbeche dit :

    c’est au niveau mentale que c’est jouer la parti. Après le ratage de silva et de qu’elle manière il a raté l’occasion, le dis cour de delbosqe a la pose était la cause de cette déroute . Delbosque qa sous estime les hollandais et il croyait que l’espagne après la pause vont reprendre la monopolisation du ballon. Met d’entrer iniesta perd 3ballon de suite . C’est a se moment la que delbosque aurait réagir et faire sortir sil va qui était l’origine de cette défaite et de faire renter un milieu .

  5. loukoum dit :

    Etonnant de balayer d’un revers de la main l’entrée de Wijnaldum qui a donné une réelle supériorité technique aux Pays Bas au milieu de terrain et une certaine verticalité par rapport à un De Guzman fébrile surtout suite à son jaune et qui ne remplissait pas son rôle de box to box d’où les dégagement à l’emporte pièce.
    Il me semble que le destin de ce match était tout tracé dès la première mi-temps:
    – Occasion de Sneijder
    – Hors-jeu imaginaire de Robben qui part seul au but
    – 2 contre un mais faute imaginaire sifflée.
    Van Gaal a créé le jeu à la barcelonaise, il vient de le détruire.

  6. VinceK dit :

    @loukoum – J’ai aussi remarque l’entree de ce Wijnaldum, vraiment plaisant a voir, sobre mais tres technique, grosse activite defensive et offensive mais paradoxalement discret

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