Espagne 1-1 Angleterre (Euro Espoirs), l’analyse tactique

L’Euro Espoirs 2011 a débuté ce week-end (voir la présentation et le calendrier). Dimanche soir, l’Espagne et l’Angleterre se retrouvaient pour le grand match de la phase de poules. Et malgré une maîtrise espagnole, les Anglais ont su arracher un point en toute fin de partie. Analyse.

Voir – Le résumé du match – Les buts en vidéo

Compositions :

D’un côté comme de l’autre, les noms sont sur la pelouse au coup d’envoi. L’Espagne compte deux champions du monde dans son onze de départ (Javi Martinez et Mata) et se présente dans un 4-3-3 dont les habitudes de jeu rappellent vite la sélection A : De Gea (13) – Montoya (12), Botia (20), Dominguez (3), Didac (17) – Javi Martinez (4), Thiago (19), Ander (18) – Jeffran (6), Mata (10), Adrian (7).

Côté Anglais, les premières minutes de la rencontre permettent de découvrir un 4-4-2/4-2-3-1. Le changement dépend des déplacements de Welbeck qui dispute beaucoup de ballons à Javi Martinez en début de partie : Fielding (1) – Walker (17), Smalling (5), Jones (6), Bertrand (3) – Cleverley (17), Henderson (8), Mancienne (2), Rose (20) – Welbeck (9), Sturridge (10).

Surnombre espagnol :

La première demi-heure de la rencontre est entièrement à l’avantage de l’Espagne. Laissé libre de ses déplacements par son entraîneur, Juan Manuel Mata profite de l’organisation rigoureuse anglaise pour venir créer le surnombre dans l’axe.

Côté anglais.
Le 4-4-2 mis en place par Stuart Pearce ne laisse que très peu de place à l’improvisation lorsque l’équipe n’a pas le ballon. Les deux joueurs de couloir (Cleverley et Rose) sont chargés de surveiller les latéraux espagnols, connus pour créer le surnombre (respectivement Montoya et Didac). Résultat, c’est un trois contre deux qui se crée dans l’axe si l’on prend en compte le fait que durant cette première demi-heure, Javi Martinez domine de la tête et des épaules Danny Welbeck.

Côté espagnol.
Les déplacements des attaquants ressemblent énormément à ce que l’on a pu voir avec le FC Barcelone face au Real Madrid. Jeffren évolue la plupart du temps côté gauche (il permutera ensuite avec Adrian), fixant un premier latéral. De son côté, Adrian démarre de l’axe mais s’excentre très régulièrement à tel point que l’Espagne évolue quasiment sans véritable attaquant de pointe. Les déplacements de l’attaquant du Depor fixe l’autre latéral anglais ce qui permet à Mata de rentrer dans l’axe pour accroître le surnombre face au duo Mancienne-Henderson. A trois contre deux dans l’axe dans la première moitié du camp anglais, Mata, Thiago et Ander se régalent et l’Espagne maîtrise le ballon (possession à 65/35 au bout de 25 minutes de jeu).

Extra : Les dézonages de Mata.
Outre ses déplacements dans l’axe et ses décrochages pour créer le surnombre face au duo Mancienne-Henderson, Mata a régulièrement profité d’espaces crées sur les côtés. On l’a ainsi souvent vu dézoné côté gauche, à 30/40 mètres des buts de Fielding, profitant de l’intervalle existant entre Cleverley (au marquage de Didac) et Walker (au marquage de Jeffren). Une fois le ballon reçu, le Valencien rentrait dans l’axe pour se retrouver face à Henderson, forcé de compenser, libérant ainsi une solution de passe vers le milieu le plus proche.

L’Angleterre pèse :

Malgré sa maîtrise du milieu de terrain, l’Espagne ne traduit que très peu sa domination en occasions de but (Jeffren et Adrian sont loin de leur meilleur niveau). Au bout d’une demi-heure, les Anglais sortent la tête de l’eau et commencent à poser quelques problèmes à la défense espagnole. En reprenant un classique tenté par Manchester United en finale de la Ligue des Champions.

Jouer sur le déficit athlétique espagnol…
Gêné par le pressing espagnol, le milieu de terrain anglais n’a que très rarement su trouver ses attaquants au cours de la première demi-heure. Et pour cause, la plupart des longs ballons utilisés pour sauter le rond central était ensuite gagné par l’axe de la défense espagnole (Botia, Dominguez et Javi Martinez), supérieure en nombre et dans les duels au duo Welbeck-Sturridge. Petit à petit, les deux hommes s’adaptent à cet été de fait et s’excentrent pour se retrouver face aux latéraux espagnols, beaucoup moins athlétiques et donc efficaces dans les airs ou à la réception de longs ballons. Là, les duels sont gagnés et, rapidement, les couloirs deviennent la zone à cibler pour la relance anglaise.

… Et enchaîner derrière.
Une fois le ballon dans les 30 derniers mètres espagnols, l’important est ensuite d’enchaîner. Se forment alors des triangles pour poursuivre l’attaque entre le porteur du ballon et le duo ailier-latéral. Les Espagnols cherchant surtout à ne pas se découvrir dans l’axe, plusieurs triangles aboutiront sur des centres qui mettront les défenseurs centraux à contribution (et De Gea en fin de première période). Mata dézonant souvent du côté droit, Montoya se retrouvera à plusieurs reprises en infériorité numérique, offrant ainsi des décalages à Bertrand ou Rose.

Walker Tout-Puissant.
A gauche, la donne n’a pas été la même. Jeffren est resté plus sage dans ses déplacements et s’est ainsi souvent retrouvé à défendre sur Walker. Malheureusement pour lui, il n’a rien pu faire face à la puissance du latéral droit de Tottenham, intenable hier soir. Il était le seul anglais à pouvoir passer au sol le premier rideau espagnol. Un atout non-négligeable et qui a permis à plusieurs reprises d’enfoncer le côté gauche espagnol, dont en fin de partie où il a su profiter d’une passe parfaite de Rodwell pour offrir l’égalisation à Welbeck (87e).

Coaching :

Un petit mot sur l’intelligence, jusqu’à cette fameuse 87ème minute, du coaching de Luis Milla à la 73ème minute de jeu. L’Espagne mène alors 1-0 depuis la 13ème minute et le coup de tête d’Ander Herrera. A cet instant de la partie, Milla décide donc de faire sortir Adrian, le joueur évoluant le plus haut sur le terrain jusqu’ici, au profit de Dani Parejo. L’intérêt d’un tel changement se fait vite sentir : grâce à l’ajout d’un milieu de terrain, l’Espagne réalise une très longue phase de possession de balle dans le camp adverse. Tenir le ballon loin de ses buts, un moyen de défense comme un autre…

Conclusion :

L’Espagne avait la technique, l’Angleterre avait le physique. Ce résumé peut paraître bref mais il apparaît comme adéquat au bout des 90 minutes de jeu. Si son milieu de terrain a fait forte impression, l’Espagne a clairement manqué de tranchant dans les 30 derniers mètres adverses pour avoir une chance de creuser l’écart. A l’inverse, dès qu’ils ont analyse la situation et leur supériorité athlétique dans les couloirs, les Anglais ont eux su se créer quelques situations franches devant le but de De Gea. Un premier round entre deux équipes qui ont les capacités pour se retrouver en finale. Mais il faudra d’abord se coltiner la République Tchèque (pour l’Espagne) et l’Ukraine (pour l’Angleterre) mercredi.

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1 réponse

  1. pari dit :

    Vivement la saison prochaine de football et tes analyses de matchs, je me réjouis déjà comme un petit garçon!

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