Espagne 0-2 Chili, l’analyse tactique

Après seulement deux journées, le champion du monde est déjà au tapis. Poussés à la faute par le pressing chilien, les Espagnols n’ont pas su régler les problèmes déjà vus face aux Pays-Bas : la défense a coulé et l’animation a une fois de plus pêché dans l’entrejeu. Après l’accident face aux Néerlandais, la Roja n’était tout simplement pas prête pour défendre ses chances face à un Chili prêt à l’achever.

Après la débâcle initiale face aux Pays-Bas, Vicente Del Bosque procède à deux changements pour ce second match. Pedro et Javi Martinez remplacent respectivement Xavi et Piqué. L’Espagne bascule donc dans un 4-2-3-1 plus classique, avec Silva en soutien de Diego Costa aux avants-postes. Côté chilien, Jorge Sampaoli reconduit quasiment toute l’équipe qui était venu à bout de l’Australie. Valdivia est le seul à sortir du onze de départ, remplacé par Silva qui prend place au sein de la défense à trois aux côtés de Medel et Jara.

L’organisation chilienne :

Dès le coup d’envoi, le Chili décide de mettre une grosse pression sur son adversaire en allant le chercher très haut dans sa moitié de terrain. Le 3-5-2 mis en place par Sampaoli permet à ses deux premières lignes (attaquants et milieux de terrain) de sortir loin dans le camp espagnol pour en bloquer la relance. La première ligne (Edu Vargas-Sanchez) va chercher Javi Martinez et Sergio Ramos. Le deuxième rideau (Vidal-Aranguiz) suit les déplacements de Busquets et Xabi Alonso.

Le pressing sur les quatre Espagnols est tel que le Chili ne relâche pas la pression lorsque Busquets décroche entre ses défenseurs centraux, normalement pour « se donner de l’air ». Vidal continue de le suivre et se retrouve lui-même entre ses deux attaquants, formant une première ligne de trois joueurs. Derrière ce travail des deux premières lignes chiliennes, le troisième et dernier milieu de terrain doit suivre les mouvements de Silva, alors que la défense à cinq bloque la profondeur.

L’Espagne change de circuit :

Pressée dès la relance, la Roja débute la partie en testant l’arrière-garde chilienne dans les airs. Diego Costa est évidemment ciblé par les longs ballons de ses défenseurs, mais les Espagnols peinent à s’imposer à la retombée. Déjà à ce niveau, l’envie chilienne fait la différence. La couverture de la profondeur est assurée par Medel, les ballons retombent dans l’entrejeu et sont récupérés par Vidal et Aranguiz, plus rapides dans le repli que les montées de Busquets et Xabi Alonso.

Edu Vargas face à Javi Martinez, Sanchez avec Sergio Ramos,

Edu Vargas face à Javi Martinez, Sanchez avec Sergio Ramos, Vidal avec Busquets et Aranguiz avec Xabi Alonso. Sans ces solutions pour relancer court, l’Espagne allonge et cible la tête de Diego Costa.

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A la retombée du dégagement, l’un des centraux chiliens (Silva) va au duel avec Diego Costa. Medel assure la couverture. Mais le plus important se passe dans l’entrejeu : les Chiliens sont tous entre leur adversaire et le ballon. Seul joueur bénéficiant d’un peu d’espaces, Silva peut vite se retrouver pris entre Diaz (devant la défense) et Aranguiz (qui se replie).

Ces phases de jeu mettent aussi en exergue la petite forme de David Silva. Sur les ballons gagnés par les Espagnols dans cette zone, le meneur de jeu de Manchester City est appelé à faire la différence face au seul Diaz, censé tenir le milieu chilien lorsque Vidal et Aranguiz sortent au pressing. Problème, à l’instar de Diego Costa à la pointe de l’attaque, Silva est loin d’être à son meilleur niveau. Hésitant dans sa conduite de balle et dans ses choix, il est souvent repris par l’activité des milieux chiliens avant même d’avoir l’occasion de servir un partenaire.

Deuxième possibilité pour les Espagnols, écarter le jeu vers Jordi Alba ou Azpilicueta pour contourner le pressing des milieux chiliens. Durant les premières minutes, la Roja alerte ainsi à plusieurs reprises l’ancien latéral de l’OM sur son flanc droit. A l’inverse d’Iniesta, Pedro ne décroche pas jusque dans son camp et n’attire donc pas d’adversaire dans la zone de son partenaire de couloir, qui bénéficie d’espace pour avancer avec le ballon. Il est toutefois rapidement mis sous pression par le retour d’Edu Vargas depuis la zone de Javi Martinez.

Si chercher Pedro dans la profondeur est une solution, l’ailier du Barça doit ensuite faire la différence en solitaire face à Mena puis Jara. Revenir à l’intérieur pour toucher Silva est aussi compliqué puisque ce dernier n’est pas au sommet de sa forme, et souffre face à Diaz et à l’aide toujours apportée par la paire Aranguiz-Vidal face aux dribbles adverses.

Le Chili et l’utilisation du ballon : 

Se créant deux situations intéressantes dès la première minute de jeu, le Chili rentre très fort dans le match. Toutefois, à l’instar du Mexique face au Brésil il y a quelques jours, la formation de Jorge Sampaoli a quelques difficultés pour sortir de sa moitié de terrain. Les Espagnols vont attendre leurs adversaires très haut et parviennent à bloquer la transition. Comme les Pays-Bas, le Chili est obligé de jouer long et peine à mettre le pied sur la balle.

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Comme face aux Pays-Bas en début de partie, l’Espagne ne laisse pas son adversaire se mettre en place avec le ballon. Iniesta, Pedro, Silva et Diego Costa bloquent les solutions courtes. Les latéraux sortent de la défense si nécessaire (Alba vs Isla) et la paire Busquets-Xabi Alonso travaille sur la largeur, et réagit en cas de décrochage d’un milieu supplémentaire.

A défaut de trouver des solutions dans l’axe, le Chili comprend rapidement que la solution passe par les côtés. En utilisant les couloirs, il force en effet les latéraux espagnols à quitter la défense pour aller bloquer leurs homologues (Jordi Alba vs Isla – Azpilicueta vs Mena). Cela laisse donc les défenseurs espagnols seuls face à Sanchez et Edu Vargas. Pas de secret à ce niveau, il s’agit de la même recette que les Pays-Bas quelques jours plus tôt, qui avaient profité du relâchement du pressing espagnol pour pouvoir activer la connexion entre Blind et ses attaquants…

A peine une minute avant l'ouverture du score, le Chili

A peine une minute avant l’ouverture du score, le Chili passe tout près d’un décalage sur le côté droit : Silva sert Isla qui devance le pressing de Jordi Alba et trouve Sanchez entre les lignes adverses. Le Barcelonais est plus vif que Ramos et remet dans la course de son latéral, qui est toutefois trop court pour poursuivre l’action. Le ballon finit sa course en touche.

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Quelques secondes plus tard, le ballon revient dans le camp chilien et l’Espagne remonte son bloc. Histoire de pousser le pressing un peu plus haut, Xabi Alonso sort sur Diaz, ce qui permet à Silva d’aller lui-même sur Bravo qui va hériter du ballon dans sa surface de réparation. Le portier chilien parvient tout de même à dégager.

Malgré la pression de Vidal, Ramos remporte le duel de la tête et remet le ballon dans les pieds de Jordi Alba.

Malgré la pression de Vidal, Ramos remporte le duel de la tête et remet le ballon dans les pieds de Jordi Alba. Mais le Chili avance après ce dégagement : Isla sort sur le porteur de balle, tandis que Aranguiz et Diaz sortent sur Busquets et Xabi Alonso, qui est en train de se repositionner.

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Sous la pression de Diaz, Xabi Alonso ne peut se retourner et n’a aucune solution courte autour de lui en raison de la présence chilienne dans la zone. Sa passe pour Ramos est mal ajustée. Sanchez en profite et lance le mouvement qui aboutira à l’ouverture du score d’Edu Vargas, spectateur du pressing depuis la zone d’Azpilicueta mais acteur à la finition.

L’Espagne s’en remet à Iniesta : 

Fort de cette ouverture du score, le Chili modifie légèrement l’organisation de son pressing. Désormais, le travail quasi-individuel de Sanchez-Vargas et Aranguiz-Vidal sur Ramos-Martinez et Xabi Alonso-Busquets se transforme en un losange, qui permet notamment aux deux attaquants de mieux couvrir la largeur. Vidal se retrouve « en pointe », comme Sneijder l’était avec les Pays-Bas. Sanchez et Edu Vargas bloquent les côtés et coulissent vers les latéraux si nécessaire. En couverture, Aranguiz referme le losange afin d’encercler Xabi Alonso et Busquets.

Si cette réorganisation est moins « ambitieuse » que la première, elle permet au Chili de mieux bloquer les couloirs et notamment les montées d’Azpilicueta qui se substituait jusqu’ici aux premiers passeurs espagnols (pas forcément avec plus de réussite). En revanche, le degré de liberté supplémentaire accordé à la relance espagnole permet à cette dernière de trouver plus souvent Iniesta. Le Barcelonais est le seul joueur qui tente quelque chose en repiquant dans l’axe, de manière à exploiter les espaces entre les Chiliens chargés du pressing et Diaz devant la défense.

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Le losange chilien coulisse sur la largeur afin de bloquer les quatre défenseurs espagnols tout en conservant une présence entre Busquets-Xabi Alonso et le reste de l’équipe. Iniesta profite de cette réorganisation pour offrir des solutions entre les lignes. Parvenant à se mettre dans le sens du jeu, il fait plusieurs fois la différence en un-contre-un pour servir ses attaquants.

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Après quelques accélérations d’Iniesta, le Chili réagit : Silva sort de sa défense pour le bloquer dès ses prises de balle. Là encore, une option déjà vue de la part des Pays-Bas qui demandaient à De Vrij et Martins Indi de suivre les décrochages d’Iniesta et David Silva.

Quelques minutes après avoir réglé le problème Iniesta, le Chili ajoute un deuxième but. Là encore, tout part de la relation entre Isla (latéral) qui trouve Sanchez dans l’intervalle entre les deux lignes espagnoles. L’attaquant du Barça obtient ensuite un coup-franc suite à deux accrochages avec Xabi Alonso puis Iniesta. D’abord dégagé par Casillas, le coup de pied arrêté est repris par Aranguiz, qui double la mise pour les Chiliens (43e).

La deuxième mi-temps ne sera ensuite qu’une lente agonie pour la Roja. L’entrée de Koke à la place de Xabi Alonso (46e) permettra à Iniesta de jouer un cran plus haut, mais l’agressivité des Chiliens, et leur solidarité, empêcheront tout exploit individuel. Au moindre ballon porté par les Espagnols (Iniesta, Silva…), ces derniers sont pris entre deux adversaires : le défensif, qui les ralentit et les oriente vers les côtés, et le joueur chargé du pressing qui généralement revient de plus loin. Très souvent, Edu Vargas et Sanchez reviendront ainsi récupérer les ballons dans les pieds adverses.

Conclusion :  

Tant pis pour Xabi Alonso et ses déclarations prophétiques, oui il y a de la tristesse dans la chute de cette Roja. Mais celle-ci ne doit pas forcément remettre en question les six années de succès qui ont précédé. Car ce n’est pas le projet de jeu espagnol qui a échoué sur ce Mondial, ce sont les individualités qui étaient censés le porter. La génération dorée touche à sa fin, pas les idées qui lui ont permis d’arriver au sommet.

Titulaire sur les deux matchs, Silva a traversé le tournoi comme un fantôme aux avants-postes tandis que la défense et Casillas ont complètement coulé. Pas forcément intégré au jeu espagnol, Diego Costa a sans doute encore plus payé sa forme physique défaillante en cette fin de saison. Au-delà de ces quelques facteurs endogènes, l’Espagne s’est aussi heurté à un système de jeu (le 3-5-2) qui a mis en avant ses faiblesses (les défenseurs en un-contre-un) dès lors qu’elle relâchait son pressing. Un avantage « structurel » du 3-5-2 déjà évoqué sur ce site. A chaque fois très touchée par les buts qu’elle encaissait, la Roja ne semblait pas avoir les ressources mentales pour repartir de l’avant.

S’il n’a pas flambé, le Chili a réalisé le match qui était attendu de lui face à un tel adversaire. S’appuyant sur un quatuor infatigable aux avants-postes pour faire déjouer son adversaire, la formation de Jorge Sampaoli a confirmé qu’il faudrait compter sur elle dans ce Mondial. Sur le papier, et au vu de la prestation des Pays-Bas face à l’Australie, elle part même favorite pour la finale de ce groupe B, qui aura lieu lundi prochain. Reste à savoir si le sélectionneur chilien relancera le onze qui a vaincu l’Espagne ou choisira une option plus créative avec l’ajout de Valdivia dans l’entrejeu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 réponses

  1. Greg dit :

    « La première ligne (Edu Vargas-Sanchez) va chercher Javi Martinez et Piqué.  »
    Et Ramos, vous vouliez dire.

    Très intéressant à nouveau, merci pour cet article !

  2. Staive dit :

    Quelles etaient ces « déclarations prophétiques » de Xabi Alonso stp ?

  3. Duc Anh dit :

    très intéressant, merci!

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