Espagne 0-0 Italie, l’analyse tactique

Au terme d’une séance de tirs au but d’un très haut niveau technique, l’Espagne est venu à bout de l’Italie et s’est qualifiée pour la finale de la Coupe des Confédérations. Pour parvenir jusqu’à cette séance, la Roja a dû trouver les solutions face à une formation italienne réellement construite pour lui poser des problèmes.

L’Italie ferme l’axe :

Côté espagnol, Vicente Del Bosque n’avait procédé qu’à un seul changement au coup d’envoi par rapport à l’équipe venue à bout du Nigéria en phase de poules : touché lors de ce match, Fabregas cédait sa place à Silva (Casillas – Arbeloa, Piqué, Ramos, Alba – Busquets, Xavi, Iniesta – Silva, Pedro, Torres). Face à ce 4-3-3, l’Italie se présentait avec un système de jeu à trois défenseurs, rappelant évidemment la première confrontation entre les deux équipes lors de l’Euro 2012 (lire : Espagne 1-1 Italie, l’analyse tactique). A une différence près : Prandelli organisait cette fois son milieu autour de deux joueurs, à l’inverse du 3-5-2 de l’été dernier (Buffon – Barzagli, Bonucci, Chiellini – Maggio, Pirlo, De Rossi, Giaccherini – Candreva, Marchisio – Gilardino).

Le choix du sélectionneur italien a pris tout son sens dès les premières minutes de jeu. Evidemment, ses joueurs ont laissé la possession de balle aux Espagnols, préférant les attendre au milieu de terrain : Piqué et Sergio Ramos étaient ainsi libres et sans adversaire pour venir les presser. Busquets était le premier joueur « surveillé », en l’occurrence par Gilardino qui s’est installé dans le rond central pour faire face au Barcelonais et couper les possibilité de passes en diagonale qui s’offraient aux défenseurs centraux (de Ramos à Xavi ; de Piqué à Iniesta).

Entrait alors en scène les deux milieux excentrés de l’Italie, Candreva et Marchisio. Encadrant la paire Pirlo-De Rossi, les deux joueurs étaient chargés de sortir au-devant des adversaires qui offraient des solutions courtes dans l’axe. Evidemment, ils se sont retrouvés à défendre la majeure partie du temps sur Xavi et Iniesta.

Quelques secondes après le coup d'envoi, l'Italie est en place dans sa moitié de terrain.

Quelques secondes après le coup d’envoi, l’Italie est en place dans sa moitié de terrain. Marchisio vient de sortir face à Xavi, le forçant à jouer en retrait vers Ramos. Dans l’axe, Gilardino coupe la relation avec Busquets. Côté opposé, Candreva est déjà prêt à sortir sur Silva, qui a pris le rôle d’Iniesta sur cette phase de jeu. Ce dernier se retrouve à hauteur de Pirlo et De Rossi.

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Gilardino à la pointe du système italien : cette capture illustre bien les rôles de Candreva et Marchisio, dont le travail est avant tout de s’opposer aux milieux adverses et de permettre à Pirlo et De Rossi de rester en couverture devant la défense. Ici, les quatre Italiens encadrent parfaitement les trois Espagnols qui tentent d’offrir des solutions à leurs trois partenaires de l’arrière.

Grâce au travail abattu par ses trois « attaquants », l’Italie est parvenu à bloquer la transition axiale de l’Espagne (tournant autour du trio Xavi, Busquets, Iniesta). Elle devait aussi proposer une réponse lorsque l’un des attaquants, principalement Silva qui remplaçait Fabregas (lire : Image par image : le but de Jordi Alba face au Nigéria) redescendait au milieu de terrain. Dans ce cas, Pirlo ou De Rossi sortaient à leur tour afin de ne laisser aucun des créateurs adverses avec l’espace suffisant pour pouvoir se mettre réellement dans le sens du jeu et prendre de la vitesse. A la défense de serrer ensuite le marquage sur les attaquants adverses restés aux avants-postes et susceptibles d’offrir des solutions dans la zone abandonnée.

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Gilardino, Candreva et Marchisio restent à proximité de Iniesta, Busquets et Xavi. Le décrochage de Silva dans l’axe entraîne la sortie de De Rossi au pressing. Pirlo reste en couverture devant une défense centrale en supériorité numérique.

 L’Italie ferme les côtés : 

Face à une telle densité de joueurs pour l’empêcher de lancer ses attaques dans l’axe, l’Espagne n’a eu d’autre choix que de mettre à contribution ses latéraux. Or à l’inverse des précédents adversaires de la Roja, l’Italie a profité de sa défense à trois pour faire sortir ses latéraux au pressing. En clair, au lieu d’envoyer Candreva ou Marchisio défendre Jordi Alba et Arbeloa (et donc d’affaiblir l’axe), ce sont Maggio et Giaccherini qui se tenaient toujours prêts à sortir de leurs positions pour aller les bloquer. Les Azzurris conservaient ainsi toujours quatre joueurs prêts à défendre l’axe lorsque le ballon y revenait.

Candreva et Marchisio sont focalisés sur le travail axial. Dès lors que l'Espagne tente d'utiliser ses latéraux pour aller de l'avant, ce sont les latéraux italiens qui sortent au pressing, suivis de près par les stoppeurs excentrés qui maintiennent les distances.

Candreva et Marchisio sont focalisés sur le travail axial. Dès que l’Espagne tente d’utiliser ses latéraux pour aller de l’avant, ce sont les latéraux italiens qui sortent au pressing. Derrière, les défenseurs restés en position coulissent pour protéger les couloirs.

Lorsqu’un latéral sortait, c’est donc toute la défense qui coulissait derrière lui afin de couvrir le couloir. En tant que stoppeurs excentrés, Barzagli et Chiellini se retrouvaient à bloquer Pedro ou Silva le long de la ligne de touche. Les trois défenseurs centraux italiens se retrouvaient la plupart du temps à trois contre trois face aux attaquants espagnols. Leur principale tâche était de s’imposer face à leurs adversaires directs ; ils coupaient ainsi les points d’appui habituels qui permettent à Iniesta, Xavi ou d’autres joueurs venus de l’arrière, de se lancer dans les 25 derniers mètres.

Même si ces derniers ont parfois réussi à combiner avec leurs attaquants, ils devaient ensuite résister à l’excellent repli de Pirlo ou De Rossi. Protégé par le travail de Candreva, Marchisio et de leurs latéraux, les deux hommes étaient là pour accompagner les projections des milieux espagnols et les stopper ou, au moins, compliquer les combinaisons dans les 20 derniers mètres. En première mi-temps, De Rossi s’est une nouvelle fois montré très efficace dans ce registre.

defense-italie-importance-duels-defenseurs.jpg + Si Iniesta se lance de la position de Busquets (ou Ramos ou un autre). = Pirlo + De Rossi le suivent s'il trouve un relais dans le coeur du jeu (comprendre si défenseurs italiens perdent duels appui).

Iniesta fait face à Candreva. S’il réussit à trouver Jordi Alba ou Pedro, ces derniers subiront la pression de Maggio et Barzagli. Dans l’axe, Xavi démarre mais est déjà surveillé par De Rossi et Pirlo.

Cette organisation défensive a permis à l’Italie de ne quasiment rien concéder à son adversaire. Deux petites faiblesses étaient toutefois à signaler : la première concernait les démarrages des défenseurs espagnols (Ramos), qui profitaient du champ libre qui leur était laissé pour rechercher eux-mêmes leurs attaquants. Les milieux italiens étant focalisés sur Xavi, Iniesta ou Silva, ils laissaient plus de liberté aux joueurs démarrant de plus loin. C’est d’ailleurs Sergio Ramos qui a offert à Fernando Torres la seule action de la Roja lors de la première mi-temps : après une déviation de Xavi, l’attaquant de Chelsea s’est défait de Barzagli dans la surface mais n’a pas trouvé le cadre (37e). Autres alertes pour l’Italie : les transversales dans le dos de leurs défenseurs centraux.

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Lorsque Barzagli était attiré le long de la ligne de touche par Silva ou Pedro, un espace pouvait se créer côté opposé dans le dos de Chiellini. A plusieurs reprises, après avoir ressorti le ballon de la zone ciblée par le pressing italien, les Espagnols ont tenté d’alerter un attaquant entre le défenseur de la Juve et son latéral (Giaccherini).

Transition offensive > Transition défensive :

Sans surprise, les Espagnols ont accompagné leur domination territoriale par un pressing intense sur la relance italienne. Les trois attaquants (Silva, Torres, Pedro) sortaient sur les trois défenseurs adverses (Barzagli, Bonucci, Chiellini), suivis de Xavi et Iniesta qui avaient pour objectif de bloquer le duo Pirlo-De Rossi. Au cours des premières minutes de jeu, Silva a d’ailleurs poussé Barzagli plusieurs fois à la faute grâce à ses courses.

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La relance italienne à cinq contre cinq face aux Espagnols. Derrière, Busquets est seul face à Candreva et Marchisio. Pour ces derniers, le jeu est de se rendre disponible à leurs défenseurs puis d’orienter le jeu sur les ailes, pour des latéraux (Maggio et Giaccherini) intercalés entre Silva-Alba et Pedro-Arbeloa.

Mais à force de faire circuler le ballon derrière, l’Italie a trouvé les espaces pour relancer correctement. A défaut de pouvoir jouer avec Pirlo et De Rossi, les défenseurs italiens recherchaient directement Marchisio ou Candreva, qui offraient des solutions entre les lignes, autour du seul Sergio Busquets. Ce dernier ne pouvait pas recevoir l’aide de ses partenaires : alors que Piqué et Ramos étaient face à Gilardino, Alba et Arbeloa devaient fermer les couloirs face aux latéraux italiens, positionnés très haut sur le terrain. Ces derniers étaient près à prendre la profondeur dès que Alba et Arbeloa quittaient l’alignement défensif pour défendre sur Candreva ou Marchisio. C’est notamment pour cette raison que Maggio a été l’Italien le plus dangereux en première mi-temps.

Un exemple d’attaque réussie de la part de l’Italie : Candreva a été trouvé dans le dos derrière Xavi et Iniesta et recherche immédiatement Maggio qui plonge dans le dos de Pedro et Jordi Alba sur l’aile.

L’Italie était en mesure de créer des décalages dans la défense espagnole dès lors qu’elle franchissait les joueurs sortis au pressing. Les relais de Candreva et Marchisio permettaient de fixer les défenseurs espagnols avant d’envoyer le jeu sur les côtés où Giaccherini et Maggio bénéficiaient de suffisamment d’espaces pour accélérer ou conserver le ballon en attendant la montée de la paire Pirlo-De Rossi. Le repli des milieux espagnols, forcés de revenir rapidement pour épauler Busquets dans l’axe, ouvrait ensuite le terrain à ces derniers. L’Italie pouvait alors tenir le ballon… Jusqu’à ce que Silva et Pedro reviennent en aide de leurs latéraux. Bref, les Azzurri se créaient des opportunités sur attaque rapide. En revanche, ils manquaient de solutions dès que les Espagnols étaient en place dans leur moitié de terrain.

Espagne arrête pressing, défend dans sa moitié de terrain face à la relance italienne. Ici, Busquets vs Marchisio. Décalé par rapport à Xavi et Iniesta. Italie a le terrain, annonce la deuxième mi-temps et les ajustements espagnols.

Rapidement, l’Espagne a abandonné son pressing sur la relance italienne pour laisser venir son adversaire.

L’Espagne s’ajuste : 

Au retour des vestiaires, le match a complètement changé de physionomie. Côté italien, Cesare Prandelli a fait un changement d’homme, Montolivo remplaçant Barzagli (46e). De Rossi a glissé dans l’axe de la défense afin de laisser à l’entrant une place aux côtés de Pirlo au milieu de terrain. Mise en danger sur les contres italiens en première mi-temps, la Roja a décidé de laisser le ballon à son adversaire. Sitôt le ballon perdu, Silva et Pedro ne pressaient plus les défenseurs mais revenaient dans leur moitié de terrain afin de protéger leurs latéraux.

La première ligne espagnole se retrouvait du coup formée par Torres, Xavi et Iniesta. L’attaquant conservait un rôle axial principalement axial, sans réel adversaire. Les deux autres restaient eux dans le même registre qu’en première mi-temps, focalisés sur les déplacements des deux milieux italiens (Pirlo et Montolivo).

L’Italie est en possession du ballon mais le bloc très bas des Espagnols bloque la majeure partie des solutions. Pirlo et Montolivo sont serrés de près et les couloirs sont désormais mieux protégés grâce aux repositionnements de Silva et Pedro.

Ces ajustements défensifs ont eu le don d’empêcher l’Italie de reproduire les circuits offensifs développés en première mi-temps. Avec désormais deux joueurs pour couvrir les couloirs, les Espagnols pouvaient contrôler plus efficacement les courses des latéraux et les mouvements de Marchisio ou Candreva autour de Busquets.

L’Espagne en place dans sa moitié de terrain : dans le couloir, Montolivo est marqué par Iniesta, Candreva par Pedro. Derrière, Alba se retrouve en un-contre-un face à Maggio. Côté opposé aussi, l’équipe est en place : Navas est dans la zone de Marchisio, Arbeloa est sur Giaccherini.  Derrière, l’Italie peut toutefois revenir sur ses défenseurs sans aucune difficulté.

Evidemment, l’Italie a profité du recul du bloc adverse pour défendre plus haut. Le travail des quatre milieux de terrain pouvait désormais se faire dans le camp adverse, Gilardino entraînant le reste du bloc en allant presser Piqué ou Sergio Ramos. Tactiquement parlant, rien ne changeait : les quatre milieux se concentraient sur les solutions axiales, laissant les latéraux à Maggio et Giaccherini.

Gilardino sort au pressing sur Piqué : Candreva est à hauteur de Ramos, Pirlo sur Busquets, Montolivo sur Iniesta et Marchisio sur Xavi. En haut de l’image, Giaccherini se replace après être sorti sur Arbeloa.

Vicente Del Bosque a rapidement procédé à un changement de joueurs pour accompagner sa nouvelle approche. Jesus Navas est entré en jeu à la place de Silva et s’est installé sur l’aile droite. Loin de décrocher comme son prédécesseur, le nouveau joueur de Manchester City a évolué en tant que véritable ailier, restant sur son aile et offrant des solutions dans le dos de Giaccherini. Lorsque ce dernier sortait au pressing (sur Arbeloa), il prenait le risque d’être pris dans son dos et de laisser Chiellini seul au duel face à Jesus Navas. A plusieurs reprises, l’ailier espagnol a pris le dessus sur son adversaire direct ; il ne lui a manqué qu’un brin de lucidité dans les derniers mètres pour réellement être dangereux.

Après quelques alertes, Giaccherini a été contraint de reculer pour protéger Chiellini face à Navas. L’Espagne a gagné du terrain, le couloir droit devenant une zone supplémentaire pour lancer les actions.

Après Navas, c’est Mata qui est entré en jeu à la place de Pedro. Le milieu de terrain de Chelsea s’est positionné en tant que complément d’Iniesta. Les deux hommes permutaient régulièrement entre les positions dans l’axe et sur le côté gauche. Mata a apporté un réel plus au milieu de terrain, apportant sa fraîcheur et sa mobilité face à des milieux italiens fatigués des efforts consentis pendant près de 80 minutes. Inefficaces offensivement après les ajustements espagnols de la deuxième mi-temps, les Italiens ont fini par réellement subir les assauts adverses au cours des prolongations.

Même Javi Martinez, entré en jeu à la surprise générale à la pointe de l’attaque, a eu un poids sur le jeu en fin de partie. Capable de répondre physiquement au défi athlétique imposé par les défenseurs italiens, il a en plus travaillé sur toute la largeur du terrain afin d’exploiter les espaces dans le dos de Maggio ou Giaccherini, forçant ainsi la défense italienne à sortir de sa zone de confort dans l’axe.

Conclusion :

Une très grande opposition tactique dont l’Espagne est tout de même sorti vainqueur au bout du suspense. A défaut de marquer, notamment à cause d’un Casillas très vigilant face à Maggio, les Italiens avaient réellement l’ascendant dans le jeu. Les milieux de terrain ne concédaient rien, les défenseurs étaient présents dans les duels et, surtout, les relances profitaient de la faiblesse des transitions défensives espagnoles (Marchisio et Candreva autour de Busquets, vers Maggio et Giaccherini sur les ailes). Cette supériorité tactique a forcé l’Espagne à s’adapter à son adversaire, ce qui peut déjà être considéré comme une victoire pour Cesare Prandelli.

Mais les ajustements opérés par Vicente Del Bosque à la mi-temps ont complètement annihilé son projet de jeu offesnif. En jouant plus bas, le bloc espagnol ne prenait plus le risque d’être pris de vitesse sur les ailes et s’assurait une plus grande sécurité défensive. Il a fallu ensuite les entrées de Navas, Mata et Martinez pour apporter des solutions différentes aux avants-postes (largeur et profondeur, au lieu de peser dans l’axe et de n’offrir « que » des relais aux milieux de terrain). Bref, les Espagnols ont quand même réussi à renverser l’opposition tactique en leur faveur au bout des 120 minutes. De quoi rendre peut-être moins amère la défaite des Italiens aux tirs au but.

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2 réponses

  1. RodeDuivel dit :

    Je crois qu’il y avait 2 changements dans le Onze espagnol par rapport au Nigéria puisque je crois que Valdes était dans les goals face aux africains!

  2. Ilyas dit :

    Très bonne analyse. Les Italiens ont parfaitement bloqué l’équipe espagnole et ils méritaient de gagner.

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