Dortmund makes football easier*

Une semaine de silence, c’est beaucoup trop. Je trouve en tout cas, et j’en suis désolé. Mais il faut dire qu’entre la peu enthousiasmante Coupe de la Ligue et la vie sociale, il est très facile de choisir. Et vu que j’ai moins accès aux rencontres étrangères, j’ai moins de matière. Moins de temps aussi, pour répondre aux autres questions de mon dernier courrier des lecteurs qui attendent réponses dans le brouillon wordpress qui va bien… Mais ce soir, le temps libre a rencontré l’inspiration. Pour vous parler du Borussia Dortmund qui marche sur le championnat allemand depuis le début de saison.

Présentation :

Depuis le début de la saison, le Borussia Dortmund de Jurgen Klopp c’est : trente-et-un points pris sur trente-six possibles en championnat avec douze victoires, un match nul (contre Hoffenheim fin octobre) et une défaite au compteur (face à Leverkusen, lors de la première journée). Mis à part ces deux petits contre-temps, le Borussia a dominé tous ses adversaires : le Bayern, Stuttgart, Schalke et Mayence, l’autre équipe de ce début de saison, ont notamment subi la loi des hommes en jaune et noir. A l’arrivée, il n’y a que sur la scène européenne que Sahin et ses potes sont véritablement accrochés (deux nuls face au PSG, une défaite à domicile contre Séville).

Sur le tableau noir, Dortmund c’est ça : un 4-2-3-1 dans tout ce qu’il peut avoir de plus classique dans sa disposition. En revanche, quand on se penche sur le profil des joueurs utilisés, le parallèle avec l’Allemagne 2010 de Joachim Löw est criant. La paire Bender-Sahin dans l’entrejeu rappelle d’abord furieusement le duo Schweinsteiger-Khedira. Les deux hommes ne rechignent pas à la tâche défensive mais, surtout, sont extrêmement efficaces sur les lancements de jeu… Devant, la relation Barrios-Kagawa peut rappeler sur certains points celle liant Klose et Özil, même si le Japonais reste le plus souvent dans l’axe. Et pour cause, Götze et Grosskreutz abattent tous les deux un gros boulot sur les ailes. 

Preuve de ces similitudes avec l’Allemagne qui a enflammé le dernier Mondial (avant de perdre contre plus fort…), les gars du Borussia l’ont emporté vendredi soir face à Hambourg en inscrivant deux buts d’école : une attaque placée conclue par Kagawa et un contre terminé par Barrios. Petit décryptage de ces deux phases de jeu qui rappelle furieusement le style de la Mannschaft de Low.

L’attaque placée :

Nous sommes au début de l’action. Bender est en possession du ballon aux abords du rond central. A ses côtés, dans le rond central (souligné en blanc), Sahin offre une solution pour renverser le jeu. Mais le vrai mouvement se trouve sur l’aile droite. Götze (l’ailier) décroche pendant que Piszczek (le latéral) prend le couloir ; pendant ce temps, Subotic (l’axial) s’est décalé le long de la ligne de touche pour offrir une autre solution latéral à Bender qui voit un adversaire venir à lui.

Le milieu de terrain choisit de donner le ballon à Subotic. Mais surtout, en bon relayeur, il poursuit son mouvement pour offrir une solution à son défenseur qui se retrouve à son tour sous le pressing de l’attaquant adverse. Deux diagonales se forment naturellement pour déboucher sur un décalage : Subotic pour Bender, puis Bender pour Piszczek. Seule condition, les transmissions doivent être rapides pour éviter au bloc adverse de se refermer sur Bender. Elles le seront : deux touches pour Subotic, une pour Bender qui décale Piszczek (bien aidé par le trou d’air du latéral hambourgeois).

A l’arrivée, le Borussia a mis hors de position tout le côté gauche de la défense adverse en trois touches de balle. Venu sur Bender lorsque Subotic l’a servi, le milieu a quitté la zone de Götze qui se retrouve complètement seul à l’entrée de la surface. Son latéral dépassé, le stoppeur gauche de Hambourg n’a pas d’autre choix que de se présenter face à Piszczek. Dans l’axe, Kagawa (le futur buteur) a déjà pris de vitesse son adversaire direct. A gauche, c’est un deux-contre-deux dans la surface. Bref, le latéral n’a plus qu’à délivrer son caviar. Götze s’effacera pour laisser marquer Kagawa pour le 1-0. Le but en vidéo.

Quel parallèle avec l’Allemagne ? L’apport offensif du milieu relayeur, dont la qualité de passe est à la base de tout le mouvement, et l’apport du latéral droit, façon Lahm.

Le contre :

Voilà une situation de contre comme les Allemands en ont vu pas mal pendant le dernier Mondial. Tout part d’une excellente relance du bloc des six derrière. Ici, elle part du côté droit de la défense de Dortmund, côté gauche de Hambourg donc. Premier recherché pour aller le plus rapidement possible, Barrios gagne son duel de la tête et recherche immédiatement Kagawa qui se déplace intelligemment dans les espaces… Qui a dit comme Özil et Klose. Une ligne derrière, on aperçoit déjà Grosskreutz et Götze, prêts à jaillir après s’être replié pour la phase défensive.

Dès la première bandelette, vous vous êtes certainement aperçu du trou à gauche de la défense de Hambourg. Kagawa et Götze l’ont aussi remarqué, en direct. Avant même que le Japonais ne récupère le ballon, Götze prend les quelques mètres d’avance qui lui permettent de mettre hors-course sont latéral (à demi-visible à ses côtés dans la bandelette). Kagawa sent lui aussi le coup et oriente immédiatement son contrôle vers ce côté droit grand ouvert. A gauche de cette action, Barrios et Grosskreutz poursuivent leurs courses vers le but adverse.

Götze emmène son ballon jusque dans la surface adverse, poursuivi par un adversaire. Un trois-contre-trois se présente avec Barrios et Grosskreutz respectivement pris par le stoppeur et le latéral droit de Hambourg. Le porteur poursuit son action jusqu’à provoquer la sortie du gardien qu’il trompe en envoyant un ballon au second poteau. L’autre ailier du Borussia se retrouve avec deux solutions : frapper ou garder et tenter de se retourner pour jouer en retrait. Il choisit la troisième, une remise en une touche de l’extérieur du droit. Barrios est seul, son défenseur est sur la ligne : il n’a plus qu’à l’ajuster. 2-0. Le but en vidéo.

Quel parallèle avec l’Allemagne ? Le contre sur une relance qui saute le milieu pour passer directement par la relation Attaquant/Soutien, la projection immédiate des joueurs de couloir qui prennent les intervalles, l’altruisme dans la surface de réparation pour jouer avec le partenaire le mieux placé.

Conclusion :

« Le plus dur en foot, c’est de rendre les choses simples. » Une maxime qui s’applique parfaitement au football allemand et à ce genre de mouvement. Dortmund, comme la Mannschaft, propose aujourd’hui un football mêlant spectacle et efficacité, en grande partie grâce à des automatismes et des joueurs qui connaissent parfaitement leurs déplacements et ceux de leurs partenaires. Néanmoins, n’oublions pas que ce football n’est rien face à une équipe qui réussit à imposer un vrai pressing assez haut sur le terrain et gagner les duels-clés face aux deux attaquants adverses (cf. Espagne 2010).

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1 réponse

  1. Yann dit :

    Pour rendre tes commentaires plus lisibles, as-tu déjà essayé d’ajouter des numéros à coté des joueurs sur les screenshots et d’utiliser ces numéros dans tes commentaires accolés aux noms des joueurs que tu cites?
    Ne connaissant pas tous les joueurs et leurs postes, j’avoue que j’ai souvent du mal à suivre tes commentaires. avec ces numéros, ça m’aiderait beaucoup; par contre, je ne sais pas si ça surchargera un peu trop tes screenshots.

    Sinon, merci de cet article, très instructif (comme d’habitude!)

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